Titre:
Culture Libre - Comment les médias utilisent la technologie et la loi pour confisquer la culture et contrôler la créativité
Auteur:
Lawrence Lessig
Traducteur:
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Éditeur:
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Date de création:
2004-04-08
Date de publication:
2004-04-11
Date de mise à disposition:
2004-04-11
Date de modification:
2004-04-11
Date de validité:
2004-04-11
Date:
2004-04-08
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Culture Libre - Comment les médias utilisent la technologie et la
loi pour confisquer la culture et contrôler la
créativité, Lawrence Lessig
1
Attribution
To Eric Eldred - whose work first drew me to this cause, and for whom
it continues still.
PREFACE
2
[Préface]
À la fin de sa critique de mon premier livre, Code: And Other Laws
of Cyberspace, David Pogue, un brillant auteur de nombreux textes
informatiques et techniques, é crivait:
3
Contrairement à la loi véritable, Internet n'a pas la
capacité de punir. Il n'affecte pas les gens qui ne sont pas en
ligne (et seule une petite minorité de la population mondiale
l'est). Et si vous n'aimez pas Internet, vous pouvez toujours é
teindre le modem.1
1. David Pogue, "Don't Just Chat, Do Something," New York Times, 30
January 2000.
4
Pogue é tait sceptique vis-à-vis de l'argument principal du
livre, à savoir que le logiciel, ou le « code » ,
fonctionne comme une sorte de loi. Sa critique suggérait
l'heureuse idée que si la vie dans le cyberespace tournait mal,
nous pouvions toujours actionner l'interrupteur, et abracadabra! ê
tre de retour à la maison. Coupons le modem, débranchons
l'ordinateur, et tout problème existant dans cet espace cesse de
nous toucher.
5
Pogue avait peut-être raison en 1999. Je suis sceptique, mais
peut-être. Mais quand bien même il aurait eu raison à
l'époque, ce n'est plus le cas aujourd'hui: Culture Libre traite
des problèmes causés par Internet même une fois que le
modem est é teint. Ce livre démontre comment les batailles
qui font rage aujourd'hui concernant la vie en ligne affectent
fondamentalement ceux « qui ne sont pas en ligne » . Il n'y a
plus d'interrupteur pour nous isoler des effets d'Internet.
6
Mais contrairement à Code, le sujet de ce livre n'est pas
tellement Internet en soi. Le sujet en est plutôt les effets
d'Internet sur une de nos traditions, qui est bien plus fondamentale
et, aussi difficile à admettre que ce soit pour certains
passionnés d'informatique et de technologies, bien plus
importante.
7
Cette tradition, c'est la manière dont notre culture est
créée. Comme je l'explique dans les pages qui suivent, nous
venons d'une tradition de « culture libre » : non pas libre
au sens de gratuit, pour reprendre la phrase du fondateur du logiciel
libre,2 mais libre comme dans « expression libre » ,
« marchés libres » , « commerce libre » ,
« libre entreprise » , « libre volonté » , et
« é lections libres » . Une culture libre protège
et soutient les créateurs et les innovateurs. Elle le fait d'une
manière directe, en accordant des droits de propriété
intellectuelle. Mais elle le fait aussi indirectement, en limitant la
portée de ces droits, pour garantir que les nouveaux
créateurs restent aussi libres que possible d'un contrôle du
passé. Une culture libre n'est pas une culture sans aucune
propriété, pas plus qu'un marché libre n'est un
marché dans lequel tout est gratuit. Le contraire d'une culture
libre est une « culture de permissions » : une culture au
sein de laquelle les créateurs peuvent créer uniquement avec
la permission des puissants, ou des créateurs du passé.
2. Richard M. Stallman, Free Software, Free Societies 57 (Joshua Gay,
ed. 2002).
8
Si nous comprenions ce changement, je pense que nous nous y
opposerions. Non pas « nous » à gauche, ou « vous
» à droite, mais nous tous qui ne sommes pas actionnaires de
ces industries de la culture qui ont caractérisé le
vingtième siècle. Que vous soyez de gauche ou de droite, si
vous ê tes, en ce sens, désintéressés, alors
l'histoire que je raconte ici va vous toucher. Car les changements que
je décris touchent à des valeurs que les deux bords de notre
culture politique tiennent pour fondamentales.
9
Nous avons eu un aperçu de cette union sacrée au début
de l'été 2003. Lorsque la FCCNdT1 envisagea d'assouplir la
réglementation qui limite la concentration des médias, une
coalition extraordinaire se mit en place, et la FCC reçut plus de
700.000 lettres de protestation contre ce changement. Lorsque William
Safire se décrivit défilant « mal à l'aise, au
côté du mouvement des Femmes en Rose pour la Paix et de la
National Rifle Association, entre la libérale Olympia Snowe et le
conservateur Ted Stevens » , il eut une formule simple pour
décrire ce qui é tait en jeu : la concentration du pouvoir.
Il demanda:
10
Ceci vous paraît-il anti-conservateur ? Pas à moi. Les
conservateurs devraient jeter l'anathème contre la concentration
du pouvoir, qu'il soit politique, d'entreprise, médiatique,
culturel. La diffusion du pouvoir jusqu'à l'échelon local,
encourageant ainsi la participation individuelle, est l'essence
même du fédéralisme et la plus grande expression de la
démocratie3.3
3. William Safire, "The Great Media Gulp," New York Times, 22 May 2003.
11
Cette idée est un é lément de l'argumentation de Culture
Libre. Cependant, mon sujet n'est pas juste la concentration du pouvoir
qui résulte d'une concentration de la propriété, mais
plutôt, peut-être parce que c'est moins visible, la
concentration du pouvoir qui résulte d'un changement radical dans
la portée pratique de la loi. La loi est en train de changer; ce
changement modifie la façon dont notre culture est
créée. Ce changement devrait vous inquiéter, que vous
vous intéressiez à Internet ou non, et que vous soyez à
droite ou à gauche de Safire.
12
Le titre et la plus grande partie de mon argumentation sont
inspirés du travail de Richard Stallman et de la Free Software
Foundation. A vrai dire, quand je relis le travail de Stallman, et plus
particulièrement les essais dans Free Software, Free Society, je
me rends compte que toutes les idées théoriques que je
développe ici sont des idées que Stallman a décrites
voilà des décennies. Il serait donc légitime d'affirmer
que ce travail est un « simple » travail dérivé.
13
J'accepte cette critique, si vraiment c'en est une. Le travail d'un
juriste est toujours un travail dérivé, et je ne veux rien
faire d'autre dans ce livre que de rappeler à une culture une
tradition qui a toujours é té la sienne. Comme Stallman, je
défends cette tradition sur la base de valeurs. Comme Stallman, je
crois que ces valeurs sont celles de la liberté. Et comme
Stallman, je crois que ces valeurs, héritées de notre
passé, vont avoir besoin d'être défendues à
l'avenir. Notre passé a connu une culture libre ; notre avenir
n'en connaîtra une que si nous changeons le chemin que nous sommes
en train d'emprunter aujourd'hui.
14
Comme les arguments de Stallman pour le logiciel libre, le plaidoyer
pour une culture libre achoppe sur une confusion qui est difficile
à é viter, et même encore plus difficile à
comprendre. Une culture libre n'est pas une culture sans
propriété ; ce n'est pas une culture dans laquelle les
artistes ne sont pas payés. Une culture sans propriété,
ou dans laquelle les créateurs ne pourraient pas ê tre
payés, serait l'anarchie, et non pas la liberté. Et mon
propos n'est pas de plaider pour l'anarchie.
15
Au contraire, la culture libre que je défends dans ce livre est un
é quilibre entre anarchie et contrôle. Une culture libre,
comme un marché libre, est pleine de propriété. Elle est
pleine de règles de propriété, et de contrats, que les
pouvoirs publics doivent faire respecter. Mais tout comme un
marché libre est perverti quand sa propriété devient
féodale, de même une culture libre peut ê tre
dévoyée par un extrémisme des règles de
propriété qui la définissent. C'est ce que je crains
pour notre culture aujourd'hui. C'est contre cet extrémisme que ce
livre est é crit.
16
Introduction
17
[Introduction]
Le 17 décembre 1903, sur une plage venteuse de Caroline du Nord,
en un peu moins de cent secondes, les frères Wright
démontrèrent qu'un véhicule autopropulsé plus lourd
que l'air pouvait voler. Le moment fut é lectrique et son
importance largement comprise. Presque immédiatement, cette
technologie nouvelle du vol habité suscita une explosion
d'intérêt, et une nuée d'innovateurs se mirent à
l'améliorer.
18
A l'époque oú les frères Wright inventaient l'avion, la
loi américaine stipulait que le propriétaire d'un terrain
é tait non seulement propriétaire de la surface de son
terrain, mais de tout le sous-sol, jusqu'au centre de la terre, et de
tout l'espace au-dessus, "jusqu'à l'infini."4 Depuis des
années, les é rudits s'étaient demandé comment
interpréter au mieux l'idée que des droits de
propriété terrestres puissent monter jusqu'aux cieux. Cela
signifiait-il que vous possédiez les é toiles? Pouviez vous
poursuivre les oies en justice, pour violations de propriété
volontaires et répétées?
4. St. George Tucker, Blackstone's Commentaries 3 (South Hackensack,
N.J.: Rothman Reprints, 1969), 18.
19
Puis vinrent les avions, et pour la première fois, ce principe de
la loi américaine -- profondément ancré dans notre
tradition, et reconnu par les plus importants juristes de notre
passé -- prenait de l'importance. Si ma terre s'étend
jusqu'aux cieux, qu'advient-il quand un avion d'United Airlines survole
mon champ? Ai-je le droit de lui interdire ma propriété?
Ai-je le droit de mettre en place un accord d'autorisation exclusive au
profit de Delta Airlines? Pouvons nous organiser des enchères pour
déterminer la valeur de ces droits?
20
En 1945, ces questions donnèrent lieu à un procès
fédéral. Quand des fermiers de Caroline du Nord, Thomas Lee
et Tinie Causby commencèrent à perdre des poulets à
cause d'avions militaires volant à basse altitude (apparemment les
poulets terrorisés se jetaient contre les murs du poulailler et en
mouraient), ils portèrent plainte au motif que le gouvernement
violait leur propriété. Bien entendu, les avions n'avaient
jamais touché la surface du terrain des Causby. Mais si, comme
l'avaient déclaré en leur temps Blackstone, Kent et Coke,
leur terrain s'étendait "vers le haut jusqu'à l'infini,"
alors le gouvernement commettait une violation de propriété,
et les Causby voulaient que cela cesse.
21
La Cour suprême accepta d'entendre le cas des Causby. Le
Congrès avait déclaré les voies aériennes
publiques. Mais si le droit de propriété s'étendait
réellement jusqu'aux espaces célestes, alors la
déclaration du Congrès pouvait très bien ê tre
anticonstitutionnelle, car elle constituait une expropriation sans
dédommagement. La Cour reconnut que "selon l'ancienne doctrine les
droits de propriété foncière s'étendent
jusqu'à la périphérie de l'univers." Mais le Juge
Douglas n'avait pas la patience d'écouter l'ancienne doctrine. En
un simple paragraphe adressé à la Cour, il annula des
centaines d'années de droit foncier:
22
[La] doctrine n'a pas sa place dans le monde moderne. L'espace
aérien est public, comme l'a déclaré le Congrès. Si
ce n'était pas vrai, n'importe quel opérateur de vol
transcontinentaux serait exposé à des plaintes sans nombre,
pour violation de propriété. Le sens commun se révolte
à cette idée. Donner raison à des revendications
privées sur l'espace aérien entraînerait une paralysie
des lignes aériennes, compromettrait profondément leur
développement et leur contrôle dans l'intérêt
public, et reviendrait à privatiser un bien qui a vocation à
ê tre public.5
5. United States v. Causby, (link) U.S. 328 (1946): 256, 261]. The Court
did find that there could be a "taking" if the government's use of its
land effectively destroyed the value of the Causbys' land. This example
was suggested to me by Keith Aoki's wonderful piece, "(Intellectual)
Property and Sovereignty:Notes Toward a Cultural Geography of
Authorship," Stanford Law Review 48 (1996): 1293, 1333. See also Paul
Goldstein, Real Property (Mineola, N.Y.: Foundation Press, 1984),
1112-13.
23
"Le sens commun se révolte à cette idée."
24
C'est comme ç a que la loi fonctionne en général. Pas
souvent de façon aussi abrupte et impatiente, mais en
définitive, c'est comme ç a qu'elle fonctionne. C'était
le style de Douglas de ne pas tergiverser. D'autres juges auraient
noirci des pages et des pages pour arriver à la même
conclusion, que Douglas fit tenir en une seule ligne: "le sens commun
se révolte à cette idée". Mais qu'elle tienne en
quelques mots ou en plusieurs pages, le génie particulier d'un
système de droit commun comme le nôtre est que la loi
s'adapte aux technologies de son é poque. Et en s'adaptant, elle
change. Des idées qui un jour semblent solides comme le roc sont
friables le lendemain.
25
Ou du moins, c'est ainsi que les choses se passent quand il n'y
personne de puissant pour s'opposer au changement. Les Causby
n'étaient que des fermiers. Et bien qu'il y eut sans doute de
beaucoup de gens fâchés comme eux par le trafic aérien
naissant (on espère quand même que peu de poulets se jetaient
contre les murs), tous les Causby du monde auraient eu beaucoup de mal
à s'unir et à arrêter l'idée, et la technique, que
les frères Wright avaient fait naître. Les frères Wright
avaient ajouté l'avion au pot commun technologique; le concept se
répandit comme un virus dans un poulailler; les fermiers comme
Causby se trouvèrent brutalement confrontés à "ce qui
semblait raisonnable" é tant donné la technologie
inventée par les Wright. Ils pouvaient à loisir, debout dans
leurs fermes, poulets morts à la main, menacer du poing ces
nouvelles technologies. Ils pouvaient alerter leurs é lus, ou
même aller en justice. Mais en fin de compte, la force de
l'évidence -- le pouvoir du "bon sens" -- allait l'emporter. Il
n'était pas possible de permettre que leur intérêt
"privé" nuise à un intérêt public é vident.
26
Edwin Howard Armstrong est un des inventeurs géniaux
oubliés de l'Amérique. Il entra sur la scène des grands
inventeurs américains juste après des géants comme
Thomas Edison et Alexandre Graham Bell. Mais son travail dans le
domaine de la technique radiophonique fut peut ê tre, de celle de
tous les inventeurs individuels, la plus importante des cinquante
premières années de la radio. Il avait reçu une
meilleure instruction que Michael Faraday, qui avait découvert en
1831 l'induction é lectrique alors qu'il é tait
apprenti-relieur. Mais il avait la même intuition au sujet de la
manière dont les ondes radio fonctionnaient, et en trois occasions
au moins, Armstrong inventa des technologies extrêmement
importantes qui firent avancer notre compréhension de la radio.
27
Au lendemain de Noël 1933, quatre brevets furent accordés
à Armstrong pour son invention la plus importante: la radio FM.
Jusque là, les radios grand public é mettaient en modulation
d'amplitude (AM). Les théoriciens de l'époque avaient
déclaré que la radio en modulation de fréquence (FM) ne
pourrait jamais fonctionner. Ils avaient raison pour la radio FM dans
une bande é troite de fréquences. Mais Armstrong
découvrit que la radio à modulation de fréquence dans
une large bande de spectre délivrait un son d'une
fidélité é tonnante, avec beaucoup moins de parasites,
et nécessitant bien moins de puissance d'émission.
28
Il fit une démonstration de cette technologie le 5 novembre 1935,
au cours d'une réunion de l'Institut des Ingénieurs Radio,
à l'Empire State Building de New York. Il tourna le bouton de
réglage de la radio, captant au passage une multitude
d'émission AM, jusqu'à ce qu'il trouve l'émission qu'il
avait préparée, l'émetteur é tant situé à
vingt-sept kilomètres de là. La radio se fit tout à fait
silencieuse, comme si le poste é tait mort, et alors, avec une
clarté que personne dans la pièce n'avait jamais entendue
venant d'un appareil é lectrique, elle reproduisit la voix d'un
animateur: « Ici la radio amateur W2AG à Yonkers, New York,
é mettant en modulation de fréquence à deux mètres
cinquante. »
29
L'auditoire entendit alors ce que personne n'avait cru possible:
30
On versa un verre d'eau à Yonkers, devant le microphone: le bruit
ressemblait à celui de l'eau qui coule... On froissa et
déchira une feuille de papier: le bruit fut celui du papier, et
non le grésillement d'un feu de forêt... On passa un disque
des marches de Sousa, et on joua un solo de piano et un air de
guitare... La musique se répandit avec une clarté rarement,
voire jamais entendue venant d'une "boîte à musique"
radiophonique.6
6. Lawrence Lessing, Man of High Fidelity: Edwin Howard Armstrong
(Philadelphia: J. B. Lipincott Company, 1956), 209.
31
Comme nous le suggère notre bon sens, Armstrong avait
découvert une technologie de radio très supérieure. Mais
à l'époque de son invention, Armstrong travaillait pour la
RCA. La RCA é tait alors l'acteur dominant du marché alors
dominant de la radios AM. Vers 1935, il existait un millier de stations
de radio à travers les Etats-Unis, mais les stations des grandes
villes appartenaient toutes à une poignée de réseaux.
32
Le directeur de la RCA, David Sarnoff, un ami d'Armstrong, voulait
qu'Armstrong trouve un moyen de supprimer les parasites de la radio AM.
Il fut donc fort enthousiasmé quand celui-ci lui annonça
qu'il avait un système pour supprimer les parasites de la "radio".
Mais quand Armstrong lui montra son invention, Sarnoff ne fut pas
content.
33
"Je pensais qu'Armstrong allait inventer une sorte de filtre pour
enlever les parasites de notre radio AM. Je ne pensais pas qu'il allait
lancer une révolution: démarrer une fichue nouvelle industrie
qui entrerait en compétition avec la RCA".7
7. See "Saints: The Heroes and Geniuses of the Electronic Era," First
Electronic Church of America, at www.webstationone.com/fecha, available
at link #1.
34
L'invention d'Armstrong menaçait l'empire de la RCA, et la firme
entreprit d'étouffer la radio FM. La FM é tait peut-être
une technologie supérieure, mais Sarnoff é tait un tacticien
supérieur. Comme le décrit un auteur,
35
Les atouts de la FM, essentiellement d'ordre technique, ne faisaient
pas le poids face aux efforts des marchands, bureaux de brevets et
cabinets d'avocats, pour é loigner cette menace contre l'industrie
dominante. Car la FM, si on la laissait se développer librement,
impliquait (...) un bouleversement des rapports de force au sein de la
radio (...) et à long terme l'abandon du système
soigneusement contrôlé de radio AM, grâce auquel la RCA
avait bâti son empire.8
8. Lessing, 226.
36
Au début, la RCA confina la technologie au sein de l'entreprise,
en insistant sur le fait qu'il é tait nécessaire de faire des
expériences supplémentaires. Quand, après deux ans de
tests, Armstrong s'impatienta, la RCA commença à utiliser son
pouvoir auprès du gouvernement pour bloquer le déploiement de
la radio FM dans son ensemble. En 1936, la RCA engagea l'ancien
directeur de la FCC, avec pour mission de faire en sorte que la FCC
attribuerait les fréquences de manière à castrer la FM,
essentiellement en déplaçant la radio FM vers une
différente bande du spectre. Au début, ces efforts é
chouèrent. Mais quand l'attention d'Armstrong et de la nation
furent détournée par la seconde guerre mondiale, le travail
de la RCA commmença à porter des fruits. Peu après la
fin de la guerre, la FCC annonça un ensemble de mesures clairement
destinées à paralyser la radio FM. Comme Lawrence Lessing le
décrivit:
37
La série de coups qu'a reçu la radio FM juste après la
guerre, sous forme de réglements dictés, à travers la
FCC, par les intérêts des grandes maisons de radio, é
taient d'une force et d'un caractère retors incroyables.9
9. Lessing, 256.
38
Afin de faire libérer des fréquences pour le dernier pari de
la RCA, la télévision, les utilisateurs de la radio FM
allaient ê tre déplacés vers une bande de
fréquences totalement nouvelle. Il fallut aussi diminuer la
puissance des é metteurs radio FM, ce qui signifiait qu'on ne
pouvait plus utiliser la FM pour radiodiffuser d'un bout à l'autre
du pays. (Ce changement fut très fortement soutenu par AT&T,
parce que la perte d'émetteurs relais FM impliquait que les
stations radios auraient à acheter des liaisons filaires à
AT&T.) La progression de la radio FM fut ainsi é touffée,
du moins provisoirement.
39
Armstrong résista aux efforts de la RCA. En réponse, la RCA
résista aux brevets d'Armstrong. Après avoir incorporé
la technologie FM dans les standards é mergents de la
télévision, la RCA déclara les brevets invalides, sans
raison, et presque quinze ans après leur dépôt.
L'entreprise refusa donc de lui payer des royalties. Pendant six ans,
Armstrong livra une coüteuse guerre légale pour défendre
ses brevets. Finalement, juste au moment oú les brevets
expiraient, la RCA proposa de transiger pour une somme si faible
qu'elle ne couvrait même pas les frais d'avocats d'Armstrong.
Défait, brisé, et désormais ruiné, Armstrong é
crivit en 1954 un court billet à sa femme, et se donna la mort en
se jetant par la fenêtre du treizième é tage.
40
C'est ainsi que la loi fonctionne parfois. Pas souvent de manière
aussi tragique, et rarement accompagnée d'histoires
héroïques, mais parfois, c'est ainsi qu'elle fonctionne.
Depuis toujours, le gouvernement et ses agences ont fait l'objet de
détournements. Ceci a plus de chance de se produire si des
intérêts puissants se trouvent menacés par des
changements légaux ou techniques. Ces intérêts
puissants, trop souvent, exercent leur influence au sein du
gouvernement pour obtenir sa protection. Bien sür, la
rhétorique excusant cette protection est toujours inspirée
par la défense de l'intérêt public; la réalité
est quelque peu différente. Des idées qui un jour semblent
solides comme le roc, mais qui laissées à elles-mêmes se
seraient effritées le lendemain, se maintiennent grâce à
cette corruption subtile de notre processus politique. La RCA avait ce
que les Causby n'avaient pas: le pouvoir de confisquer les effets du
progrès technique.
41
Internet n'a pas é té inventé par une seule personne. On
ne peut pas non plus lui attribuer une date de naissance précise.
Cependant, en très peu de temps, Internet est entré dans les
moeurs américaines. D'après le "Pew Internet and American
Life Project", 58 pour cent des Américains avaient accès
à Internet en 2002, contre 49 pour cent deux ans
auparavant.10 Ce nombre pourrait bien dépasser les deux
tiers de la nation avant la fin 2004.
10. Amanda Lenhart, "The Ever-Shifting Internet Population: A New Look
at Internet Access and the Digital Divide," Pew Internet and American
Life Project, 15 April 2003: 6, available at link #2.
42
Au fur et à mesure qu'Internet s'est intégré à la
vie ordinaire, il a changé certaines choses. Certains de ces
changements sont d'ordre technique: Internet a rendu les communications
plus rapides, rassembler des données est devenu moins
coüteux, et ainsi de suite. Ces changements techniques ne sont pas
le sujet de ce livre. Certes, ils sont importants. Certes, ils ne sont
pas bien compris. Mais ils font partie des choses qui
disparaîtraient si nous arrêtions tout à coup d'utiliser
Internet. Ils ne touchent pas les gens qui n'utilisent pas Internet, ou
du moins, ils ne les touchent pas directement. Ils pourraient faire le
sujet d'un livre sur Internet. Mais ceci n'est pas un livre sur
Internet.
43
Le sujet de ce livre est plutôt un effet d'Internet, mais qui va
au-delà d'Internet: un effet sur la façon dont la culture est
é laborée. Ma thèse est qu'Internet a introduit dans ce
processus un changement important, et dont nous n'avons pas encore pris
conscience. Ce changement va transformer radicalement une tradition qui
est aussi ancienne que notre République. La plupart des gens,
s'ils avaient conscience de ce changement, le refuseraient. Cependant,
la plupart ne voient même pas ce qu'Internet a changé.
44
Nous pouvons percevoir ce changement en distinguant culture commerciale
et culture non commerciale, et en comparant les aspects légaux de
chacune. Par "culture commerciale", j'entends cette partie de la
culture qui est produite et vendue, ou qui est produite pour ê tre
vendue. Par "culture non commerciale", j'entends tout le reste. Quand
un vieil homme s'asseyait autrefois dans un parc ou à un coin de
rue pour raconter des histoires que les enfants (ou les adultes)
consommaient, c'était de la culture non commerciale. Quand Noah
Webster faisait publier son "Reader", ou Joel Barlow sa poésie,
c'était de la culture commerciale.
45
Au début de notre histoire, et pour l'essentiel de notre
tradition, la culture non commerciale a é té non
réglementée. Bien sür, si vos histoires é taient
obscènes, ou si votre chanson troublait l'ordre public, il é
tait possible que la loi intervienne. Mais la loi laissait cette
culture libre, et n'intervenait jamais directement dans sa
création ou sa diffusion. Les moyens habituels par lesquels les
citoyens ordinaires partageaient et transformaient leur culture
(raconter des histoires, rejouer des scènes de théatre ou de
télévision, participer à des club d'amateurs, partager
de la musique, enregistrer des cassettes) n'étaient pas
réglementés.
46
La loi régulait seulement la création commerciale. Au
début légèrement, puis d'une façon assez
exhaustive, la loi a protégé les intérêts des
créateurs, en leur accordant des droits exclusifs sur leurs
créations, de façon à ce qu'ils puissent vendre ces
droits sur un marché commercial8.11 Bien sür, ceci
représente aussi une partie importante de la création
culturelle, et cette partie est devenue de plus en plus importante en
Amérique. Mais en aucun cas elle n'a é té un é
lément dominant de notre tradition. Au contraire, ç a
n'était qu'une partie de notre culture, sous contrôle, et
é quilibrée par la partie libre.
11. This is not the only purpose of copyright, though it is the
overwhelmingly primary purpose of the copyright established in the
federal constitution. State copyright law historically protected not
just the commercial interest in publication, but also a privacy
interest. By granting authors the exclusive right to first publication,
state copyright law gave authors the power to control the spread of
facts about them. See Samuel D. Warren and Louis D. Brandeis, "The
Right to Privacy," Harvard Law Review 4 (1890): 193, 198-200.
47
Aujourd'hui, cette démarcation nette entre le libre et le
"contrôlé" a disparu.12 Internet a préparé
le terrain à cette disparition, et avec l'appui des médias,
la loi y a contribué. Pour la première fois dans notre
tradition, les moyens habituels par lesquels les individus créent
et partagent leur culture tombent sous le coup de la loi, qui a é
tendu son emprise à des pans entiers de la culture jusqu'ici
libres de tout contrôle. La technologie, qui jusqu'ici avait
préservé l'équilibre historique entre la culture libre
et la culture nécessitant une "permission", a é té
défaite. La conséquence est que notre culture est de moins en
moins libre, et de plus en plus une culture de permissions.
12. See Jessica Litman, Digital Copyright (New York: Prometheus Books,
2001), ch. 13.
48
On nous justifie ce changement comme nécessaire à la
protection de la création commerciale. Et en effet, sa motivation
est précisément le protectionnisme. Mais le protectionnisme
qui justifie le changement que je décris plus loin n'est pas d'un
genre limité et é quilibré, comme celui qui
caractérisait la loi dans le passé. Il ne s'agit pas d'un
protectionnisme qui protège les artistes. C'est plutôt un
protectionnisme qui permet de protéger certains secteurs
d'activité. Certaines corporations, menacées par le potentiel
qu'a Internet de changer la manière dont la culture, commerciale
ou non, est produite et partagée, se sont unies pour inciter le
législateur à les protéger. C'est l'histoire de la RCA
et Armstrong; c'est le rêve des Causby.
49
Car pour beaucoup de gens, Internet a libéré une
possibilité extraordinaire, de participer à la création
et à l'élaboration d'une certaine culture, qui rayonne bien
au-delà des frontières locales. Cette possibilité a
changé les conditions de création et d'élaboration de la
culture en général, et ce changement menace les industries
é tablies du contenu. Ainsi, Internet est aux fabricants et
distributeurs de contenu du vingtième siècle ce que la radio
FM fut à la radio AM, ou ce que le camion füt au chemin de
fer du XIX siècle: le début de la fin, ou du moins une
transformation substantielle. Les technologies numériques,
liées à Internet, pourraient générer un marché
de la culture plus concurrentiel et plus dynamique; ce marché
pourrait accueillir des créateurs plus variés et plus
nombreux. Ces créateurs pourraient proposer et distribuer des
créations plus variées et plus nombreuses; et, en fonction de
quelques facteurs importants, ces créateurs pourraient, en
moyenne, mieux gagner leur vie dans ce systeme qu'ils ne le font
aujourd'hui -- du moins si les RCA de notre temps n'utilisent pas la
loi pour se protéger de cette concurrence.
50
Cependant, comme je le montre dans les pages qui suivent, c'est
exactement ce qui est en train de se produire dans notre culture
aujourd'hui. Ces é quivalents actuels des radios du début du
vingtième siècle ou des chemins de fer du dix-neuvième
siècle usent de leur influence pour que la loi les protège
contre ces moyens nouveaux, plus efficaces, et plus dynamiques, de
fabriquer la culture. Il sont en train de réussir à
transformer Internet avant qu'Internet ne les transforme.
51
Beaucoup de gens ne voient pas les choses de cette manière. Les
batailles au sujet du copyright et d'Internet leur semblent é
loignées. Pour les rares personnes qui y prêtent attention,
elles semblent surtout se résumer à de simples
interrogations, à savoir: le "piratage" va-t'il ê tre
autorisé, et la "propriété" va-t'elle ê tre
protégée. La "guerre" qui a é té engagée
contre les technologies de l'Internet, et que Jack Valenti, le
président de la Motion Picture Association of America (MPAA)
appelle sa "guerre anti-terroriste personnelle"13 a é
té présentée comme une bataille pour faire régner
la loi et pour faire respecter la propriété. Pour savoir de
quel côté se ranger dans cette guerre, il suffirait
simplement de décider si nous sommes pour ou contre la
propriété.
13. Amy Harmon, "Black Hawk Download: Moving Beyond Music, Pirates Use
New Tools to Turn the Net into an Illicit Video Club," New York Times,
17 January 2002.
52
Si c'était vraiment là l'alternative, alors je serais du
côté de Jack Valenti et de l'industrie du contenu. Moi aussi,
je crois en la propriété, et particulièrement en
l'importance de ce que M. Valenti appelle poétiquement la
"propriété créatrice". Je crois que le "piratage" est
mauvais, et que la loi, intelligemment é crite, devrait punir le
"piratage", que ce soit sur Internet ou ailleurs.
53
Mais ces idées simples cachent une question bien plus fondamentale
et un changement bien plus important. Ma crainte est que, à moins
que nous n'arrivions à comprendre ce changement, la guerre pour
débarrasser le monde des "pirates" d'Internet ne débarrasse
aussi notre culture de certaines valeurs qui ont fondé notre
société depuis ses débuts.
54
Ces valeurs ont fondé une tradition qui, pendant les 180
premières années de notre République au moins, a garanti
aux créateurs le droit de s'inspirer librement du passé, et a
protégé créateurs et innovateurs du contrôle de
l'Etat ou d'un contrôle privé. Le Premier Amendement (NdT: de
la Constitution) protège les créateurs du contrôle de
l'Etat. Et comme le démontre avec force le professeur Neil
Netanel,14 la loi sur le copyright, bien equilibrée,
protège les créateurs du contrôle privé. Notre
tradition n'est donc ni soviétique, ni une tradition de patrons.
Au contraire, elle a délimité un large espace au sein duquel
les créateurs ont pu é laborer et é tendre notre
culture.
14. Neil W. Netanel, "Copyright and a Democratic Civil Society," Yale
Law Journal 106 (1996): 283.
55
Cependant la loi, en cherchant à réguler les changements
technologiques liés à Internet, a répondu par une
augmentation massive de la réglementation sur la création en
Amérique. Pour nous inspirer d'oeuvres existantes, ou bien pour
les critiquer, nous devons d'abord demander la permission, à la
manière d'Oliver Twist. Bien sür, la permission est souvent
accordée. Mais elle n'est pas souvent accordée à un
indépendant, ou à qui veut critiquer. Nous avons
créé une sorte de noblesse culturelle. Ceux qui sont dans la
classe noble ont la vie facile, ceux qui n'y sont pas ne l'ont pas.
Mais c'est la noblesse, sous toute ses formes, qui est é
trangère à notre tradition.
56
L'histoire qui suit a pour sujet cette guerre. Mon sujet n'est pas la
"place centrale de la technologie" dans notre vie quotidienne. Je ne
crois pas aux dieux, numériques ou autres. Il ne s'agit pas non
plus d'une tentative de diaboliser un individu ou un groupe, car je ne
crois pas non plus au diable, qu'il soit capitaliste ou autre. Il ne
s'agit ni d'un conte moral, ni d'un appel au jihad contre une
industrie.
57
Il s'agit plutôt d'un effort pour comprendre une guerre,
désespéremment destructice, inspirée par les
technologies d'Internet, mais qui s'étend bien au-delà du
code informatique. Et en nous faisant comprendre cette guerre, c'est un
effort pour trouver la paix. La dispute en cours autour des
technologies d'Internet n'a aucune bonne raison de continuer. Notre
tradition et notre culture souffriront beaucoup si cette guerre se
prolonge de façon injustifiée. Nous devons comprendre les
racines du conflit. Nous devons le résoudre vite.
58
Comme la bataille des Causby, l'objet du conflit, est, en partie, la
"propriété". La propriété dans cette guerre n'est
pas aussi palpable que celle des Causby, et aucun poulet innocent n'y a
perdu la vie. Pourtant, pour une majorité de gens, les idées
qui accompagnent cette notion de "propriété" sont aussi
é videntes que l'inviolabilité de leur ferme ne l'était
aux yeux des Causby. Nous sommes comme les Causby. Ainsi, la plupart
d'entre nous tiennent pour acquis les extraordinaires revendications
faites de nos jours par les détenteurs de "propriété
intellectuelle". La plupart d'entre nous, comme les Causby,
considèrons que ces revendications sont é videntes. Et par
conséquent, comme les Causby, nous protestons quand une nouvelle
technologie interfère avec cette propriété. Tout comme
pour eux, il nous semble clair que ces nouvelles technologies
d'Internet violent une revendication légitime de
"propriété". Tout comme pour eux, il nous semble clair que la
loi doit intervenir pour faire cesser cette violation.
59
Et par conséquent, quand des passionnés d'informatique ou de
technologie veulent défendre ce qu'ils appellent des technologies
à la Armstrong ou à la Wright Brothers, nous restons
indifférents. Le sens commun ne se révolte pas. Contrairement
au cas des malheureux Causby, le sens commun est du côté des
propriétaires dans cette guerre. Contrairement aux heureux
frères Wright, Internet n'a pas inspiré de révolution en
sa faveur.
60
Mon souhait est de faire é voluer ce sens commun. Je m'étonne
de plus en plus du pouvoir de cette idée de propriété
intellectuelle, et surtout de sa capacité à handicaper le
sens critique des hommes politiques et des citoyens. Jamais dans notre
histoire la partie "possédée" de notre "culture" n'a é
té aussi importante qu'aujourd'hui. Et pourtant, la concentration
du pouvoir qui contrôle les usages de cette culture n'a jamais
é té aussi largement acceptée.
61
Le mystère, c'est: pourquoi?
62
Aurions-nous enfin compris une vérité concernant la valeur et
l'importance d'une propriété absolue sur les idées et la
culture? Aurions-nous découvert que notre tradition a eu tort de
rejeter une revendication aussi absolue?
63
Ou bien est-ce parce que l'idée d'une propriété absolue
des idées et de la culture bénéficie aux RCA de notre
é poque, et ne nous choque pas à première vue?
64
Cette dérive brutale par rapport à notre tradition de libre
culture est-elle le fait d'une Amérique corrigeant une erreur de
son passé, comme elle l'a fait après une guerre sanglante
contre l'esclavage, et comme elle le fait lentement avec les
inégalités? Ou bien n'est-elle qu'une manifestation de plus
d'un système politique détourné par une poignée
d'intérêts particuliers puissants?
65
Si le sens commun conduit à l'extrémisme sur ces questions,
est-ce vraiment parce qu'il croit à cet extrémisme? Ou alors,
est-ce que le sens commun cède devant l'extrémisme, parce
que, comme dans le cas d'Armstrong contre la RCA, le côté le
plus puissant s'est arrangé pour imposer ses vues?
66
Je ne cherche pas à ê tre mystérieux. Mon opinion
personnelle est faite. Je crois qu'il é tait juste que le sens
commun se révolte contre l'extrémisme des Causby. Je crois
qu'il serait juste que le sens commun se révolte contre les
revendications extrêmes faites aujourd'hui au nom de la
"propriété intellectuelle". Ce que la loi exige aujourd'hui
est de plus en plus stupide, un peu comme un shérif qui
arrêterait un avion pour violation de propriété.
Cependant les conséquences de cette stupidité sont bien plus
profondes.
67
La bataille qui fait rage actuellement est centrée autour de deux
idées: le "piratage" et la "propriété." Mon but dans les
deux prochaines parties de ce livre est d'explorer ces deux idées.
68
Ma méthode n'est pas la méthode habituelle d'un
universitaire. Je ne souhaite pas vous plonger dans des arguties
complexes, mâtinées de références à d'obscurs
théoriciens français, aussi naturel que ce soit pour les
bizarres individus que nous sommes devenus, nous autres universitaires.
Au contraire, je commence chaque partie par quelques histoires, afin
d'établir un contexte dans lequel ces idées apparemment
simples peuvent mieux ê tre comprises.
69
Les deux sections présentent l'idée centrale de ce livre:
alors qu'Internet a engendré quelque chose de nouveau et de
fantastique, notre gouvernement, poussé par les médias à
répondre à cette "chose nouvelle", est en train de
détruire quelque chose de très ancien. Plutôt que
comprendre les changements que permet Internet, et au lieu de laisser
au "sens commun" le temps de trouver la meilleure réponse
possible, nous laissons ceux qui sont le plus menacés par ces
changements user de leur influence pour changer la loi. Et bien plus
grave, pour changer quelque chose de fondamental concernant notre
identité.
70
Nous les laissons faire, je pense, non pas parce qu'ils ont raison, ou
parce qu'une majorité d'entre nous croit réellement en ces
changements. Nous les laissons faire parce que les intérêts
les plus menacés comptent parmi les plus puissants acteurs dans
notre système législatif désespérément
corrompu. Ce livre est l'histoire d'une conséquence de plus de
cette corruption; une conséquence dont pour la plupart nous
n'avons pas conscience.
71
Piratage
72
[Intro]
La guerre contre le "piratage" est née en même temps que les
lois qui réglementent la propriété des créations.
Les contours précis de ce concept de "piratage" sont difficiles
à cerner, mais il est facile de comprendre les injustices qu'il
entraîne. Au cours d'un procès qui é tendit le champ
d'application du droit d'auteur anglais aux partitions musicales, Lord
Mansfield é crivit:
73
"Une personne peut utiliser la copie en interprétant la musique,
mais elle n'a pas le droit de priver l'auteur de ses profits en
multipliant les copies et en les é coulant pour son propre
compte."1
74
Aujourd'hui, nous sommes au milieu d'une autre "guerre" contre le
"piratage". Internet a provoqué cette guerre. Internet a permis la
diffusion efficace des contenus. Le partage des fichiers en
peer-to-peer (p2p) est l'une des technologies les plus efficaces
qu'Internet a rendues possibles. Grâce à un système
d'information répartie, les systèmes p2p facilitent la
diffusion rapide de contenus, d'une manière inconcevable il y a
seulement une génération.
75
Cette efficacité ne tient pas compte des contraintes
traditionnellement imposées par le droit d'auteur. Le réseau
ne fait pas de différence entre le partage de contenu sous
copyright ou non. De ce fait, de grandes quantités de contenus
sous copyright ont é té é changés. En retour, ces
é changes ont provoqué une guerre, les détenteurs de
copyright craignant qu'ils ne "privent l'auteur de ses profits."
76
Les guerriers du copyright se sont tournés vers les tribunaux,
vers les législateurs, et, de plus en plus, vers la technologie,
pour défendre leur "propriété" contre le "piratage". Une
génération d'Américains, nous mettent-ils en garde, est
é levée dans l'idée que la "propriété" devrait
ê tre "gratuite". Oubliez les tatouages, qu'importent les
piercings, nos enfants sont en train de devenir des voleurs!
77
Il ne fait aucun doute que le "piratage" est quelque chose de mauvais,
et que les pirates devraient ê tre punis. Mais avant de convoquer
les bourreaux, nous devrions replacer cette notion de "piratage" dans
un certain contexte. Car si le concept est de plus en plus
utilisé, on trouve, à son coeur même, une idée
assez extraordinaire qui est, presque certainement, erronée.
78
Cette idée est à peu près la suivante:
79
Le travail créatif a de la valeur. Dès que j'utilise le
travail créatif d'autre personnes, ou que je fonde mon travail sur
le leur, je leur prends quelque chose qui a de la valeur. Dès lors
que je prends quelque chose qui a de la valeur à quelqu'un
d'autre, je devrais avoir son autorisation. Il est injuste de prendre
quelque chose qui a de la valeur à quelqu'un sans avoir sa
permission. C'est une forme de piratage.
80
Ce point de vue sous-tend les débats en cours. C'est ce que
Rochelle Dreyfuss, professeur en droit à l'université de New
York, appelle la théorie "valeur implique droits" de la
propriété des créations2: s'il y a de la valeur, alors
quelqu'un doit avoir un droit sur cette valeur. C'est ce raisonnement
qui a amené l'ASCAP (ndT: é quivalent américain de la
SACEM française) à intenter un procès aux Girl-Scouts,
pour non-paiement des chansons que les filles chantaient autour de
leurs feux de camp3. Il y avait de la "valeur" (les chansons), donc il
devait y avoir un "droit", quand bien même ce droit allait contre
les Girl-Scouts.
81
Cette idée est certainement une interprétation possible de la
façon dont la propriété des créations devrait
fonctionner. Elle pourrait très bien servir de cadre à un
sytème légal protégeant la propriété des
créations. Cependant, la théorie "valeur implique droit" n'a
jamais é té la théorie américaine de la
propriété des créations. Cette théorie n'a jamais
eu sa place dans notre droit.
82
Au contraire, dans notre tradition, la propriété
intellectuelle est un moyen. C'est un moyen de favoriser
l'épanouissement de la création dans la société,
mais qui reste subordonné à la valeur de la
créativité. Le débat actuel constitue un revirement de
cette tradition. Nous sommes devenus si préoccupés de
protéger l'instrument que nous perdons de vue l'objectif.
83
À l'origine de cette confusion, il y a une différence que la
loi ne prend plus la peine de faire: la différence entre d'une
part le fait de republier le travail de quelqu'un d'autre, et d'autre
part le fait de transformer ce travail, ou de se fonder sur ce travail.
Au départ, les lois sur le copyright ne concernaient que la
publication, aujourd'hui elles réglementent les deux aspects.
84
Ce regroupement n'avait pas beaucoup d'importance avant l'apparition
d'Internet. Les procédés de publication é taient
coüteux, et par conséquent la grande majorité de
l'édition é tait commerciale. Les organisations commerciales
pouvaient se permettre de se conformer à la loi -- même aux
lois d'une complexité byzantine qu'étaient devenues les lois
sur le copyright. Ce n'était qu'une dépense
supplémentaire nécessaire pour faire des affaires.
85
Mais depuis l'apparition d'Internet, cette limite naturelle au champ
d'application de la loi a disparu. La loi ne contrôle plus
seulement la créativité des créateurs commerciaux, mais
celle de tout le monde. Cette extension serait peut-être anodine
si les lois sur le copyright ne réglementaient que la "copie".
Cependant, vu la largesse et le flou avec lesquels s'applique la loi
actuelle, cette extension prend beaucoup d'importance.
86
Les inconvénients de cette loi dépassent maintenant de
beaucoup ses avantages initiaux: elle affecte la créativité
non commerciale, et, de plus en plus, aussi, la créativité
commerciale. Comme nous le verrons plus clairement dans les chapitres
suivants, le rôle de la loi est de moins en moins de soutenir la
créativité, et de plus en plus de protéger certaines
industries de la compétition. Juste au moment oú les
technologies numériques auraient pu libérer un flot
extraordinaire de créativité, commerciale et non commerciale,
la loi entrave cette é nergie par des réglements vagues d'une
complexité insensée, et en menaçant de peines d'une
sévérité déraisonnable. Nous allons peut-être
assister, comme l'écrit Richard Florida, à l'"Essor de la
classe créative."4 (NdT: "Rise of the Creative Class": titre d'un
livre de Richard Florida). Malheureusement, nous sommes aussi en train
d'assister à une augmentation extraordinaire de la
réglementation de cette "classe créative". Ces
fardeaux réglementaires n'ont aucun sens dans notre tradition.
Nous devrions commencer par comprendre cette tradition un peu mieux, et
par placer dans leur vrai contexte les batailles en cours contre le
comportement é tiqueté "piratage".
87
Créateurs
88
En 1928 est né un personnage de dessin animé. Mickey Mouse,
première version, fit ses débuts en mai de cette année
là dans Plane Crazy, un flop retentissant. En novembre, au "Colony
Theater" de New York, dans le premier dessin animé avec son
synchronisé largement distribué, le personnage qui allait
devenir Mickey Mouse prit vie dans Steamboat Willie.
89
Le son synchronisé é tait apparu un an plus tôt au
cinéma dans le film The Jazz Singer. Devant ce succès, Walt
Disney copia la technique et introduisit le son dans les dessins
animés. Personne ne savait si cela allait marcher, ou, si ç a
marchait, si ç a plairait au public. Mais après un premier
essai pendant l'été 1928, les résultats furent sans
é quivoque. Laissons Disney décrire cette première
expérience:
90
"Deux de mes employés pouvaient lire la musique, et l'un d'eux
jouait de l'harmonica. Nous les avons placés dans une pièce
d'oú ils ne pouvaient pas voir l'écran, et nous nous sommes
débrouillés pour diffuser le son dans la pièce oú
nos é pouses et nos amis s'apprêtaient à regarder le
film.
91
Les garçons travaillaient avec une partition indiquant la musique
et les effets sonores. Après plusieurs faux départs, nous
réussîmes à accorder le son avec l'action. L'homme
à l'harmonica jouait l'air, nous autres du bruitage donnions des
coups de sifflet et des coups de casserole, dans le rythme. La
synchronisation é tait presque bonne.
92
Notre assistance fut transportée. Les gens réagirent
d'instinct à cette union du son et du mouvement. Je pensais qu'ils
me faisaient marcher. Du coup, ils me placèrent dans l'assistance,
et recommencèrent l'action. C'était é pouvantable, mais
aussi, merveilleux! Et c'était nouveau!"1
93
Ub Iwerks, un des plus talentueux professionnel du dessin animé,
alors associé de Disney, l'exprima plus vigoureusement: "Je n'ai
jamais é té aussi excité de ma vie. Rien depuis n'a
jamais é galé ç a."
94
Disney avait créé quelque chose de très nouveau,
fondé sur quelque chose d'assez nouveau. Le son synchronisé
donnait vie à une forme de créativité qui avait
rarement, sauf dans les mains de Disney, é té autre chose
qu'une technique de remplissage dans d'autres films. Dans les premiers
temps de l'histoire du dessin animé, l'invention de Disney
définit le standard que les autres allaient peiner à suivre.
Et très souvent, le génie de Disney, ses é clairs de
créativité, furent fondés sur des travaux d'autres
personnes.
95
Tout ceci est familier. Ce que vous ignorez peut-être, c'est
qu'une autre importante transition marque aussi 1928. Cette année
là, un génie comique créait son dernier film muet
produit d'une façon indépendante. Ce génie é tait
Buster Keaton. Le film é tait Steamboat Bill, Jr.
96
Keaton est né en 1895 dans une famille d'artistes de music-hall.
Il fut un maître du film muet, usant du genre burlesque pour
provoquer le fou rire du public. Steamboat Bill, Jr. est un classique
de ce genre, fameux chez les cinéphiles passionnés pour ses
cascades incroyables. Le film é tait typique de Keaton: très
populaire, et parmi les meilleurs du genre.
97
Steamboat Bill, Jr. est antérieur au dessin animé de Disney
Steamboat Willie. La similitude des titres n'est pas une
coïncidence. Steamboat Willie est une parodie en dessin animé
de Steamboat Bill2, et tous les deux sont construits autour d'une
musique commune. Ce n'est pas seulement à l'invention du son
synchronisé dans The Jazz Singer que nous devons Steamboat Willie.
C'est aussi de l'invention de Steamboat Bill, Jr. par Buster Keaton,
lui même inspiré par la chanson "Steamboat Bill," qu'est
né Steamboat Willie, et, de Steamboat Willie, Mickey Mouse.
98
Cet "emprunt" n'avait rien d'exceptionnel, ni pour Disney, ni pour
l'industrie d'alors. Disney parodiait toujours les longs métrages
de son é poque3. Beaucoup d'autres en faisaient autant. Les
premiers dessins animés sont truffés d'imitations, de
légères variations de thèmes populaires, de nouvelles
versions d'anciens contes. C'est l'éclat des différences qui
est la clef du succès. Chez Disney, c'était le son qui
donnait à ses dessins animés cet é clat. Plus tard, ce
fut la qualité de son travail par rapport à celui de la
concurrence, qui fabriquait à la chaîne. Ces additions se
fondaient cependant sur un socle emprunté. Disney enrichissait le
travail d'autres avant lui, créant du neuf avec de l'à peine
vieux.
99
L'emprunt é tait parfois léger. D'autre fois, il é tait
important. Pensez aux contes de fées des frères Grimm. Si
vous ê tes aussi oublieux que moi-même, vous pensez sans
doute que ces contes sont joyeux, gentils, qu'ils conviennent à
tous les enfants au moment de se mettre au lit. En réalité,
les contes de Grimm sont effrayants. Les parents qui oseraient lire ces
histoires sanglantes et moralisatrices à leurs enfants sont rares,
et peut ê tre excessivement ambitieux.
100
Disney reprit ces contes et les raconta à nouveau d'une façon
qui les projeta dans une è re nouvelle. Il anima les contes avec
de la lumière et des personnages. Sans complètement supprimer
les touches d'angoisse et de danger, il rendit drôle ce qui é
tait sinistre et insuffla é motion et compassion là oú
auparavant on trouvait de la peur. Et pas seulement à partir de
l'oeuvre des frères Grimm. En réalité, en reconstituant
le catalogue des oeuvres oú Disney utilise des créations
antérieures, on obtient un ensemble é tonnant: Snow White
(1937), Fantasia (1940), Pinocchio (1940), Dumbo (1941), Bambi (1942),
Song of the South (1946), Cinderella (1950), Alice in Wonderland
(1951), Robin Hood (1952), Peter Pan (1953), Lady and the Tramp (1955),
Mulan (1998), Sleeping Beauty (1959), 101 Dalmatians (1961), The Sword
in the Stone (1963), et The Jungle Book (1967). Mentionnons encore un
exemple plus récent, qu'il faudrait peut-être mieux oublier:
Treasure Planet (2003). Dans tous ces cas, Disney (ou Disney,Inc.) a
extrait l'inventivité de la culture qui l'entourait, combiné
cette inventivité avec son extraordinaire talent personnel, et
fondu ce mélange pour former l'âme de ses créations.
Extraire, combiner, et fondre.
101
Ceci est une forme de créativité. C'est une forme de
créativité dont nous devons nous souvenir et nous
réjouir. Certains diront qu'il n'existe de créativité
que de cette sorte. Il n'est pas nécessaire d'aller si loin pour
en reconnaître l'importance. Nous pourrions l'appeler "la
créativité Disney", quoique ce serait un peu fallacieux.
C'est, plus précisément, "la créativité Walt
Disney": une forme d'expression et de génie qui utilise et
transforme la culture qui nous entoure.
102
En 1928, Disney é tait libre de fonder ses oeuvres sur une culture
relativement récente. Les travaux du domaine public en 1928
n'étaient pas très anciens et par conséquent encore
très vivants. La durée moyenne du copyright é tait
d'environ trente ans, pour cette minorité de travaux qui é
taient effectivement sous copyright4. Cela voulait dire que pour trente
ans, en moyenne, les auteurs ou les détenteurs du copyright d'une
oeuvre de l'esprit avait un "droit exclusif" à contrôler
certains usages des oeuvres. Il fallait la permission du détenteur
du copyright pour utiliser, d'une façon limitée, les oeuvres
sous copyright.
103
Au terme du copyright, une oeuvre entre dans le domaine public. Il
n'est plus nécessaire d'avoir une permission pour l'utiliser ou
fonder un autre travail sur elle. Pas de permission, et, par
conséquent, pas de juristes. Le domaine public est un "terrain
sans juristes". C'est ainsi que la plupart des travaux du
dix-neuvième siècle purent ê tre utilisés librement
par Disney en 1928. Puissant ou misérable, autorisé ou non,
tout un chacun é tait libre d'utiliser ces travaux à sa
guise.
104
C'est ainsi que les choses se déroulaient depuis toujours.
Jusqu'à une période récente, le domaine public n'a
jamais é té bien loin à l'horizon. De 1790 jusqu'à
1978, la durée moyenne du copyright n'a jamais é té
supérieure à trente deux ans. En d'autres termes, toutes les
créations vieilles d'une génération et demi é
taient librement à la disposition de tous sans avoir besoin de la
permission de personne. Pour donner une é quivalence actuelle, les
oeuvres des années 1960 et 1970 seraient actuellement librement
à la disposition d'un nouveau Walt Disney. En fait, actuellement,
on ne peut présumer qu'une oeuvre fait partie du domaine public
que si elle date d'avant la grande crise de 1929.
105
Bien entendu, Walt Disney ne détenait pas de monopole sur la
"créativité Disney". L'Amérique non plus. Pays
totalitaires exceptés, la culture libre, jusqu'à
récemment, est une norme universelle, et amplement appliquée.
106
Considérons par exemple une forme de créativité que de
nombreux Américains tiennent pour bizarre, mais qui est
profondemment ancrée dans la culture japonaise: les mangas, genre
de bandes dessinées. Les Japonais sont passionnés de bande
dessinée. Près de 40 pour cent des publications sont des
bandes dessinées, et 30 pour cent des revenus de l'édition en
provient. Les mangas sont partout dans la société japonaise,
dans tous les kiosques; dans les transports publics, on les remarque
dans de nombreuses mains.
107
Les Américains ont tendance à faire peu de cas de cette forme
culturelle. La bande dessinée est une caractéristique peu
attrayante de notre culture. Nous avons peu de chance de bien
comprendre les mangas, parce que nous sommes peu nombreux a avoir
déjà lu quelque chose qui ressemble à ces authentiques
"nouvelles graphiques". Pour les Japonais, les mangas embrassent tous
les aspects de la vie sociale. Pour nous, la bande dessinée é
voque des hommes en collants ridicules. Et de toute façon, ce
n'est pas comme si le métro de New York é tait plein de
lecteurs de Joyce ou même d'Hemingway. Des gens de
différentes cultures se distraient de façons
différentes; les Japonais de cette curieuse et intéressante
façon.
108
Mais mon but n'est pas ici de comprendre les mangas. Il est de
décrire un phénomène à propos des mangas, tout
à fait é trange du point de vue d'un juriste, mais tout
à fait familier analysé d'une perspective Disney.
109
C'est le phénomène des doujinshis. Les doujinshis sont aussi
des bandes dessinées, mais une sorte de copie des mangas. La
création des doujinshis obéit à des règles
strictes. Une copie conforme n'est pas un doujinshi; l'artiste doit
apporter une contribution à l'art qu'il copie, par des
transformations légères et subtiles, ou alors plus sensibles.
Un doujinshi peut ainsi utiliser une bande dessinée traditionnelle
répandue, et la reprendre en changeant le scénario. Ou garder
tout le caractère d'un personnage, mais changer
légèrement son aspect. Il n'existe pas de formule qui
définit ce qui fait qu'un doujinshi est suffisamment
"différent". Mais la différence doit exister pour
caractériser un vrai doujinshi. Il existe des commissions qui
rejettent les vulgaires copies, et autorisent les authentiques
doujinshis à participer à des expositions
spécialisées.
110
Ces bandes dessinées inspirées par d'autres représentent
une grosse part du marché des mangas. De tout le Japon, plus de
33000 groupes de créateurs réalisent ces fragments de
"créativité Walt Disney". Deux foix par an, plus de 450000
Japonais se rassemblent dans de grandes manifestations pour les é
changer et les vendre. Ce marché existe parallèlement au
courant principal, commercial, du marché des mangas. Il est à
l'évidence, d'une certaine façon, en compétition avec ce
marché. Mais les personnes qui contrôlent le marché
commercial des mangas n'entreprennent pas d'action soutenue pour fermer
le marché des doujinshis. Il prospère, malgré la
compétition et malgré la loi.
111
Pour les spécialistes du droit, la caractéristique la plus
curieuse du marché des doujinshis est simplement qu'il lui soit
permis d'exister. D'après la loi japonaise sur le copyright, qui
reflète, au moins sur le papier, la loi américaine, le
marché des doujinshis est illégal. Les doujinshis sont
clairement des "travaux dérivés". Il n'est pas d'usage pour
les créateurs de doujinshi d'obtenir la permission des auteurs de
mangas. En pratique, simplement, ils utilisent et modifient les
créations des autres, comme le fit Walt Disney avec Steamboat
Bill, Jr. Cette appropriation, sans permission du détenteur
original du copyright, est illégale d'après la loi japonaise,
comme d'après la loi américaine.
112
Pourtant, ce marché illégal existe, et même
prospère, au Japon. Beaucoup pensent même que c'est
précisément à son existence que les mangas japonais
doivent leur prospérité. Voici ce que me disait l'auteur
américain de bandes dessinées Judd Winick: "Les premiers
temps de la bande dessinée en Amérique ressemblaient à
ce qui se passe au Japon aujourd'hui... Les comics américains sont
nés en se copiant les uns les autres... C'est ainsi que les
artistes apprennent à dessiner, pas en décalquant les comics,
mais en les examinant et les copiant" et en leur empruntant5.
113
Les comics américains sont maintenant très différents,
explique Winick, en partie à cause de la difficulté
légale à les adapter, à la façon des doujinshis. Il
poursuit, parlant de Superman: "il y a des règles, et il faut s'y
tenir." Superman ne "peut pas" faire certaines choses. "Pour un
créateur, il est frustrant de devoir respecter des limitations
définies il y a cinquante ans."
114
L'usage, au Japon, minimise ce problème légal. Certains
disent que c'est précisément l'effet heureux sur la
marché des mangas japonais qui explique cet adoucissement. Par
exemple Salil Mehra, professeur de droit à la Temple University,
é met l'hypothèse que le marché des mangas accepte ces
infractions parce qu'elles incitent le marché des mangas à
ê tre plus productif et plus riche. Tout le monde y perdrait si
les doujinshis é taient interdits, ce qui explique que la loi
n'interdit pas les doujinshis6.
115
Cette explication comporte cependant un défaut, admis par Mehra:
le mécanisme à l'origine de cette indulgence n'est pas clair.
Il est possible que le marché dans son ensemble se porte mieux
avec des doujinshis autorisés plutôt qu'interdits, mais cela
n'explique pas pourquoi chaque détenteur de copyright,
considéré isolément, ne fasse pas de procès. Si la
loi ne fait pas d'exception spéciale en faveur des doujinshis (et
d'ailleurs il est déjà arrivé que des créateurs de
doujinshis soient attaqués en justice par des auteurs de mangas),
pourquoi n'existe-t'il pas de mécanisme solide pour faire obstacle
aux "emprunts" perpétrés par la culture doujinshi?
116
J'ai passé quatre mois merveilleux au Japon, et posé cette
question aussi souvent que possible. C'est un ami d'un gros cabinet de
juristes japonais qui m'a sans doute donné la meilleure
explication. Il m'a dit, un après-midi: "nous n'avons pas assez
d'avocats. Nous n'avons simplement pas assez de ressources pour engager
des poursuites dans des affaires de ce genre".
117
C'est un sujet sur lequel nous reviendrons: la réglementation par
la loi est fonction non seulement de la formulation de la loi, mais
aussi des coüts nécessaires pour la faire appliquer. Pour le
moment, concentrons-nous sur la question é vidente, qui est é
ludée: le Japon se porterait-il mieux d'avoir plus d'avocats? Les
mangas seraient-ils plus riches si les artistes doujinshis é
taient régulièrement poursuivis en justice? Les Japonais
gagneraient-ils quelque chose d'important s'ils pouvaient interdire
cette pratique de partage sans indemnisation? La piraterie, ici,
nuit-elle à ses victimes, ou leur est-elle bénéfique?
Des avocats combattant cette piraterie seraient-ils utiles à leurs
clients, ou leur causeraient-ils du tort?
118
Interrompons-nous un moment.
119
Si vous ê tes semblables à la plupart des gens qui
s'intéressent pour la première fois à ces questions, si
vous ê tes comme moi-même il y a une décennie, alors,
vous ê tes certainement, à cet instant, troublé par une
idée à laquelle vous n'aviez jamais réfléchi
jusqu'alors.
120
Nous vivons dans un monde qui tient la "propriété" en haute
valeur. Je partage cette idée. Je crois en la valeur de la
propriété en général, et je crois aussi en la
valeur de cette é trange forme de propriété que les
juristes appellent la "propriété intellectuelle"7. Une grande
communauté, variée, ne peut pas survivre sans
propriété; une grande et moderne société ne peut
pas prospérer sans propriété intellectuelle.
121
Mais une simple seconde de réflexion nous permet de réaliser
qu'il existe beaucoup de valeur dans le monde que la
"propriété" ne peut pas "capturer". Je n'entends pas par
là "l'amour ne s'achète pas", je veux parler effectivement de
valeur faisant partie intégrante des processus de production,
marchands comme non marchands. Si les dessinateurs, chez Disney,
avaient volé une boîte de crayons pour dessiner Steamboat
Willie, nous n'aurions pas hésité à condamner ce vol.
Même mineur, même passé inaperçu, c'eüt é
té un délit. Pourtant, il n'y avait rien de mal, au moins
d'après la loi de l'époque, aux emprunts de Disney à
Buster Keaton ou aux frères Grimm. Il n'y avait rien de mal aux
emprunts à Keaton, parce qu'ils auraient é té jugés
loyaux. Il n'y avait rien de mal aux emprunts aux frères Grimm,
parce que leurs oeuvres é taient dans le domaine public.
122
Donc, bien que Disney (ou, plus généralement, quiconque
exerçant une "créativité Disney") prenne quelque chose
de valeur, notre tradition ne considère pas cette prise comme un
délit. Certains emprunts restent gratuits et libres dans une libre
culture, et cette liberté est un bien.
123
Même chose avec la culture doujinshi. Si un auteur de doujinshi
s'introduisait dans le bureau d'un é diteur et se sauvait, sans
payer, avec mille copies (voire même une seule) de son dernier
ouvrage, nous n'hésiterions pas une seconde à déclarer
l'artiste en tort. En plus de commettre une violation de
propriété, il aurait volé quelque chose de valeur. La
loi proscrit ce genre de vol, petit ou grand.
124
Pourtant il existe une réticence é vidente, même chez
les avocats japonais, à dire que les artistes copieurs de mangas
"volent". Cette forme de "créativité Walt Disney" est tenue
pour loyale, même si les avocats, spécialement, trouvent
difficile d'expliquer pourquoi.
125
Quand on y réfléchit, on peut trouver mille et un exemples de
mécanismes similaires. Les scientifiques se servent des travaux
d'autres scientifiques sans demander de permission, ou sans payer pour
ce privilège ("Excusez-moi, Professeur Einstein, pourrais-je avoir
la permission d'utiliser votre théorie de la relativité pour
démontrer que vous aviez tort au sujet de la physique
quantique?".) Les compagnies théatrales interprètent des
adaptations des oeuvres de Shakespeare sans permission de quiconque. (Y
a-t'il quelqu'un pour penser sérieusement que Shakespeare serait
mieux diffusé s'il existait un organisme central de gestion des
droits de Shakespeare qui serait un passage obligé pour tous les
producteurs de cet auteur?) Et Hollywood obéit à des cycles,
avec certains genres de films: cinq films traitant
d'astéroïdes à la fin des années 1990; deux films
catastrophe impliquant des volcans en 1997.
126
Les créateurs ici et partout ont toujours et de tous temps
créé à partir du passé, et du présent qui les
entoure. Cette création s'est faite toujours et de tous temps, au
moins en partie, sans dédommagement ni autorisation du
créateur d'origine. Aucune société, démocratique ou
non, n'a jamais exigée que soit payée chaque expression d'une
"créativité Walt Disney", ou qu'une autorisation soit
toujours recherchée. Au contraire, chaque société (les
sociétés démocratiques peut-être un peu plus que
les autres) a laissé des pans de sa culture libres d'être
repris.
127
Par conséquent, la difficulté n'est pas de savoir si une
culture est libre. Toutes les cultures sont libres jusqu'à un
certain point. La difficulté est de quantifier cette liberté.
Est-elle limitée aux membres du parti? Aux membres de la famille
royale? Aux dix entreprises les plus performantes de Wall Street? Ou
est-ce que cette liberté est accessible à beaucoup? Aux
artistes en général, qu'ils soient affiliés au
Metropolitan ou pas? Aux musiciens en général, qu'ils soient
blancs ou non? Aux cinéastes en général, qu'ils soient
affiliés à une compagnie de cinéma ou pas?
128
Les cultures libres sont celles qui, largement ouvertes, permettent la
création à partir de ce qui existe; les cultures qui ne sont
pas libres, qui imposent d'obtenir des permissions, offrent bien moins.
Notre culture é tait libre. Elle le devient de moins en moins.
129
Simples copistes
130
En 1839, Louis Daguerre inventa le premier procédé pratique
permettant de réaliser ce que nous allions appeler des
"photographies": le daguerréotype. Le procédé é
tait compliqué et coüteux, et la discipline par
conséquent réservée aux professionnels et à
quelques riches amateurs passionnés (il exista même une
association (American Daguerre Association) qui contribua à
réglementer cette industrie, comme toutes les associations de ce
genre, en é touffant la compétition pour maintenir des prix
é levés.)
131
Cependant, malgré des prix é levés, la demande pour les
daguerréotypes é tait forte. Ceci incita les inventeurs
à trouver des moyens plus simples et moins chers de produire ces
"images automatiques". Bientôt, William Talbot découvrit un
procédé pour fabriquer des "négatifs". Mais comme
ceux-ci é taient en verre, et devaient ê tre maintenus
humides, le procédé restait encore coüteux et
compliqué. En 1870 furent introduites les plaques sèches,
permettant plus facilement la séparation entre la prise de vue et
le développement. Il s'agissait encore de plaques en verre et ce
n'était toujours pas une méthode à la portée du
plus grand nombre.
132
L'avancée qui permit de démocratiser la photographie n'eut
pas lieu avant 1888, et fut l'oeuvre d'un seul homme. George Eastman,
photographe amateur, é tait contrarié par la technologie des
plaques. En un é clair de génie, il comprit que si le film
pouvait ê tre rendu souple, il deviendrait possible de l'enrouler
autour d'un axe. Cette bobine pourrait alors ê tre
expédiée à un développeur, ce qui entraînerait
une baisse sensible des coüts de la photographie. En diminuant les
coüts, Eastman s'attendait à augmenter sensiblement le nombre
de photographes.
133
Eastman mis au point un film flexible, recouvert d'une é mulsion.
Il plaça des rouleaux de film dans un modèle d'appareil photo
petit et simple: le Kodak. Celui-ci fut commercialisé en mettant
en avant sa simplicité: "Appuyez sur le bouton et nous faisons le
reste"1. Eastman décrivit son invention dans The Kodak Primer:
134
Le principe du système Kodak est de séparer le travail qu'un
béotien en photographie peut faire, de celui que seul un expert
peut faire... Nous fournissons à n'importe qui, homme, femme ou
enfant, suffisamment intelligent pour tenir un boitier immobile et
appuyer sur un bouton, un appareil qui é limine le besoin
d'installations exceptionnelles et d'une connaissance pointue de cet
art. On peut l'utiliser sans apprentissage préliminaire, sans
chambre noire et sans produits chimiques2.
135
Pour 25 dollars, tout le monde pouvait faire des photos. L'appareil
é tait vendu déjà chargé avec une pellicule, et
retourné après utilisation, pour développement, à
l'usine Eastman. Evidemment, avec le temps, le prix de l'appareil est
allé diminuant et sa facilité d'utilisation a augmenté.
Ainsi, le rouleau de pellicule fut à l'origine de la croissance
exponentielle de la photographie populaire. Le premier appareil photo
d'Eastman est sorti en 1888. L'année suivante, Kodak tirait plus
de six mille négatifs par jour. Entre 1888 et 1909, alors que la
production industrielle augmentait de 4,7 pour cent, les ventes
d'équipements et de matériels photographiques augmentaient de
11 pour cent3. Les ventes d'Eastman Kodak augmentèrent durant
cette même période de 17 pour cent par an en moyenne4.
136
Cependant, la véritable importance de l'invention d'Eastman
n'était pas de nature é conomique. Elle é tait de nature
sociale. La photographie professionnelle donnait aux gens des
aperçus d'endroits qu'ils n'auraient jamais pu voir autrement. La
photographie amateur leur permit de garder des traces de leurs propres
vies d'une façon impossible jusqu'alors. " Pour la première
fois, l'album de photos a donné à l'homme de la rue une
mémoire permanente de sa famille et de ses activités... Pour
la première fois dans l'Histoire, il existe une authentique
archive en images de l'apparence et des activités des gens
ordinaires, sans interprétation [littéraire] ni
déformation" (Brian Coe5).
137
En ce sens, l'appareil Kodak é tait une technique d'expression. Le
crayon ou le pinceau aussi, bien sür. Mais il fallait des
années d'entraînement avant que des amateurs puissent s'en
servir de manière utile et efficace. Avec le Kodak, il devenait
plus simple et plus rapide de s'exprimer. Les barrières à
l'expression s'abaissaient. Les snobs allaient é videmment
esquisser un sourire de mépris devant sa "qualité", les
professionnels allaient l'écarter pour sa médiocrité.
Mais il suffit de regarder un enfant é tudier comment encadrer au
mieux une photo, pour capter cette expérience de la
créativité permise par le Kodak. Un outil démocratique
donnait à des gens ordinaires des moyens de s'exprimer, plus
facilement qu'aucun autre outil auparavant.
138
Qu'est-ce qui é tait nécessaire pour que cette technique
prospère? A l'évidence, le génie d'Eastman joua un
rôle important. Mais le climat légal eut aussi une grande
part. Car, tôt dans l'histoire de la photographie, il y eut une
série de décisions judiciaires qui aurait très bien pu
changer de façon importante son devenir. Les tribunaux durent
trancher la question de savoir si le photographe, amateur ou
professionnel, avait besoin d'une autorisation pour prendre et
développer à sa guise n'importe quelle photo. Ils
répondirent que non6.
139
Les arguments avancés pour justifier la nécessité d'une
permission vont nous sembler é tonnamment familiers. Le
photographe "prenait" quelque chose de la personne ou du bâtiment
qu'il photographiait -- il piratait quelque chose qui avait de la
valeur. Certains pensaient même qu'il prenait l'âme du sujet.
De même que Disney n'était pas autorisé à voler les
crayons que ses dessinateurs utilisaient pour dessiner Mickey, de
même ces photographes ne devaient pas ê tre autorisés
à prendre des images qui avaient de la valeur.
140
L'argument de l'autre partie devrait é galement nous ê tre
familier. Certes, il se pouvait que le photographe utilise une chose
qui avait de la valeur. Mais les citoyens devraient au moins avoir le
droit de prendre des images de ce qui é tait en vue du public
(Louis Brandeis, bien avant de siéger à la Cour suprême,
pensait que la règle devait ê tre différente pour les
espaces privés7). Peut-être cela signifiait-il que le
photographe obtenait quelque chose pour rien. Tout comme Disney pouvait
s'inspirer de Steamboat Bill, Jr. ou des frères Grimm, le
photographe devait ê tre libre de capturer une image sans
indemniser son sujet.
141
Heureusement pour M. Eastman, et pour la photographie, ces
premières décisions allèrent en faveur des pirates. En
général, aucune permission ne devait ê tre requise pour
prendre un cliché et le partager. La permission é tait
présumée. La liberté, implicite (la loi introduirait
finalement une restriction pour les célébrités: les
photographes professionnels ont plus d'obligations à respecter
quand ils prennent, en vue de commercialisation, des clichés de
gens célèbres. Mais dans la majorité des cas, on peut
prendre des photos sans acquitter de droits8).
142
On ne peut que faire des suppositions à propos de ce que serait
devenue la photographie si la loi é tait allée dans l'autre
sens. Avec une présomption contre lui, le photographe aurait
dü prouver avoir une autorisation. Eastman Kodak aurait
peut-être dü, aussi, prouver avoir une autorisation avant de
traiter les pellicules. Après tout, sans autorisation, Eastman
Kodak aurait bénéficié du "vol" perpétré par
le photographe. Tout comme Napster a bénéficié des
violations de copyright commis par ses utilisateurs, Kodak aurait
bénéficié des violations de "droits à l'image" de
ses photographes. Nous pouvons imaginer alors que la loi requiert d'une
compagnie qu'elle é tablisse une autorisation, avant de
développer des photos. Nous pouvons imaginer le développement
de tout un système pour démontrer cette autorisation.
143
Mais, bien qu'un tel système de permissions soit imaginable, il
est très difficile de croire que la photographie eüt
prospéré comme elle l'a fait, si les contraintes liées
aux permissions avaient fait partie intégrante des lois qui la
régissent. Certes, la photographie aurait existé. Elle se
serait développée avec le temps. Les professionels auraient
continué d'utiliser la technologie de la même manière --
car ils auraient plus facilement supporté les contraintes du
système de permissions. Mais la photographie n'aurait pas atteint
les gens ordinaires. Rien de comparable à ce développement ne
se serait produit. Et certainement rien de comparable au
développement d'une technologie d'expression démocratique.
144
Si vous conduisez à travers le Presidio (NdT: quartier historique)
de San Francisco, vous pouvez voir deux bus scolaires jaunes criards,
et le logo "Just Think!" à la place du nom d'une é cole. Mais
les projets que ces bus rendent possibles ne sont pas uniquement
intellectuels. Ces bus sont bourrés de technologies qui apprennent
aux enfants comment jouer avec le cinéma. Pas le cinéma
d'Eastman. Pas même celui de votre magnétoscope. Plutôt
celui des caméscopes numériques. Just Think! est un projet
qui permet aux enfants de faire des films, de manière qu'ils
puissent comprendre et critiquer la culture filmée dans laquelle
ils baignent. Chaque année, ces bus visitent plus de trente é
coles, et permettent à entre trois et cinq cent enfants
d'apprendre quelque chose sur les médias, en faisant quelque chose
avec les médias. En faisant, ils pensent. En manipulant, ils
apprennent.
145
Ces bus ne sont pas bon marché, mais la technologie qu'ils
transportent l'est de plus en plus. Le coüt d'un système de
vidéo numérique de haute qualité a é normément
baissé. D'après un analyste, "Il y a cinq ans, un bon
système d'édition vidéo numerique coütait 25.000
dollars. Aujourd'hui vous pouvez obtenir de la qualité
professionnelle pour 595 dollars."9 Ces bus sont bourrés de
technologies qui auraient coüté des centaines de milliers de
dollars il y a a peine dix ans. Et maintenant il est possible
d'imaginer non seulement des bus comme celà, mais des salles de
classe dans tout le pays oú les enfants apprennent de plus en plus
ce que les enseignants appellent "lecture des médias".
146
La "lecture des médias", comme la définit Dave Yanofsky, le
directeur de Just Think!, "est la capacité ... de comprendre,
d'analyser et de déconstruire les images des médias. Son but
est de permettre [aux enfants] de comprendre comment fonctionnent les
médias, comment ils sont construits, de quelle manière ils
sont distribués, et de quelle manière les gens y ont
accès."
147
Il peut paraître é trange de parler de "lecture" en ces
termes. Pour une majorité de gens, "lecture" se réfère
à ce qui est é crit. Faulkner, Hemingway et les accords du
participe passé sont les choses qui vont avec la lecture.
148
Peut-être. Mais dans un monde oú les enfants voient en
moyenne 390 heures de publicité télévisée par an,
soit entre 20.000 et 45.000 publicités10, il est de plus en plus
important de comprendre la "grammaire" des images. Car de même
qu'il existe une grammaire de l'écrit, il y en a aussi une pour
les images. Et de même que les enfants apprennent à é
crire en rédigeant beaucoup de textes horribles, de même ils
apprennent la grammaire des images en construisant beaucoup d'images
médiocres (du moins au début).
149
Un nombre croissant d'universitaires et d'activistes tiennent cette
forme de lecture pour cruciale dans la culture de la prochaine
génération. En effet, bien que toute personne sachant é
crire comprenne les difficultés de l'écriture
(difficulté d'ordonner une histoire, de garder l'attention du
lecteur, de former des phrases compréhensibles), peu de gens ont
une notion du fonctionnement des images, comment elles retiennent le
spectateur ou le conduisent à travers une histoire. comment elles
déclenchent l'émotion ou construisent le suspense.
150
Il a fallu une génération au cinéma pour apprendre
à bien faire ces choses. Mais même après, la
connaissance venait en filmant et non pas en é crivant quelque
chose au sujet du film. La compétence venait en faisant
l'expérience de la réalisation d'un film et non pas en lisant
un livre qui en parle. On apprend à é crire en é crivant
et en réfléchissant ensuite à ce qu'on a é crit. On
apprend à é crire avec des images en les réalisant et en
réfléchissant ensuite à ce qu'on a créé.
151
Cette grammaire a é volué avec les médias. Quand il ne
s'agissait que de films, comme me l'a expliqué Elizabeth Daley,
directeur du Centre de Communication Annenberg de l'Université de
Californie du Sud et doyenne de l'école de
Cinema-Télévision de l'USC, cette grammaire concernait "le
placement des objects, les couleurs, ... le rythme, la vitesses et la
texture."11 Mais quand les ordinateurs ont ouvert un espace interactif
oú une histoire est "jouée" autant que suivie, la grammaire a
changé. Le contrôle simple de la narration est perdu et donc
d'autres techniques sont nécessaires. L'auteur Michael Crichton
maîtrisait la narration de science-fiction. Mais quand il essaya
de faire un jeu d'ordinateur basé sur un de ses livres, il lui a
fallu apprendre une nouvelle forme. Comment conduire des gens à
leur insu, le long de l'intrigue d'un jeu, n'est pas é vident
même pour un auteur à succès.12
152
Cette compétence est précisément le métier
qu'apprend un réalisateur de films. Comme le décrit Daley,
"les gens sont très surpris par la manière dont ils sont
conduits le long d'un film. C'est parfaitement construit pour ê
tre invisible, donc vous ne vous en rendez pas compte. Si un
réalisateur réussit son métier, alors vous n'avez pas
conscience d'avoir é té mené." Et si avez conscience
d'avoir é té mené à travers un film, alors c'est un
é chec.
153
Pour autant l'impulsion en faveur d'une extension de l'enseignement de
la lecture (une lecture qui dépasse le texte pour inclure des
é léments sonores et visuels) n'est pas là pour faire de
meilleurs metteurs en scène. Le but n'est pas du tout
d'améliorer la profession. Au contraire, comme l'explique Daley,
154
De mon point de vue, la fracture numérique la plus importante
n'est peut-être pas l'accès à un ordinateur. C'est
plutôt la capacité de se saisir du langage avec lequel cet
ordinateur travaille. Sinon très peu de gens peuvent é crire
avec ce langage, et tous les autres sont réduits à ê tre
"read-only".
155
"Read-only." Récepteurs passifs d'une culture produite ailleurs.
Plantes vertes. Consommateurs. Voici le monde des médias du
vingtième siècle.
156
Le vingt-et-unième siècle pourrait ê tre différent.
Ce point est crucial: Il pourait ê tre à la fois lecture et
é criture. Ou du moins, lire et mieux comprendre l'art
d'écrire. Ou mieux, lire et comprendre les outils qui permettent
à l'écriture de mener ou de détourner. Le but de toute
lecture, et de celle-ci en particulier, est de "permettre aux gens de
choisir le langage approprié pour ce qu'ils ont besoin de
créer ou d'exprimer."13 C'est de permettre aux é tudiants de
"communiquer dans le langage du vingt-et-unième siècle."14
157
Comme n'importe quel langage, ce langage vient plus facilement à
certains qu'à d'autres. Il ne vient pas forcément plus
facilement à ceux qui excellent dans le langage é crit. Daley
et Stephanie Barish, le directeur de l'Institut d'Etudes Multimedia au
Centre Annenberg, décrit l'exemple particulièrement poignant
d'un projet qu'ils effectuèrent dans un lycée. C'était
un lycée très pauvre du centre ville de Los Angeles. Selon
tous les critères traditionnels du succès, ce lycée
é tait un é chec. Mais Daley et Barish effectuèrent un
programme qui donna aux enfants l'occasion d'utiliser des films pour
s'exprimer au sujet de quelque chose que les é tudiants
connaissent: la violence par armes à feu.
158
Le cours eut lieu les vendredis après-midi et il créa un
problème inédit pour cette é cole. Alors que le
problème de la plupart des cours est de faire venir les enfants,
le problème cette fois-ci fut de les en détourner. Les
"enfants é taient là à 6 heures du matin et partaient
à 5 heures de l'après-midi", dit Barish. Ils travaillaient
plus dur que dans tout autre cours, pour faire ce qui devrait ê
tre le sujet de toute é ducation: apprendre à s'exprimer.
159
En utilisant tout ce qu'ils "purent trouver comme support libre sur le
web" et des outils relativement simples pour permettre aux enfants de
mélanger "des images, du son et du texte", Barish indiqua que la
classe avait produit une série de projets montrant des é
léments sur la violence par arme à feu que peu auraient sinon
compris. Cette production a é té proche de la vie de ces
é dudiants. Barish expliqua que le projet "leur a donné un
outil et les a renforcé en leur permettant de le comprendre et
d'en parler". Cet outil a permis la création d'une expression
--avec plus de réussite et de puissance que ne l'aurait permis le
seul texte. "Si vous aviez dit à ces é tudiants, 'vous devez
l'écrire', ils auraient simplement baissé les bras et fait
autre chose", a indiqué Barish car, sans aucun doute, ces é
tudiants n'auraient pas su exprimer correctement leurs idées avec
du texte. D'autre part, le texte n'est pas la forme dans laquelle ces
idées peuvent ê tre le mieux exprimées. La puissance de
ce message dépend de son lien avec la forme d'expression.
160
"Mais", demandai-je, "le but de l'instruction n'est-il pas d'apprendre
aux enfants à é crire?" Bien sür, ca l'est en partie.
Mais pourquoi leur apprenons-nous à é crire? Le but de
l'instruction, m'expliqua Daley, est de donner aux é tudiants un
moyen de "construire du sens". Affirmer que ceci se réduit à
l'écriture, c'est comme dire qu'apprendre à é crire
revient à apprendre à é peler. L'écrit n'est qu'une
partie -- et de moins en moins prépondérante -- de notre
manière de nous exprimer. Comme Daley l'expliqua dans la partie la
plus intéressante de notre interview,
161
Ce que nous voulons, c'est donner à ces é tudiants les moyens
de construire du sens. Si vous ne leur donnez que l'écrit, ils ne
le feront pas. Parce qu'ils n'y arriveront pas. Vous savez, vous avez
là Johnny qui sait regarder des films, il sait jouer à des
jeux video, il sait peindre des graffiti sur tous vos murs, il sait
démonter votre voiture, et il sait faire encore beaucoup d'autres
choses. Simplement, il ne sait pas lire votre texte. Donc Johnny vient
à l'école, et vous lui dites, "Johnny, tu es illetré. Tu
ne sais rien faire d'intéressant." Eh bien, Johnny a deux
possibilités: ou bien il va se déprécier, ou bien c'est
vous qu'il va déprécier. Et s'il n'a pas de problèmes
d'ego, c'est vous qu'il va déprécier. Mais si à la place
vous lui dites "Eh bien, avec toutes ces choses que tu sais faire,
parlons un peu de faire ceci: Joue-moi une musique, ou bien montre-moi
des images, ou bien dessine-moi quelque-chose qui exprime ceci ou
cela." Pas en lui donnant une caméra vidéo et ... en disant
"on va s'amuser avec la caméra et faire un petit film", mais
plutôt sers-toi des é léments que tu comprends, qui sont
ton langage, et construis du sens...
162
Ceci libère beaucoup de potentiel. Et ce qui arrive ensuite, bien
sür, comme ce fut le cas dans toutes ces classes, c'est qu'ils
finissent par se rendre compte que "j'ai besoin d'expliquer ceci, et
pour ç a j'ai vraiment besoin d'écrire quelque chose." Et,
comme le dit un des professeurs à Stephanie, ils
réécrivaient un paragraphe 5, 6, 7, 8 fois, jusqu'à ce
qu'ils soient satisfaits.
163
Parce qu'ils en avaient besoin. Il y avait une raison pour le faire.
Ils avaient besoin de dire quelque chose, et non plus de sauter vos
obstacles. Ils avaient vraiment besoin d'utiliser un langage qu'ils ne
parlaient pas très bien. Mais ils avaient fini par comprendre que
ce langage leur donnait beaucoup de pouvoir."
164
Quand deux avions se sont é crasés contre le World Trade
Center, un autre sur le Pentagone, et un quatrième dans un champ
en Pennsylvanie, tous les médias du monde se sont mis à
couvrir l'événement. A chaque instant de chaque jour de cette
semaine, et pendant les semaines qui suivirent, les médias en
général, et les télévisions en particulier, ont
répété l'histoire des é vénements auxquels
nous venions d'assister. Leur histoire é tait une redite, car nous
avions vu les é vénements qui é taient décrits. Le
génie de cet acte terroriste horrible fut que la seconde attaque,
retardée, é tait parfaitement synchronisée pour
s'assurer que le monde entier serait en train de regarder.
165
Ces redites nous ont semblé de plus en plus familières. Il y
avait une musique passée entre deux rediffusions, et des logos
graphiques qui passaient à l'écran. [ There was a formula to
interviews] . Il y avait de l'"équilibre", et du sérieux.
C'était de l'information, chorégraphiée d'une
manière à laquelle nous avons appris à nous attendre, de
l'"info-divertissement", quand bien même le divertissement est une
tragédie.
166
Mais en plus de ces informations publiées à propos de la
"tragédie du 11 septembre", ceux d'entre nous reliés à
Internet ont pu observer une production tout autre. Internet é
tait plein de récits des mêmes é vénements.
Cependant, ces récits avaient un point de vue très
différent. Certaines personnes avaient réalisé des pages
qui regroupaient des photos du monde entier et les présentaient
sous forme de diapositives avec du texte. D'autres proposaient des
lettres ouvertes. Il y avait des enregistrements sonores. Il y avait de
la colère et de la déception. Il y avait des tentatives pour
fournir un contexte. Il y avait, en bref, une remarquable mobilisation
mondiale, dans le sens oú Mike Godwin l'utilise dans son livre
Cyber Rights, autour d'une actualité qui a captivé
l'attention du monde entier. Il y a eu ABC et CBS, mais il y a aussi eu
Internet.
167
Mon propos n'est pas de faire un simple é loge d'Internet, bien
que je pense que ceux qui ont soutenu cette forme d'expression
méritent un é loge. Je cherche plutôt à
démontrer en quoi cette forme d'expression est importante. Car
comme Kodak, Internet permet de capturer des images. Et comme dans un
film créé par un é tudiant de "Just Think!", ces images
peuvent ê tre mélangées à du son ou à du
texte.
168
Mais à la différence d'une technologie qui se contenterait de
capturer des images, Internet permet de partager ces créations
avec un nombre extraordinaire de gens, presque instantanément.
Ceci est quelque chose de nouveau dans notre tradition; non pas le fait
que la culture puisse ê tre créée de façon
mécanique, et é videmment pas non plus le fait que les é
vénements reçoivent des commentaires critiques, mais le fait
que ce mélange d'images, de son et de commentaires puisse ê
tre largement répandu, presque instantanément.
169
Le 11 septembre n'a pas é té une aberration, mais un
début. Vers la même é poque, une forme de communication
qui a pris depuis beaucoup d'importance, venait de faire son apparition
dans l'esprit du public: Le Web-log, ou blog. Le blog est une sorte
d'agenda public, et dans certaines cultures, comme au Japon, il
fonctionne beaucoup comme un journal de bord. Dans ces cultures, il
consigne des faits privés d'une manière publique-- c'est une
sorte de Jerry Springer é lectronique, disponible partout dans le
monde.
170
Mais aux Etats-Unis, les blogs ont pris un caractère très
différent. Certains utilisent cet espace simplement pour parler de
leur vie privée. Mais beaucoup l'utilisent pour engager des
conversations publiques. Ils discutent de sujets d'intérêt
public, critiquent ceux qui se trompent à leurs yeux, critiquent
les hommes politiques sur les décisions qu'ils prennent, proposent
des solutions aux problèmes que nous voyons tous: les blogs
donnent l'impression d'une réunion publique virtuelle, mais à
laquelle nous n'avons pas besoin d'être présents en même
temps, et oú les conversations ne sont pas nécessairement
reliées. Les meilleures contributions sont relativement courtes;
elles pointent directement vers les mots utilisés par d'autres, en
les critiquant ou en y ajoutant quelque chose. Les blogs sont sans
doute la forme la plus importante de discours public non
chorégraphié que nous possédions.
171
Ceci est une affirmation forte. Et pourtant, elle en dit autant sur
notre démocratie que sur les blogs. Voici l'aspect de
l'Amérique qui est le plus difficile à accepter pour ceux
d'entre nous qui aiment l'Amérique : notre démocratie s'est
atrophiée. Bien sür nous avons des é lections, et la
plupart du temps les tribunaux permettent à ces é lections de
compter. Un nombre relativement restreint de gens votent au cours de
ces é lections. Le cycle de ces é lections est devenu
complètement professionalisé et routinier. La plupart d'entre
nous pensent que c'est ç a, la démocratie.
172
Mais la démocratie ne s'est jamais réduite à des é
lections. La démocratie, c'est la souveraineté du peuple,
mais la souveraineté signifie plus que de simples é lections.
Dans notre tradition, cela signifie aussi le contrôle à
travers des débats raisonnés. C'était d'ailleurs là
l'idée qui captura l'imagination de l'écrivain français
du XIXe siècle Alexis de Tocqueville, auteur de la plus importante
analyse de la Démocratie en Amérique de ce temps-là. Ce
n'étaient pas les é lections populaires qui le fascinaient ;
c'était le jury, une institution judiciaire qui donnait à des
gens ordinaire le pouvoir de décider de la vie ou de la mort
d'autres citoyens. Et le plus facinant pour lui é tait que le jury
ne faisait pas que voter sur l'issue du procès. Ils
délibéraient. Les membres se mettaient d'accord sur la
meilleure solution, ils tentaient de se convaincre les uns les autres
de ce qui leur paraissait ê tre la « bonne » solution
et, au moins dans les cas d'assises, devaient obtenir l'unanimité
pour que le procès soit clos15.
173
Et pourtant, même cette institution faiblit de nos jours en
Amérique. Et à sa place, il n'existe pas d'effort
concerté pour permettre aux citoyens de délibérer.
Certaines personnes appelent à la création d'une institution
dont ce serait le rôle16. Et dans certaines villes de Nouvelle
Angleterre, quelque chose d'analogue aux délibérations existe
encore. Mais pour la plupart d'entre nous, et la plupart du temps, il
n'existe ni espace ni moment réservé à la
"délibération démocratique".
174
Le plus bizarre est qu'en général, ce débat n'a
même pas l'autorisation d'avoir lieu. Nous, la démocratie la
plus puissant au monde, avons adopté une norme forte, qui nous
interdit de parler de politique. Il est permis de parler de politique
avec les gens avec qui vous ê tes d'accord. Mais il est impoli
d'en discuter avec ceux avec qui vous n'êtes pas d'accord. Le
discours politique se fait isolé, et un discours isolé se
fait plus extrême17. Nous tenons le discours que nos amis veulent
entendre, et nous n'entendons presque rien d'autre que ce qu'ils nous
disent.
175
Arrive le blog. L'architecture même du blog résout une partie
de ce problème. Les gens postent quand ils en ont envie, et ils
lisent quand ils en ont envie. La difficulté est de synchroniser
les gens. Une technologie qui permet aux gens de communiquer de
façon asynchrone, comme le courrier é lectronique, augmente
les occasions de communiquer. Les blogs permettent des débats
publics sans obliger le public à se rassembler en un seul endroit.
176
Mais au-delà de l'architecture, les blogs ont aussi résolu le
problème des normes. Il n'existe pas (encore) de norme qui
interdise de parler de politique sur un blog. De fait, cet espace est
rempli de discours à teneur politique, de droite comme de gauche.
Certains des sites les plus populaires sont conservateurs ou
libertaires, mais beaucoup ont toutes les couleurs politiques. Et
même les blogs qui ne sont pas politiques traitent de
problèmes politiques quand l'occasion s'en présente.
177
Pour le moment, l'impact de ces blogs est faible, mais pas nul. Sans
les blogs, le nom de Howard Dean aurait sans-doute disparu de la course
à l'élection présidentielle de 2004. Car quand bien
même le nombre de leurs lecteurs reste faible, leur lecture a un
effet.
178
Un effet direct concerne les actualités, qui avaient un cycle de
vie différent dans les médias traditionnels. L'affaire Trent
Lott en est un exemple. Quand Lott effectua un "dérapage verbal"
lors d'une fête en l'honneur du sénateur Strom Thurmond, en
vantant la politique ségrégationniste de Thurmond, il avait
fait le calcul correct que cette histoire disparaîtrait de la
presse traditionelle en quarante-huit heures. Ce qui fut le cas. Mais
il n'avait pas compté avec sa durée de vie sur les blogs. Les
bloggeurs n'arrêtèrent pas de rechercher cette histoire. Au
cours du temps, de plus en plus de récits de ce "dérapage"
apparurent. Finalement, cette histoire fit son retour dans la presse
traditionnelle. Pour finir Lott fut forcé de démissioner en
tant que leader de la majorité au sénat18.
179
Ce cycle différent est possible car les blogs ne sont pas soumis
aux mêmes pressions commerciales que les autres médias. Les
journaux et les télévisions sont des entités
commerciales. Ils doivent travailler à garder l'attention. Si ils
perdent des lecteurs, ils perdent des revenus. Comme les requins, ils
sont obligés d'avancer sans arrêt.
180
Mais les bloggueurs n'ont pas de contrainte de ce genre. Ils peuvent
persévérer, ils peuvent se concentrer, ils peuvent devenir
sérieux. Si un bloggueur é crit une texte
particulièrement intéressant, de plus en plus de gens
créent des liens vers ce texte. Et plus le nombre de liens vers un
texte augmente, mieux ce texte est classé. Les gens lisent ce qui
a du succès; ce qui a du succès a é té
sélectionné par un processus très démocratique de
classement par les pairs.
181
Il y a ausi un autre aspect en lequel les blogs ont une vie
différente de la presse traditionnelle. Comme me l'a dit Dave
Winer, un des pères de ce mouvement, et un auteur de logiciels
depuis plusieurs décades, une autre différence est l'absence
de "conflit d'intérêt" financier. "Je pense que vous
devriez débarasser le journalisme du conflit d'intérêt",
m'a dit Winer. "Un journaliste amateur n'a pas de conflit
d'intérêt, ou alors ce conflit d'intérêt est si
facile à voir que vous savez, vous pouvez vous en
débarasser".
182
Ces conflits deviennent plus importants quand les médias
deviennent plus concentrés (nous en reparlerons plus loin). La
concentration permet aux médias de cacher plus de choses au public
-- et CNN a reconnu l'avoir fait après la guerre en Irak, par peur
des conséquences sur ses propres employés19. Elle leur impose
aussi d'adopter un point de vue plus cohérent. (En pleine guerre
d'Irak, j'ai lu un message sur Internet, de quelqu'un qui à
l'époque é coutait une liaison satellite avec un reporter en
Irak. La maison mère de New York répétait sans cesse au
reporter que sa version de la guerre é tait trop triste: elle
devait proposer un reportage plus optimiste. Quand elle dit à New
York que ç a n'était pas garanti, ils rétorquèrent
que c'était eux qui é crivaient "le reportage").
183
Les Blogs donnent aux amateurs un moyen d'entrer dans le débat --
j'emploie le mot "amateur" non pas au sens de personne
inexpérimentée, mais au sens d'un athlète olympique,
c'est-à-dire quelqu'un qui n'est payé par personne pour
rendre compte. Ceci permet d'avoir plus de points de vue sur une
information, comme l'ont démontré les comptes-rendus sur le
désastre de la navette Columbia, quand des centaines de personnes
du sud-ouest des Etats-Unis se sont tournées vers Internet pour
raconter ce qu'elles avaient vu20. Et ceci conduit les lecteurs à
lire plusieurs points de vue, et à estimer la vérité
"par triangulaion", comme le dit Winer. Les blogs, d'après Winer,
"sont un lien direct avec notre pensée, et il n'y a pas
d'intermédiaire"-- avec tous les avantages, et tous les
inconvénients que celà suppose.
184
Winer est confiant en l'avenir d'un journalisme contaminé par les
blogs. "Ca va devenir une compétence essentielle", prédit-il,
pour les personnages publics, et de plus en plus pour les particuliers.
Il n'est pas sür que ç a plaise au "journalisme" -- certains
journalistes ont reçu pour instruction de limiter leur
activité sur les blogs21. Mais il est clair que nous sommes encore
dans une période de transition. "Une grande partie de ce que nous
faisons maintenant correspond à un exercice d'échauffement",
m'a dit Winer. Beaucoup de choses doivent parvenir à
maturité, pour que cet espace démontre son plein effet. Et
comme l'addition de contenus à cet espace est l'utilisation
d'Internet qui viole le moins de copyrights, Winer m'a dit: "nous
sommes la dernière chose qu'ils censureront."
185
Ce discours a un effet sur la démocratie. Winer pense que ceci est
dü au fait que "vous ne travaillez pas pour quelqu'un qui
contrôle, pour un gardien du temple". C'est vrai. Mais il a aussi
un autre effet sur la démocratie. Quand des citoyens toujours plus
nombreux expriment leur point de vue, le défendent par é
crit, celà modifie la manière dont les gens perçoivent
les problèmes publics. Il est facile de se tromper tout seul.
C'est plus difficile quand le produit de votre esprit peut ê tre
critiqué par d'autres. Bien sür, rares sont les hommes qui
reconnaissent avoir eu tort. Mais encore plus rares sont ceux qui ne
tiennent pas compte du fait que l'on démontre qu'ils ont tort. Le
fait d'écrire ses idées, arguments et critiques,
améliore la démocratie. Aujourd'hui, il y a peut-être
deux millions de blogs oú de tels débats é crits
prennent place. Quand il y en aura dix millions, nous assisterons
à quelque chose d'extraordinaire.
186
John Seely Brown est le directeur scientifique de Xerox. Son travail,
comme il le décrit sur son site Web, est centré sur
"l'apprentissage humain et [...] la création d'écologies de
la connaissance afin de créer [...] de l'innovation."
187
Brown voit donc ces technologies de création numérique sous
un angle un peu différent des perspectives que j'ai décrites
jusqu'ici. Je suis certain qu'il serait enthousiasmé par n'importe
quelle technologie qui pourrait améliorer la démocratie. Mais
ce qui l'intéresse vraiment, c'est la manière dont ces
technologies affectent l'apprentissage.
188
D'après Brown, nous apprenons en bricolant. Quand "la plupart
d'entre nous sommes devenus grands," explique-t'il, ce bricolage s'est
fait "sur des moteurs de motos, de tondeuses, des automobiles, des
radios, etc." Mais les technologies numériques rendent possible un
bricolage d'un type différent: avec des idées abstraites,
mais sous forme concrète. Les jeunes de "Just Think!" ne se
contentent pas de penser à la manière dont une publicité
présente un homme politique; en utilisant les technologies
numériques, ils peuvent découper cette publicité, et la
manipuler, bricoler afin de voir comment elle fait ce qu'elle fait. Les
technologies numériques ont lancé une forme de bricolage, ou
de "collage libre," comme l'appelle Brown. Beaucoup peuvent
compléter ou transformer les résultats d'expériences
faites par beaucoup d'autres.
189
Jusqu'ici, le meilleur exemple de grande envergure de ce type de
bricolage est le logiciel libre, ou open-source. Il s'agit de logiciels
dont le code source est partagé. N'importe qui peut
télécharger la technologie qui fait tourner ces programmes.
Et n'importe quelle personne désireuse d'apprendre comment
fonctionne un aspect particulier d'une technologie libre ou open-source
peut bricoler avec son code.
190
Cette possibilité créé une "plate-forme d'apprentissage
d'un type entièrement nouveau", comme le décrit Brown.
"Dès que vous commencez à faire celà, vous [...] offrez
un collage libre à la communauté, de sorte que d'autres gens
peuvent examiner votre code, bricoler avec, faire des essais, voir si
ils peuvent l'améliorer." Chaque effort est une forme
d'apprentissage. "L'open source devient une plate-forme d'apprentissage
majeure."
191
Dans ce processus, "les choses concrètes avec lesquelles vous
bricolez sont abstraites. Elles sont du code." Les jeunes
"déplacent leur habileté à bricoler vers le domaine
abstrait, et ce bricolage n'est plus une activité solitaire que
vous faites dans votre garage. Vous bricolez au sein d'une
communauté...
192
Vous bricolez avec les créations d'autres personnes. Plus vous
bricolez, plus vous les améliorez." Plus vous les améliorez,
plus vous apprenez. Ce même processus est aussi à
l'oeuvre avec les contenus. Et il se produit de la même
manière collaborative quand ce contenu est sur le Web. Comme le
dit Brown, "le Web [est] le premier medium qui rend véritablement
hommage à de multiples formes d'intelligence." Les technologies
précédentes, comme la machine à é crire ou le
traitement de texte, ont aidé à amplifier l'écrit. Mais
le Web amplifie bien plus que l'écrit. "Le Web [...] dit ceci: si
vous ê tes musicien, artiste, ou bien intéressé par le
cinéma [alors] il y a beaucoup de choses que vous pouvez faire
avec ce medium. aujourd'hui, [le web] peut amplifier ces multiples
formes d'intelligence, et leur rendre hommage."
193
Brown parle de ce qu'Elizabeth Daley, Stephanie Barish, et Just Think!
nous enseignent: le fait que ce bricolage culturel instruit autant
qu'il créé. Il développe des talents d'une manière
différente, et il s'ensuit un type différent de
reconnaissance.
194
Cependant, la liberté de bricoler avec ces objets n'est pas
garantie. En fait, comme nous allons le voir au cours de ce livre,
cette liberté est de plus en plus menacée. Alors qu'il ne
faisait aucun doute que votre père avait le droit de bricoler avec
le moteur de sa voiture, il est très peu probable que votre enfant
aura le droit de bricoler avec les images qu'elle trouve autour d'elle.
La loi et, de plus en plus, la technologie, interfèrent avec une
liberté que la technologie et la curiosité auraient
normalement garantie.
195
Ces restrictions sont devenues la préocupation de certains
chercheurs et universitaires. Ed Felten, professeur à Princeton
(et dont nous reparlerons au chapitre 10) a développé un
argument fort en faveur du "droit à bricoler", comme il s'applique
à l'informatique et au savoir en général22. Mais
l'inquiétude de Brown est antérieure, ou plus fondamentale.
Elle concerne ce que les enfants peuvent ou ne peuvent pas apprendre,
à cause de la loi.
196
"Voici oú va l'éducation du vingt-et-unième
siècle," explique Brown. Nous devons "comprendre comment les
enfants qui grandissent dans un monde numérique pensent et veulent
apprendre."
197
"Mais," comme le dit Brown, et comme le démontre la suite de ce
livre, "nous sommes en train de construire un système légal
qui supprime complètement les tendances naturelles des enfants de
l'ère numérique... Nous sommes en train de construire une
architecture qui libère 60 pour cent de l'intellect, [et] un
système légal qui referme cette même partie de
l'intellect."
198
Nous sommes en train de construire une technologie qui prend la magie
du Kodak, permet de mélanger des images et du son, y ajoute de
l'espace pour accueillir des commentaires, et la possibilité de
répandre partout cette créativité. Mais nous
construisons aussi des lois pour fermer cette technologie.
199
"Ce n'est pas comme ç a qu'on fait marcher une culture," comme me
le dit Brewster Kahle, que nous rencontrerons au chapitre 9, dans un
rare moment de découragement
200
Catalogues
201
A l'automne 2002, Jesse Jordan de la ville d'Oceanside, é tat de
New York, s'inscrivit en première année au Rensselaer
Polytechnic Institute, à Troy, é tat de New York. Sa
matière principale au RPI é tait les technologies de
l'information. Bien qu'il ne füt pas programmeur, en octobre Jesse
décida de commencer à jouer avec les techniques de moteurs de
recherche qui é taient disponibles sur le réseau de RPI.
202
RPI est l'un des centres de recherche technologiques les plus
avancés d'Amérique. Il délivre des diplômes dans
des domaines allant de l'architecture et l'ingéniérie aux
sciences de l'information. Plus de 65 pour cent des ses 5000 é
tudiants ont terminé le lycée en figurant parmi les 10 pour
cent meilleurs de leur classe. L'école rassemble ainsi un
mélange idéal de talent et d'expérience afin d'imaginer
et de construire, une génération pour l'âge des
réseaux.
203
Le réseau informatique de RPI relie entre eux é tudiants,
enseignants et administration. Il relie é galement RPI à
Internet. Tout ce qui est disponible sur le réseau de RPI ne l'est
pas sur Internet. Mais le réseau est fait de sorte que les é
tudiants aient accès à Internet, de même qu'un
accès plus privé aux autres membres de la communauté de
RPI.
204
Les moteurs de recherche permettent de mesurer le degré
d'intimité d'un réseau. Google a beaucoup rapproché
Internet de nous, en améliorant de manière fantastique la
qualité des recherches sur le réseau. Les moteurs de
recherche spécialisés y parviennent encore mieux. L'idée
derrière les moteurs de recherche pour "intranet", des moteurs de
recherche qui cherchent à l'intérieur du réseau d'une
institution, est de fournir aux utilisateurs de cette institution un
meilleur accès aux données de cette institution. Les
entreprises font celà tout le temps, de manière à
permettre à leurs employés d'accéder à des
données que les gens en dehors de l'entreprise ne peuvent obtenir.
Les universités le font aussi.
205
Ces moteurs fonctionnent grâce à la technologie du
réseau lui-même. Microsoft, par exemple, possède un
système de fichier en réseau, qui permet aux moteurs de
recherche d'interroger le système très facilement, pour
savoir quels contenus sont disponibles publiquement (sur ce
réseau). Le moteur de recherche de Jesse fut construit de
manière à tirer avantage de cette technologie. Il utilisait
le système de fichiers de Microsoft afin de construire une liste
de tous les fichiers disponibles sur le réseau RPI.
206
Le moteur de Jesse n'était pas le premier construit pour le
réseau RPI. En effet, son moteur de recherche é tait une
simple modification d'autres moteurs é crits par d'autres. Sa
seule amélioration importante é tait qu'il corrigeait une
erreur existant dans le système de Microsoft, qui provoquait des
plantages d'ordinateurs. Avec les moteurs préexistants, en tentant
d'accéder à un fichier qui se trouvait sur un ordinateur qui
n'était plus en ligne avec un navigateur Windows, on pouvait faire
planter son ordinateur. Jesse modifia légèrement le
système pour résoudre ce problème, en ajoutant un bouton
sur lequel un utilisateur pouvait cliquer pour savoir si la machine qui
contenait le fichier é tait toujours en ligne.
207
Le moteur de Jesse fut mis en ligne fin octobre. Durant les six mois
suivants, il continua à le perfectionner et à en
améliorer la fonctionnalité. En mars, le système
fonctionnait plutôt bien. Jesse avait plus d'un million de
fichiers dans sa liste, qui comprenait tout les types de contenus se
trouvant sur les ordinateurs des utilisateurs du réseau.
208
Ainsi donc la liste produite par son moteur de recherche contenait des
images, que les é tudiants pouvaient utiliser, pour les mettre sur
leur site web; des copies de cours ou de la recherche; des copies de
textes techniques; des films courts crées par les é tudiants;
des brochures d'universités -- en bref, tout ce que les
utilisateurs du réseau RPI rendaient disponible dans un
répertoire public de leur ordinateur.
209
Mais la liste contenait aussi de la musique. En fait, un quart des
fichiers que le moteur de recherche de Jesse listait é taient des
fichiers de musique. Ceci veut dire, bien sür, que les trois
quarts n'en é taient pas, et -- ce point est parfaitement clair --
Jesse ne fit rien pour pousser les gens à mettre des fichiers de
musique dans leurs répertoires publics. Il ne fit rien pour cibler
le moteur de recherche vers ces fichiers. Il é tait un é
tudiant qui expérimentait une technologie similaire à Google,
dans une université oú il é tudiait les sciences de
l'information, et par conséquent, expérimenter é tait
son but. A la différence de Google, ou de Microsoft en
l'occurence, il ne gagnait pas d'argent de ses expériences; il
n'avait pas non plus de lien avec une entreprise qui en gagnait ainsi.
Il n'était qu'un é tudiant qui expérimentait une
technologie, dans un environnement oú c'était
précisément ce qu'il é tait supposé faire.
210
Le 23 avril 2003, Jesse fut contacté par le doyen de RPI. Le doyen
l'informa que la Recording Industry Association of America, la RIAA,
é tait en train de porter plainte contre lui et trois autres
é tudiants qu'il ne connaissait même pas, dont deux se
trouvaient dans d'autres universités. Quelques heures plus tard,
on remit à Jesse les documents concernant la plainte. Lorsqu'il lu
ces documents et vit les nouvelles s'y rapportant, il é tait de
plus en plus é tonné.
211
"C'est absurde," me dit-il. "Je ne pense pas avoir fait quoi que ce
soit de mal... Je ne pense pas qu'il y ait quoi que ce soit de
mal avec le moteur de recherche que j'ai fait tourner, ou ... avec ce
que j'y ai apporté. C'est-à-dire que je ne l'ai pas
modifié d'une manière qui favorise ou facilite le travail de
pirates. Je l'ai simplement modifié de manière à le
rendre plus facile à utiliser"-- une fois de plus, un moteur de
recherche, que Jesse n'avait pas é crit lui même, afin de
permettre aux membres de RPI d'accéder à des contenus que
Jesse n'avait pas crées ou postés lui-même, et dont la
vaste majorité n'avait rien à voir avec de la musique.
212
Mais la RIAA appelait Jesse un pirate. Elle prétendait qu'il
animait un réseau, et que par conséquent il avait
"volontairement" violé les lois sur le droit d'auteur. Elle
demanda qu'il la paie en dommages de ses actes. Dans des cas de
"violation volontaire", le Copyright Act définit quelque chose que
les juristes appellent "dommages statutaires". Ces dommages permettent
à un détenteur de droits d'auteur de réclamer 150.000
dollars par violation. Comme la RIAA se plaignait de plus d'une
centaine de violations, elle demanda que Jesse paie au moins 15.000.000
de dollars.
213
Des procès similaires furent intentés à trois autres
é tudiants: un autre é tudiant à RPI, un à
l'Université Technique du Michigan, et un à Princeton. Leurs
situations é taient semblables à celle de Jesse. Bien que
chaque cas füt différent en détail, l'idée
générale é tait exactement la même: d'énormes
demandes en "dommages" dont la RIAA se déclarait redevable. En
additionnant ces demandes, ces quatre procès demandaient aux
tribunaux américains de dédomager les plaignants de près
de 100 milliards de dollars -- soit six fois le total des profits de
l'industrie cinématographique en 20011.
214
Jesse appela ses parents. Ils é taient avec lui, mais un peu
effrayés. Un oncle é tait avocat. Il commenca à
négocier avec la RIAA. Ils demandèrent combien d'argent Jesse
avait. Jesse avait é conomisé 12.000 dollars, grâce
à des emplois d'été et autres travaux. Ils
demandèrent 12.000 dollars pour retirer leur plainte.
215
La RIAA voulait que Jesse reconnaisse avoir fait quelque chose de mal.
Il refusa. Il voulaient qu'il accepte un jugement qui lui aurait
interdit de travailler dans un certain nombre de secteurs
technologiques pour le reste de sa vie. Il refusa. Ils lui firent
comprendre que le fait d'être traduit en justice n'allait pas
ê tre une partie de plaisir. (Le père de Jesse me raconta que
l'avocat principal sur le dossier, Matt Oppenheimer, avait dit à
Jesse, "Je ne vous conseille pas de vous payer une deuxième visite
chez un dentiste comme moi.") Et tout du long, la RIAA répéta
qu'elle ne retirerait pas sa plainte avant d'avoir pris le dernier
centime é conomisé par Jesse.
216
La famille de Jesse fut scandalisée par ces prétentions. Ils
voulaient se défendre en justice. Mais l'oncle de Jesse leur fit
comprendre la nature du système légal américain. Jesse
pouvait se défendre contre la RIAA. Il se pouvait même qu'il
gagne. Mais le coüt d'un procès de ce genre, dit-il à
Jesse, serait d'au moins 250.000 dollars. S'il gagnait, il ne
récupérerait pas cet argent. S'il gagnait, il se retrouverait
avec un bout de papier stipulant qu'il aurait gagné, et un autre
bout de papier stipulant que lui et sa famille seraient en faillite.
217
Ainsi donc, Jesse é tait devant un choix digne de la mafia:
250.000 dollars pour une chance de gagner, ou bien 12.000 dollars pour
un règlement à l'amiable.
218
L'industrie du disque répète qu'il s'agit d'une question de
loi et de morale. Mettons la loi de côté pour un
moment, et pensons seulement à la morale. Oú est la morale
dans un procès comme celui-là? Quelle vertu y-a-t'il à
faire des boucs é missaires? La RIAA est un lobby extrêmement
puissant. Son président gagne, semble-t'il, plus d'un million de
dollars par an. Les artistes, en revanche, ne sont pas bien payés.
Un chanteur gagne en moyenne 45.900 dollars2. La RIAA a é
normément de moyens, pour influencer et diriger la politique.
Oú est donc la morale à prendre de l'argent à un é
tudiant pour avoir fait tourner un moteur de recherche3?
219
Le 23 juin, Jesse vira ses é conomies à l'avocat de la RIAA.
La plainte fut retirée. Et par ces mots, cet é tudiant qui
avait transformé un ordinateur en un procès à 15
millions de dollars devint un militant:
220
Je n'était absolument pas un militant [avant]. Je n'ai jamais
vraiment voulu ê tre un militant... [Mais] on m'y a poussé.
En aucune manière je n'avais prévu quelque chose de ce genre,
mais je pense que ce que la RIAA a fait est complètement absurde.
221
Les parents de Jesse gardent une certaine fierté pour leur
militant malgré lui. Comme me l'a dit son père, Jesse "se
considère comme très conservateur, et moi de même... Il
n'est pas du genre à se battre pour sauver les arbres... Je trouve
que c'est très bizarre que ce soit tombé sur lui. Mais il
veut que les gens sachent qu'ils envoient un mauvais signal. Et il veut
corriger celà."
222
Pirates
223
Si "pirater" signifie utiliser la propriété artistique des
autres sans leur permission -- s'il est vrai que "valeur implique
droits" -- alors l'histoire de l'industrie du contenu est une histoire
de piratage. Chaque secteur important de l'industrie des médias
d'aujourd'hui -- cinéma, disque, radio et télévision par
câble -- est né d'une forme de piratage selon cette
définition. Ce chapitre montre comment chaque génération
de pirates a fini par rejoindre le club des industries respectables --
jusqu'à aujourd'hui.
224
Cinéma
225
L'industrie cinématographique de Hollywood fut créée par
des pirates en fuite1. Les créateurs et metteurs en scène
migrèrent de la Côte Est vers la Californie au début du
vingtième siècle, en partie afin d'échapper au
contrôle que les brevets accordaient à l'inventeur du
cinéma, Thomas Edison. Ce contrôle é tait exercé
par un "trust", la Motion Pictures Patent Company, et é tait
basé sur la propriété intellectuelle de Thomas Edison --
ses brevets. Edison créa la MPPC afin d'exercer les droits que sa
propriété intellectuelle lui donnait, et la MPPC ne prenait
pas son travail à la légère. Comme le rapporte un
commentateur :
226
Un ultimatum en janvier 1909 fut donné à toutes les
compagnies pour se mettre en règle avec la licence. En
février, les hors-la-loi qui ne possédaient pas de licence,
et qui s'appelaient entre eux les indépendants, protestèrent
contre le trust et continuèrent de travailler sans se soumettre au
monopole d'Edison. A l'été 1909, le mouvement
indépendant é tait en pleine activité, avec des
producteurs et des propriétaires de cinémas qui utilisaient
des é quipements illégaux et importaient de la pellicule pour
créer leur propre marché souterrain.
227
Voyant le nombre de cinémas pirates dans le pays augmenter
rapidement, la Compagnie des Brevets réagit contre le mouvement
indépendant, en créant une filiale de gros bras, connue sous
le nom de Compagnie Générale des Films, chargée de
bloquer l'entrée des cinémas sans licence. Au cours d'actions
répressives qui sont entrées dans la légende, la
Générale des Films confisqua les é quipements sans
license, interrompit l'approvisionnement des salles qui passaient des
films sans licence, et monopolisa le circuit de distribution, en
acquérant toutes les bourses aux films américaines, à
l'exception de celle détenue par Wiliam Fox, un indépendant
qui continua de défier le Trust après que sa licence fut
révoquée2.
228
Les Napster de l'époque, les "indépendants", é taient
des compagnies comme la Fox. Et pas moins qu'aujourd'hui, ces
compagnies résistèrent vigoureusement. "Les tournages é
taient interrompus par des vols de machines, et des 'accidents' se
produisaient fréquemment, qui se traduisaient par des pertes de
négatifs, d'équipements, de bâtiments et parfois de
vies."3 Ceci poussa les indépendants à fuir vers la Côte
Ouest. La Californie é tait suffisament hors de portée
d'Edison pour que les producteurs de films puissent pirater ses
inventions sans craindre la loi.
229
Bien sür, la Californie se développa rapidement, et la loi
fédérale finit par ê tre appliquée à l'Ouest.
Mais comme les brevets n'accordaient qu'un monopole vraiment
"limité" à leur détenteur (seulement dix-sept ans à
l'époque), au moment ou les agents fédéraux furent en
nombre suffisant, les brevets avaient expiré. Une industrie
nouvelle é tait née, en partie par le piratage de la
propriété intellectuelle d'Edison.
230
Musique enregistrée
231
L'industrie du disque est née d'un autre genre de piratage, mais
pour s'en apercevoir il faut connaître certains détails sur
la manière dont la loi s'applique à la musique.
232
A l'époque oú Edison et Henri Fourneaux inventaient des
machines à reproduire la musique (Edison le phonographe, Fourneaux
le piano mécanique), la loi accordait aux compositeurs le droit
exclusif de contrôler les copies et les exécutions publiques
de leur musique. En d'autres termes, si en 1900 j'avais voulu une copie
de "Happy Mose", un succès de Phil Russel en 1899, la loi
stipulait que j'aurais dü payer pour avoir le droit d'obtenir une
copie de la partition musicale, et que j'aurais aussi dü payer
pour avoir le droit de la jouer en public.
233
Mais qu'en é tait-il si j'avais voulu enregistrer "Happy Mose",
à l'aide du phonographe d'Edison, ou du piano mécanique de
Fourneaux ? La loi bloquait sur ce point. Il é tait assez clair
que j'aurais dü payer pour chaque copie de la partition que
j'aurais faite en créant cet enregistrement. Et il é tait
aussi clair que j'aurais dü payer pour chaque exécution en
public de l'oeuvre que j'aurais enregistrée. Mais ce qui
n'était pas clair, c'était si j'aurais dü payer pour une
"exécution publique" pour enregistrer la chanson à mon
domicile (même aujourd'hui, vous ne devez rien aux Beatles si vous
chantez leurs chansons sous la douche), ou si j'avais enregistré
la chanson de mémoire (les copies qui sont dans votre cerveau ne
sont pas --encore-- soumises à la loi sur le droit d'auteur).
Donc, si je chantais la chanson devant un appareil d'enregistrement
à mon propre domicile, il n'était pas sür que je doive
quelque chose au compositeur. Et, plus important, il n'était pas
sür que je doive quoi que ce soit au compositeur si je faisais
ensuite des copies de ces enregistrements. A cause de cette
faille juridique, on pouvait à l'époque pirater la chanson de
quelqu'un d'autre, sans rien payer au compositeur.
234
Les compositeurs (et é diteurs) é taient tout sauf heureux de
cette possibilité de piratage. Pour reprendre les mots du
sénateur Alfred Kittredge, du Sud Dakota,
235
Rendez-vous compte de l'injustice. Un compositeur é crit une
chanson ou un opéra. Un é diteur achète au prix fort les
droits de cet opéra, et le place sous copyright. Et puis arrivent
l'industrie phonographique, et les compagnies qui découpent des
rouleaux de musique, et volent délibérément le travail
du compositeur et de l'éditeur, sans aucune considération
pour [leurs] droits.4
236
Les innovateurs qui avaient développé la technologie pour
enregistrer le travail des autres "essoraient le travail, le talent et
le génie des compositeurs américains"5 et l'"industrie de
l'édition musicale" se trouvait donc "à la merci de ces
pirates."6 Comme l'a dit John Philip Sousa, de la manière la plus
directe possible, "Si ils font du profit avec ma musique, alors j'en
veux une partie."7
237
Ces arguments trouvent un echo familier dans les guerres d'aujourd'hui.
De même que les arguments de la partie adverse. Les inventeurs du
piano mécanique arguèrent qu'il é tait "parfaitement
possible de démontrer que l'apparition de machines à jouer de
la musique n'a privé aucun compositeur de rien qu'il n'eut avant."
Au contraire, les machines augmentaient les ventes de partitions.8 Quoi
qu'il en soit, dirent les inventeurs, le devoir du Congrès é
tait de "privilégier l'intérêt du [public], qu'il
représente et doit servir." "Tous ces discours parlant de
'vol'," é crivit le conseiller général de la Compagnie
Américaine des Graphophones, "n'est que de la poudre aux yeux, car
il n'existe pas de propriété des idées musicales,
littéraires ou artistiques, sauf définie par décret."9
238
La loi trancha rapidement en faveur des compositeurs et des
interprètes qui enregistraient leur musique. Le Congrès
amenda la loi de manière à s'assurer que les compositeurs
soient payés pour les "reproductions mécaniques" de leur
musique. Mais plutôt que d'accorder au compositeur un
contrôle total sur le droit de faire des reproductions
mécaniques, le Congrès donna aux interprètes le droit
d'enregistrer de la musique, à un prix fixé par le
Congrès, après que le compositeur aurait autorisé un
premier enregistrement. C'est cette part de la loi sur le copyright qui
rend possible les reprises. Une fois qu'un compositeur a autorisé
un enregistrement de sa musique, les autres sont libres d'enregistrer
la même musique, du moment qu'ils paient au compositeur original
une taxe fixée par la loi.
239
En général, la loi américaine appelle ceci une "licence
contraignante", mais je préfère parler de "licence
statutaire". Une licence statutaire est une licence dont les
termes sont fixés par la loi. Après que le Congrès
amenda le Copyright Act en 1909, les maisons d'enregistrement furent
libres de distribuer des copies de leurs enregistrements, du moment
qu'ils payaient au compositeur (ou au détenteur des droits
d'auteur) la taxe fixée par le décret.
240
Ceci constitue une exception dans la loi sur le droit d'auteur. Quand
John Grisham é crit un roman, un é diteur est libre de
publier ce roman seulement si Grisham lui en donne la permission.
Celui-ci, en revanche, est libre de réclamer la somme qui lui
plaît en é change de cette permission. Le prix pour publier
Grisham est donc fixé par Grisham lui même, et la loi sur le
droit d'auteur dit qu'en général vous n'avez pas le droit
d'utiliser le travail de Grisham sans sa permission.
241
Mais la loi régissant les enregistrements sonores donne moins aux
artistes. Et donc, en effet, la loi subventionne les maisons
d'enregistrement à travers une sorte de piratage -- en donnant aux
musiciens un contrôle plus faible qu'elle ne donne aux auteurs
d'autres types de création artistique. Les Beatles ont moins de
contrôle sur leur création que Grisham n'en a sur la sienne.
Et les bénéficiaires de ce moins de contrôle sont
l'industrie du disque et le public. L'industrie du disque obtient
quelque chose qui a de la valeur pour moins que ce qu'elle ne paierait
normalement; le public a accès à un é ventail plus large
de créations musicales. De fait, le Congrès fut très
explicite quant aux raisons pour lesquelles il accordait ce choix. Sa
crainte é tait le pouvoir monopolistique des ayant-droits, et que
ce pouvoir ne supprime la créativité.10
242
Bien que l'industrie du disque soit devenue plutôt timide
récemment sur ce sujet, historiquement sa position a é
té en faveur des licences statutaires pour les enregistrements.
Comme l'indique un rapport du Comité Judiciaire de la Chambre des
Représentants datant de 1967,
243
les producteurs de disques soutinrent vigoureusement que le
système de licences contraignantes devait ê tre maintenu. Ils
soutinrent que l'industrie du disque, qui pèse un demi miliard de
dollars, est d'une importance é conomique majeure aux Etats-Unis
et dans le monde; les disques sont aujourd'hui le principal moyen de
diffusion de la musique, et ceci cause des problèmes particuliers,
car les chanteurs ont besoin d'un accès non restreint à la
musique, de manière non discriminatoire. Historiquement,
firent-ils remarquer, il n'existait pas de droits à
l'enregistrement avant 1909, et le décret de 1909 avait
accepté les licences contraignantes en tant que mesure
anti-monopolistique délibérée, en é change de
l'octroi de ces droits. Ils ajoutèrent que le résultat en a
é té une abondance de disques, donnant au public des prix
plus bas, une qualité meilleure, et un choix plus large.11
244
Cette limitation des droits des musiciens, ce piratage partiel de leur
travail créatif, bénéficie aux maisons de disques, et au
public.
245
Radio
246
La radio aussi est née du piratage.
247
Lorsqu'une radio passe un enregistrement sur les ondes, ceci constitue
une "exécution publique" du travail du compositeur.12 Comme je
l'ai décrit plus haut, la loi donne au compositeur (ou au
détenteur des droits d'auteur) un droit exclusif sur les
exécutions publiques de son oeuvre. La station de radio doit donc
de l'argent au compositeur pour cette exécution.
248
Mais quand une station de radio passe un disque, elle ne fait pas
seulement une copie de travail du compositeur. La radio effectue aussi
une copie du travail de l'interprète. C'est une chose d'avoir
"Joyeux Anniversaire" chanté à la radio par la chorale
d'enfants locale; c'en est une toute autre si ce sont les Rolling
Stones ou bien Lyle Lovett qui chantent. L'interprète ajoute
à la valeur de la composition effectuée par la station de
radio. Et si la loi é tait parfaitement cohérente, la station
de radio devrait payer l'interprète pour son travail, tout comme
elle paie le compositeur pour sa musique.
249
Mais ce n'est pas le cas. D'après la loi sur les diffusions
radiophoniques, la station de radio n'a pas à payer
l'interprète. La station de radio doit seulement payer le
compositeur. Par conséquent, la station reçoit quelque chose
sans contrepartie. Elle peut diffuser le travail de l'artiste
gratuitement, même si elle doit payer le compositeur pour avoir le
droit de passer sa chanson.
250
Cette différence peut ê tre é norme. Supposez que vous
composiez un morceau de musique. Supposez que ce soit le premier. Vous
détenez le droit exclusif d'autoriser la diffusion de cette
musique. Donc si Madonna veut chanter votre chanson en public, elle
doit obtenir votre permission.
251
Supposez qu'elle chante votre chanson, et qu'elle l'aime beaucoup. Elle
décide alors d'en faire un enregistrement, qui devient un tube.
D'après notre loi, chaque fois qu'une station de radio passera
votre chanson, vous recevrez de l'argent. Et Madonna ne recoit rien,
à part l'effet indirect sur les ventes de ses CDs. La diffusion
publique de son enregistrement n'est pas un droit "protégé".
Ainsi donc, la station de radio pirate la valeur du travail de Madonna,
sans rien lui payer. Sans doute, on pourra rétorquer que
les interprètes en bénéficient. En moyenne, la
publicité qu'ils en tirent vaut plus que les droits qu'ils
abandonnent. Peut-être.
252
Mais quand bien même, la loi laisse d'habitude au créateur le
droit de faire son choix. En faisant le choix à sa place, cette
loi donne à la station de radio le droit de prendre quelque chose
sans contrepartie.
253
Télévision par câble
254
La télévision par câble elle-aussi est née d'une
forme de piratage.
255
Lorsque les entrepreneurs du câble commencèrent à
fournir la télévision par câble à des
communautés, en 1948, la plupart refusèrent de payer les
chaînes herziennes pour les contenus qu'ils transmettaient à
leurs clients. Même lorsque les compagnies de câble
commencèrent à vendre l'accès à la
télévision par câble, ils refusèrent de payer ce
qu'ils revendaient. Ainsi, les compagnies de câble napterisaient
les contenus é mis sur les ondes, mais d'une manière encore
plus é hontée que tout ce que Napster a jamais fait-- Napster
n'a jamais fait payer pour les contenus qu'ils permettaient aux gens de
partager.
256
Les chaînes herziennes et les détenteurs de copyright s'en
prirent rapidement à ce vol. Rosel Hyde, le président de la
FCC, voyait cette pratique comme une forme de "compétition
déloyale et potentiellement destructrice."13 Bien qu'il püt y
avoir un "intérêt public" à augmenter l'offre de la
télévision par câble, Douglas Anello, conseiller
général de la National Association of Broadcasters, demanda
au sénateur Quentin Burdick lors d'un procès,
"L'intérêt public vous commande-t'il d'utiliser la
propriété de quelqu'un d'autre?"14 Un autre représentant
des chaînes herziennes le dit en ces termes:
257
Ce qu'il y a d'extraordinaire au sujet de la télévision par
câble, c'est que c'est la seule industrie à ma connaissance
qui revend un produit qu'elle n'a pas payé.15
258
Encore une fois, la demande des détenteurs de copyright semblait
suffisament raisonnable:
259
Tout ce que nous demandons, c'est quelque chose de très simple,
c'est que ceux qui maintenant prennent notre propriété pour
rien paient pour celà. Nous tentons d'arrêter un piratage, et
je ne crois pas qu'il existe de mot plus faible pour décrire
celà. Je pense qu'il y a des mots plus durs qui conviendraient.16
260
Ils é taient des "passagers au noir," d'après Charlton
Heston, le président de la Guilde des Acteurs, qui "privaient les
acteurs de leurs argent."17
261
Mais encore une fois, il existait un autre point de vue sur ce
débat. Pour citer le vice-ministre de la Justice, Edwin Zimmerman,
262
Notre préoccupation ici est que, contrairement au problème de
savoir si un système de protection du copyright existe ou non, le
problème est de savoir si les détenteurs de copyright, qui
possèdent déjà un monopole, devraient ê tre
autorisés à é tendre ce monopole... La question ici est
à combien doit s'élever leur compensation, et jusqu'à
oú doit s'étendre leur droit à une compensation.18
263
Les détenteurs de copyright traînèrent les compagnies de
câble en justice. Par deux fois, la Cour Suprême statua que
les compagnies de câble ne devaient rien aux détenteurs de
copyright.
264
Il fallut au Congrès presque trente ans pour résoudre la
question de savoir si les compagnies de câble devaient payer pour
les contenus qu'elles "pirataient". A la fin, le Congrès la
résolut de la même manière qu'il avait résolu la
question des lecteurs de disques et des pianos mécaniques. Oui,
les compagnies de câble devraient payer pour les contenus qu'ils
distribuaient; mais le prix qu'ils devraient payer ne serait pas
décidé par le détenteur du copyright. Ce prix serait
fixé par la loi, de sorte que les chaînes herziennes ne
puissent faire obstruction à la technologie é mergente du
câble. Les compagnies de câble ont donc, en partie, bâti
leur empire sur un "piratage", de la valeur du contenu créée
par les chaînes herziennes.
265
Ces différentes histoires chantent le même refrain. Si
"piratage" veut dire utiliser la valeur de la création artisitique
de quelqu'un sans sa permission, et c'est de plus en plus le sens qu'on
accorde à ce mot aujourd'hui,19 alors chaque industrie
régulée par le droit d'auteur de nos jours est le
résultat et le bénéficiaire d'une certaine forme de
piratage. Le cinéma, la musique, la radio, la télévision
par câble... La liste est longue, et elle pourrait bien
s'allonger. Chaque génération accueille les pirates de la
génération précédente -- jusqu'à aujourd'hui.
266
Piratage
267
Il y a du piratage de contenus protégés par Copyright. É
normément. Ce piratage prend de nombreuses formes. La plus
significative est le piratage commercial, l'appropriation non
autorisée du bien d'autrui dans un contexte commercial.
Malgré les nombreuses justifications qui sont présentées
dans sa défense, cette appropriation est mauvaise. Personne ne
devrait la pardonner et la loi devrait l'arrêter.
268
Mais, en dehors de copies pirates vendues dans le commerce, il existe
une autre sorte d'appropriation, qui est plus directement liée
à Internet. Cette appropriation, elle aussi, semble mauvaise
à beaucoup, et elle est mauvaise la plupart du temps. Avant de
nous intéresser à cette forme particulière, nous
devrions cependant comprendre sa nature un peu plus. Pour son plus
grand malheur, cette appropriation est significativement plus
ambiguë qu'une simple reproduction qui ne tient pas compte des
droits, et la loi devrait lever cette ambiguïté, comme elle
l'a si souvent fait dans le passé.
269
Piratage I
270
Partout dans le monde, mais particulièrement en Asie et l'Europe
de l'Est, des entreprises ne font rien d'autre que prendre le travail
des autres protégé par Copyright, le copier et le vendre dans
son intégralité sans la permission du détenteur dudit
Copyright. L'industrie du disque estime qu'elle perd environ 4,6
milliards de dollars chaque année à cause du piratage
physique1 (ce qui correspond à un CD sur trois vendus dans le
monde entier). La MPAA estime ses pertes annuelles à trois
milliards de dollars du fait du piratage.
271
Ceci est du piratage pur et simple. Rien dans les arguments de ce
livre, ni dans les arguments que font la plupart des gens quand ils
parlent du sujet de ce livre, ne met en doute ce simple point : le
piratage est mauvais.
272
Ceci ne veut pas dire que des excuses et des justifications ne peuvent
pas ê tre trouvées. Nous pourrions, par exemple, nous
rappeler que, pour les cents premières années de la
République américaine, l'Amérique ne respecta pas les
Copyrights é trangers. Nous sommes nés, en ce sens, en nation
pirate. Cela pourrait donc sembler hypocrite pour nous d'insister si
fortement pour que d'autres pays en voie de développement
considèrent comme injuste ce que nous avons, pendant les cent
premières années de notre existence, considéré
comme juste.
273
Cette excuse n'est pas vraiment valable. Techniquement, notre loi
n'interdisait pas l'appropriation de travaux é trangers. Elle
s'était explicitement limitée aux travaux américains.
Ainsi les é diteurs américains qui publièrent des
travaux é trangers sans la permission des auteurs é trangers
ne violaient aucune règle. Les magasins vendant des copie en Asie,
à l'inverse, violent la loi asiatique. La loi asiatique
protège vraiment les droits des auteurs é trangers et
l'activité de tels magasins viole cette loi. Donc, le tort que ce
piratage implique n'est donc pas qu'une injustice morale, mais une
transgression légale, et pas qu'une transgression légale et
internationale, mais aussi une transgression légale au niveau
local.
274
Pour dire vrai, ces règlements locaux ont é té, en fait,
imposés à ces pays. Aucun pays ne peut faire partie de
l'économie mondiale et choisir de ne pas protéger les
Copyrights internationalement. Nous sommes peut-être nés
nation pirate, mais nous n'accepterons pas qu'une autre nation ait une
enfance similaire.
275
Cependant, si un pays doit ê tre traité comme souverain,
alors ses lois sont ses lois, indépendamment de leur source. La
loi internationale sous laquelle ces pays vivent leur donne quelques
occasions d'échapper au fardeau de la loi la propriété
intellectuelle2. Selon moi, plus de pays en voie de développement
devraient profiter de cette occasion, mais quand ils ne font pas, alors
leurs lois devraient ê tre respectées. Et conformément
aux lois de ces pays, ce piratage est mal.
276
Sinon, nous pourrions aussi essayer d'excuser ce piratage en notant
que, dans ce cas, cela ne fait pas de tort à l'industrie. Les
Chinois ayant accès aux CDs américains à 50 cents [NDT :
de dollar] l'unité ne sont pas des gens qui pourraient acheter ces
mêmes CDs à 15 dollars pièce. Donc personne n'a en
réalité moins d'argent qu'il n'aurait pu en avoir de toute
façon3.
277
C'est souvent vrai (quoique j'ai des amis qui ont acheté des
milliers de DVDs piratés et qui ont certainement assez d'argent
pour payer ce qu'ils ont pris) et cela atténue quand même un
peu le mal causé par de tels vols. Les extrémistes dans ce
débat aiment dire : "Vous n'entreriez pas à Barnes &
Noble pour prendre un livre sans payer ; pourquoi cela devrait-il
ê tre différent avec la musique en ligne ?" La
différence est, bien sür, que quand vous prenez un livre de
Barnes & Noble, ils ont un livre de moins à vendre. A
l'inverse, quand vous prenez un MP3 d'un réseau informatique, il
n'y a pas un CD de moins qui peut ê tre vendu. La science du
piratage de l'immatériel est différente de la science du
piratage du matériel.
278
Cet argument est encore vraiment faible. Cependant, bien que le
Copyright soit un droit de propriété d'un type spécial,
il reste un droit de propriété. Comme tous les droits de
propriété, le Copyright donne à son détenteur le
droit de décider les termes selon lesquels le bien est
partagé. Si le détenteur ne veut pas vendre, il ne doit pas
l'être. Il y a des exceptions : les licences statutaires
importantes qui s'appliquent au contenu protégé par Copyright
indépendamment du souhait du détenteur. Ces licences donnent
aux gens le droit "de prendre" le contenu protégé par le
droit d'auteur, que le détenteur le veuille vendre ou non. Mais
quand la loi ne donne pas aux gens ce droit, il est illégal de
prendre ce contenu même si cela ne provoque aucun tort. Si nous
avons un système de propriété, et que ce système
est correctement é quilibré avec la technologie d'une é
poque, alors il est mal de s'approprier quelque chose sans la
permission du possesseur de la propriété. C'est exactement ce
que "propriété" signifie.
279
Enfin, nous pourrions essayer d'excuser ce piratage avec l'argument que
le piratage aide en réalité le détenteur du Copyright.
Quand un Chinois "vole" Windows, cela le rend dépendant de
Microsoft. Microsoft perd la valeur du logiciel qui a é té
volé. Mais il gagne des utilisateurs qui sont utilisés pour
faire vivre le monde Microsoft. Dans quelques temps, quand la nation
sera plus riche, de plus en plus de gens achèteront le logiciel
plutôt que de le voler. Et quelques temps après, parce que
cet achat lui profitera, Microsoft tirera des bénéfices du
piratage. Si au lieu de pirater Microsoft Windows, le Chinois avait
utilisé le système d'exploitation GNU/LINUX, libre et
gratuit, alors ces utilisateurs chinois n'achèteraient finalement
pas de produits Microsoft. Sans piratage, Microsoft perdrait.
280
Cet argument, lui aussi, est en partie fondé. La stratégie de
dépendance est une bonne stratégie. De nombreuses entreprises
l'utilisent. Certaines prospèrent grâce à elle. Par
exemple, les é tudiants en droit ont libre accès aux deux
plus grandes bases de données juridiques. Les sociétés
qui vendent l'accès à ces bases de données espèrent
chacune que ces é tudiants deviendront si habitués à
leur service qu'ils voudront l'utiliser plutôt que l'autre, une
fois devenus avocats (et qu'ils paieront alors de lourds frais
d'abonnement).
281
Là encore, l'argument n'est pas terriblement persuasif. Nous ne
défendons pas un alcoolique quand il vole sa première
bière simplement parce que cela le rend plus susceptible d'acheter
les trois suivantes. Au lieu de cela, nous permettons d'habitude aux
entreprises de décider pour elles quand il est
préférable de donner leur produit. Si Microsoft craint la
concurrence de GNU/LINUX, alors Microsoft peut donner son produit comme
il l'a fait, par exemple, avec Internet Explorer pour se battre contre
Netscape. Un droit de propriété signifie donner au possesseur
de la propriété le droit de dire qui a accès à quoi
- au moins d'habitude. Et si la loi fait correspondre correctement les
droits du détenteur de Copyright avec les droits d'accès,
alors la violation de la loi est toujours mauvaise.
282
Ainsi, tandis que je comprends la force de ces justifications de
piratage, et que j'en vois de manière certaine la motivation,
à mon avis, à la fin, ces efforts de justification du
piratage commercial ne tiennent plus. Cette sorte de piratage est
effrénée et ne cause que du tort. Elle ne transforme pas le
contenu qu'elle vole ; elle ne transforme pas le marché avec
lequel elle entre en concurrence. Elle donne simplement à
quelqu'un accès à quelque chose dont la loi dit qu'il ne
devrait pas avoir accès. Rien n'a changé pour entraîner
cette loi dans le doute. Cette forme de piratage est complètement
dans l'erreur.
283
Mais, comme les exemples des quatre chapitres qui précèdent
cette partie le suggèrent, même si quelques piratages sont
complètement mauvais, tous ne le sont pas. Ou au moins, pas tous
les "piratages" sont mauvais, si ce terme est compris de la
manière dont il est de plus en plus utilisé aujourd'hui.
Beaucoup de sortes de "piratage" sont utiles et productives, pour
produire soit de nouveaux contenus, soit de nouvelles façons de
faire des affaires. Ni notre tradition, ni n'importe quelle tradition
n'ont jamais interdit tous les "piratages" dans ce sens du terme.
284
Cela ne signifie pas qu'il n'y a aucune question levée par la
dernière affaire de piratage en date : le partage de fichiers
peer-to-peer. Mais cela signifie que nous devons comprendre le mal dans
le peer-to-peer avant que nous ne le condamnions au gibet avec pour
charge d'accusation le piratage.
285
En effet, comme Hollywood à ses débuts (1), le partage p2p
s'émancipe d'une industrie au contrôle excessif; comme
l'industrie du disque à ses débuts (2), il exploite
simplement une nouvelle façon de distribuer du contenu; cependant,
à la différence de la télévision câblée
(3), personne ne vend le contenu qui est partagé sur les services
p2p.
286
Ces différences distinguent le partage p2p du vrai piratage. Elles
devraient nous pousser à trouver une façon de protéger
les artistes tout en permettant à ce partage de survivre.
287
Piratage II
288
Le point caractéristique du "piratage" que la loi aspire à
annuler est une utilisation qui "vole l'auteur [de son]
bénéfice"4. Cela veut dire que nous devons déterminer,
s'il y a lieu, combien de maux le partage p2p induit avant que nous ne
sachions dans quelle mesure la loi devrait l'empêcher ou trouver
une alternative pour garantir à l'auteur un retour profitable.
289
Le Peer-to-peer a é té rendu célèbre par Napster.
Mais les inventeurs de la technologie Napster n'ont créé
aucune innovation technologique majeure. Comme chaque grande
avancée dans l'innovation sur Internet (et, probablement comme
partout ailleurs 5, Shawn Fanning et son é quipe avaient
simplement réuni des composants qui avaient é té
développés indépendamment.
290
Le résultat a é té une combustion spontanée.
Lancé en juillet 1999, Napster a amassé plus de 10 millions
d'utilisateurs en neuf mois. Après dix-huit mois, il y avait
près de 80 millions d'utilisateurs du système
enregistrés6. Les cours de justice ont rapidement fermé
Napster, mais d'autres services sont apparus pour le remplacer (Kazaa
est actuellement le service de p2p le plus populaire. Il se targue de
plus de 100 millions de membres). Ces systèmes de services sont
architecturalement différents, bien que très proches au
niveau des fonctionnalités : chacun permet aux utilisateurs de
rendre disponible un contenu à un nombre quelconque d'autres
utilisateurs. Avec un système p2p, vous pouvez partager vos
chansons préférées avec votre meilleur ami - ou vos 20
000 meilleurs amis.
291
Selon un certain nombre d'estimations, une proportion é norme
d'Américains a goüté à la technologie du partage de
fichiers. Une é tude Ipsos-Insight de septembre 2002 a é
valué à 60 millions le nombre d'Américains qui ont
téléchargé de la musique - 28 pour cent des
Américains plus â gés que 12 ans7. Un sondage du groupe
NPD cité dans le New York Times a estimé que 43 millions de
citoyens ont utilisé les réseaux de partage de fichiers pour
faire des é changes en mai 20038. La majorité d'entre eux
n'était pas des enfants. Quel que soit le chiffre réel, une
quantité massive de données est tirée de ces
réseaux. La facilité et le caractère peu coüteux
des réseaux de partage de fichiers ont inspiré des millions
de gens pour apprécier la musique d'une manière nouvelle.
292
Une part de cette appréciation implique une infraction au
Copyright. Une autre part non. Et même dans la partie qui
constitue techniquement l'infraction, le calcul du tort causé au
détenteur du Copyright est plus compliqué qu'on pourrait le
penser. En effet, considérez - un peu plus soigneusement que ne le
font habituellement les orateurs non objectifs dans ce débat - les
différentes sortes de partages que le partage de fichiers permet,
et les différents torts que cela entraîne.
293
Ceux qui partagent des fichiers partagent différents types de
contenu. On peut regrouper ces différents types en quatre
catégories.
294
A. Il y a ceux qui utilisent les réseaux de partage comme
substitut à l'achat. Ainsi, quand un nouveau CD de Madonna est mis
en vente dans le commerce, plutôt que d'acheter le CD, ces
utilisateurs le téléchargent tout simplement. Nous pourrions
pinailler en nous demandant si, oui ou non, ceux qui se le sont
approprié de cette manière l'auraient aujourd'hui acheté
si le partage ne l'avait rendu disponible gratuitement. La plupart ne
l'aurait probablement pas fait, mais il y a clairement certaines
personnes qui l'auraient acheté. Ces derniers sont la cible de
catégorie A : les utilisateurs qui téléchargent au lieu
d'acheter.
295
B. Il y a ceux qui utilisent les réseaux de partage pour avoir un
é chantillon de la musique qu'il comptent acheter. Ainsi, un ami
envoie à un autre ami un MP3 d'un artiste dont ce dernier n'a
jamais entendu parler. L'autre ami achète alors le CD de
l'artiste. C'est une sorte de publicité ciblée, qui a
relativement des chances de marcher. Si l'ami recommandant l'album n'a
rien a y gagner, alors on pourrait s'attendre à ce que les
recommandations soient tout à fait bonnes. L'effet net de ce
partage pourrait augmenter la quantité de musique achetée.
296
C. Il y a ceux qui utilisent les réseaux de partage pour obtenir
un accès aux contenus protégés par Copyright qui ne sont
plus vendus ou qu'ils n'auraient pas achetés parce que les
coüts de transaction en dehors d'Internet sont trop é
levés. Cette utilisation des réseaux de partage est parmi la
plus utile pour beaucoup. Les chansons qui bercèrent votre
enfance, mais qui ont depuis longtemps disparu du marché
apparaissent magiquement de nouveau sur le réseau (une amie m'a
dit que quand elle a découvert Napster, elle a passé un
week-end entier à "récupérer" de vieilles chansons. Elle
a é té stupéfiée par l'étendue et la
variété des contenus qui é taient disponibles). Pour les
oeuvres non vendues, c'est toujours techniquement une violation de
Copyright, bien que le détenteur du Copyright ne vende
désormais plus cette oeuvre ; le tort é conomique est nul -
le même tort qui intervient quand je vends ma collection de 45
tours des années 60 à un collectionneur local.
297
D. Enfin, il y a ceux qui utilisent les réseaux de partage pour
avoir accès aux é léments qui ne sont pas
protégés par Copyright ou ceux que le détenteur du
Copyright veut distribuer.
298
Dans quelles proportions pèsent ces différents types de
partage ? Commençons par quelques points simples mais importants.
Du point de vue de la loi, seul le partage de type D est
complètement légal. D'un point de vue é conomique, seule
la catégorie A est clairement nuisible9. Le type de partage B est
illégal, mais pleinement bénéfique. Le type C est
illégal, mais pourtant bon pour la société (puisque
l'engouement pour la musique est bon) et bénin pour l'artiste
(puisque son travail n'est pas disponible autrement). Ainsi, tout bien
considéré, dans quelles mesures le partage importune est une
question à laquelle il est dur de répondre - et certainement
beaucoup plus difficile que la rhétorique actuelle autour de la
question le suggère.
299
L'importance de la nuisance occasionnée par le partage dépend
fortement du degré de nuisance du partage de type A. De même
qu'Edison s'est plaint de Hollywood, que les compositeurs se sont
plaints des bandes perforées, que les artistes se sont plaints de
la radio et que les chaînes de télévision se sont
plaintes de la télévision câblée, l'industrie de la
musique se plaint du fait que le type de partage A soit une sorte "de
vol" qui "dévaste" l'industrie.
300
Tandis que les chiffres suggèrent vraiment que le partage est
nuisible, un ordre de grandeur correspondant est plus dur à
estimer. Cela a longtemps é té la pratique de l'industrie du
disque de blâmer la technologie à la moindre baisse des
ventes. L'histoire de l'enregistrement sur cassette est un bon exemple.
Comme le montre une é tude menée par Cap Gemini Ernst &
Young, "Plutôt qu'exploiter cette technologie nouvelle et
populaire, les Labels l'ont combattue"10. Les Labels ont prétendu
que chaque album enregistré sur bande é tait un album
invendu, et quand des ventes de CDs sont tombées de 11,4 pour cent
en 1981, l'industrie a prétendu que ce fait en é tait ainsi
la preuve. La technologie é tait le problème et la
technologie interdisant ou régulant é tait la réponse.
301
Pourtant par la suite, peu de temps après et avant que le
Congrès ne donne une opportunité d'ordonner une
régulation, MTV fut lancée et l'industrie connut un
renversement des ventes. "Au final", conclut Cap Gemini, "la 'crise'...
ne fut pas due aux cassettes - qui n'ont pas disparu après la
venue au monde d'MTV - mais avait en grande partie résulté de
la stagnation dans l'innovation musicale chez les Labels principaux"11.
302
Mais le fait que l'industrie se soit trompée dans le passé ne
signifie pas qu'elle se trompe aujourd'hui. Pour é valuer la
menace réelle que le partage p2p représente pour l'industrie
du disque en particulier, et pour la société en
général - ou tout du moins la société qui
hérite de la tradition que nous ont donnée l'industrie
cinématographique, l'industrie du disque, l'industrie
radiophonique, la télévision par câble et le
magnétoscope - la question n'est pas simplement de savoir si le
partage de type A est nuisible ou pas. La question est aussi de savoir
dans quelle mesure ce type est nuisible et dans quelle mesure les
autres types sont bénéfiques.
303
Nous commençons à répondre à cette question en nous
concentrant sur le tort net, du point de vue de l'industrie dans son
ensemble, que les réseaux de partage causent. "Le tort net" pour
l'industrie est dans son ensemble la quantité pour laquelle le
type de partage A excède le type B. Si les sociétés du
disque avaient vendu plus de CDs avec des é chantillons qu'elles
n'en avaient perdu avec des substitutions, alors les réseaux de
partage profiteraient actuellement aux sociétés de musique
tout compte fait. Elles auraient donc peu de raisons "valables" de leur
résister.
304
Est-ce que cela pourrait ê tre vrai ? L'industrie dans son
ensemble pourrait-elle tirer profit du partage de fichier ? Aussi
é trange que cela puisse paraître, les statistiques de ventes
de CDs suggèrent que cela pourrait l'être dans un futur
proche.
305
En 2002, la RIAA a annoncé que les ventes de CD avaient chuté
de 8,9 pour cent, passant de 882 millions à 803 millions
d'unités ; les revenus ont baissé 6,7 pour cent12. Cela
confirme la tendance de ces dernières années. La RIAA
blâme le piratage par Internet pour cette tendance, quoiqu'il y
ait beaucoup d'autres causes qui pourraient constituer cette baisse.
SoundScan, par exemple, rapporte une chute de plus de 20 pour cent du
nombres de CDs sortis depuis 1999. Cela explique sans doute une part de
la diminution des ventes. Des prix en augmentation pourraient aussi
constituer au moins un peu de ces pertes. "De 1999 à 2001, le prix
moyen d'un CD est monté 7,2 pour cent, passant de 13.04 dollars
à 14.19 dollars"13. La concurrence d'autres formes de média
pourrait aussi représenter une partie du déclin. Comme le dit
Jane Black dans une note de BusinessWeek, "la bande sonore au film
Haute Fidélité (High Fidelity) a un prix en catalogue de
18,98 dollars. Vous pourriez obtenir le film entier [sur DVD] pour
19,99 dollars"14.
306
Mais supposons que le RIAA ait raison et que toute la baisse dans les
ventes de CD soit la cause du partage sur Internet. Voici le hic : dans
la même période que celle oú le RIAA é value à
803 millions les CDs vendus, le RIAA estime que 2,1 milliards de CDs
ont é té téléchargés gratuitement . Ainsi,
bien que 2,6 fois le nombre total de CDs vendus ait é té
téléchargé gratuitement, le revenu des ventes n'a
chuté que de 6,7 pour cent.
307
Il y a trop de choses différentes qui sont arrivées en
même temps pour expliquer ces chiffres une fois pour toutes, mais
une conclusion est inévitable : l'industrie du disque demande
constamment, "Quelle est la différence entre le
téléchargement d'une chanson et le vol d'un CD ?" - mais
leurs propres chiffres révèlent la différence. Si je
vole un CD, alors il y a un CD de moins à vendre. Chaque
appropriation est une vente perdue. Mais sur la base des chiffres que
le RIAA fournit, il est absolument clair que le même principe
n'est pas valable pour le téléchargement. Si chaque
téléchargement é tait une vente perdue - si chaque
utilisation de Kazaa "dépouille[dépouillait] l'auteur de son
bénéfice" - alors l'industrie aurait souffert d'une baisse
des ventes de 100 pour cent l'année dernière, pas une baisse
de 7 pour cent. Si 2,6 fois le nombre de CDs vendus ont é té
téléchargés gratuitement, et que pourtant les recettes
des ventes n'ont baissé que de 6,7 pour cent, alors il y a
réellement une différence é norme entre «
télécharger une chanson » et « voler un CD » .
308
Tout cela sont les maux - présumés et peut-être
exagérés mais, supposons-le, réels. Quant est-il des
vertus ? Le partage de fichier peut imposer des dépenses à
l'industrie du disque. Quelle valeur produit-il en plus de ces
dépenses ?
309
Un bienfait est le partage de type C - rendre disponible quelque chose
qui est techniquement sous Copyright mais qui n'est plus disponible
dans le commerce. Ceci ne représente pas qu'une petite
catégorie d'oeuvres. Il y a des millions de chansons qui ne sont
plus disponibles commercialement15. Et, bien que cela soit concevable
que quelques unes de ces oeuvres ne soient plus disponibles parce que
l'artiste qui produit le contenu ne veuille pas que cela le soit, la
grande majorité est indisponible parce que le é diteur ou le
distributeur a décidé que ce n'était plus é
conomique pour l'entreprise de le rendre disponible.
310
Dans la réalité - bien avant l'Internet - le marché
avait une réponse simple à ce problème : les
entrepôts de livres et de CDs d'occasion. Il y a des milliers de
tels dépôts en Amérique aujourd'hui16. Ces magasins
achètent le contenu aux propriétaires, et vendent ensuite ce
contenu qu'ils achètent. Et conformément à la loi du
Copyright américaine, quand ils achètent et vendent ce
contenu, "même si le contenu est toujours sous Copyright", le
détenteur du Copyright n'obtient pas un centime. Les magasins de
livres et de CDs d'occasion sont des entités commerciales ; leurs
propriétaires font de l'argent avec les oeuvres qu'ils vendent ;
mais comme avec des sociétés de câble avant les licences
statutaires, ils ne doivent pas payer le détenteur du Copyright
pour le contenu qu'ils vendent.
311
Le type de partage C, alors, est vraiment comme les magasins de livres
ou de CDs d'occasion. C'est différent, bien sür, parce que la
personne faisant en sorte que le contenu soit disponible ne gagne pas
d'argent par cette action. C'est aussi différent, bien sür,
parce que dans le monde réel, quand je vends un CD, je ne l'ai
plus désormais, alors que dans le monde virtuel, quand quelqu'un
partage mon enregistrement de 1949 de Bernstein "Deux Chansons d'Amour"
(Two Love Songs), je l'ai toujours. Cette différence importerait
é conomiquement si le détenteur du Copyright de 1949 vendait
le CD en concurrence avec mon partage. Mais nous parlons de la classe
des contenus qui ne sont pas actuellement disponibles dans le commerce.
Internet le rend disponible, par le partage coopératif, sans
rivaliser avec le marché.
312
Il se pourrait bien, toute chose considérée, qu'il soit
meilleur que le détenteur du Copyright reçoive quelque chose
de ce commerce. Mais le simple fait que cela puisse ê tre meilleur
ne suffit pourtant pas à interdire les magasins de livres
d'occasion. Présenté différemment, si vous pensez que le
type de partage C devrait ê tre arrêté, pensez-vous que
les bibliothèques et les magasins de livres d'occasion devraient
ê tre fermés aussi ?
313
Enfin, et c'est peut-être le plus important, les réseaux de
partage de fichiers permettent au partage de type D - le partage de
contenus que les détenteurs du Copyright veulent voir
partagés ou pour lesquels il n'y a plus de Copyright en cours -
d'exister. Ce partage rend clairement service aux auteurs et à la
société. L'auteur de science-fiction Cory Doctorow, par
exemple, a sorti sa première nouvelle Down and Out in the Magic
Kingdom à la fois en librairie et en version
téléchargeable gratuite le même jour. Sa reflexion (et
celle de son é diteur) é tait que la distribution en ligne
serait une belle publicité pour le livre "réel". Les gens en
liraient une partie en ligne, et décideraient alors s'ils l'aiment
ou non. S'ils l'aiment, alors ils serait plus susceptibles de
l'acheter. L'action de Doctorow est un partage de type D. Si les
réseaux de partage permettent à son travail d'être
diffusé, alors lui et la société en ressortent gagnants
(en réalité, bien plus que gagnants : c'est un grand livre
!).
314
De même pour les travaux placés dans le domaine public : ce
partage bénéficie à la société sans aucun tort
légal aux auteurs. Si des efforts pour résoudre le
problème du partage du type A détruisent l'opportunité
d'un partage de type D, alors nous perdrons quelque chose d'important
pour protéger les oeuvres A.
315
Pour aller jusqu'au bout : tandis que l'industrie du disque dit, de
façon compréhensive, "Voilà combien nous avons perdu",
nous devons aussi demander "Dans quelle mesure la société
a-t-elle tiré profit du partage p2p ? Quelle est son
efficacité ? Quelles sont les oeuvres qui seraient autrement
indisponibles ?"
316
Car à la différence du piratage que j'ai décrit dans la
première section de ce chapitre, beaucoup de "piratage" que le
partage de fichiers permet est totalement légal et bon. Et comme
le piratage que j'ai décrit dans le chapitre 4, beaucoup de ce
piratage est motivé par une nouvelle manière de diffuser les
contenus, impliquée par des changements dans la technologie de
distribution. Ainsi, en harmonie avec la tradition qui nous a
donné Hollywood, la radio, l'industrie du disque et la
télévision câblée, la question nous devrions poser
à propos du partage de fichiers est comment préserver au
mieux ses vertus tout en réduisant (dans la mesure possible) le
mal injustifié qu'il cause aux artistes. Cette question doit
ê tre bien considérée. La loi devrait chercher cet
é quilibre et cet é quilibre sera trouvé seulement avec
du temps.
317
"Mais cette guerre n'est-elle pas juste une guerre contre le partage
illégal ? La cible n'est-elle pas juste ce que vous appelez le
partage de type A ?"
318
Vous pourriez le penser. Et nous devrions espérer. Mais jusqu'ici,
il n'en est rien. L'effet de la guerre prétendument ciblée
sur le type de partage A uniquement a é té ressenti
globalement comme une guerre menée contre un unique type de
partage. C'est plus é vident dans le cas de Napster lui-même.
Quand Napster a dit à la cour fédérale qu'il avait
développé une technologie pour bloquer le transfert de 99,4
pour cent des documents identifiés comme é tant en
infraction, la cour fédérale a dit au conseiller de Napster
que 99,4 pour cent n'étaient pas suffisants. Napster devait
pousser le nombre d'infractions à "zéro"17.
319
Si 99,4 pour cent ne sont pas assez bons, alors c'est une guerre aux
technologies de partage de fichiers, pas une guerre contre les
infractions de Copyright. Il n'y a aucun moyen d'assurer qu'un
système de p2p est utilisé à 100 pour cent du temps
conformément à la loi, pas plus qu'il n'y a de façon
d'assurer que 100 pour cent des magnétoscopes ou 100 pour cent des
machines de Xerox ou 100 pour cent des pistolets sont utilisés en
accord avec la loi. La tolérance zéro signifie zéro p2p.
Le règlement de la cour signifie que nous, en tant que
société, devons perdre les bénéfices du p2p,
même pour les utilisations totalement légales et avantageuses
qu'il dessert, simplement pour garantir qu'il y a zéro infraction
au Copyright causée par le p2p.
320
La tolérance zéro n'a pas é té notre histoire. Elle
n'a pas produit l'industrie satisfaite que nous connaissons
aujourd'hui. L'histoire de la loi américaine a é té un
processus d'équilibre. Quand de nouvelles technologies changeaient
la manière dont les contenus é taient distribués, la loi
s'ajustait, après quelques temps, à la nouvelle technologie.
Dans cet ajustement, la loi a cherché à assurer les droits
légitimes des créateurs en protégeant l'innovation.
Parfois, cela a signifié plus de droits pour les créateurs.
Parfois moins.
321
Donc, comme nous l'avons vu, quand la "reproduction mécanique" a
menacé les intérêts des compositeurs, le Congrès a
é quilibré les droits de compositeurs avec les
intérêts de l'industrie du disque. Il a accordé des
droits aux compositeurs, mais aussi aux artistes qui enregistraient :
les compositeurs devaient ê tre payés, mais à un prix
fixé par le Congrès. Mais quand la radio a commencé
à é mettre les enregistrements enregistrés par les
artistes, et qu'ils se sont plaints au Congrès que leur
"propriété créatrice" n'était pas respectée
(puisque la station de radio ne devait pas les payer pour la
création qu'elle diffusait), le Congrès a rejeté leur
revendication. Un profit indirect é tait assez.
322
La télévision câblée a suivi le modèle des
albums CD. Quand les cours ont rejeté la revendication affirmant
que les chaînes câblées devaient payer pour le contenu
qu'elles é mettaient, le Congrès a répondu en donnant
aux chaînes un droit à la compensation, mais à un niveau
fixé par la loi. Il a de la même façon donné aux
sociétés du câble le droit du contenu, tant qu'elles
payaient le prix statutaire.
323
Ce compromis, comme le compromis affectant les enregistrements et les
pianos mécaniques, a servi deux buts importants - en fait, les
deux buts centraux de n'importe quelle législation sur le
Copyright. Premièrement, la loi a assuré que les nouveaux
innovateurs auraient la liberté de développer de nouvelles
façons de livrer leur travail. Deuxièmement, la loi a
assuré que les détenteurs de Copyright seraient payés
pour le contenu qui a é té distribué. Une crainte é
tait que si le Congrès exigeait simplement de la
télévision par câble qu'elle paie les détenteurs de
Copyright quelle que soit leur demande pour leur contenu, alors ces
détenteurs associés aux chaînes utiliseraient leur
pouvoir pour é touffer cette nouvelle technologie, le câble.
Mais si le Congrès avait permis au câble d'utiliser le
contenu des chaînes gratuitement, alors il aurait injustement
subventionné le câble. Ainsi le Congrès a choisi un
chemin qui assurerait la compensation sans donner le contrôle
passé (des chaînes) à l'avenir (le câble).
324
La même année oú le Congrès a statué cet
é quilibre, deux producteurs et distributeurs principaux de films
ont intenté un procès contre une autre technologie,
l'enregistreur de bande vidéo (VTR [NDT: pour Video Tape
Recorder], ou comme nous leur faisons référence aujourd'hui,
les magnétoscopes) que Sony avait produit, le Betamax. Les
revendications de Disney et Universal contre Sony é taient
relativement simples : Sony a produit un appareil, selon Disney et
Universal, qui a permis aux consommateurs de s'engager dans une
infraction au Copyright. Parce que le dispositif que Sony avait
construit avait un bouton "record", l'appareil pourrait ê tre
utilisé pour enregistrer des films et des spectacles
protégés par Copyright. Sony profitait donc de l'infraction
au Copyright de ses clients. Il devrait donc, d'après les
revendications de Disney et Universal, ê tre partiellement
responsable de cette infraction.
325
Il y avait quelque chose de valable dans la revendication de Disney et
Universal. Sony avait vraiment décidé de concevoir sa machine
pour faire en sorte qu'il soit très simple d'enregistrer des
é missions télévisées. Il aurait pu avoir construit
une machine qui bloque ou interdise n'importe quelle reproduction
directe d'une é mission de télévision. Ou probablement,
il aurait pu avoir construit une machine que ne puisse seulement copier
s'il y avait un signal spécial "Copiez moi" sur la ligne. Il
é tait clair qu'il y avait beaucoup d'émissions
télévisées qui n'auraient pas encouragé la
possibilité de copier. En effet, si quelqu'un avait demandé,
la majorité d'émissions n'aurait sans doute pas autorisé
la copie. Et face à cette préférence é vidente,
Sony aurait pu avoir conçu son système pour réduire au
minimum les opportunités d'infraction au Copyright. Il ne l'a pas
fait et pour cela, Disney et Universal ont voulu le tenir responsable
de l'architecture qu'il a choisie.
326
Le président de MPAA, Jack Valenti, est devenu le champion le plus
loquace des studios. Valenti a appelé les VCRs "les vers de
cassettes" [NDT : littéralement les "vers solitaires"]. Il a
averti "Quand il y aura 20, 30, 40 millions de ces magnétoscopes
sur la Terre, nous serons envahis par des millions de ces 'vers
solitaires', rongeant le coeur et l'essence même du plus
précieux atout qu'un détenteur de Copyright a, son
Copyright"18."On n'a pas besoin d'être formé au marketing
sophistiqué et au jugement de créateur", a-t'il dit au
Congrès, "pour comprendre la dévastation sur le marché
cinématographique causée par des centaines de millions
d'enregistrements sur bande qui seront un impact défavorable sur
l'avenir de la communauté créatrice dans ce pays. C'est
simplement une question d'économie de base et d'un bon sens
total"19. En effet, comme des sondages le montreraient plus tard, 45
pour cent des propriétaires de magnétoscope auraient une
bibliothèque de films de dix vidéos ou plus20 - une
utilisation que la Cour aurait plus tard considérée comme non
"acceptable". En "autorisant les propriétaires de
magnétoscope à copier librement par le biais d'une exemption
aux infractions de Copyright sans créer un mécanisme pour
indemniser des détenteurs de Copyright", a témoigné
Valenti, le Congrès "prendrait aux propriétaires l'essence
même de leur propriété : le droit exclusif de
contrôler qui peut utiliser leur travail, c'est-à-dire qui
peut le copier et qui profite ainsi de la reproduction"21.
327
Cela a pris huit ans dans ce cas pour ê tre résolu par la
Cour suprême. En intérim, la neuvième cour d'appel
régionale, qui inclut Hollywood dans sa juridiction - le Juge
principal Alex Kozinski, qui est assis à cette cour, s'y
réfère comme "le Circuit de Hollywood" - a tenu à ce que
Sony soit responsable de l'infraction du Copyright rendu possible par
ses machines. Conformément au règlement de la neuvième
cour, cette technologie totalement familière - que Jack Valenti
avait appelé "l'Égorgeur de Boston de l'industrie
cinématographique américaine" (pire encore, c'était un
É gorgeur de Boston japonais de l'industrie cinématographique
américaine) - é tait une technologie illégale22.
328
Mais la Cour suprême a changé complètement la
décision de la neuvième cour d'appel.
329
Et dans son renversement, la Cour a clairement articulé sa
compréhension sur quand et si les cours devraient intervenir dans
de telles différends. Comme la Cour a é crit,
330
La politique raisonnée, aussi bien que l'histoire, soutient notre
déférence cohérente au Congrès quand des
innovations technologiques principales changent le marché pour des
documents protégés par le Copyright. Le congrès a
l'autorité constitutionnelle et la capacité institutionnelle
d'accommoder entièrement les permutations diverses des
intérêts rivaux qui sont inévitablement impliqués
par de telles technologie nouvelles23.
331
On a demandé au congrès de répondre à la
décision de la Cour suprême. Mais comme avec la
réclamation des artistes qui enregistraient à propos des
é missions radiophoniques, le Congrès a ignoré la
demande. Le congrès é tait convaincu que le film
américain avait eu assez, malgré cette "appropriation".
332
Si nous plaçons ces cas ensembles, une structure est claire :
333
334
CAS DE QUI LA VALEUR ETAIT "PIRATEE" REPONSE DES COURS REPONSE DU CONGRES
Enregistrements Compositeurs Pas de protection Licence statutaire
Radio Artistes enregistrés - Rien
Câble TV Chaînes de TV Pas de protection Licence statutaire
Magnétoscopes Créateurs de film Pas de protection Rien
Dans chaque cas à travers notre histoire, une nouvelle technologie
a changé la façon dont les contenus ont é té
distribués24. Dans chaque cas, partout dans notre histoire, ce
changement a signifié que quelqu'un a obtenu "un tour gratuit" sur
le travail de quelqu'un d'autre.
335
Dans aucun de ces cas, ni les cours, ni le Congrès
n'éliminent tous ces "voyages gratuits". Dans aucun de ces cas, ni
les cours, ni le Congrès n'insistent pour que la loi doive assurer
que le détenteur du Copyright obtienne toute la valeur que son
Copyright a créée. Dans chaque cas, les détenteurs de
Copyright se sont plaints de ce "piratage". Dans chaque cas, le
Congrès a agi pour reconnaître un peu de légitimité
dans le comportement des "pirates". Dans chaque cas, le Congrès a
permis à un peu de nouvelle technologie de profiter du contenu
fait auparavant. Il a é quilibré les intérêts en
jeu.
336
Quand vous pensez à travers ces exemples et les autres exemples
qui composent les quatre premiers chapitres de cette section, cet
é quilibre signifie quelque chose. Est-ce que Walt Disney é
tait un pirate ? Les Doujinshi seraient-ils meilleurs si les
créateurs avaient dü demander la permission ? Les outils qui
permettent à d'autres de capturer et de diffuser des images comme
une façon de cultiver ou critiquer notre culture devraient-ils
ê tre mieux régulés ? Est-ce qu'il est vraiment juste
que la construction d'un moteur de recherche vous expose à 15
millions de dollars de dommages et intérêts ? Est-ce que cela
aurait é té meilleur si Edison avait contrôlé le
film ? Chaque orchestre devrait-il embaucher un avocat pour obtenir la
permission d'enregistrer une chanson ?
337
Nous pourrions répondre oui à chacune de ces questions, mais
notre tradition a répondu non. Dans notre tradition, comme la Cour
suprême l'a exposé, le Copyright "n'a jamais accordé le
contrôle complet au détenteur du Copyright sur toutes les
utilisations possibles de son travail"25. Au lieu de cela, les
utilisations particulières que la loi régule ont é
té définies en é quilibrant le bienfait qui vient en
accordant un droit exclusif contre les fardeaux qu'un tel droit si
exclusif crée. Et cet é quilibre a historiquement é
té fait "après" qu'une technologie ait müri, ou se soit
installée dans le mélange des technologies qui facilitent la
distribution de contenus.
338
Nous devrions faire la même chose aujourd'hui. La technologie
Internet change rapidement. La manière dont les gens se connectent
à Internet (filaire et sans-fil) change très rapidement. Il
n'y a aucun doute que le réseau devienne un outil pour "voler" les
artistes. Mais la loi ne devrait pas non plus devenir un outil pour
soustraire dans une voie particulière la façon dont les
artistes (ou plus exactement les distributeurs) sont payés. Comme
je le décris en détail dans le dernier chapitre de ce livre,
nous devrions garantir un revenu aux artistes tandis que nous
permettrions au marché de sécuriser la façon la plus
efficace de promouvoir et distribuer le contenu. Cela exigera des
changements de loi, au moins de façon intérimaire. Ces
changements devraient ê tre conçus pour é quilibrer la
protection de la loi et le fort intérêt public que
l'innovation maintient.
339
C'est particulièrement vrai quand une nouvelle technologie permet
un mode é normément supérieur de distribution. Et c'est
ce qu'a fait le p2p. La technologie p2p peut ê tre idéalement
efficace pour déplacer un contenu à travers un réseau
très divers. Une fois développé, il pourrait rendre le
réseau bien plus efficace. Pourtant ces "avantages publics
potentiels", comme l'écrit John Schwartz dans le New-York Times, "
"pourraient ê tre retardés dans le combat contre le P2P"26.
340
Pourtant quand quelqu'un commence à parler "de l'équilibre",
les guerriers du Copyright lèvent un argument différent.
"Toute cet aspect brandissant é quilibre et motivations,"
disent-ils, "ignore un point fondamental. Notre contenu", insistent les
guerriers, "est notre propriété. Pourquoi devrions-nous
attendre le Congrès pour 'rééquilibrer' nos droits de
propriété ? Devez-vous attendre avant d'appeler la police
quand votre voiture a é té volée ? Et pourquoi le
Congrès devrait-il délibérer des mérites de ce vol
? Demandons nous si le voleur de voiture avait une bonne utilisation
pour la voiture avant que nous ne l'arrêtions ?"
341
"C'est notre propriété" insistent les guerriers. "Et cela
devrait ê tre protégé comme n'importe quelle autre
propriété est protégée".
342
Propriété
343
[Intro]
Les guerriers du copyright ont raison: Un copyright est une forme de
propriété. Il peut ê tre détenu et vendu, et la loi
protège contre son vol. En général, le détenteur
d'un copyright peut choisir de l'exercer au prix qu'il lui plaît.
Les marchés font jouer l'offre et la demande, qui déterminent
en partie le prix qu'il peut en obtenir.
344
Mais, en langage ordinaire, appeler un copyright une
"propriété" est un peu confus, car la propriété
liée au copyright est d'un type bien inhabituel. En effet,
l'idée même de posséder une idée ou une expression
est très inhabituelle. Je sais ce que je prends si je prends la
table de pique-nique que vous avez mise au fond de votre jardin. Je
prends un objet, la table de pique-nique, et une fois que je l'ai
prise, vous ne l'avez plus. Mais qu'est-ce que je prends, si je prends
la bonne idée que vous avez eue de mettre une table de pique-nique
dans votre jardin -- par exemple, en allant acheter une table chez
Sears, et en la mettant au fond de mon jardin? Quelle est dans ce cas
la chose que je prends?
345
La différence ne tient pas seulement au fait que les tables de
pique-nique sont des objets physiques et non pas des idées, bien
que cette différence soit importante. La différence tient au
fait que dans la plupart des cas--en fait, dans pratiquement tous les
cas à l'exception d'un nombre restreint d'exceptions--les
idées sont libres. Je ne vous prends rien si je copie votre
manière de vous habiller--bien que je risque de passer pour
quelqu'un de bizarre si je le fais tous les jours, surtout si vous
ê tes une femme. Au contraire, comme disait Thomas Jefferson (et
ceci est particulièrement vrai si je copie la manière dont
quelqu'un s'habille), "Celui qui recoit une idée de moi, recoit
une instruction sans diminuer la mienne; de même que celui qui
allume sa chandelle à la mienne, recoit de la lumière sans me
faire de l'ombre."1
346
Les exceptions à l'usage libre sont les idées et expressions
couverts par la loi des brevets et du copyright, et quelques autres cas
que je n'aborderai pas ici. Dans ce cas la loi stipule que vous ne
pouvez pas prendre mon idée ou expression sans ma permission: La
loi transforme l'impalpable en propriété.
347
Mais comment, jusqu'à quel point, et sous quelle forme--les
détails, en d'autres termes-- ont ici leur importance. Afin de
bien comprendre comment est apparu cet exercice de transformation de
l'impalpable en propriété, il nous faut replacer cette
"propriété" dans son contexte.2
348
Pour celà, ma stratégie sera la même que dans la partie
précédente. Je propose quatre anecdotes, afin d'aider à
replacer dans son contexte l'idée que "le copyright est une
propriété". D'oú cette idée est-elle venue? Quelles
sont ses limites? Comment s'applique-t'elle en pratique? Après ces
anecdotes, le sens de cette assertion--"le copyright est une
propriété"--sera un peu plus clair, et ses implications
apparaîtront bien différentes de celles que les guerriers du
copyright voudraient bien nous faire accepter.
349
Fondateurs
350
William Shakespeare a é crit Romeo et Juliette en 1595. La
pièce fut publiée pour la première fois en 1597.
C'était la onzième grande pièce de théâtre
é crite par Shakespeare. Il continua d'écrire des pièces
jusqu'en 1613, et les pièces qu'il a é crites depuis lors ont
défini la culture anglo-américaine. Les oeuvres de cet é
crivain du seizième siècle ont imprégné notre
culture si profondément que souvent nous n'en reconnaissons
même plus la source. J'ai entendu un jour quelqu'un faire ce
commentaire au sujet de l'adaptation de Henri V par Kenneth Branagh :
"J'ai aimé, mais Shakespeare contient tellement de clichés."
351
En 1774, presque 180 ans après que Romeo et Juliette fut é
crit, le "copy-right" de la pièce é tait toujours, pour
beaucoup, le droit exclusif d'un unique é diteur londonien, Jacob
Tonson.1 Tonson é tait le plus en vue d'un petit groupe
d'éditeurs appelé les Conger.2 qui contrôlaient les
ventes de livres en Angleterre au dix-huitième siècle. Les
Conger prétendaient avoir un droit perpétuel de
contrôler la "copie" de livres qu'ils avaient acquis auprès
de leurs auteurs. Ce droit perpétuel signifiait que personne
d'autre ne pouvait publier de copies d'un livre dont ils
détenaient les droits. Les classiques é taient maintenus
à des prix é levés: la compétition, qui aurait pu
produire des é ditions meilleures ou moins chères, é
tait é liminée.
352
Maintenant, l'année 1774 a quelque chose d'étonnant, pour qui
s'y connaît un peu en loi sur le droit d'auteur. L'année la
plus connue dans l'histoire du droit d'auteur est 1710, année
oú le Parlement anglais adopta la première loi de
"copyright". Connue sous le nom de Statut d'Anne, cette loi stipulait
que tout travail publié serait placé sous copyright pour
quatorze années, renouvelables une fois si l'auteur é tait
vivant, et que tout travail publié avant 1710 serait
protégé pour une durée additionnelle unique de
vingt-et-une années.3 Selon cette loi, Romeo et Juliette aurait du
ê tre libre de droits en 1731. Pourquoi, dans ce cas, la question
de savoir si il é tait sous le contrôle de Tonson se
posait-elle toujours en 1774?
353
La raison est que les Anglais ne s'étaient pas encore mis d'accord
sur ce qu'était un "copy-right"--en fait personne ne l'avait fait.
A l'époque oú les Anglais passaient le Statut d'Anne, il n'y
avait aucune autre législation gouvernant le droit d'auteur. La
dernière loi régulant l'activité des é diteurs, le
Licensing Act de 1662, avait expiré en 1695. Cette loi donnait aux
é diteurs un monopole sur la publication, afin de faciliter le
contrôle de ce qui é tait publié par la Couronne. Mais
après son expiration, il n'y avait pas de loi positive qui
réservait aux é diteurs, ou "Stationers", un droit exclusif
d'imprimer des livres.
354
Qu'il n'y ait pas eu de loi positive ne veut pas dire qu'il n'y avait
pas de loi du tout. La tradition légale anglo-américaine
tient compte à la fois des législateurs et des
jurisprudences, afin de savoir quelles lois doivent gouverner les
comportements. Nous appelons "loi positive" les lois passées par
le législateur. Nous appelons "loi commune" les jurisprudences. La
loi commune définit le cadre dans lequel le législateur passe
ses lois. Le législateur, d'ordinaire, ne peut sortir de ce cadre
que s'il passe une loi pour en changer. Et donc la vraie question, une
fois que le statut avait expiré, é tait de savoir si la loi
commune pouvait protéger un copyright, indépendemment de
toute loi positive.
355
Cette question é tait importants pour les é diteurs, ou
"libraires", comme ils é taient appelés, car il y avait une
compétition croissante de la part d'éditeurs é trangers.
Les Ecossais, en particulier, publiaient et exportaient de plus en plus
de livres vers l'Angleterre. Cette compétition réduisait les
profits des Conger, qui réagirent en demandant au Parlement de
passer une loi qui leur rende le contrôle exclusif de la
publication. Cette demande aboutit finalement au Statut d'Anne.
356
Le Statut d'Anne accordait à l'auteur ou au "propriétaire"
d'un livre le droit exclusif d'imprimer ce livre. Cependant, au
désespoir des libraires, une limitation importante é tait que
la loi n'accordait ce droit au libraire que pour une durée
limitée. A la fin de cette durée, le copyright "expirait", et
l'oeuvre devenait libre et pouvait ê tre publiée par
n'importe qui. Ou du moins, il semble que c'est ce que le
législateur croyait.
357
Maintenant, la question à laquelle je souhaite que vous
réfléchissiez un moment est la suivante: Pourquoi le
Parlement avait-il limité ce droit exclusif ? La question n'est
pas comment la limite fut choisie, mais pourquoi cette limite
existait-elle ?
358
Car les é diteurs, et les auteurs qu'ils représentaient,
avaient un argument très fort. Prenons par exemple Romeo et
Juliette: Cette pièce a é té é crite par
Shakespeare. C'est son seul génie qui lui a donné naissance.
En créant cette pièce, il n'a pris la propriété de
personne (bien que ce point particulier soit sujet de controverses),
pas plus qu'il n'a rendu plus difficile la création d'autres
pièces. Pourquoi donc la loi autorise-t'elle quelqu'un à
prendre un jour la pièce de Shakespeare, sans sa permission ni
celle d'un de ses agents? Quelle raison y a-t'il à laisser
quelqu'un d'autre "voler" le travail de Shakespeare?
359
La réponse tient en deux parties. Premièrement, il nous faut
savoir quelque chose de spécial concernant la notion de
"copyright" qui existait au temps du Statut d'Anne. Deuxièmement,
nous devons comprendre quelque chose d'important au sujet de ces
"libraires".
360
Premièrement, au sujet du copyright. Au cours des trois cent
dernières années, nous n'avons cessé d'élargir le
champ d'application du concept de "droit d'auteur". Mais en 1710, il ne
s'agissait pas tant d'un concept que d'un droit très particulier.
Le droit d'auteur est né sous la forme d'un ensemble
d'interdictions très spécifiques: Il interdisait aux autres
de reproduire un livre. En 1710, le "copy-right" é tait le droit
d'utiliser une machine particulière afin de répliquer un
travail particulier. Il n'allait pas plus loin que ce droit très
é troit. Il ne contrôlait pas la manière dont une oeuvre
pouvait ê tre utilisée. Aujourd'hui ce droit comporte une
longue liste de restrictions de la liberté des autres: Il accorde
à l'auteur le droit exclusif de copier, le droit exclusif de
distribuer, le droit exclusif d'executer, etc.
361
Ainsi, par exemple, même si le copyright sur les oeuvres de
Shakespeare é tait é ternel, tout ce que celà aurait
voulu dire au sens original du terme, c'est que personne n'aurait pu
rééditer une oeuvre de Shakespeare sans la permission des
ayant-droits. Celà n'aurait en rien contrôlé, par
exemple, la manière dont cette oeuvre aurait pu ê tre
jouée, le fait qu'on puisse la traduire, ou que Kenneth Branagh
soit autorisé à faire ses films. Le "copy-right" n'était
qu'un droit exclusif d'imprimer -- rien de moins, bien sür, mais
aussi rien de plus.
362
Même ce droit limité é tait vu avec scepticisme par les
Britanniques. Ces derniers avaient eu une expérience longue et
douloureuse des "droits exclusifs", surtout ceux garantis par la
Couronne. Les Anglais avaient connu une guerre civile, en partie à
cause de la pratique qu'avait la Couronne d'octroyer des monopoles,
surtout pour des oeuvres qui existaient déjà. Le roi Henry
VIII avait octroyé une patente pour imprimer la Bible, et
octroyé à Darcy le monopole d'imprimer des cartes à
jouer. Le parlement anglais commenca à résister à ces
prérogatives de la Couronne. En 1656, il fit passer le Statut des
Monopoles, qui limitait les monopoles aux brevets pour les inventions
nouvelles. Et en 1710, le parlement é tait impatient de s'occuper
du monopole grandissant de l'édition.
363
Ainsi le "copy-right; droit de copie", vu comme un droit
monopolistique, é tait naturellement vu comme un droit qui devait
ê tre limité. (Aussi convainquant que soit l'argument "ceci
est ma propriété, et devrait le rester pour toujours",
essayez de rester convainquant en articulant "ceci est mon monopole, et
devrait le rester pour toujours".) L'Etat protégeait les droits
exclusifs, mais seulement dans la mesure oú la société
en bénéficiait. Les Anglais voyaient les torts qui
résultaient des traitements de faveur; ils avaient passé une
loi pour les faire cesser.
364
Ensuite, à propos des libraires. Le problème n'était pas
seulement que le copyright é tait un monopole. Cela provenait
aussi du fait que le monopole é tait tenu par les libraires. De
nos jours, ils nous semblent bizarres et sans dangers. Ils
n'étaient pas vus comme inoffensifs dans l'Angleterre du
dix-septième siècle. Les membres de la Congrégation
é taient de plus en plus vus comme des monopolistes de la pire
espèce -- les instruments de la répression de la couronne,
vendant la liberté de l'Angleterre pour garantir leur propre
profit. Les attaques contre ces monopolistes é taient dures:
Milton les décrit comme des "vieux titulaires de brevets et de
monopolistes dans le marché de ventes de livres"; ils é
taient "des hommes qui ne travaillent donc pas dans une profession
honnête dans laquelle l'apprentissage est inutile."4
365
Beaucoup croyaient que le pouvoir exercé par les libraires
limitait la diffusion du savoir, juste au moment oú les
Lumières enseignaient l'importance de l'éducation et de la
diffusion de la connaissance en général. L'idée que la
connaissance devait ê tre libre fut un des jalons de l'époque
et ces puissants intérêts commerciaux interféraient avec
cette idée. Pour contrecarrer ce pouvoir, le Parlement décida
d'augmenter la compétition parmi les libraires et la manière
la plus facile de le faire fut de favoriser la diffusion des livres les
plus intéressants. Le Parlement décida donc de limiter la
durée des copyrights et, par là même, garantit que les
livres intéressants pourraient ê tre ouverts à la
publication pour tous les libraires après un temps limité. La
mise en place d'un terme de vingt et un ans pour le travail existant
fut un compromis pour combattre la puissance des libraires. La
limitation sur cette durée é taient une manière
indirecte d'assurer la compétition parmi les libraires, donc la
construction et la diffusion de la culture.
366
Néanmoins, en 1731 (1710 + 21), les libraires prirent peur. Ils
voyaient les conséquences de plus de compétition, et comme
tout compétiteur, ils n'aimaient pas ç a. Ils
commencèrent par ignorer le Statut d'Anne, en continuant
d'insister sur leurs droits perpétuels de contrôle de la
publication. Mais en 1735 et 1737, ils tentèrent de persuader le
Parlement d'étendre leur durées. Vingt et un ans ne leur
suffisaient pas; ils avaient besoin de plus de temps.
367
Le Parlement rejeta leurs requêtes. Ces mots d'un
pamphlétaire de l'époque font echo à la situation
actuelle:
368
Je ne vois aucune raison pour accorder une prolongation
supplémentaire aujourd'hui, qui ne serait là que pour ê
tre prolongée encore et encore, au fur et à mesure que les
termes précedents expirent; si cette loi devait passer, elle
é tablirait de fait un monopole perpétuel, une chose
justement odieuse au regard de la loi; ce serait une grande entrave au
commerce, un découragement de l'apprentissage, sans aucun
bénéfice pour les auteurs mais un impôt
général sur le public; et tout ceci pour seulement augmenter
les gains privés des libraires.5
369
Ayant é choué au Parlement, les é diteurs se
tournèrent vers les tribunaux, dans une série de procès.
Leur argument é tait simple et direct: le Statut d'Anne donnait
aux auteurs certaines protections au travers d'une loi mais ces
protections n'étaient pas destinées à remplacer la loi
habituelle. Elles é taient destinées simplement à
compléter la loi habituelle. Sous cette loi, il é tait
déjà interdit de prendre la « propriété »
créative d'une autre personne et de l'utiliser sans sa permission.
Le Statut d'Anne n'y a rien changé, dirent les libraires. C'est
pourquoi, selon eux, lorsque le Statut d'Anne a expiré, cela ne
signifiait pas que les protections de la loi habituelle aient
expiré: Selon cette loi, ils avaient le droit d'interdire la
publication d'un livre, même si le Statut d'Anne avait
expiré. C'était, selon eux, la seule manière de
protéger les auteurs.
370
C'était un argument astucieux, un de ceux qui avaient le soutien
des principaux juristes de l'époque. Il démontrait aussi une
extraordinaire perversité. Jusqu'alors, comme l'a é crit le
professeur de droit Raymond Patterson, "Les é diteurs ... avaient
autant d'égards pour les auteurs qu'un fermier en a pour son
bétail."6 Les libraires ne prêtaient aucune attention aux
droits des auteurs. Leur seule préoccupation é tait le profit
monopolistique qu'ils pouvaient tirer du travail des auteurs.
371
L'argument des libraires ne fut pas accepté sans dispute. Le
principal protagoniste de cette dispute é tait un libraire é
cossais nommé Alexander Donaldson.7
372
Donaldson ne faisait pas partie des Conger de Londres. Il commença
sa carrière à Edimbourg en 1750. Son commerce é tait
concentré sur les rééditions bon marché d'"oeuvres
standard dont la durée de copyright avait expiré", du moins
selon le Statut d'Anne.8 La maison d'édition de Donaldson
prospéra et devint "quelque chose comme un centre pour Ecossais
instruits."
373
"Parmi eux," é crit le professeur Mark Rose, se trouvait "le jeune
James Boswell qui, avec son ami Andrew Erskine, publia avec Donaldson
une anthologie de poèmes Ecossais contemporains."9
374
Quand les libraires de Londres tentèrent de fermer la boutique de
Donaldson en Ecosse, il répliqua en déménageant sa
boutique à Londres, oú il vendit des é ditions bon
marché "des livres anglais les plus populaires, défiant ainsi
la loi commune sur la propriété littéraire."10 Ses
livres é taient 30 à 50 pour cent moins chers que ceux des
Conger, et il justifiait son droit de leur faire compétition par
le fait que, selon le statut d'Anne, les oeuvres qu'ils vendait é
taient sorties du domaine protégé.
375
Les libraires de Londres donnèrent rapidement suite, afin
d'empêcher un tel "piratage". Un certain nombre d'actions contre
les "pirates" réussirent, la plus importante victoire é tant
celle de Millar contre Taylor.
376
Millar é tait un libraire, qui en 1729 avait acquis les droits sur
le poème "The Seasons" de James Thomson. Millar répondait aux
exigences du Statut d'Anne, et reçut donc la protection
complète prévue par le statut. Après que la durée
du copyright fut é coulée, Robert Taylor commença à
imprimer une é dition concurrente. Millar le poursuivit, arguant
d'un droit perpetuel selon la loi commune, quoi qu'en dise le Statut
d'Anne11.
377
A l'étonnement des juristes modernes, un des plus grands juges de
l'histoire anglaise, Lord Mansfield, approuva les libraires. Quelle que
soit la protection accordée par le Statut d'Anne aux libraires, ce
dernier n'annulait en aucun cas les droits découlant de la loi
commune. La question é tait de savoir si la loi commune
protégeait l'auteur contre les "pirates". La réponse de
Mansfield fut oui: La loi commune empêchait Taylor de
réimprimer le poème de Thomson sans la permission de Millar.
Cette loi commune donnait donc effectivement aux libraires un droit
perpetuel de contrôler la publication de tout livre leur é
tant assigné.
378
Considéré comme un problème de justice abstraite, en
raisonnant comme si la justice n'était qu'affaire de
déduction logique en partant de principes de base, la conclusion
de Mansfield peut sembler juste. Mais ce qu'elle ne prenait pas en
compte, c'était le problème plus vaste que le Parlement avait
eu à résoudre en 1710: Comment limiter au mieux le monopole
des é diteurs? La stratégie du Parlement avait é té
d'offrir une durée de protection pour les travaux existants qui
é tait assez longue pour acheter la paix en 1710, mais assez
courte pour assurer que la culture passe dans le domaine de la
concurrence au bout d'un temps raisonnable. En vingt et un ans, pensait
le Parlement, la Grande Bretagne passerait du système de culture
contrôlée voulu par la couronne, à la culture libre dont
nous avons hérité.
379
Cependant, le combat pour défendre les limites imposées par
le Statut d'Anne ne devait pas se terminer là, et c'est ici que
Donaldson entre dans la dance.
380
Millar mourut peu après sa victoire, il ne fut donc pas fait
appel. Son agent vendit les poèmes de Thomson à une
association d'imprimeurs, dont Thomas Beckett faisait partie.12
Donaldson publia ensuite une é dition non autorisée des
oeuvres de Thomson. Beckett, fort de la décision prise dans
l'affaire Millar, obtint une injonction à l'encontre de Donaldson.
Donaldson fit appel devant la Chambre des Lords, qui fonctionnait comme
notre Cour Suprême. En février 1774, cette chambre eut
l'occasion d'interpréter la signification des limites
décidées par le Parlement soixante ans plus tôt.
381
Fait plutôt rare en matière de loi, l'affaire Donaldson
contre Beckett attira une attention immense dans toute la
Grande-Bretagne. Les avocats de Donaldson soutinrent que quels que
soient les droits qui avaient pu exister sous la loi commune, le Statut
d'Anne les rendait obsolètes. Après l'adoption du Statut
d'Anne, la seule protection légale pour un droit exclusif de
contrôler nue publication devait venir de ce statut. Donc,
disaient-ils, une fois que la durée specifiée dans le Statut
d'Anne é tait é coulée, les oeuvres qui avait é
té protégées par ce statut n'étaient plus
protégées.
382
La Chambre des Lords é tait une institution é trange. Les
questions légales é taient soumises à la Chambre, et les
"lords de la loi", membres d'une distinction spéciale qui
fonctionnait beaucoup comme les juges de notre Cour Suprême,
votaient en premier. Ensuite, une fois que les lords de la loi avaient
voté, la Chambre des Lords votait au complet.
383
Les rapports sur le vote des lords de la loi sont mitigés.
D'après certains, il semble que le copyright perpetuel ait
prévalu. Mais il n'y a pas d'ambiguité concernant le vote de
la Chambre des Lords au complet. A une majorité des deux tiers (22
contre 11), ils rejetèrent l'idée de copyrights perpetuels.
Quelle que soit la manière dont on interpretait la loi commune, un
copyright é tait maintenant fixé pour un temps limité,
après lequel l'oeuvre protégée par copyright passait
dans le domaine public.
384
"Le domaine public." Avant le procès Donaldson contre Beckett, il
n'y avait pas de notion claire de domaine public en Angleterre. Avant
1774, l'idée dominante é tait que la loi commune sur le
copyright é tait perpétuelle. Après 1774, le domaine
public é tait né. Pour la première fois dans l'histoire
anglo-américaine, le contrôle légal sur les
créations expirait, et les plus grandes oeuvres de l'histoire
anglaise, y compris celles de Shakespeare, Bacon, Milton, Johnson, et
Bunyan, é taient libres de contraintes légales.
385
C'est difficile à imaginer pour nous, mais cette décision de
la Chambre des Lords nourrit une réaction populaire et politique
extraordinaire. En Ecosse, oú la plupart des "éditeurs
pirates" effectuaient leur travail, les gens fêtèrent cette
décision dans les rues. Comme le rapporta l' Edinburgh Advertiser,
"Aucune cause privée n'avait à ce point capté
l'attention du public, et aucune cause n'avait é té
défendue devant la Chambre des Lords dont l'issue intéressait
autant de gens." "Grandes réjouissances à Edinburgh
après la victoire sur la propriété littéraire: feux
de joie et illuminations."Modèle:Relf
386
A Londres, cependant, du moins parmi les é diteurs, la
réaction fut aussi forte dans la direction opposée. Le
Morning Chronicle rapporte:
387
Par la décision précédente ... pour environ 200.000
livres de ce qui fut honnêtement acheté lors de ventes
publiques, et qui é tait considéré hier comme de la
propriété, est maintenant réduit à néant. Les
libraires de Londres et de Westminster, qui pour beaucoup d'entre eux
avaient vendu leurs biens et leurs maisons afin d'acheter des
Copyrights, se retrouvent en quelque sorte ruinés, et ceux qui
après plusieurs années de métier pensaient avoir acquis
une compétence à offrir à leur famille se retrouvent
sans un centime à offrir à leurs successeurs.14
388
"Ruinés" est un peu exagéré. Mais il n'est pas
exagéré de dire que le changement fut profond. La
décision de la Chambre des Lords signifiait que les libraires ne
pourraient plus contrôler la manière dont la culture se
développerait en Angleterre. Désormais, la culture en
Angleterre é tait libre. Non pas au sens oú les droits
d'auteur n'étaient pas respectés, car bien sür, pour une
durée limitée suivant la publication d'une oeuvre, le
libraire avait le droit exclusif de contrôler la publication de ce
livre. Et non pas au sens oú les livres pouvaient ê tre
volés, car même après que le copyright avait
expiré, il fallait toujours acheter le livre à quelqu'un.
Mais libre en ce sens que la culture et sa croissance n'étaient
plus contrôlés par un petit groupe d'éditeurs. Comme
tout marché libre, ce marché libre de la culture libre
croissait selon les choix des consommateurs et des producteurs. La
culture anglaise se développait de la manière dont les
lecteurs anglais choisissaient de la laisser se développer, à
travers les livres qu'ils achetaient et é crivaient, et à
travers les idées qu'ils répetaient et adoptaient. Ils
choisissaient dans un cadre compétitif, et non pas dans un cadre
oú les choix concernant quelle culture est disponible, et de
quelle manière on y accède, seraient faits par une
minorité, à l'encontre des souhaits de la majorité.
389
Du moins, c'était la règle dans un monde oú le Parlement
é tait opposé aux monopoles, et résistait aux plaidoyers
protectionnistes des é diteurs. Dans un monde oú le Parlement
aurait é té plus flexible, une culture libre aurait é
té moins protégée.
390
Enregistreurs
391
Jon Else est un réalisateur. Il est surtout connu pour ses
documentaires, et ses oeuvres ont eu beaucoup de succès. C'est
aussi un enseignant, et en tant qu'enseignant moi-même, j'envie la
loyauté et l'admiration que lui vouent ses é tudiants. (J'ai
rencontré, par hasard, deux de ses é tudiants au cours d'un
dîner. Ils le considéraient comme un dieu.)
392
Else a travaillé sur un documentaire auquel je participais.
Pendant une pause, il me raconta une histoire qui parlait de la
liberté de création dans les films aux Etats-Unis
aujourd'hui.
393
En 1990, Else travaillait à un documentaire sur la Tétralogie
de Wagner. Le sujet du documentaire é tait les stagehands à
l'Opéra de San Francisco. Les stagehands sont une partie
particulièrement drôle et cocasse d'un opéra. Pendant
une représentation, ils se promènent devant la scène,
dans la loge du souffleur et le local d'éclairage. Ils font un
contraste parfait avec l'art de la scène
394
Pendant une des représentations, Else filmait des stagehands en
train de jouer aux dames. Dans un coin de la salle il y avait un é
cran de télévision. A l'écran, pendant que les
stagehands jouaient aux dames et que l'opéra jouait Wagner,
passaient Les Simpson. D'après Else, cette touche de dessin
animé permettait de mieux appréhender ce que la scène
avait de spécial.
395
Des années plus tard, quand il finit par obtenir un financement
pour terminer son film, Else voulut s'acquitter des droits pour ces
quelques secondes de Simpson. Car bien sür, ces quelques secondes
sont protégées par copyright; et bien sür, pour utiliser
du contenu sous copyright, il faut la permission du détenteur de
copyright, sauf si c'est pour une utilisation privée ou autre cas
particulier du même genre.
396
Else appela le bureau du créateur des Simpson, Matt Groening, pour
obtenir sa permission. Groening fut d'accord. Il ne s'agissait que de
quatre secondes et demie, sur un minuscule é cran de
télévision dans un coin de la pièce. Quel mal pouvait-il
y avoir à celà? Groenig é tait content d'avoir ces
quelques secondes des Simpson dans le film, mais il dit à Else de
contacter Gracie Film, la compagnie qui produit l'émission.
397
Chez Gracie Films on fut aussi d'accord, mais comme Groening, on voulut
faire attention. On dit donc à Else de contacter la Fox, la maison
mère de Gracie Films. Else appela la Fox et leur expliqua
l'histoire du clip dans un coin de l'écran. Else dit que Matt
Groening avait déjà donné sa permission. Il voulait
juste obtenir confirmation de la Fox.
398
C'est alors que, comme me le dit Else, "deux choses se produisirent.
Premièrement nous découvrîmes... que la création de
Matt Groening ne lui appartenait pas -- ou du moins que quelqu'un [chez
Fox] croyait qu'elle ne lui appartenait pas." Et deuxièmement, la
Fox "voulait dix mille dollars en é change de l'utilisation de ces
quatre secondes et demie des Simpson, qui apparaissaient de
manière tout à fait fortuite sur un coin de l'écran."
399
Else é tait certain qu'il y avait erreur. Il réussit à
obtenir ce qu'il pensa ê tre la vice présidente pour les
questions de license, Rebecca Herrera. Il lui expliqua "Vous devez
faire erreur... nous vous demandons le tarif é ducatif."
C'était bien le tarif é ducatif, lui répondit Herrera.
Un jour plus tard, Else rappela pour obtenir confirmation de ce qu'on
lui avait dit.
400
"Je voulais m'assurer que j'avais bien compris", me dit il. "Oui, vous
avez bien compris", lui dit-elle. Il en coüterait 10.000 dollars
d'utiliser le clip des Simpson dans le coin de l'écran d'un
documentaire sur la Tétralogie de Wagner. Et puis, d'une
manière é tonnante, Herrera dit à Else, "Et si vous
citez ce que je viens de dire, vous entendrez parler de nos avocats."
Plus tard, un assistant de Herrera dit à Else: "Ils se fichent du
reste. Ils veulent l'argent et c'est tout."
401
Else n'avait pas de quoi acheter le droit de remontrer ce qui é
tait montré sur la télévision de l'opéra de San
Francisco. Montrer cette réalité dépassait le budget du
réalisateur. A la dernière minute avant la sortie du film,
Else remplaca à l'ordinateur la vue par un extrait d'un autre film
sur lequel il avait travaillé dix ans plus tôt, The Day After
Trinity.
402
Il ne fait aucun doute que quelqu'un, que ce soit Matt Groening ou la
Fox, est propriétaire des droits sur les Simpson. Ces droits sont
leur propriété. Pour utiliser ce contenu protégé,
la permission du détenteur des droits est parfois nécessaire.
Si l'utilisation que Else voulait faire des Simpson é tait un des
cas restreints par la loi, alors il aurait besoin d'obtenir la
permission avant de pouvoir les utiliser de cette manière. Et dans
un marché libre, c'est le propriétaire des droits qui fixe le
prix de toute utilisation pour laquelle la loi lui accorde le
contrôle.
403
Par exemple, une "représentation publique" est une utilisation des
"Simpson" que le propriétaire des droits peut contrôler. Si
vous prenez quelques-uns de vos é pisodes favoris, louez un
cinéma, et faites payer pour voir "Mes é pisodes
préférés des Simpson", alors il vous faut la permission
du propriétaire des droits. Et ce propriétaire peut (c'est
son bon droit, à mon avis) faire payer le montant qu'il lui
plaît -- 10 dollars ou un million de dollars. C'est son droit,
défini par la loi.
404
Mais quand des juristes entendent cette histoire sur Jon Else et la
Fox, leur première pensée est "usage loyal"1. L'utilisation
par Else de 4.5 secondes d'une vue indirecte d'un é pisode des
Simpson est clairement un usage loyal des Simpson-- et l'usage loyal ne
nécessite pas la permission de qui que ce soit.
405
J'ai donc demandé à Else pourquoi il ne s'en é tait pas
tout simplement remis à l'"usage loyal". Voici sa réponse:
406
Le fiasco des Simpson a é té pour moi une leçon sur le
fossé qui sépare ce que les avocats jugent sans importance de
leur point de vue abstrait, et ce qui en pratique est d'une importance
é crasante pour nous autres qui essayons de tourner et diffuser
des documentaires. Je n'ai jamais douté qu'il s'agisse d'un "usage
clairement loyal" sur le plan purement légal. Mais je ne pouvais
pas me reposer là dessus en pratique. Voici pourquoi:
407
1. Avant qu'un film puisse ê tre diffusé, la chaîne nous
impose de souscrire à une assurance sur les Erreurs et Omissions.
Les assureurs demandent un "bulletin visuel", qui dresse la liste de
chaque séquence du film, sa source et son statut juridique. Ils
ont une notion assez restreinte de l'"usage loyal", et une utilisation
en "usage loyal" peut compromettre la demande d'assurance.
408
2. Je n'aurais probablement jamais dü poser la question à
Matt Groening dès le départ. Mais je savais que la Fox avait
l'habitude de rechercher et de stopper toute utilisation des Simpson
sans license, tout comme George Lucas se distinguait par sa
défense de l'utilisation de Star Wars. Donc j'ai décider de
suivre la loi à la lettre, en pensant que nous obtiendrions une
license gratuite ou presque pour quatre secondes de Simpson. En tant
que producteur de documentaires contraint de faire des é conomies
sur les lacets, la dernière chose dont j'avais besoin é tait
de risquer un procès, même en dommages, et même pour
défendre un principe.
409
3. Il se trouve que j'ai parlé avec un de vos collègues de la
Faculté de Droit de Stanford [...] qui m'a confimé qu'il
s'agisait d'un usage loyal. Il a aussi confirmé que la Fox
"porterait plainte et vous ferait passer la corde au cou", quels que
soit la validité de mes arguments. Il me dit clairement que ce
serait celui qui avait le plus d'avocats et les poches les plus
profondes qui l'emporterait.
410
4. En général, cette question de l'usage loyal se pose à
la fin d'un projet, alors que nous devons tenir une date de sortie et
que nous n'avons plus d'argent.
411
En théorie, usage loyal signifie que l'on peut se passer de
permission. Par conséquent la théorie favorise la culture
libre, et préserve d'une culture de permissions. Mais en pratique,
l'usage loyal fonctionne d'une manière très différente.
Le flou des limites légales, combiné à
l'énormité des amendes infligées à qui les
franchit, fait qu'en pratique l'usage loyal est très restreint
dans beaucoup de domaines de la création artistique. La loi vise
juste, mais la manière dont elle est appliquée vise ailleurs.
412
Cet exemple montre combien la loi s'est é loignée de ses
racines du dix-huitième siècle. La loi est née comme
bouclier pour protéger les revenus des é diteurs de la
compétition déloyale d'un pirate. Elle a grandi comme une
é pée qui se mêle de tous les usages, transformatifs ou
non.
413
Transformateurs
414
En 1993, Alex Alben, un avocat, travaillait pour Starwave, Inc.
Starwave é tait une entreprise innovante fondée par Paul
Allen, le cofondateur de Microsoft, dans le but de développer du
contenu numérique. Bien avant qu'Internet ne devienne populaire,
Starwave commença à investir dans de nouvelles technologies
permettant la diffusion de contenus que la puissance des réseaux
permettait d'anticiper.
415
Alben s'intéressait tout spécialement aux nouvelles
technologies. Il é tait intrigué par le marché é
mergent de la technologie du CD-ROM - non pas pour la distribution des
films, mais pour faire des choses avec les films qui serait difficile
à réaliser autrement. En 1993, il initia le
développement d'un produit servant à produire une
rétrospective du travail d'un acteur donné. Le premier acteur
choisi füt Clint Eastwood. L'idée é tait de mettre
à l'affiche tout le travail d'Eastwood avec des clips tirés
de ses films et des interviews de personnes importantes dans sa
carrière.
416
À l'époque, Eastwood avait déjà fait plus de
cinquante films en tant qu'acteur et réalisateur. Alben
commença une série d'interviews avec Eastwood, l'interrogeant
sur sa carrière. Puisque c'était Starwave qui produisait ces
interviews, la compagnie é tait libre de les inclure sur son CD.
417
Les seules interviews n'auraient pas fait un produit intéressant,
alors Starwave voulait ajouter du contenu tiré des films
d'Eastwood : des affiches, des scripts, et d'autres choses en rapport
avec les films qu'Eastwood avait fait. La majeure partie de sa
carrière, Eastwood l'avait passé chez Warner Brothers, et il
é tait très facile d'obtenir la permission d'accès
à ce contenu.
418
Puis Alben et son é quipe decidèrent d'inclure d'authentiques
extraits de film. « Notre objectif é tait d'avoir un extrait
de chacun des films d'Eastwood. » me dit Alben. C'est à ce
moment-là que le problème se posa. Personne n'avait
réellement fait ce que nous faisions à ce moment, expliqua
Alben. « Personne n'avait essayé de faire cela dans le
contexte d'une oeuvre artistique traitant de la carrière d'un
acteur. »
419
Alben présenta l'idée à Michael Slade, le PDG de
Starwave. Slade lui demanda, « Bon, que devrons-nous faire ?
»
420
Alben repondit, « Et bien, nous allons devoir nous assurer
d'obtenir l'autorisation de chaque personne qui apparaît dans ces
films, de même pour la musique et tout ce que nous voulons
utiliser dans ces extraits de film. » Slade lui dit, «
Excellent! Faisons cela. » 1
421
Le problème é tait que ni Alben ni Slade n'avait la moindre
idée de ce qui serait nécessaire à l'obtention des
autorisations. Tous les acteurs jouant dans chacun des films auraient
pu réclamer des redevances pour la réutilisation d'un film.
Cependant, les CD-ROM n'avaient pas é té spécifiés
dans les contrats avec les acteurs, alors il n'y avait aucun moyen de
savoir ce que Starwave allait faire.
422
J'ai demandé à Alben comment il avait réglé le
problème. Avec une é vidente fierté de soi, qui masquait
l'évidente bizarreté de son récit, Alben raconta ce
qu'ils avaient fait:
423
Nous avons examiné les extraits de films un par un. Nous avons
choisi, en fonction de critères artistiques, quels extraits de
film inclure -- bien sür, nous allions utiliser l'extrait "Make my
day" de Dirty Harry. Mais ensuite il fallait trouver le type au sol qui
tremble sous le canon, et il fallait sa permission. Et il fallait
décider combien nous allions le payer.
424
Nous avons décidé qu'il serait loyal de leur offrir le tarif
de figurant en é change du droit de réutiliser leur travail.
Il s'agit d'un extrait de moins d'une minute, mais pour pouvoir
réutiliser ce travail dans le CD-ROM, le tarif à
l'époque é tait d'environ 600 dollars.
425
Donc, il nous a fallu identifier les gens. Certains d'entre eux é
taient difficile à identifier, parce que dans les films d'Eastwood
on ne sait pas toujours qui est le type qui passe à travers la
vitre: est-ce l'acteur ou le cascadeur? Et ensuite nous avons
monté une é quipe, mon assistant et quelques autres, et nous
avons commencé à appeler ces gens.
426
Certains acteurs é taient heureux de nous aider --Donald
Sutherland, par exemple, s'assura lui-même que tous les droits
é taient acquittés. D'autres é taient é tonnés
de leur chance. Alben leur demandait "Allô, puis-je vous payer 600
dollars, ou peut-être 1.200 si vous apparaissez dans deux films,
vous savez?" Et ils disaient "Vous ê tes sérieux? Hé,
j'aimerais beaucoup 1.200 dollars". Et d'autres, bien sür, é
taient un peu difficiles (les ex-épouses délaissées, en
particulier). Mais finalement, Alben et son é quipe avaient
acquitté les droits pour ce CD-ROM de rétrospective sur la
carrière de Clint Eastwood.
427
C'était une année plus tard--"et même à ce moment
nous n'étions pas sürs de les avoir tous acquittés."
428
Alben est fier de son travail. Ce projet é tait le premier du
genre, et à sa connaissance c'était la seule fois oú une
é quipe avait entrepris un effort aussi massif dans le but de
sortir une rétrospective.
429
Tout le monde pensait que ca serait trop difficile. Tout le monde
levait les mains au ciel et disait "Oh, mon dieu, un film, ca fait
tellement de copyrights, il y a la musique, la mise en scène, le
directeur, les acteurs." Mais nous l'avons fait. Nous en avons
séparé chaque partie, et dit "Ok, il y a tant d'acteurs, tant
de directeurs, ... tant de musiciens" et nous avons procédé
de manière très systématique et nous avons acquitté
les droits.
430
Et sans aucun doute, le produit lui-même é tait
exceptionnellement bon. Eastwood l'adorait, et il se vendit très
bien.
431
Mais je fis observer à Alben à quel point il semble é
trange qu'il ait fallu un an de travail simplement pour acquitter des
droits. Sans doute Alben l'avait fait de manière très
efficace, mais pour reprendre un mot célèbre de Peter
Drucker, "il n'y a rien de plus inutile que de faire efficacement
quelque chose qu'on ne devrait pas faire du tout."2 Est-il normal,
demandai-je à Alben, que ce soit là la manière dont un
travail nouveau doit ê tre réalisé?
432
Car, comme il le reconnut, "très peu de gens ... ont le temps et
les ressources, et la volonté de faire ca," et donc, très peu
de travaux de ce type seraient jamais réalisés. Est-il
normal, lui demandai-je, du point de vue from the standpoint of what
anybody really thought they were ever giving rights for originally,
that you would have to go clear rights for these kinds of clips?
433
Je ne pense pas. Quand un acteur joue un rôle dans un film, il ou
elle est très bien payée... Et ensuite si 30 secondes de ce
rôle sont utilisées dans un nouveau produit qui est une
retrospective sur la carrière de quelqu'un, je ne pense pas que
cette personne ... doive ê tre indemnisée pour celà.
434
Ou du moins, est-ce là la manière dont l'artiste doit ê
tre indemnisé? Ne pourrait-il pas y avoir, demandai-je, un
système de licenses statutaires, que l'on paierait pour ê tre
libre de réutiliser ce type d'extraits? Etait-il vraiment
raisonnable qu'un createur doive rechercher chaque acteur, directeur,
ou musicien qu'il réutilise, pour obtenir leur accord explicite?
Est-ce qu'il n'y aurait pas plus de créations si on pouvait
simplifier l'aspect légal du processus de création?
435
Absolument. Je pense que s'il y avait un systeme de licences loyales
(dans lequel vous ne seriez pas soumis a des chantages ou à des
ex-epouses répudiées), nous verrions beaucoup plus de travaux
de ce type, car il ne serait pas si décourageant de tenter de
monter une rétrospective de la carrière de quelqu'un et de
l'illustrer avec des extraits de sa carrière. Si vous é tiez
le producteur d'une de ces oeuvres, vous auriez a prendre en compte un
coüt supplémentaire: celui de payer X dollars à
l'artiste qui a effectué le travail. Mais ce serait un coüt
connu. Voila le problème qui empèche tout le monde de
travailler et rend ce type de produit difficile à réaliser.
Si vous saviez que vous avez cent minutes de film dans ce produit et
que cela va vous coüter X, alors vous feriez votre budget en
fonction et vous pourriez obtenir des fonds ainsi que tout ce dont vous
avez besoin pour le produire. Mais si vous dites "Oh, je veux cent
minutes de quelque chose, et je n'ai aucune idée de ce que ca va
me coüter et un certain nombre de personnes vont me réclamer
de l'argent", alors il devient difficile de monter tout ca.
436
Alben travaillait pour une grande compagnie. Sa compagnie é tait
soutenue par certains des inverstisseurs les plus riches au monde. Il
avait dont une autorité et des facilités que le
réalisateur de sites Web moyen n'a pas. Donc, s'il lui a fallu un
an, combien de temps cela aurait-il pris à quelqu'un d'autre? Et
combien de créativité est perdue simplement parce que les
coüts d'acquittement des droits sont si é levés?
437
Ces coüts sont entrainés par un type de régulation.
Soyons Republicains pour un instant, et irritons-nous un peu. Le
gouvernement définit l'étendue de ces droits, et cette é
tendue détermine combien il coutera de les négocier.
(Souvenez-vous de l'idée que la propriété terrienne
s'etend aux cieux, et imaginez le pilote achetant des droits de passage
pendant qu'il négocie son vol de Los Angeles à San
Francisco.) Ces droits peuvent très bien avoir eu leur raison
d'être; mais quand les circonstances changent, celle-ci
disparaît. Ou du moins, un républicain bien entrainé et
hostile a toute régulation devrait considérer ces droits et
demander: "Ceci est-il toujours justifié?"
438
J'ai parfois vu une lueur de reconnaissance quand les gens comprennent
cela, mais en quelques occasions seulement. La première fois ce
fut lors d'une conference de juges fédéraux en Californie.
Les juges s'étaient rassemblés pour discuter du sujet nouveau
de cyber-loi. On me demanda de faire partie du panel. Harvey
Saferstein, un juriste d'un cabinet respecte de L.A., présenta au
panel une video qu'il avait produite avec un ami, Robert Fairbank.
439
La vidéo etait un collage brillant de films de chaque période
du vingtième siècle, le tout organisé selon l'idee d'un
é pisode de 60 minutes. L'exécution é tait parfaite,
fidèle jusqu'à reproduire le chronomètre de soixante
minutes. Les juges en adorèrent chaque minute.
440
Lorsque les lumières furent allumées, je jetai un oeil vers
mon collègue de panel, David Nimmer, peut-être l'expert en
copyright le plus en vue dans le pays. Il y avait sur son visage un
regard é tonné, alors qu'il scrutait cette salle de plus de
250 juges bien divertis. D'une voix sentencieuse, il commenca son
discours par une question: "Savez-vous combien de lois
fédérales viennent d'être violées dans cette
pièce?"
441
Car bien é videmment, les deux brillants créateurs de ce film
n'avaient pas fait ce qu'Alben avait fait. Ils n'avaient pas passé
une année à acquitter les droits de ces extraits;
techniquement, ce qu'ils avaient fait violait la loi. Bien sür,
ils n'allaient pas ê tre poursuivis pour cette violation (et ce
malgré la présence de 250 juges et d'un troupeau d'officiers
de police féderale). Mais Nimmer avait un point important: Une
année avant que quiconque entende parler de Napster, et deux ans
avant qu'un autre membre du panel, David Boies, ne défende Napster
devant la Neuvieme Cour d'Appel, Nimmer essayait de faire voir à
ces juges que la loi ne serait pas en accord avec les capacités
que cette technologie rendrait possibles. La technologie veut dire que
maintenant vous pouvez faire des choses é tonnantes facilement;
mais vous ne pouvez pas facilement les faire légalement.
442
Nous vivons dans une culture du "copier-coller", rendue possible par le
technologie. Toute personne qui é crit une présentation
connait la liberté extraordinaire que l'architecture copier-coller
d'Internet a créée: en une seconde vous pouvez trouver
pratiquement n'importe quelle image; en une autre seconde vous l'avez
incorporée à votre présentation.
443
Mais les présentations ne sont qu'un début. En utilisant
Internet et ses archives, les musiciens sont capables d'enchaîner
des mélanges de sons jamais imaginés auparavant; les
réalisateurs de films sont capables de faire des films à
partir d'extraits trouvés sur des ordinateurs autour du monde. Un
site extraordinaire en Suède prend des images d'hommes politiques
et leur ajoute de la musique, pour créer des commentaires
politiques mordants. Un site appelé Camp Chaos a produit une des
critiques les plus acerbes qui soit de l'industrie du disque, en
mélangeant la musique et la technologie Flash.
444
Et toutes ces créations sont techniquement illégales.
Même si leurs créateurs voulaient respecter la loi, ce qu'il
en coüte est impossiblement é levé. Par conséquent,
pour ceux qui observent la loi, un trésor de créativité
n'est jamais exprimée. Et quant à la partie qui s'exprime, si
elle ne suit pas les règles d'acquittement des droits, ses
créations ne sortent jamais.
445
Pour certains, ces histoires suggèrent une solution: Modifions le
jeu des droits, de sorte que les gens soient libres de s'inspirer de
notre culture. Libres d'ajouter ou de mélanger comme il leur
plaît. Nous pourrions même effectuer ce changement sans pour
autant imposer que l'usage "libre" soit gratuit. Non, le système
pourrait simplement faire qu'il soit facile pour des créateurs
d'indemniser les artistes dont ils reprennent le travail sans avoir
besoin d'une armée d'avocats avec eux: par exemple, une loi disant
"la redevance düe au détenteur de copyright d'une oeuvre non
enregistrée, pour les usages dérivés de cette oeuvre,
sera 1 pour cent des revenus nets, à mettre de côté pour
le détenteur de copyright". Sous cette loi, le détenteur de
copyright pourrait bénéficier d'une redevance, mais il
n'aurait pas le bénéfice d'un droit de propriété
totale (ce qui implique le droit de choisir son prix) à moins
qu'il ne fasse enregistrer son oeuvre.
446
Qui pourrait objecter à celà? Et quelle raison y aurait-il
d'objecter? Nous parlons de créations qui ne sont même pas
réalisées aujourd'hui; et qui, si elles é taient
réalisées selon ce plan, génèreraient de nouveaux
revenus pour les artistes. Pour quelle raison pourrait-on s'y opposer?
447
En février 2003, les studios DreamWorks ont annoncé avoir
passé un accord avec Mike Myers, le génie comique de Saturday
Night Live et Austin Powers. D'après l'annonce, Myers et
DreamWorks allaient travailler ensemble pour former un "pacte unique de
réalisation de films." Selon l'accord, DreamWorks "va
acquérir les droits de films célèbres et classiques,
é crire de nouveaux scénarios et, en utilisant une
technologie numérique de pointe, insérer Myers et d'autres
acteurs dans ces films, en créant ainsi un spectacle
entièrement nouveau."
448
L'annonce appelait ceci faire du "film sampling." Comme l'expliqua
Myers, "Film Sampling est une manière excitante d'ajouter une
touche originale à des films existants, et de permettre au public
de voir de vieux films sous un jour nouveau. Les artistes de rap ont
fait ca pendant des années avec la musique, et bien maintenant
nous sommes capables de reprendre le concept et de l'apliquer au
cinéma." Steven Spielberg é tait cité, disant: "Si
quelqu'un peut créer une manière de rendre accessibles de
vieux films à un public nouveau, c'est bien Mike."
449
Spielberg a raison. Le Film sampling de Myers sera brillant. Mais si
vous n'y pensez pas, vous risquez de manquer le point
véritablement é tonnant de cette annonce. Alors que l'immense
majorité de notre héritage cinématographique reste
protégée par le droit d'auteur, le sens véritable de
l'annonce de Dreamworks est le suivant: C'est Mike Myers, et seulement
Mike Myers, qui est libre de faire du sampling. Toute liberté
générale de s'inspirer des archives de notre culture, une
liberté qui en d'autres circonstances serait supposée nous
appartenir à tous, est maintenant un privilège
réservé à ceux qui sont amusants et célèbres
-- et riches, on suppose.
450
Ce privilège est réservé pour deux raisons. La
première est la continuation de l'histoire du dernier chapitre: le
flou lié à la notion d'"usage loyal". L'essentiel du
"sampling" devrait ê tre considéré comme usage loyal.
Mais peu de gens s'appuient sur une garantie si faible pour créer.
Ceci nous mène à la deuxième raison pour laquelle le
privilège est réservé: Les coüts
entraînés par les négociations concernant le droit
légal de réutiliser une oeuvre sont astronomiquement é
levés. Ces coüts réflètent les coüts liés
à l'usage loyal: Ou bien vous payez un avocat pour défendre
votre droit à l'usage loyal, ou bien vous en payez un pour
rechercher toutes les permissions, de sorte que vous n'aurez pas à
vous appuyer sur l'usage loyal. D'une manière ou d'une autre, le
processus de création consiste à payer des avocats --encore
un privilège, ou peut-être un tourment, réservé
à une minorité.
451
Collectionneurs
452
En Avril 1996, des millions de "bots" (programmes informatiques
conçus pour "tisser", c'est-à-dire parcourir automatiquement
Internet et recopier son contenu) commencèrent à parcourir le
Net. Page par page, ces "bots" recopièrent l'information
trouvée sur Internet sur un petit nombre d'ordinateurs situés
dans un sous-sol du Presidio (NdT: quartier historique) de San
Francisco. Une fois que les "bots" eurent couvert tout Internet, ils
recommencèrent depuis le début. Encore et encore, une fois
tous les deux mois, ces programmes effectuaient des copies d'Internet
et les archivaient.
453
En Octobre 2001, les "bots" avaient rassemblé plus de cinq
années de copies. Et lors d'une modeste conférence à
Berkeley, en Californie, les archives composées de ces copies, les
Archives d'Internet, furent mises à disposition du monde. En
utilisant une technologie appelée "la Machine à Remonter Dans
le Temps" ("the Way Back Machine"), vous pouviez visiter une page Web,
et consulter toutes ses copies depuis 1996, et voir quand elle avait
é té modifiée.
454
Voila un aspect d'Internet qui aurait plu à Orwell. Dans l'utopie
décrite dans 1984, les vieux journaux é taient constamment
remis à jour, pour s'assurer que la vision présente du monde,
approuvée par le gouvernement, n'était pas contredite par les
actualités passées. Des milliers de travailleurs
rééditaient continuellement le passé, de sorte qu'il
é tait impossible de savoir si l'article que vous lisiez
aujourd'hui é tait le même que celui qui avait é té
imprimé à la date inscrite sur le papier.
455
Il en va de même avec Internet. Si vous visitez une page Web
aujourd'hui, vous n'avez aucun moyen de savoir si le contenu que vous
lisez est le même que celui que vous avez lu
précédemment. La page peut sembler ê tre la même,
mais son contenu pourrait facilement ê tre différent.
Internet est la bibliothèque d'Orwell: constamment
réécrite, sans aucune mémoire fiable.
456
Du moins, jusqu'à la Machine à Remonter Dans le Temps.
Grâce à cette machine, et aux Archives d'Internet, vous
pouvez voir ce qu'Internet a é té. Vous avez le pouvoir de
voir ce dont vous vous souvenez. Et c'est peut-être plus
important, vous avez le pouvoir de trouver ce dont vous ne vous
souvenez pas, et que d'autres préfèreraient que vous
oubliez.1
457
Nous tenons pour acquis que nous pouvons revenir en arrière et
voir ce que nous nous souvenons avoir lu. Pensez aux journaux. Si vous
voulez é tudier la réaction du journal de votre ville natale
face aux é meutes raciales à Watts en 1965, ou au canon
à eau de Bull Connor en 1963, vous pouvez aller à la
bibliothèque municipale et consulter les journaux. Ils existent
probablement sur microfiche. Si vous avez de la chance, ils existent
aussi sur papier. D'une manière ou d'une autre, vous ê tes
libres, en utilisant une bibliothèque, de revenir en arrière,
et de vous souvenir: pas seulement de ce dont il est commode de se
souvenir, mais de quelque chose qui est proche de la vérité.
458
On dit que ceux qui oublient l'Histoire sont condamnés à la
revivre. Ce n'est pas tout à fait vrai. Nous oublions tous
l'Histoire. L'essentiel est de savoir si nous avons un moyen de revenir
en arrière et de (re)découvrir ce que nous avons oublié.
Plus concrètement, l'essentiel est de savoir si un point de vue
objectif sur le passé peut nous aider à rester honnêtes.
Les bibliothèques nous y aident, en rassemblant du contenu et en
le conservant, pour les é coliers, pour les chercheurs, pour nos
grand-parents. Une société libre suppose cette connaissance.
459
Internet é tait une exception à cette règle. Jusqu'aux
Archives d'Internet, il n'y avait aucun moyen de revenir en
arrière. Internet é tait le medium é phémère
par essence. Et maintenant, alors qu'Internet contribue de plus en plus
à construire et réformer la société, il devient de
plus en plus important que nous en conservions une forme historique. Il
est tout à fait é trange de constater que nous avons
pléthore d'archives de journaux de petites villes d'un peu partout
dans le monde, mais qu'il n'y a qu'une seule et unique copie
d'Internet: celle conservée par les Archives d'Internet.
460
Brewster Kahle est le fondateur des Archives d'Internet. Il eut
beaucoup de succès en tant que chercheur en informatique, et plus
encore ensuite, en tant qu'entrepreneur d'Internet. Dans les
années 90, Kahle décida qu'il avait eu assez de succès
en affaires. Il é tait temps de connaître un autre genre de
succès. Il entreprit donc une série de projets destinés
à archiver le savoir de l'humanité. Les Archives d'Internet
n'étaient que le premier projet de cet Andrew Carnegie de
l'Internet. En décembre 2002, les Archives avaient
dépassé les 10 milliards de pages, et grossissaient d'un
milliard d'autres chaque mois.
461
La Machine à Remonter Dans le Temps constitue la plus grande
archive du savoir humain de l'histoire de l'humanité. Fin 2002,
elle contenait "deux cent trente Teraoctets de matériel", et
é tait "dix fois plus volumineuses que la Bibliothèque du
Congrès". Et ce n'était que la toute première des
archives que Kahle projettait d'édifier. En plus des Archives
d'Internet, Kahle construisait des Archives Télévisées.
La télévision s'avère ê tre encore plus é
phémère qu'Internet. Alors qu'une bonne partie de la culture
du vingtième siècle a é té construite via la
télévision, seule une infime partie en est accessible
aujourd'hui. Trois heures d'actualités sont enregistrées tous
les soirs par l'Université de Vanderbilt --grâce à une
dérogation à la loi sur le copyright. Ce contenu est
indexé, et reste accessible aux universitaires pour un coüt
très raisonnable. "Mais en dehors de ceux-là, la
télévision est quasiment inaccessible," me confia Kahle. "Si
vous ê tes Barbara Walters, vous avez accès [à ces
archives], mais qu'en est-il si vous ê tes un simple é
tudiant ?" Ajouta Kahle,
462
Vous rappelez-vous lorsque Dan Quayle conversait avec Murphy Brown?
Vous souvenez-vous de cette expérience surréelle d'un homme
politique conversant avec un personnage de fiction
télévisée? Si vous é tiez un é tudiant voulant
é tudier cela, et si vous vouliez obtenir ces é changes entre
eux deux, l'épisode de 60 Minutes qui sortit après... ce
serait presque impossible... Ce matériel est presque
introuvable...
463
Pourquoi cela ? Pourquoi la partie de notre culture qui est sur
journaux papier reste-t-elle accessible pour toujours, alors que la
partie qui est sur cassettes video ne l'est pas? Comment se fait-il que
nous ayons créé un monde oú les chercheurs qui voudront
comprendre l'influence des médias sur l'Amérique du
dix-neuvième siècle auront moins de difficultés que ceux
qui voudront comprendre l'influence des médias sur l'Amérique
du vingtième siècle ?
464
C'est en partie à cause de la loi. Au début de la
législation américaine sur le droit d'auteur, les
détenteurs de copyright devaient déposer des copies de leur
ouvrage en bibliothèque. Ces copies é taient destinées
à la fois à faciliter la propagation du savoir, ainsi
qu'à s'assurer qu'une copie serait accessible une fois le
copyright expiré, pour que d'autres puissent é ventuellement
lire et copier l'ouvrage.
465
Ces règles s'appliquaient é galement aux films. Mais en 1915,
la Bibliothèque du Congrès fit une exception pour les films.
Les films pouvaient ê tre sous copyright une fois de tels
dépôts faits. Mais le cinéaste avait ensuite
l'autorisation de réemprunter le film ainsi déposé, sans
limite de temps, gratuitement. Rien qu'en 1915, il y avait plus de
5.475 films déposés et "réempruntés." Donc, quand
le copyright d'un film expire, il n'y en a plus aucune copie dans
aucune bibliothèque. La copie existe --si tant est qu'elle existe
encore-- dans les archives de la société qui a produit le
film.2
466
En général, ceci vaut aussi pour la télévision. A
l'origine les é missions de télévision n'étaient
pas sous copyright; il n'y avait aucun moyen d'enregistrer ces é
missions, il n'y avait donc aucune crainte de "vol". Mais quand la
technologie permit leur capture, les diffuseurs comptèrent de plus
en plus sur la législation. La loi exigeait qu'ils fassent une
copie de chaque é mission pour que l'ouvrage soit copyrighté.
Mais ces copies é tait simplement détenues par les
diffuseurs. Aucune bibliothèque n'avait de droits dessus; le
gouvernement ne les réclamait pas. Le contenu de cette partie de
la culture américaine est pratiquement invisible pour quiconque.
467
Kahle é tait impatient de changer cela. Avant le 11 septembre
2001, lui et ses alliés avaient commencé à enregistrer
la télévision. Ils avaient choisi vingt chaînes du monde
entier, et appuyé sur le bouton Enregistrer. A partir du 11
septembre, Kahle, ainsi que des douzaines de collaborateurs, choisirent
vingt chaînes du monde entier et mirent en ligne gratuitement la
couverture de cette semaine du 11 septembre. Tout le monde pouvait voir
comment les journaux télévisés de par le monde avaient
couvert cette journée.
468
Kahle avait le même projet pour les films. Avec Rick Prelinger,
dont les archives cinématographiques contiennent près de
45.000 "films ephémères" (c'est-à-dire des films non
produits par Hollywood, et jamais protégés par le droit
d'auteur), Kahle mit en place les Archives du Cinéma. Prelinger le
laissa numériser 1300 films dans ces archives, et mettre ces films
sur Internet, pour qu'ils puissent ê tre
téléchargés gratuitement. La sociéte de Prelinger
est à but lucratif. Elle vend des copies de ces films sous forme
de pellicules. Il fit la découverte suivante: Après en avoir
rendu une partie significative librement accessible, ses ventes de
pellicules augmentèrent très fortement. Les gens pouvaient
trouver facilement le contenu qu'ils voulaient utiliser. Certains
téléchargeaient ce contenu et faisaient leurs propres films.
D'autres achetaient des copies afin de permettre la création
d'autres films. D'une manière ou d'une autre, l'archive rendait
possible l'accès à cette part importante de notre culture.
Envie de voir une copie du film "Duck and Cover" qui expliquait aux
enfants comment se protéger au milieu d'une attaque
nucléaire? Allez sur archive.org, et vous pourrez
télécharger le film en quelques minutes -- gratuitement.
469
Ici encore, Kahle nous donne accès à une partie de notre
culture, que nous ne pourrions pas obtenir facilement d'une autre
manière, voire pas du tout. Il s'agit d'une autre partie de ce qui
définit le vingtième siècle, et que nous avons
abandonnée à l'histoire. La loi ne requiert pas que ces
copies soient conservées ou déposées dans une archive
par quiconque. Par conséquent, il n'existe pas de moyen simple de
les trouver.
470
Le point clé ici est l'accès, pas le prix. Kahle veut
permettre l'accès libre à ce contenu, mais il veut aussi
permettre à d'autres de vendre cet accès. Son but est de
s'assurer que la compétition existe parmi ceux qui propose un
accès à cette partie importante de notre culture. Pas pendant
la vie commerciale d'une création, mais pendant cette seconde vie
que possède toute création: sa vie non-commerciale.
471
Car voici une idée que nous devrions identifier plus clairement.
Toute création artistique traverse plusieurs "vies". Au cours de
sa première vie, si le créateur est chanceux, le contenu est
vendu. Dans ce cas le marché commercial est une réussite pour
le créateur. La grande majorité des créations
artistiques ne connaissent pas un tel succès, mais c'est le cas de
certaines d'entre elles. Pour ces contenus, la vie commerciale est
extrêmement importante. Sans ce marché commercial, il y
aurait, semble-t'il, beaucoup moins de créations.
472
Une fois que la vie commerciale d'une création a pris fin, notre
tradition a toujours encouragé une seconde vie. Un journal apporte
les nouvelles du jour à notre palier de porte. Le jour suivant, il
sert à emballer du poisson, ou bien à combler des boîtes
contenant des cadeaux fragiles, ou encore à construire une archive
de connaissances sur notre histoire. Au cours de cette seconde vie, le
contenu peut continuer d'informer, même si cette information n'est
plus vendue.
473
La même chose a toujours é té vraie au sujet des livres.
Un livre cesse d'être imprimé très rapidement
(aujourd'hui, en moyenne après un an 3). Une fois qu'il a
cessé d'être imprimé, il peut ê tre vendu dans des
magasins de livres d'occasion, sans que le détenteur de copyright
n'obtienne quoi que ce soit, et il peut ê tre conservé dans
une bibliothèque, oú beaucoup de gens le liront, tout aussi
gratuitement. Les librairies d'occasion et les bibliothèques sont
donc la seconde vie d'un livre. Cette seconde vie est extrêmement
importante pour la diffusion et la stabilité de la culture.
474
Cependant, il devient de plus en plus difficile de croire en une
seconde vie stable pour les créations artistiques, et ceci pour
les composantes les plus importantes de la culture populaire des
vingtième et vingt-et-unième siècles. Pour ces
composantes (télévision, films, musique, radio, Internet), il
n'y a pas de garantie d'une seconde vie. Pour ces types de culture,
c'est comme si nous avions remplacé nos bibliothèques par des
magasins Barnes & Noble. Avec cette culture, ce qui est accessible
se réduit à ce que demande un certain marché
limité. Au delà de cette demande, la culture disparaît.
475
Pendant la plus grande partie du vingtième siécle, ce sont
les conditions é conomiques qui en ont voulu ainsi. C'eut é
té une folie coüteuse que de rassembler et de rendre
accessibles toutes les é missions de télévision, tous
les films et toute la musique existants: Le coüt des copies
analogiques est extraordinairement é levé. Ainsi donc, bien
que la loi eut en principe restreint la capacité d'un Brewster
Kahle de copier la culture en géneral, la véritable
contrainte é tait d'ordre é conomique. Le marché rendait
impossible de faire quoi que ce soit contre cet é
phémère; la loi n'avait que peu d'effet pratique.
476
La caractéristique peut-être la plus importante de la
révolution numérique est que pour la première fois
depuis la Bibliothèque d'Alexandrie, il est possible d'imaginer la
construction d'une archive qui contienne toute la culture produite ou
distribuée publiquement. La technologie nous permet d'imaginer une
archive de tous les livres publiés, et bientôt de toutes les
images animées et de tous les sons.
477
La mesure de cette archive potentielle est quelque chose que nous
n'avons jamais imaginé auparavant. Les Brewster Kahle de notre
histoire en ont rêvé; mais nous arrivons à un moment
oú, pour la première fois, ce rêve est devenu possible.
Comme le décrit Kahle,
478
Il semble qu'il y ait quelque deux ou trois millions d'enregistrements
de musique. En tout. Il y a environ cent mille films sortis en salle,
... et entre un et deux millions de films [distribués] durant le
vingtième siècle. Il y a environ vingt-six millions de titres
de livres. Tout cela tiendrait dans des ordinateurs qui tiendraient
dans cette salle, et que pourrait s'offrir une petite entreprise. Nous
somme donc à un tournant de notre histoire. L'accès universel
est le but. Et la possibilité de vivre une vie différente,
basée là-dessus, donne... des frissons. Ca pourrait ê
tre une des plus grandes fiertés de l'humanité. Avec la
bibliothèque d'Alexandrie, le premier homme sur la Lune, et
l'invention de la machine à imprimer.
479
Kahle n'est pas le seul libraire. L'Internet Archive n'est pas la seule
archive. Mais Kahle et l'Internet Archive suggèrent ce que
l'avenir des bibliothèques et des archives pourrait ê tre.
Quand s'arrête la vie commerciale d'une oeuvre? Je ne sais pas.
Mais elle finit par s'arrêter. Et quand elle le fait, Kahle et son
archive nous font découvrir un monde dans lequel le savoir et la
culture restent disponibles à jamais. Certains s'en inspireront,
pour la comprendre; d'autres pour la critiquer. Certains s'en
serviront, comme Walt Disney, pour re-créer le passé pour
l'avenir. Ces technologies nous promettent quelque chose qui é
tait devenu inimaginable pour l'essentiel de notre passé: un futur
pour notre passé. La technologie numérique pourrait
réaliser à nouveau le rêve de la Bibliothèque
d'Alexandrie.
480
Ainsi, la technologie a supprimé le coüt é conomique de
la construction d'une telle archive. Mais il reste le coüt
légal. Car, pour autant que nous puissions appeler de nos voeux
ces "archives", aussi réconfortante que soit l'idée d'une
"bibliothèque", le "contenu" qui est rassemblé dans ces
espaces numériques est aussi la "propriété" de
quelqu'un. Et la loi sur la propriété restreint les
libertés dont Kahle et les autres feraient usage.
481
Propriété
482
Jack Valenti est le président de la Motion Picture Association of
America depuis 1966. Il est arrivé pour la première fois
à Washington dans les valises de l'administration de Lyndon
Johnson. La célèbre photographie de Johnson prêtant
serment dans Air Force One après l'assassinat du Président
Kennedy montre Valenti à l'arrière-plan. Pendant presque
quarante ans passés à la tête de la MPAA, Valenti s'est
imposé comme le lobbyiste peut-être le plus en vue et le plus
efficace de Washington.
483
La MPAA est la branche américaine de l'International Motion
Picture Association. Elle fut formée en 1922 en tant
qu'association commerciale dont le but é tait de défendre les
films américains contre des critiques intérieures
croissantes. Aujourd'hui l'organisation ne représente pas
seulement des metteurs en scène, mais aussi les producteurs et les
distributeurs de spectacles pour la télévision, la
vidéo, le câble. Son administration est composée des
présidents des sept producteurs et distributeurs principaux de
films et é missions de télévision aux Etats-Unis: Walt
Disney, Sony Pictures Entertainment, MGM, Paramount Pictures, Twentieth
Century Fox, Universal Studios, et Warner Brothers.
484
Valenti n'est que le troisième président de la MPAA. Aucun
président avant lui n'avait eu autant d'influence sur cette
organisation, ou sur Washington. En bon Texan, Valenti a acquis la
maîtrise de l'aptitude politique la plus importante dans le Sud:
la capacité à paraître simple et lent, tout en
dissimulant une pensée rapide comme l'éclair. A ce jour,
Valenti joue à l'homme simple et humble. Mais ce diplômé
de Harvard, auteur de quatre livres, qui termina le lycée à
quinze ans et effectua plus de cinquante missions aériennes de
combat durant la deuxième guerre mondiale, n'est pas Monsieur
Tout-Le-Monde. Quand Valenti est allé à Washington, il a
compris la quintessence de cette ville.
485
En défendant la liberté artistique et la liberté
d'expression sur laquelle repose notre culture, la MPAA a é
té très bénéfique. En créant son système
de notation, la MPAA nous a probablement é vité une censure
dommageable. Mais il est un aspect de la mission de cette organisation
qui est à la fois le plus radical et le plus important: il s'agit
de l'effort continuel de cette organisation, incarné par chaque
acte de Valenti, pour redéfinir la notion de "propriété
créative".
486
En 1982, le discours de Valenti devant le Congrès illustrait
parfaitement cette stratégie:
487
Aussi longs soient les arguments, quelles que soient les charges et
contre-charges, quels que soient les tumultes et les cris, les hommes
et femmes raisonnables retourneront toujours à ce problème
fondamental, le thème central qui anime tout ce débat: Les
détenteurs de propriété intellectuelle doivent obtenir
les mêmes droits et protections que tous les autres
détenteurs de propriété de la nation. Voilà le
problème. Voilà la question. Et c'est sur ce terrain que tout
ce plaidoyer, et tous les débats qui s'ensuivront, doivent prendre
place1.
488
La stratégie de cette rhétorique, comme toujours chez
Valenti, est brillante et simple, et brillante parce que simple. Le
"thème central" auquel les "hommes et femmes raisonnables"
retourneront est celui-ci: "Les détenteurs de propriété
intellectuelle doivent obtenir les mêmes droits et protections que
tous les autres les détenteurs de propriété de la
nation". Valenti aurait pu continuer ainsi: "Il n'y a pas de citoyen de
seconde classe. Il ne devrait donc pas y avoir de détenteurs de
propriété de seconde classe".
489
Cette assertion possède une force d'attraction é vidente.
Elle est exprimée avec tant de clarté qu'elle rend
l'idée é vidente, aussi é vidente que la notion
d'utiliser des é lections pour désigner les présidents.
Mais en fait, personne parmi les gens qui prennent ce débat au
sérieux ne soutient de position plus extrême. Jack Valenti,
aussi doux et brillant soit-il, est peut-être le pire
extrémiste de la nation lorsqu'il s'agit de la nature et de la
portée de la "propriété intellectuelle". Ses vues n'ont
aucun lien raisonnable avec ce qui constitue vraiment notre tradition
légale, même si la force discrète de son charme texan a
lentement redéfini cette tradition, du moins à Washington.
490
Alors que la "propriété intellectuelle" est certainement une
"propriété", en un sens besogneux et précis que les
juristes ont l'habitude de comprendre 2, il n'a jamais é té
le cas, et ne devrait pas l'être, que les "détenteurs de
propriété intellectuelle" obtiennent "les mêmes droits
et protections que tous les autres détenteurs de
propriété". En effet, si les détenteurs de
propriété intellectuelle obtenaient les mêmes droits que
tous les autres détenteurs de propriété, alors ceci
instituerait un changement radical, et radicalement indésirable,
dans notre tradition.
491
Valenti le sait. Mais il parle pour une industrie qui se fiche bien de
notre tradition et des valeurs qu'elle représente. Il parle pour
une industrie qui au contraire se bat pour restaurer la tradition que
les Britanniques ont démise en 1710. Dans le monde qui
résulterait des changements de Valenti, quelques puissants
exerceraient un contrôle strict sur la manière dont notre
culture serait développée.
492
J'ai deux buts dans ce chapitre. Le premier est de vous convaincre que
sur le plan historique, l'assertion de Valenti est absolument fausse.
Le second est de vous convaincre qu'il serait terriblement mauvais pour
nous de rejetter notre histoire. Nous avons toujours traité les
droits sur la propriété des créations différement
des droits sur les autres types de propriété. Ils n'ont
jamais é té pareils aux autres droits. Et ils ne devraient
devenir pareils, car, aussi contre-intuitif ceci soit-il, les rendre
pareils reviendrait à réduire fondamentalement la
possibilité pour les nouveaux créateurs de créer. La
créativité tient à ce que ses propriétaires n'aient
pas de contrôle absolu sur elle.
493
Les organisations comme la MPAA, dont les dirigeants comptent parmi les
plus puissants de l'arrière-garde, n'ont aucun intérêt,
en dépit de leur rhétorique, à faire en sorte que les
jeunes puisent les remplacer. Aucune organisation, aucune personne n'a
intérêt à cela. (Posez-moi la question au sujet de ma
chaire, par exemple.) Mais ce qui est bon pour la MPAA ne l'est pas
nécessairement pour l'Amérique. Une société qui
défend les idéaux d'une culture libre doit justement
préserver la possibilité pour une créativité
nouvelle de menacer l'ancienne.
494
Pas besoin de chercher bien loin pour se douter que quelque chose ne
tourne pas rond dans l'argumentation de Valenti: il nous suffit de lire
la Constitution des Etats-Unis.
495
Les Pères Fondateurs de notre Constitution aimaient la
"propriété". En fait, ils l'aimaient tellement qu'ils ont
incorporé à la Constitution une clause importante: si le
gouvernement vous prend votre propriété (s'il vous exproprie
de votre maison, ou bien s'il aquiert un terrain appartenant à
votre ferme), il doit, selon la "Clause des Expropriations" du
Cinquième Amendement, vous payer une "compensation juste". La
Constitution garantit donc que la propriété est, en un
certain sens, sacrée. Elle ne peut jamais ê tre soustraite
à son propriétaire, sauf si le gouvernement paie pour ce
privilège.
496
Et pourtant la même constitution parle très différemment
à propos de ce que Valenti appelle la "propriété
créative". Dans l'article qui accorde au Congrès le pouvoir
de créer la "propriété créative", la Constitution
exige qu'après un "temps limité", le Congrès abroge les
droits qu'il a accordé et mette la "propriété
créative" dans le domaine public gratuit. Et quand le Congrès
fait cela, quand l'expiration du terme d'un copyright vous en
"exproprie" pour le mettre dans le domaine public, le Congrès n'a
aucune obligation de payer une "juste indemnité" pour cette
"expropriation". Au contraire, la même constitution qui exige
qu'on vous indemnise pour votre terre, exige que vous perdiez votre
droit de "propriété créative" sans la moindre
compensation.
497
Ainsi, nominalement, la constitution stipule qu'on ne doit pas accorder
les mêmes droits à ces deux formes de propriété.
Elles doivent simplement ê tre traitées différemment.
Valenti ne demande donc pas juste un changement dans notre tradition,
quand il soutient que les détenteurs de "propriété
créative" devraient obtenir les mêmes privilèges que
tout autre détenteur de droit de propriété. Il plaide en
effet pour un changement dans notre constitution elle-même.
498
Réclamer un changement de notre constitution n'est pas
forcément une erreur. Notre constitution originale é tait
mauvaise sur bien des points. La constitution de 1789 a renforcé
l'esclavage ; elle prévoyait que les sénateurs soient
nommés plutôt qu'élus; elle a permis au collège
é lectoral de provoquer une é galité entre le
président et son propre vice-président (comme cela s'est
produit en 1800). Les Pères Fondateurs é taient sans doute
extraordinaires, mais je serais le premier à reconnaître
qu'ils ont commis de grosses erreurs. Depuis lors, nous avons
corrigé certaines de ces erreurs; il en reste sans doute d'autres,
que nous devrons corriger aussi. Ainsi je ne pense pas que si Jefferson
a fait une chose, nous devions faire de même.
499
Au contraire, je pense que si Jefferson a fait quelque chose, nous
devrions au moins tenter de comprendre pourquoi. Pourquoi les
Pères Fondateurs, défenseurs fanatiques de la
propriété privée qu'ils é taient, ont-ils
rejeté l'idée que la propriété sur les
créations donne les même droits que les autres types de
propriétés? Pourquoi ont-ils requis l'existence d'un domaine
public pour ce type de propriété?
500
Pour répondre à cette question, nous devons prendre du recul
sur l'histoire de ces droits de propriété sur les
créations, et sur le contrôle qu'ils ont rendu possible.
Quand nous verrons clairement comment ces droits ont é té
définis, nous serons mieux en mesure de poser la question qui
devrait ê tre au centre de cette guerre. La question n'est pas si
la propriété sur les créations devrait ê tre
protégée, mais plutôt de quelle manière. Non pas si
nous allons défendre les droits que la loi accorde aux
détenteurs de propriétés sur les créations, mais
plutôt quel doit ê tre l'équilibre de ces droits. Non
pas si les artistes deoivent ê tre payés, mais plutôt si
les institutions créées pour garanir que les artistes sont
payées ont aussi besoin de contrôler la manière dont la
culture se développe.
501
Pour répondre à ces questions, nous avons besoin de concepts
généraux pour parler de la manière dont la
propriété est protégée. Plus précisément,
nous avons besoin de concepts plus vastes que ceux que permet le
langage juridique. Dans Code et Autes Lois du Cyberespace, j'ai
utilisé un modèle simple pour décrire ces concepts. Pour
chaque droit ou régulation particulière, ce modèle
montre comment quatre modalités différentes interagissent,
pour renforcer ou affaiblir ce droit ou cette régulation. J'ai
illustré ceci avec le diagramme suivant:
502
[freeculture01.png]
503
Au centre de ce diagramme se trouve le point régulé:
l'individu ou le groupe qui est la cible du régulation, ou le
détenteur d'un droit. (Dans chaque cas tout au long de ce
paragraphe, nous pouvons décrire ceci soit comme une
régulation, soit comme un droit. Par simplicité, je parlerai
seulement de régulations.) Les ovales décrivent quatre
manières par lesquelles l'individu ou le groupe peut ê tre
régulé-- soit contraint, soit, alternativement, permis. La
loi est la contrainte la plus é vidente (au moins pour les
avocats). Elle contraint en menaçant de sanctions après les
faits si les règles définies à l'avance sont
violées. Donc si, par exemple, vous violez sciemment le copyright
de Madonna en copiant une chanson de son dernier CD et la postez sur le
Web, vous pouvez ê tre puni d'une amende de 150.000 dollars.
L'amende est une punition à postériori pour la violation
d'une règle préexistante. Elle est imposée par
l'État.
504
Les normes sont un autre type de contrainte. Elles aussi punissent un
individu pour avoir violé une règle. Mais la punition d'une
norme est imposée par la communauté, et non pas (ou pas
seulement) par l'État. Il n'y a peut-être pas de loi contre
le fait de cracher, mais cela ne veut pas dire que vous ne serez pas
puni si vous crachez par terre en faisant la queue au cinéma. La
punition n'est peut-être pas dure, ce qui dépend toutefois de
la communauté, mais elle pourrait facilement ê tre plus dure
que bon nombre de punitions imposées par l'État. Ce qui fait
la différence, ce n'est pas la sévérité de la
règle, mais la source de son application.
505
Le marché est un troisième type de contrainte. Sa contrainte
est effectuée à travers des conditions: vous pouvez faire X
si vous payez Y; vous serez payé M si vous faites N. Ces
contraintes ne sont é videmment pas indépendantes des lois et
des normes -- c'est la loi de la propriété qui définit
ce qui doit ê tre acheté si cela doit ê tre pris pour
légal; ce sont les normes qui disent ce qui est vendu de
manière appropriée. Mais é tént donné un
ensemble de normes, et un arrière-plan de lois de
propriété et de contrats, le marché impose une
contrainte simultanée sur comment un individu ou un groupe peuvent
se comporter.
506
Pour finir, et pour le moment, peut-être, plus
mystérieusement, l'"architecture" -- le monde pysique tel qu'on le
trouve -- est une contrainte sur le comportement. Un pont é
croulé peut contraintre votre capacité à traverser une
rivière. Des voies de chemin de fer peuvent contraindre la
capacité d'une communauté à intégrer sa vie
sociale. Tout comme le marché, l'architecture n'effectue pas sa
contrainte à travers des punitions à postériori. Au lieu
de cela, tout comme le marché, l'architecture effectue ses
contraintes à travers des conditions simultanées. Ces
conditions ne sont pas imposées par des tribunaux appliquant des
contrats, ni par la police punissant le vol, mais par nature, par
"architecture". Si un boulet d'une tonne bloque votre route, c'est la
loi de la gravité qui applique cette contrainte. Si un billet
d'avion de 500 dollars vous sépare d'un vol pour New York, c'est
le marché qui applique cette contrainte.
507
Donc la première chose à propos de ces quatre modalités
de régulation est é vidente : elles interagissent. Les
restrictions imposées par une peuvent ê tre renforcées
par une autre. Ou les restrictions imposées par une peuvent ê
tre sapées par une autre.
508
La deuxième chose suit directement: si nous voulons comprendre la
véritable liberté que quiconque possède à un moment
donné pour faire une chose particulière, nous devons
considérer comment ces quatre modalités interagissent. Qu'il
y ait ou non d'autres contraintes (il peut très bien il y en
avoir; je ne prétend pas ê tre complet), ces quatre sont
parmi les plus importantes, et tout régulateur (que ce soit de
contrôle ou de libération) doit considérer comment ces
quatre en particulier interagissent.
509
Ainsi, par exemple, considérez la "liberté" de conduire une
voiture à vitesse é levée. Cette liberté est en
partie restreinte par les lois: des limitations de vitesse qui disent
à quelle vitesse vous pouvez rouler dans des endroits particuliers
à des moments particuliers. Elle est en partie restreinte par
l'architecture: des dos d'ânes, par exemple, ralentissent les
conducteurs les plus raisonnables; des régulateurs de vitesse dans
des bus, un autre exemple, fixent la vitesse maximale à laquelle
on peut conduire. Cette liberté est en partie restreinte par le
marché: l'efficacité du carburant diminue au fur et à
mesure que la vitesse augmente, et donc le prix de l'essence contraint
indirectement la vitesse. Conduisez à 100 km/h devant une é
cole dans votre propre voisinnage et vous serez vraisemblablement puni
par les voisins. La même norme ne serait pas aussi efficace dans
une autre ville, ou la nuit.
510
La dernière chose à propos de ce modèle simple devrait
aussi ê tre assez clair: alors que ces quatre modalités sont
analytiquement indépendantes, la loi a un rôle spécial
dans le fait d'affecter les trois autres3. La loi, en d'autres termes,
opère parois pour augmenter ou diminuer la contrainte d'une
modalité particulière. Ainsi, la loi peut ê tre
utilisée pour augmenter les taxes sur l'essence, afin d'augmenter
l'incitation à rouler moins vite. La loi peut ê tre
utilisée pour faire installer plus de dos d'ânes, afin
d'augmenter la difficulté de rouler vite. La loi peut ê tre
utilisée pour financer des publicités qui stigmatisent la
conduite irrespectueuse. Ou bien la loi peut ê tre utilisée
pour requérir que d'autres lois soient plus strictes -- une
exigence fédérale pour que les é tats diminuent la
vitesse maximale autorisée, par exemple -- afin de baisser
l'attractivité de la conduire rapide.
511
[freeculture02.png]
512
Ces contraintes peuvent ainsi changer, et elle peuvent ê tre
changées. Pour comprendre la protection efficace de la
liberté ou celle de la propriété à chaque moment,
nous devons suivre ces changements au fil du temps. Une restriction
imposée par une modalité peut ê tre effacée par une
autre. Une liberté permise par une modalité peut ê tre
chassée par une autre4.
513
Pourquoi Hollywood a raison
514
Ce que ce modèle révèle de plus é vident est
simplement pourquoi, ou en quoi, Hollywood a raison. Les
défenseurs du copyright ont rallié à leur cause le
Congrès et les tribunaux. Ce modèle nous aide à
comprendre le sens de ce ralliement.
515
Disons que cette image illustre les règles du copyright avant
Internet :
516
[freeculture01.png]
517
Il y a un é quilibre entre la loi, les normes sociales, le
marché et l'architecture technique. La loi limite la
possibilité de copier et partager du contenu en imposant des
pénalités à ceux qui copient et partagent. Ces
pénalités sont renforcées par des technologies qui
rendent copie et partage difficiles (architecture) et coüteux
(marché). Cependant, ces pénalités sont
atténuées par des habitudes que nous admettons tous - par
exemple le fait pour des jeunes d'enregistrer les disques de leurs
copains. Ces utilisations de contenu sous copyright peuvent bien
constituer des infractions, les normes de notre société, du
moins avant Internet, ne font pas de ces infractions un problème.
518
Voilà qu'arrive Internet, ou, plus précisément, des
technologies comme le format MP3 ou le partage de fichiers ("peer to
peer"). Là, les contraintes liées à l'architecture
changent radicalement, tout comme celles venant du marché. Et
pendant que marché et architecture de concert assouplissent les
règles du copyright, les normes renforcent cette tendance.
L'équilibre satisfaisant (pour les défenseurs du moins) qui
prévalait avant Internet devient de fait un é tat d'anarchie.
519
D'oú le sens de la réponse des défenseurs, et sa
justification. La technologie a changé, disent ces
défenseurs, et la conséquence de ce changement, une fois
qu'il s'est diffusé au travers du marché et des normes, est
que l'équilibre des protections dont jouissaient les
détenteurs de droits a disparu.
520
[freeculture03.png]
521
C'est l'Irak après la chute de Saddam, mais à l'heure
actuelle aucun gouvernement ne justifie le pillage qui s'ensuit.
522
Pas plus cette analyse que les conclusions qui suivent ne sont nouveaux
pour les défenseurs. En effet, dans un "livre blanc"
préparé par le Département du commerce (un
département lourdement influencé par les défenseurs du
copyright) en 1995, cette confusion de modalités régulatrices
a déjà é té identifiée, et la stratégie
pour y répondre déjà é laborée. En
réponse aux changements apportés par Internet, le livre blanc
affirme que (1) le Congrès devrait durcir les lois protégeant
la propriété intellectuelle, (2) les entreprises devraient
adopter de nouvelles techniques de marketing, (3) les techniciens
devraient ê tre incités à développer du code
protégeant les contenus, (4) les é ducateurs devraient
apprendre aux jeunes à mieux respecter le copyright.
523
Cette stratégie composite est juste ce dont le copyright aurait
besoin - s'il s'agissait de préserver cet é quilibre
particulier qui existait avant le changement apporté par Internet.
Et c'est juste ce qu'on peut s'attendre à ce que les industries du
contenu exigent. C'est aussi américain que la tarte aux pommes de
considérer l'existence agréable dont vous jouissez comme un
droit, et d'attendre de la loi qu'elle protège ce droit si quelque
chose se produit qui l'altère. Les propriétaires qui habitent
dans le lit d'un fleuve n'hésitent pas à en appeler au
gouvernement pour reconstruire (et reconstruire encore) leur maison
lorsque le fleuve (architecture) déborde sur leur
propriété (loi). Les agriculteurs n'hésitent pas à
en appeler au gouvernement pour les tirer d'affaire lorsqu'un virus
(architecture) dévaste leurs troupeaux. Les syndicats
n'hésitent pas à en appeler au gouvernement lorsque les
importations (marché) détruisent l'industrie
sidérurgique des U.S.A.
524
C'est pourquoi il n'y a rien d'anormal ni de surprenant dans la
campagne menée par l'industrie du contenu pour se protéger
des conséquences néfastes d'une innovation technologique. Et
je serais la dernière personne à prétendre que la
technologie mouvante d'Internet n'a pas eu un effet profond sur la
façon de mener les affaires pour l'industrie du contenu, ou comme
le décrit John Seely Brown, sur son "architecture de revenus".
525
Mais ce n'est pas parce qu'un intérêt particulier demande
l'aide du gouvernement que cette aide doit nécessairement ê
tre accordée. Et ce n'est pas parce que le changement
technologique a affaibli une manière particulière de faire
des affaires que le gouvernement doit nécessairement intervenir
pour sauver cette ancienne manière de faire des affaires. Kodak,
par exemple, a perdu de l'ordre de 20% du marché traditionnel de
la pellicule au profit du marché montant des appareils photos
numériques5. Y-a t'il quelqu'un pour penser que le gouvernement
devrait interdire les appareils numériques juste pour soutenir
Kodak ? Les autoroutes ont nuit au transport par rail. Y-a-t'il
quelqu'un pour penser qu'il faudrait interdire les semi-remorques
simplement "dans le but" de protéger le rail ? En restant plus
près du sujet de ce livre, les télécommandes ont nuit
à la publicité télévisée (si un clip ennuyeux
passe sur le petit é cran, la télécommande rend
très facile de zapper), et il se peut bien que ce changement ait
nuit au marché de la publicité télévisée. Mais
est-ce qu'il y a quelqu'un pour penser qu'il faudrait réglementer
l'usage de la télécommande pour soutenir la
télévision commerciale ? (peut-être en ne permettant de
zapper qu'une fois par minute, ou de ne passer que sur dix canaux par
heure ?)
526
La réponse é vidente à toutes ces questions, qui ne sont
bien sür que rhétoriques, est é videmment non. Dans une
société libre, avec un marché libre, soutenu par des
entreprises libres et un commerce libre, le rôle du gouvernement
n'est pas de soutenir une manière de faire des affaires au
détriment d'une autre. Son rôle n'est pas de choisir un
vainqueur et de le protéger de tout é chec. Si le
gouvernement faisait cela de façon habituelle, nous n'aurions
jamais aucun progrès. Comme Bill Gates, le président de
Microsoft l'a é crit en 1991, dans une note critiquant les brevets
logiciels, "les entreprises é tablies ont intérêt à
é vincer leurs futurs concurrents"6. Et en ce qui concerne les
start-ups, les entreprises é tablies ont aussi les moyens de faire
cela (songez aux radios RCA et FM). Un monde oú des concurrents
arrivant avec de nouvelles idées doivent se battre non seulement
contre le marché, mais aussi contre le gouvernement, est un monde
oú les idées nouvelles n'ont aucune chance de succès.
C'est un monde qui va vers la stagnation. C'est l'Union soviétique
sous Brejnev.
527
Donc, tandis qu'il est compréhensible que les industries
menacées par les nouvelles technologies qui compromettent leurs
méthodes commerciales sollicitent la protection du gouvernement,
c'est un devoir particulier des politiques de garantir que cette
protection ne compromet pas le progrès. C'est le devoir des hommes
politiques, en d'autres termes, de garantir que les mesures qu'ils
prennent en réponse aux demandes de ceux qui ont é té
lésés par le changement technologique, sont des mesures qui
préservent motivation et opportunités d'innovation.
528
Dans le contexte des lois qui réglementent l'expression -- ce qui
inclut, é videmment, la loi sur le copyright -- ce devoir est
encore plus impérieux. Quand l'industrie, se plaignant des
changements technologiques, exige du Congrès des mesures qui
pèsent sur l'expression et la créativité, les
politiciens devraient ê tre particulièrement prudents. C'est
toujours une mauvaise pratique pour le gouvernement de réglementer
les marchés de l'expression. Les risques encourus à ce jeu
là sont précisément ceux pour lesquels les auteurs de
notre constitution ont institué le premier amendement : "Le
Congrès ne doit é dicter aucune loi... restreignant la
liberté d'expression". Ainsi, lorsqu'on demande au Congrès
d'examiner une loi qui risque de "restreindre" la liberté
d'expression, il devrait examiner - et soigneusement - si une telle
réglementation est justifiée.
529
L'argument que je vais développer maintenant, n'a rien a voir avec
l'hypothèse selon laquelle les changements réclamés par
les défenseurs du copyright sont "justifiés". Cet argument
concerne leurs effets. Mais avant d'en venir à la question de la
justification, une question difficile qui dépend beaucoup de vos
valeurs personnelles, il faut d'abord se demander si nous é
valuons bien les conséquences des changements que souhaite
l'industrie du contenu.
530
Voici une métaphore qui illustrera l'argumentation qui suit. En
1873, le DDT a é té synthétisé pour la
première fois. En 1948, le chimiste suisse Paul Hermann Muller a
reçu le prix Nobel pour son travail démontrant les
propriétés insecticides du DDT. Dans les années 50, cet
insecticide a é té très largement utilisé pour
combattre les parasites porteurs de maladie, ainsi que pour augmenter
la production agricole.
531
Personne ne met en doute le fait que supprimer des parasites ou
augmenter la production du bétail soit une bonne chose. Personne
ne met en doute le fait que le travail de Muller a é té de
valeur et qu'il a probablement sauvé des vies, peut-être
même des millions.
532
Mais en 1962, Rachel Carson a publié "Printemps silencieux", qui
démontre que le DDT, quels qu'aient é té les bienfaits
qu'il a apportés au début, a eu aussi des conséquences
imprévues sur l'environnement. Les oiseaux ont perdu leur
capacité à se reproduire, toute la chaîne é
cologique a é té détruite.
533
Personne n'a pour but de détruire l'environnement et Paul Muller
n'a certainement jamais voulu faire de mal aux oiseaux. Mais l'effort
déployé pour résoudre un ensemble de problèmes a
produit un autre ensemble de problèmes, bien plus graves aux yeux
de certains que ceux qu'on avait cherché à résoudre en
premier lieu. Ou plus précisément, les problèmes
causés par le DDT ont é té pires que ceux qu'il a
résolus, du moins si l'on considère les autres manières,
plus é cologiques, d'atteindre le but qu'il é tait censé
atteindre.
534
C'est précisément à cette image que James Boyle,
professeur de droit à l'Université de Duke, fait appel
lorsqu'il soutient que nous avons besoin d'une "écologie" de la
culture7. Dans sa perspective, tout comme dans celle que je défend
dans ce chapitre, le problème n'est pas que le but du copyright
est mauvais, ou que les auteurs ne devraient pas ê tre payés
pour leur travail, ou que la musique devrait ê tre distribuée
gratuitement. Ce qui compte, c'est que certains des moyens que nous
pourrions employer pour protéger les auteurs risquent d'avoir des
conséquences imprévisibles pour l'environnement culturel,
tout comme le DDT en a eues pour l'environnement naturel. Et, tout
comme les critiques faites au DDT ne constituent pas une apologie de la
malaria ou une attaque contre les agriculteurs, de même la
critique d'un ensemble particulier de mesures de protection du
copyright ne constitue pas une apologie de l'anarchie ou une attaque de
leurs auteurs. Nous cherchons seulement un environnement favorable
à la création, et nous devrions prêter attention aux
conséquences de nos actions sur cet environnement.
535
Mon argumentation, dans le cadre de ce chapitre, tente de cartographier
ces conséquences. Il n'y a aucun doute sur le fait qu'Internet a
eu un effet spectaculaire sur la capacité des détenteurs de
copyright à protéger leurs contenus. Mais il ne devrait non
plus y avoir que peu de doute sur le fait que si vous additionnez les
changements effectués au fil du temps aux lois concernant le
copyright au changement technique qu'Internet subit à l'heure
actuelle, le résultat ne se réduira pas à une protection
efficace des oeuvres sous copyright. Le résultat de cette
augmentation massive de protection sera dévastateur pour
l'environnement de la créativité.
536
En une phrase : pour nous débarrasser d'un moustique, nous
répandons du DDT, avec des effets sur la culture libre bien plus
dévastateurs que ceux qu'aurait causés ce moustique.
537
Débuts
538
L'Amérique a copié les lois anglaises sur le copyright. En
fait, nous les avons copiées en les améliorant. Notre
constitution rend le but de la "propriété des créations"
très clair ; les limitations explicites de ces lois renforcent
l'intention initiale des anglais d'éviter que les é diteurs
aient un pouvoir excessif.
539
Le pouvoir d'établir les lois concernant la "propriété
des créations" est accordé au Congrès d'une manière
qui, pour notre constitution du moins, est très bizarre. L'Article
I, section 8, clause 8 de notre Constitution é tablit que :
540
Le Congrès a le pouvoir de promouvoir le progrès des sciences
et techniques en assurant pour un temps limité aux auteurs et
inventeurs un droit exclusif sur leurs é crits et découvertes
respectifs.
541
Nous pouvons appeler cela une "clause de progrès", pour mettre en
lumière ce que cette clause ne dit pas. Elle ne dit pas que le
Congrès a le pouvoir d'accorder des "droits de propriété
sur les créations". Elle dit que le Congrès a le pouvoir de
promouvoir le progrès. Son objet est d'accorder un pouvoir, et il
s'agit d'un but public, pas le but d'enrichir des é diteurs, ni
même initialement de rémunérer les auteurs.
542
La clause de progrès limite explicitement la durée du
copyright. Comme nous l'avons vu au chapitre 6, les anglais ont
limité la durée du copyright pour garantir qu'un petit nombre
ne puisse pas exercer un contrôle disproportionné sur la
culture en ayant un contrôle exagéré sur la publication.
Nous pouvons supposer que les auteurs de la Constitution ont imité
les anglais dans un but similaire. En fait, contrairement aux anglais,
ces auteurs ont renforcé cet objectif en exigeant que le copyright
ne s'applique qu'aux "auteurs".
543
La conception de cette clause de progrès reflète la
conception de la Constitution en général. Lorsqu'ils
voulaient é viter un problème, ses auteurs ont é tabli
une structure. Pour ne pas concentrer le pouvoir aux mains des é
diteurs, ils ont é tabli une structure qui exclut les é
diteurs du copyright et n'accorde qu'une durée brève à
celui-ci. Pour ne pas concentrer le pouvoir aux mains d'une é
glise, ils ont interdit au gouvernement de fonder une é glise.
Pour ne pas concentrer le pouvoir aux mains du gouvernement
fédéral, ils ont créé des structures qui é
tendent le pouvoir des é tats -- ce qui inclut le Sénat dont
les membres à cette é poque é taient désignés
par les é tats, et un collège é lectoral, lui aussi
désigné par les é tats, pour choisir le président.
Dans chaque cas, il y a une structure qui exerce une surveillance et
créé un é quilibre dans le cadre constitutionnel,
conçue pour é viter une concentration de pouvoir qui serait
inévitable autrement.
544
Je ne pense pas que les auteurs de notre constitution reconnaitraient
le règlement que nous appelons "copy-right" (NDT :
"droit-de-copie") aujourd'hui. Le champ d'application de ce
règlement va bien au delà de tout ce qu'ils ont pu imaginer.
Pour commencer à comprendre ce qu'ils ont fait, il faut replacer
notre "copyright" dans son contexte : il faut voir en quoi il a
changé pendant les 210 années é coulées depuis sa
conception.
545
Certains de ces changements proviennent de la loi : certains pour tenir
compte de changements technologiques et certains pour tenir compte de
changements technologiques dans le contexte d'une concentration
particulière de pouvoir au niveau du marché. Dans le langage
de notre modèle, nous sommes partis d'ici :
546
[freeculture01.png]
547
Nous finirons là :
548
[freeculture04.png]
549
Je vais maintenant m'expliquer.
550
Loi: durée
551
Lorsque le premier Congrès a é dicté des lois pour
protéger la propriété des créations, il s'est
trouvé en face de la même incertitude concernant le statut de
cette propriété auquel les anglais avaient é té
confrontés en 1774. Beaucoup d'états avaient fait passer des
lois protégeant la propriété des créations, et
certains pensent que ces lois ne faisaient que compléter les lois
ordinaires protégeant déjà la création8. Ce qui
signifie qu'il n'y avait pas de domaine public garanti aux É tats
Unis en 1790. Si les copyrights é taient protégés par la
loi commune, alors il n'y avait aucun moyen simple de savoir si une
oeuvre publiée aux É tats Unis é tait libre ou sous
protection. Tout comme en Angleterre, cette incertitude durable
empêchait les é diteurs de se reposer sur un domaine public
pour la republication et la diffusion des oeuvres.
552
Cette incertitude a pris fin lorsque le Congrès a voté une
législation accordant des copyrights. Comme la loi
fédérale a précédence sur toute loi contraire d'un
é tat, les protections fédérales des oeuvres sous
copyright annulent toute protection due à la loi d'un é tat.
Tout comme en Angleterre le "statut d'Anne" garantit que les copyrights
de toutes les oeuvres anglaises finissent par expirer, une loi
fédérale stipulait que tout copyright accordé par un
é tat devait expirer é galement.
553
En 1790, le Congrès a é dicté la première loi sur
le copyright. Il a institué un copyright fédéral et
garanti ce copyright pour quatorze ans. Si l'auteur é tait encore
en vie à l'issue de ces quatorze années, alors il pouvait
choisir de renouveler ce copyright pour quatorze autres années.
S'il ne le renouvelait pas, son oeuvre passait dans le domaine public.
554
Alors que de nombreuses oeuvres ont é té créées aux
É tats Unis pendant les dix premières années de la
république, seulement 5 pour cent de ces oeuvres é taient en
fait enregistrées sous le régime du copyright
fédéral. De toutes les oeuvres créées aux É
tats Unis avant 1790 et de 1790 à 1800, 95 pour cent sont
passées immédiatement dans le domaine public ; le domaine
public a eu un poids prépondérant pendant vingt huit ans au
moins, et probablement pendant quarante ans9.
555
Ce système de renouvellement constituait une pièce critique
du système américain de copyright. Il garantissait que la
durée maximum du copyright serait accordée uniquement lorsque
c'était souhaitable. À l'issue de la période initiale de
quatorze ans, si l'auteur ne prenait pas la peine de renouveler le
copyright, alors ce n'était pas la peine que la société
maintienne le copyright non plus.
556
Quatorze ans ne semblent peut-être pas une longue période de
temps pour nous, mais pour la grande majorité des détenteurs
de copyright à cette é poque, c'était bien assez long :
seule une petite minorité d'entre eux renouvelait leur copyright ;
la mesure permettait que leur travail passe dans le domaine public10.
557
Encore aujourd'hui, cette structure serait pertinente. La plupart des
créations n'a qu'une vie commerciale de quelques années. La
plupart des livres sont é puisés en moins d'un an11. Lorsque
cela se produit, la vente des livres d'occasion n'est plus soumise aux
règles du copyright. Ainsi les livres ne sont plus en fait sous le
contrôle du copyright. Le seul usage commercial de ces livres est
la vente de livres d'occasion ; cet usage -- qui n'implique pas de
publication -- est libre en effet.
558
Au cours des cent premières années de la République, la
durée du copyright a changé une fois. En 1831, cette
durée est passée d'un maximum de 28 ans à un maximum de
42 ans en augmentant la durée initiale du copyright de 14 à
28 ans. Dans les cinquante ans qui ont suivi, cette durée a
augmenté une nouvelle fois. En 1909, le Congrès a é
tendu la durée de la période de renouvellement de 14 à
28 ans, portant la durée maximum à 56 ans.
559
Puis, au début de 1962, le Congrès a adopté une pratique
qui a servi depuis à définir la loi sur le copyright. Onze
fois durant les quarante dernières années, le Congrès a
augmenté la durée de copyrights existants ; deux fois durant
cette période, il a allongé la durée de futurs
copyrights. Au début, ces allongements é taient courts, de
l'ordre de un à deux ans. En 1976, le congrès a allongé
tous les copyrights existants de dix neuf ans. Et en 1998, avec le
"Sonny Bono Copyright Term Extension Act", il a allongé la
durée des copyrights existants et futurs de vingt ans.
560
L'effet de ces allongements est simplement de pénaliser, ou de
retarder, le passage des oeuvres dans le domaine public. Ce dernier
allongement signifie que le domaine public a é té
pénalisé de trente neuf ans à partir de cinquante cinq
ans, ce qui fait une augmentation de 70 pour cent depuis 1962. Donc,
pendant les vingt ans qui s'écouleront après l'édiction
du "Sonny Bono Act", tandis qu'un million de brevets tomberont dans le
domaine public, aucun copyright n'arrivera à l'expiration de sa
durée légale.
561
L'effet de ces allongements a encore é té exagéré
par un autre changement, peu remarqué de la loi sur le copyright.
Souvenez-vous, j'ai dit que les initiateurs de la loi avaient
prévu un régime en deux temps, obligeant un détenteur de
copyright à le renouveler à l'issue de sa durée
initiale. Cette exigence de renouvellement permettait que les oeuvres
pour lesquelles la protection du copyright n'était plus
nécessaire passent plus vite dans le domaine public. Les oeuvres
restant protégées é tant celles qui continuaient d'avoir
une valeur commerciale.
562
Les É tats Unis ont abandonné ce système raisonnable en
1976. Pour les oeuvres créées après 1978, il n'a plus
existé qu'une seule durée du copyright -- la durée
maximale. Pour des auteurs personnes physiques, cette durée é
tait de cinquante ans après leur mort. Pour les entreprises, cette
durée é tait de soixante quinze ans. Puis, en 1992, le
Congrès a abandonné l'exigence de renouvellement pour toutes
les oeuvres créées avant 1978. A toutes les oeuvres encore
sous copyright é tait accordé la durée maximale
possible. Après le Sonny Bono Act, cette durée é tait de
quatre vingt quinze ans.
563
Ce changement faisait que la loi américaine n'avait plus aucun
moyen de garantir automatiquement que les oeuvres n'étant plus
exploitées tombent dans le domaine public. Le domaine public est
devenu orphelin après ces changements de législation.
Malgré l'exigence d'avoir une durée limitée, nous
n'avons aucune preuve que quelque chose la limitera.
564
L'effet de ces changements sur la durée moyenne du copyright est
considérable. En 1973, plus de 85 pour cent des détenteurs de
copyright négligeaient de le renouveler, ce qui fait que la
durée moyenne du copyright en 1973 n'était que 32,2 ans. Par
suite de la suppression de l'exigence de renouvellement, la durée
moyenne du copyright est la durée maximale. En trente ans, la
durée moyenne a triplé, passant de 32,2 ans à 95 ans12.
565
Loi: é tendue
566
L'"étendue" d'un copyright est l'éventail des droits
accordés par la loi. L'étendue du copyright américain a
changé de façon spectaculaire. Ces changements ne sont pas
forcément mauvais, mais il faut en comprendre l'importance si nous
voulons garder cette discussion dans son contexte.
567
En 1970, cette é tendue é tait très restreinte. Le
copyright couvrait uniquement "les cartes, les graphiques et les
livres". Cela ne concernait donc pas, par exemple, la musique ou
l'architecture. Plus précisément, le copyright donnait à
l'auteur le droit exclusif de "publier" l'oeuvre sous copyright. Ce qui
veut dire que quelqu'un ne violait le copyright que s'il
rééditait l'oeuvre sans la permission du détenteur du
copyright. Enfin, le droit accordé par le copyright é tait un
droit exclusif sur un livre bien précis. Ce droit ne
s'étendait pas à ce que les juristes appellent "les travaux
dérivés". Par conséquent, il n'interférait pas avec
le droit de n'importe qui en dehors de l'auteur de traduire un livre
sous copyright, ou d'adapter l'histoire à un autre mode de
présentation (comme une pièce de théâtre basée
sur un livre publié).
568
Cela aussi a changé considérablement. Tandis qu'il est
très difficile de le décrire en des termes simples et
généraux, ce droit couvre pratiquement toute oeuvre qui prend
une forme tangible. Il couvre aussi bien la musique que l'architecture,
le théâtre que les programmes d'ordinateur. Il donne au
détenteur du copyright non seulement le droit exclusif de
"publier" l'oeuvre, mais aussi celui contrôler toute "copie" de
cette oeuvre. Le plus important en ce qui concerne notre propos actuel
est que le droit donne au détenteur du copyright tout
contrôle non seulement sur son oeuvre proprement dite, mais aussi
sur toute "oeuvre dérivée". De cette façon, le droit
protège plus de créations, les protègent de façon
plus complète et protègent les oeuvres basées de
façon significative sur la création initiale.
569
En même temps que le champ du copyright s'est é tendu, les
limitations restreignant les procédures se sont assouplies. Je
viens de décrire la suppression complète de l'exigence de
renouvellement en 1992. En plus de cette exigence de renouvellement,
pendant la plus grande partie de l'histoire de la loi américaine
sur le copyright, il y a eu l'exigence que l'oeuvre soit
enregistrée avant de jouir de la protection. Il y a eu é
galement l'exigence que toute oeuvre sous copyright soit marquée
du fameux (C) ou du mot "copyright". Et pendant tout ce temps, on a
exigé que les oeuvres soient placées en dépôt
auprès du gouvernement avant que le copyright puisse ê tre
garanti.
570
La raison pour cette obligation d'enregistrement é tait la
compréhension sensible que pour la plupart des oeuvres, aucun
copyright n'était requis. Une fois encore, pendant les dix
premières années de la République, 95 pour cent des
oeuvres é ligibles au copyright ne furent jamais mises sous
copyright. Ainsi, la règle fut le reflet de la norme: la plupart
des oeuvres n'avaient apparemment pas besoin de copyright, donc
l'enregistrement limitait la régulation de la loi aux quelques qui
le faisaient. Le même raisonnement justifiait l'exigence qu'une
oeuvre devait ê tre marquée comme é tant sous copyright
-- il é tait ainsi facile de savoir si un copyright é tait
revendiqué. L'exigence que les oeuvres soient déposées
é tait d'assurer qu'une fois le copyright expiré, il y aurait
une copie de l'oeuvre quelque part afin qu'elle puisse ê tre
copiée par d'autres sans avoir à localiser l'auteur original.
571
Toutes ces "formalités" furent abolies dans le système
américain quand nous avons décidé de suivre la loi de
copyright européenne. Il n'y a pas d'obligation que vous
enregistriez une oeuvre pour obtenir un copyright; le copyright est
maintenant automatique; le copyright existe que vous marquiez ou non
votre oeuvre avec un (C); et le copyright existe que vous rendiez
disponible ou non une copie à d'autres pour qu'ils la
reproduisent.
572
Considérez un exemple pratique pour comprendre la portée de
ces différences.
573
Si, en 1970, vous aviez é crit un livre et que vous é tiez un
des 5 pour cent qui ont réellement placé ce livre sous
copyright, alors la loi du copyright vous protégeait contre
d'autres é diteurs voulant prendre votre livre et le
rééditer sans votre permission. Le but de cet acte é
tait de réguler les é diteurs afin d'empêcher ce type de
compétition injuste. En 1790, il y avait 174 é diteurs aux
É tats-Unis13. La loi sur le copyright é tait donc une
réglementation minuscule d'une proportion minuscule d'une part
minuscule du marché créatif des É tats-Unis -- les
é diteurs.
574
La loi laissait les autres créateurs totalement
déréglementés. Si je copiais votre poème à la
main, encore et encore, afin de l'apprendre par coeur, mon acte serait
totalement non régulé par la loi de 1970. Si je prenais votre
nouvelle et en faisait une pièce de théatre, ou si je la
traduisait ou l'abrégeait, aucune de ces activités ne serait
régulée par la loi sur le copyright. Ces activités
créatives resteraient libres, tandis que les activités des
é diteurs seraient restreintes.
575
Aujourd'hui, l'histoire est très différente: si vous é
crivez un livre, votre livre est automatiquement protégé. En
effet, pas seulement votre livre. Chaque courriel, chaque note de votre
conjoint, chaque griffonnage, chaque acte créatif qui est
réduit à une forme tangible -- tout ceci est automatiquement
placé sous copyright. Il n'y a pas besoin d'enregistrer ou de
marquer votre travail. La protection est une conséquence de la
création, et non pas des é tapes que vous effectuez pour la
protéger.
576
Cette protection vous donne le droit (sujet à une portée
limitée d'exceptions de type usage loyal) de contrôler
comment les autres copient votre oeuvre, qu'ils la copient pour la
rééditer ou pour en partager un extrait.
577
Tout ceci est la partie é vidente. N'importe quel système de
droit d'auteur contrôlerait la publication concurrente. Mais il y
a une seconde partie dans le copyright d'aujourd'hui qui n'est pas du
tout é vidente. C'est la protection des "droits
dérivés". Si vous é crivez un livre, personne ne peut en
faire un film sans permission. Personne ne peut le traduire sans
permission. CliffsNotes (NdT: une série de livres scolaires
analysant des oeuvres littéraires) ne pourrait pas en faire un
résumé à moins que la permission en soit accordée.
Le copyright, en d'autres termes, est maintenant non seulement un droit
exclusif sur vos é crits, mais un droit exclusif sur vos é
crits et une grande proportion des é crits inspirés par eux.
578
C'est ce droit dérivatif qui semblerait le plus bizarre à nos
législateurs, bien qu'il soit devenu comme une seconde nature pour
nous. À l'origine, cette expansion a é té
créée pour avoir affaire aux contournements é vidents
d'un copyright plus é troit. Si j'écris un livre, pouvez-vous
changer un mot et revendiquer un copyright sur un livre nouveau et
différent? É videmment cela serait une blague pour le
copyright, et donc la loi a é té correctement é tendue
pour inclure ces légères modifications au même titre que
les oeuvres originales mot pour mot.
579
En empêchant cette blague, la loi a créé un pouvoir
é tonnant à l'intérieur d'une culture libre -- tout du
moins, c'est é tonnnant quand vous comprenez que la loi s'applique
pas uniquement à l'éditeur commercial mais aussi à
n'importe qui possédant un ordinateur. Je comprends le tort qu'il
y a dans la duplication et la revente de l'oeuvre de quelqu'un d'autre.
Certains voient la transformation comme n'étant pas mauvaise du
tout -- ils croient que notre loi, tels que les législateurs l'ont
é crite, ne devrait pas du tout protéger les droits
dérivatifs14. Que vous alliez ou non aussi loin, il semble simple
que quel que soit le tort causé, il est fondamentalement
différent du tort de la piraterie directe.
580
Et pourtant la loi du copyright traite ces deux torts différents
de la même manière. Je peux aller devant les tribunaux et
obtenir une injonction contre votre piratage de mon livre. Je peux
aller devant les tribunaux et obtenir une injonction contre votre usage
transformatif de mon livre15. Ces deux différents usages de mon
oeuvre créative sont traitées de la même manière.
581
Ceci encore peut vous sembler juste. Si j'ai é crit un livre,
alors pourquoi auriez-vous le droit d'écrire un film qui reprend
mon histoire et gagne de l'argent dessus sans me payer ou me donner
crédit? Ou si Disney crée une créature appelée
"Mickey Mouse", pourquoi auriez-vous le droit de fabriquer des jouets
Mickey Mouse et d'être la personne qui fait commerce sur la valeur
que Disney a originellement créée ?
582
Ce sont de bons arguments, et, en général, mon idée
n'est pas que les droits dérivatifs soient injustifiés. Mon
but est en ce moment bien plus é troit : il est de simplement
clarifier que cette expansion est un changement important des droits
originellement accordés.
583
Loi et Architecture: Atteinte
584
Alors qu'à l'origine la loi régulait seulement les é
diteurs, le changement dans l'étendue du copyright signifie que la
loi régule aujourd'hui les é diteurs, les utilisateurs et les
auteurs. Elle les régule car tous trois sont capables de faire des
copies, et le coeur de la régulation de la loi du coyright est la
copie16.
585
"Copie". Cela sonne certainement comme l'évidence même que
c'est ce que la loi du copyright doit réguler. Mais comme avec
l'argument de Jack Valenti au début de ce chapitre, que la
"propriété créative" mérite les "mêmes droits"
que toutes les autres propriétés, c'est le mot é vident
auquel nous devons faire le plus attention. Car tandis qu'il peut
ê tre é vident que dans le monde avant Internet, les copies
é taient le déclencheur é vident de la loi du copyright,
à la réflexion, il devrait ê tre é vident que dans
le monde avec Internet, les copies ne devraient pas ê tre le
déclencheur de la loi du copyright. Plus précisément,
elles ne devraient pas toujours l'être.
586
C'est peut-être la revendication centrale de ce livre, donc
laissez-moi m'y prendre très lentement afin que l'idée ne
soit pas facilement manquée. Mon argument est qu'Internet devrait
au moins nous forcer à repenser les conditions sous lesquelles la
loi du copyright s'applique automatiquement17, car il est clair que
l'étendue actuelle du copyright n'a jamais é té
envisagée, et encore moins choisie, par les législateurs qui
ont ordonné la loi du copyright.
587
Nous pouvons voir cette idée de manière abstraite en
commençant par ce cercle en grande partie vide.
588
[freeculture05.png] "uses"
589
Pensez à un livre dans l'espace réel, et imaginez ce cercle
comme représentant toutes ses utilisations potentielles. La
plupart d'entre elles sont non régulées par la loi du
copyright, car elles ne créent pas de copie. Si vous lisez un
livre, cet acte n'est pas régulé par la loi du copyright. Si
vous donnez le livre à quelqu'un, cette acte n'est pas
régulé par la loi du copyright. Si vous revendez un livre,
cet acte n'est pas régulé (la loi du copyright stipule
expressément qu'après la première vente d'un livre, le
détenteur du copyright ne peut pas imposer davantage de conditions
sur la mise à disposition de ce livre). Si vous dormez sur le
livre ou l'utilisez pour surélever une lampe ou laissez votre
chiot le mordiller, ces actes ne sont pas régulés par la loi
du copyright, car ces actes ne créent pas de copie.
590
[freeculture06.png] "unregulated"
591
É videmment, toutefois, certaines utilisations d'un livre sous
copyright sont régulées par la loi du copyright.
Rééditer ce livre, par exemple, crée une copie. Cela est
donc régulé par la loi du copyright. En effet, cet usage
particulier se tient au coeur du cercle des usages possibles d'une
oeuvre sous copyright. C'est l'utilsiation paradigmatique correctement
régulée par la régulation du copyright (voir le premier
diagramme à la page suivante).
592
Enfin, il existe une minuscule bande d'usages autrement
régulés qui restent non régulés car la loi les
considère comme de l'"usage loyal"
593
[freeculture07.png]
594
Ce sont des utilisations qui elles-même impliquent la copie, mais
que la loi traite comme non régulées parce que la politique
publique exige qu'elles restent non régulées. Vous ê tes
libre de tirer des citations de ce livre, même pour une chronique
plutôt négative, sans ma permission, malgré que citer
crée une copie. Cette copie donnerait normalement au
détenteur du copyright les droits exclusifs de dire si la copie
est permise ou pas, mais la loi refuse au détenteur tout doit
exclusif sur de tels "usages loyaux" en raison de la politique publique
(et probablement du Premier Amendement).
595
[freeculture08.png]
596
[freeculture09.png]
597
Dans l'espace réel, donc, les utilisations possibles d'un livre
sont divisées en trois sortes: (1) utilisations non
régulées, (2) utilisations régulées et (3)
utilisations régulées qui sont néanmois
considérées comme "justes" sans se soucier de l'opinion du
détenteur du copyright.
598
Arrive Internet -- un réseau distribué et numérique
oú chaque utilisation d'une oeuvre sous copyright produit une
copie18. Et à cause de cette seule et arbitraire
caractéristique de la conception d'un réseau numérique,
l'étendue de la catégorie 1 change nettement. Des usages qui
é taient auparavant présumés non régulés sont
maintenant présumés régulés. Il n'y a plus un
ensemble d'usages présumés non régulés qui
définissent uen liberté associée à une oeuvre sous
copyright. Au lieu de cela, chaque usage est maintenant soumis au
copyright, parce que chaque usage crée é galement une copie
-- la catégorie 1 se fait avaler par la catégorie 2. Et ceux
qui défendianet les utilisations non régulées d'oeuvres
sous copyright doivent regarder exclusivement la catégorie 3, les
usages loyaux, pour supporter le fardeau de ce changement.
599
Soyons donc très spécifiques pour clarifier cette idée
générale. Avant Internet, si vous achetiez un livre et le
lisiez dix fois, il n'y avait pas d'argument plausible lié au
copyright selon lequel le détenteur du copyright pouvait effectuer
le contrôle de l'utilisation de son livre. La loi du copyright
n'aurait rien eu à dire à propos de si vous lisiez le livre
une fois, dix fois ou chaque soir avant de vous coucher. Aucune de ces
instances d'utilisation -- la lecture -- ne pouvait ê tre
régulée par la loi du copyright car aucune de ces
utilisations ne produisait de copie.
600
Mais ce même livre en tant que livre é lectronique est
efficacement réglemeté par un ensemble différent de
règles. Maintenant si le détenteur du copyright dit que vous
pouvez lire le livre seulement une fois ou seulement une fois par mois,
alors la loi du copyright' aiderait le détenteur du copyright
à exercer ce degré de contrôle, à cause de la
caractéristique accidentelle de la loi du copyright qui
déclenche son application selon qu'il y ait une copie. Maintenant
si vous lisez le livre dix fois et que la licence dit que vous ne
pouvez le lire que cinq fois, alors à chaque fois que vous lisez
le livre (ou n'importe quelle partie de lui) au-delà de la
cinquième fois, vous faites uen copie du livre contrairement
à la volonté du détenteur du copyright.
601
Il y a certaines personnes qui pensent que c'est parfaitement
sensé. Mon but en ce moment n'est pas de discuter si cela est
sensé ou pas. Mon but est seulement de clarifier le changement.
Une fois que vous voyez cette idée, quelques autres idées
deviennent é galement claires:
602
Tout d'abord, faire disparaitre la catégorie 1 n'a jamais é
té voulu par quelconque décideur. Le congrès n'a pas
pensé à travers l'écroulement des utilisations
présumées non régulées des oeuvres sous copyright.
Il n'y a aucune preuve que les décideurs avaient cette idée
en tête quand ils ont permis à notre politique, dont il est
ici question, de changer. Les utilisations non régulées
é taient une partie importante de la culture libre avant Internet.
603
Deuxièmement, ce changement est particulièrement troublant
dans le contexte des utilisations transformatrices de contenu
créatif. Encore une fois, nous pouvons tous comprendre le mal dans
le piratage comemrcial. Mais la loi prétend maintenant
réguler n'importe quelle transformation que vous faites d'une
oeuvre créative en utilisant une machine. Le "copier coller" et le
"couper coller" deviennent des crimes. Bricoler une histoire et la
diffuser à d'autres expose le bricoleur à au moins une
condition de justification. Aussi troublante soit cette expansion en ce
qui concerne la copie d'une oeuvre particulière, elle est
extraordinairement troublante en ce qui concerne les usages
transformatifs d'une oeuve créative.
604
Troisièmement, ce changement de la catégorie 1 en
catégorie 2 pose un fardeau extraordinaire sur la catégorie 3
("usage loyal") que l'usage loyal n'avait jamais eu à supporter
auparavant. Si un détenteur de copyright essayait maintenant de
contrôler combien de fois je peux lire un livre en ligne, la
réponse naturelle serait d'affirmer que c'est une violation de mes
droits d'usage loyal. Mais il n'y a jamais eu de litige à propos
de si j'ai un droit d'usage loyal de lire, car avant Internet, le fait
de lire ne déclenchait pas l'application de la loi du copyright et
ainsi de défense contre l'usage loyal. Le droit de lire é
tait effectivement protégé auparavant car lire n'était
pas régulé.
605
Cette idée à propos d'usage loyal est totalement
ignorée, même par les défenseurs de la culture libre.
Nous avons é té coincés dans la discussion que nos
droits ne dépendent pas de l'usage loyal -- sans jamais même
adresser la question précédentes à propos de l'expansion
dans la régulation effective. Une protection mince ancrée
dans l'usage loyal a du sens quand la majorité des utilisations
est non régulée. Mais quand tout devient présumé
régulé, alors les protections de l'usage loyal ne suffisent
pas.
606
Le cas de Video Pipeline est un bon exemple. Vide Pipeline é tait
dans les affaires de faire des publicités "bandes annonces" pour
des films disponibles dans les magasins de vidéos. Les magasins de
vidéos diffusaient les bandes annonces comme moyen de vendre les
vidéos. Video Pipeline a obtenu les bandes anonces des
distributeurs de films, mis les bandes annonces sur bande, et vendu les
bandes aux magasins.
607
L'entreprise a fait ceci pendant environ quinze ans. Puis, en 1997,
elle commença à penser à Internet en tant qu'autre moyen
de distribuer ces aperçus. L'idée é tait d'étendre
leur technique de "vente par é chantillon" en donnant aux magasins
en ligne la même possibilité de permettre la "navigation".
Tout comme dans une librairie vous pouvez lire quelques pages d'un
livre avant de l'acheter, donc, vous pourriez aussi voir un bout du
film en ligne avant de l'acheter.
608
En 1998, Video Pipeline informa Disney et d'autres distributeurs de
film qu'elle avait l'intention de distribuer les bandes annonces sur
Internet (plutôt qu'en envoyant des bandes) aux distributeurs de
leurs vidéos. Deux ans plus tard, Disney demanda à Video
Pipeline d'arrêter. Le propriétaire de Video Pipeline demanda
à Disney de parler de ce sujet -- il avait construit une
activité sur la distribution de ce contenu comme un moyen d'auder
Disney à vendre ses films; il avait des clients qui
dépendaient de sa diffusion de contenu. Disney acceptait de parler
seulemetn si Video Pipeline arrêtait la distribution
immédiatement. Video Pipeline pensait que cela faisait partie de
leurs droits d'usage loyal de distribuer des extraits comme ils le
faisaient. Donc ils intentèrent un procès pour demander
à la cour de déclarer que ces droits é taient en fait
leurs droits.
609
Disney a contrepoursuivi en justice - pour 100 millions de dollars de
dommages et intérêts. Ces dommages et intérêts ont
é té basés sur une revendication que Video Pipeline
avait "obstinément violé" le copyright de Disney. Quand un
tribunal fait une découverte d'infraction obstinée, il peut
accorder des dommages et intérêts non pas sur la base du mal
réel au détenteur du copyright, mais sur la base d'une
quantité spécifiée dans la loi. Parce que Vide Pipeline
avait diffusé sept cent extraits de films Disney pour permettre
aux magasins de vidéos de vendre des copies de ces films, Disney
poursuivait désormais Video Pipeline pour 100 milliosn de dollars.
610
Disney a le droit de contrôler sa propriété, bien
sür. Mais les magasins de vidéos qui vendaient les films de
Disney avaient é galement quelque sorte de droit de pouvoir vendre
les films qu'ils avaient acheté à Disney. La revendication de
Disney au tribunal é tait que les magasins é taient
autorisés à vendre les films et é tianent autorisés
à lister les titres des filsm qu'ils vendaient, mais
n'étaient pas autorisés à montrer des extraits des films
dans le but de les vendre sans la permission de Disney.
611
Maintenant, vous pensez peut-être que c'est un cas proche, et je
pense que les tribunaux le considérerait comme un cas proche. Je
vais ici cartographier le changement qui donne ce pouvoir à
Disney. Avant Internet, Disney ne pouvait pas vraiment contrôler
comment les gens ont accès à son contenu. Une fois qu'une
vidéo é tait sur le marché, la "doctrine de la
première vente" donnait au vendeur la liberté d'utiliser la
vidéo comme il le désirait, incluant le fait de montrer des
portions d'elle afin d'engendrer des ventes de la vidéo
complète. Mais avec Internet, il devient possible à Disney de
centraliser le contrôle sur l'accès à ce contenu. Parce
que chaque utilisation d'Internet produit une copie, l'utilisation sur
Internet devient soumise au contrôle du détenteur du
copyright. La technologie é tend la portée du contrôle
efficace, parce que la technologie construit une copie dans chaque
transaction.
612
Sans doute, une possibilité n'est pas encore un abus, et donc la
possibilité de contrôle n'est pas encore un abus de
contrôle. Barnes & Noble (NdT: une chaine de librairies) a le
droit de dire que vous ne pouvez pas toucher un livre sur un é
talage dans leur boutique; la loi de propriété leur donne ce
droit. Mais le marché protège efficacement contre cet abus.
Si Barnes & Noble bannissait le feuilletage, alors les clients
choisiraient d'autres librairies. La compétition protège
contre les extrèmes. Et il se peut même (mon argument
jusqu'à présent ne remet même pas cela en question) que
la compétition empêcherait n'importe quel danger similaire
quand il s'agit de copyright. Bien sür, les é diteurs
exerçant les droits que les auteurs leur ont donné peuvent
essayer de réguler combien de fois vous lisez un livre, ou essayez
de vous empêcher de partager le livre avec quiconque. Mais dans un
marché compétitif tel que le marché du livre, le danger
que cela arrive est assez léger.
613
Une fois de plus, mon but jusqu'à présent est simplement de
cartographier les changements que cette architecture modifiée
permet. Permettre à la technologie d'appliquer le contrôle du
copyright signifie que le contrôle du copyright n'est plus
défini par une politique é quilibrée. Le contrôle
du copyright est simplement ce que les propriétaires privés
choisissent. Dans certains contextes, au moins, ce fait est inoffensif.
Mais dans certains contextes, c'est une recette pour le désastre.
614
Architecture et Loi: Force
615
La disparition des utilisations non régulées serait
déjà un changement assez grand, mais un second changement
important provoqué par Internet amplifie sa signification. Ce
second changement n'affecte pas la portée de la régulation du
copyright; il affecte comment une telle régulation est
appliquée.
616
Dans le monde d'avant la technologie numérique, c'était
généralement la loi qui contrôlait si quelqu'un é
tait régulé par la loi du copyright. La loi, ce qui signifie
une cour, ce qui signifie un juge: à la fin, c'était un
humain, entrainé dans la tradition de la loi et conscient des
é quilibres que la tradition embrassait, qui disait si et comment
uen loi restreignait votre liberté.
617
Il y a une histoire célèbre à propos d'une bataille
entre les Marx Brothers et Warner Brothers. Les Marx prévoyaient
de faire une parodie de Casablanca. Warner Brothers objecta. Ils é
crivirent uen lettre méchante aux Marx, les avertissant qu'il y
aurait de graves conséquences légales si ils continuaient
avec leur projet19.
618
Cela a amené les Marx Brothers à répondre de la sorte.
Ils avertirent Warner Brothers que les Marx Brothers "étaient
frères bien avant que vous le soyiez".20 Les Marx Brothers
possédaient aisni le mot brothers, et si Warner Brothers insistait
pour essayer de contrôler Casablanca, alors les Marx Brother
insisteraient pour avoir le contrôle sur brothers.
619
Une menace absurde et creuse, bien sür, parce que Warner Brothers,
comme les Marx Brothers, savait qu'aucun tribunal n'appliquerait jamais
une telle demande. Cette extrémisme é tait sans rapport avec
les réelles libertés dont quiconque (y compris Warner
Brothers) jouissait.
620
Sur Internet, toutefois, il n'y a pas de vérification sur les
règles idiotes, parce que sur Internet, de plus en plus, les
règles sont appliquées non pas par un humain mais par une
machine: de plus en plus, les règles de la loi du copyright,
telles qu'interprétées par le détenteur du copyright,
sont construites dans la technologie que délivre le contenu sous
copyright. C'est le code, plutôt que la loi, qui règne. Et le
problème avec les régulations par le code est que,
contrairement à la loi, le code n'a pas de honte. Le code n'aurait
pas compris l'humour des Marx Brothers. La conséquence de ceci
n'est pas drôle du tout.
621
Considérez la vie de mon Adobe eBook Reader (NdT: lecteur de livre
é lectronique Adobe).
622
Un e-book est un livre livré sous forme é lectronique. Un
Adobe eBook n'est pas un livre qu'Adobe a é dité; Adobe
produit simplement le logiciel que les é diteurs utilisent pour
livrer les e-books. Elle fournit la technologie, et les é diteurs
livrent le contenu en utilisant la technologie.
623
Sur la page suivante se trouve une image d'une vieille version de mon
Adobe eBook Reader.
624
Comme vous pouvez le voir, j'ai une petite collection d'e-books dans
cette bibliothèque d'e-books. Certains de ces livres reproduisent
du contenu qui est dans le domaine public: Middlemarch, par exemple,
est dans le domaien public. Certains d'entre eux reproduisent du
contenu qui n'est pas dans le domaine public: mon propre livre L'avenir
des idées n'est pas encore dans le domaine public.
625
Considérez Middlemarch d'abord. Si vous cliquez sur ma copie
e-book de
626
[freeculture10.png]
627
Middlemarch, vous verrez une jolie couverture, et puis un bouton en bas
appelé Permissions.
628
[freeculture11.png]
629
Si vous cliquez sur le bouton Permissions, vous allez voir une liste
des permissions que l'éditeur prétend accorder avec ce livre.
630
[freeculture12.png]
631
D'après mon eBook Reader, j'ai la permission de copier dans le
presse-papiers de l'ordinateur dix sélections de texte tous les
dix jours. (Jusqu'à présent, je n'ai copié aucun texte
dans le presse-papiers). J'ai é galement la permission d'imprimer
dix pages du livre tous les dix jours. Pour finir, j'ai la permission
d'utiliser le bouton Read Aloud (NdT: lire à voix haute) pour
entendre Middlemarch lu par l'ordinateur.
632
Voici le e-book d'une autre oeuvre dans le domaine public (y compris
les traductions) : La Politique" d'Aristote.
633
[freeculture13.png]
634
D'après ses permissions, aucune impression ni copie n'est permise
du tout. Mais heureusement, vous pouvez utiliser le bouton Read Aloud
pour é couter ce livre.
635
[freeculture14.png]
636
Enfin (et c'est le plus honteux), voici les permissions pour la version
e-book originale de mon dernier livre, L'avenir des idées:
637
Pas de copie, pas d'impression, et ne vous avisez pas d'essayer
d'écouter ce livre! Maitenant, le Adobe eBook Reader appelle ces
contrôles "permissions" - comem si l'éditeur avait le pouvoir
de contrôler comment vous utilisez ces oeuvres. Pour des oeuvres
soumises au copyright, le détenteur du copyright possède
certainement le pouvoir - dans les limites de la loi du copyright. Mais
pour des oeuvres non soumises au copyright, il n'existe pas de pouvoir
de copyright21. Quand mon e-book de Middlemarch dit que j'ai la
permission de copier seulement dix sélections de texte dans la
mémoire tous les dix jours, ce que cela veut réellement dire
est que le eBook Reader a permis à l'éditeur de
contrôler comment j'utilise le livre sur mon ordinateur, bien
au-delà du contrôle que la loi permettrait.
638
Au lieu de cela, le contrôle vient du code - de la technologie
à l'intérieur de laquelle "vit" le livre é lectronique.
Bien que le e-book dise que ce sont des permissions, ce ne sont pas la
sorte de "permissions" à laquelle la plupart d'entre nous avons
affaire. Quand une adolescente obtient la "permission" de sortir
jusqu'à minuit, elle sait (à moins d'être Cendrillon)
qu'elle peut sortir jusqu'à deux heures du matin, mais qu'elle
subira une sanction si elle se fait prendre. Mais quans le Adobe eBook
Reader dit que j'ai la permission de faire dix copies du texte dans la
mémoire de l'ordinateur, cela signifie qu'après dix copies,
l'ordinateur n'en fera pas plus. Pareil pour les restrictions
d'impression: après dix pages, le eBook Reader n'en imprimera pas
plus. C'est la même chose pour la restriction idiote qui dit que
vous ne pouvez pas utiliser le bouton Read Aloud pour lire mon livre
à voix haute - ce n'est pas que l'entreprise vous poursuivera en
justice si vous le faites; à la place, si vous appuyez sur le
bouton Read Aloud avec mon livre, la machine ne lira simplement pas
à voix haute.
639
Ce sont des contrôles, pas des permissions. Imaginez un monde
oú les Marx Brothers vendraient un logiciel de traitement de texte
qui, quand vous tenteriez de taper "Warner Brothers", effacerait
"Brothers" de la phrase.
640
C'est l'avenir de la loi du copyright: ce n'est pas tant la loi du
copyright que le code du copyright. Les contrôles sur l'accès
au contenu ne seront pas des contrôles ratifiés par les
tribunaux; les contrôles sur l'accès au contenu seront les
contrôles qui seton codés par les programmeurs. Et alors que
les contrôles qui sont construits dans la loi sont toujours
amenés à ê tre vérifiés par un juge, les
contrôles qui sont construits dans la technologie n'ont pas de
vérification incorporée similaire.
641
Quelle est l'importance de ceci? N'est-il pas toujours possible de
contourner les contrôles construits dans la technologie?
Auparavant, le logiciel é tait vendu avec des technologies qui
limitaient la capacité des utilisateurs à le copier, mais
c'étaient des protections triviales à défaire. Pourquoi
ne sera-t-il pas trivial de défaire ces protections aussi?
642
Nous n'avons fait qu'égratigner la surface de cette histoire.
Retournez à l'Adobe eBook Reader.
643
Plus tôt dans la vie de l'Adobe eBook Reader, Adobe souffrait de
relations publiques cauchemardesques. Parmi les livres que vous pouviez
télécharger gratuitement sur le site de Adobe figurait une
copie d' Alice au pays des merveilles. Ce merveilleux livre est dans le
domaine public. Pourtant quand vous cliquiez sur Permissions pour ce
livre, vous aviez le message suivant:
644
[freeculture15.png]
645
Voici un livre pour enfants du domaine public que vous n'êtes pas
autorisé à copier, ni autorisé à prêter, ni
autorisé à donner, et, comme l'indiquent les permissions, ni
autorisé à "lire à voix haute"!
646
Le cauchemar des relations publiques é tait attaché à
cette dernière permission. Parce que le texte ne disait pas que
vous n'étiez pas autorisé à utiliser le bouton Read
Aloud; il disait que vous n'aviez pas la permission de lire le livre
à voix haute. Cela a amené certaines personnes à penser
qu'Adobe restreignait le droit des parents, par exemple, de lire le
livre à leurs enfants, ce qui semblait, c'est le moins qu'on
puisse dire, absurde.
647
Adobe répondit rapidement qu'il é tait absurde de penser
qu'elle essayait de restreindre le droit de lire un livre à voix
haute. [Note: Quelle ironie intéressante pour Adobe de dire qu'il
est "absurde" de restreindre un livre d'être lu à voix haute
quand elle construit exactement cette capacité dans ses
logiciels.] É videmment c'était seulement restreindre la
capacité d'utiliser le bouton Read Aloud pour avoir le livre lu
à voix haute. Mais la question à laquelle Adobe n'a jamais
répondu est celle-ci: est-ce que Adobe est donc d'accord pour
qu'un client soit libre d'utiliser son logiciel pour bricoler autour
des restrictions construites dans l'eBook Reader? Si quelque entreprise
(appelons-la Elcomsoft) développait un programme pour
désactiver la protection technologique construite dans un Adobe
eBook afin qu'ile personne aveugle, disons, puisse utiliser un
ordinateur pour lire le livre à voix haute, est ce que Adobe
serait d'accord qu'un tel usage de l'eBook Reader soit juste? Adobe n'a
pas répondu parce que la réponse, aussi absurde puisse-t-elle
paraître, est non.
648
Ce n'est pas pour dire du mal d'Adobe. En effet, Adobe est parmi les
plus innovantes entreprises développant des stratégies pour
é quilibrer l'accès ouvert au contenu avec des incitations
pour que des entreprises innovent. Mais la technologie d'Adobe permet
le contrôle, et Adobe a une motivation pour défendre ce
contrôle. Cette motivation est compréhensible, mais ce
qu'elle crée est parfois délirant.
649
Pour voir cette idée dans un contexte particulièrement
absurde, considérez une de mes histoires préférées
sur la même idée.
650
Considérez le chien robotique de Sony nommé "Aibo". L'Aibo
apprend des tours, fait des câlins, et vous suit. Il ne mange que
ne l'électricité et ne fait pas tant de dégâts que
ç a (au moins dans votre maison).
651
L'Aibo est cher et populaire. Des fans du monde entier ont monté
des clubs pour é changer des histoires. Un fan en particulier a
monté un site Web pour permettre de partager des informations sur
le chien Aibo. Ce fan a monté aibopet.org (et aibohack.org, mais
celui-ci mêne au même site), et sur ce site il a fourni des
informations sur comment apprendre à un Aibo à faire des
tours en plus de ceux que Sony lui a appris.
652
"Apprendre" a ici un sens spécial. Les Aibos sont juste des
ordinateurs mignons. Vous apprenez à un ordinateur à faire
quelque chose en le programmant différemment. Donc, dire
qu'aibopet.com donnait des informations sur comment apprendre au chien
à faire de nouveaux tours est juste une manière de dire
qu'aibopet.com donnait aux utilisateurs de l'animal de compagnie Aibo
l'information sur comment hacker (NdT: bricoler) leur
"chien"-ordinateur pour lui faire faire de nouveaux tours (d'oú le
nom aibohack.com).
653
Si vous n'êtes pas programmeur ou ne connaissez pas beaucoup de
programmeurs, le verbe hacker (NdT: en anglais, tailler ou
découper) a une connotation particulièrement peu amicale. Les
non-programmeurs taillent des buissons ou la mauvaise herbe. Les
non-programmeurs dans des films d'horreur font encore pire. Mais pour
les programmeurs, ou codeurs, comme je les appelle, hacker est un terme
bien plus positif. Un hack veut juste dire du code qui permet au
programme de faire quelque chose qu'il n'était pas prévu ou
permis de faire. Si vous achetez une nouvelle imprimante pour un vieil
ordinateur, vous verrez peut-être que le vieil ordinateur ne fait
pas marcher, ou ne pilote pas, l'imprimante. Si vous découvrez
ceci, vous seriez plus tard content de découvrir un "hack" sur le
Net fait par quelqu'un qui a é crit un pilote pour permettre
à l'ordinateur de contrôler l'imprimante que vous venez
d'acheter.
654
Certains hacks sont faciles. D'autres sont incroyablement difficiles.
Les hackeurs en tant que communauté aiment se défier
eux-mêmes et mutuellement avec des tâches de plus en plus
difficiles. Il y a un certain respect qui va avec le talent de bien
hacker. C'est un respect bien mérité qui va avec le talent de
hacker é thiquement.
655
Le fan de Aibo montrait un peu peu des deux quand il a hacké le
programme et offert au monde un morceau de code qui permettait à
l'Aibo de dancer le jazz. Le chien n'était pas programmé pour
dancer le jazz. C'était un bout intelligent de bricolage qui a
transformé le chien en une créature plus talentueuse que
celle que Sony avait construite.
656
J'ai raconté cette histoire dans de nombreux contextes, à la
fois dans et en dehors des É tats-Unis. Une fois, un membre du
public interloqué m'a demandé s'il é tait permis pour un
chien de danser le jazz aux É tats-Unis? Nous oublions que les
histoires sur l'arrière-pays font toujours le tour d'une grande
partie du monde. Soyons donc simplement clairs avant de continuer: ce
n'est (plus maintenant) un crime nulle part de dancer le jazz. Ce n'est
pas non plus un crime d'apprendre à votre chien de danser le jazz.
Cela ne devrait pas non plus ê tre un crime (quoique nous n'avons
pas beaucoup de quoi continuer ici) d'apprendre à votre chien
à dancer le jazz. Dancer le jazz est une activité
complètement légale. On imagine que le propriétaire
d'aibopet.com a pensé: quels problèmes potentiels
pourraient-ils y avoir à apprendre à un chien robot à
danser?
657
Mettons le chien en sourdine une minute, et tournons-nous vers un
spectacle de poney - pas littéralement un spectacle de poney, mais
plutôt un papier qu'un universitaire de Princeton nommé Ed
Felten a é crit pour une conférence. Cet universitaire de
Princeton est bien connu et respecté. Il a é té
embauché par le gouvernement dans l'affaire Microsoft pour é
valuer les affirmations de Microsoft à propos de ce qui pouvait et
ne pouvait pas ê tre fait avec son propre code. Dans ce
procès, il a fait preuve à la fois de sa grande intelligence
et de sa décontraction. Soumis à un lourd harcèlement de
la part des avocats de Microsoft, Ed Felten a maintenu son point de
vue. On n'allait pas le museler par la force sur quelque chose qu'il
connaissait très bien.
658
Mais la bravoure de Felten a é té réellement mise à
mal en avril 200122. Lui et un groupe de collègues é taient
en train de travailler sur un papier qui allait ê tre soumis
à conférence. Ce papier é tait destiné à
décrire les faiblesses dans un système de chiffrement en
cours de développement par Secure Digital Music Initiative en tant
que technique pour contrôler la distribution de la musique.
659
La coalition SDMI avait pour but une technologie visant à
permettre aux détenteurs de contenu d'exercer bien mieux le
contrôle sur leur contenu que ce qu'Internet, tel qu'il é
tait à l'origine, leur accordait. En utilisant le chiffrement,
SDMI espérait développer un standard qui permettrait au
détenteur de contenu de dire "cette musique ne peut pas ê tre
copiée", et d'avoir un ordinateur qui respecterait cette commande.
La technologie devait faire partie d'un "système é
prouvé" de contrôle qui ferait que les détenteurs de
contenu feraient bien plus confiance au système d'Internet.
660
Quand SDMI pensa qu'elle é tait proche d'un standard, elle monta
une compétition. En é change de fournir aux participants le
code d'un morceau de contenu chiffré à la SDMI, les
participants essayeraient de le faire sauter et, si ils
réuississaient, raporteraient les problèmes au consortium.
661
Felten et son é quipe trouvèrent rapidement le système
de chiffrement. Lui et son é quipe virent la faiblesse de ce
système en tant que type: de nombreux systèmes de chiffrement
souffraient de la même faiblesse, et Felten et son é quipe
pensait que cela vaudrait le coup de le faire remarquer à ceux qui
é tudient le chiffrement.
662
Passons en revue ce que Felten é tait en train de faire. Encore
une fois, ce sont les É tats-Unis. Nous avons un principe de
liberté d'expression. Nous avons ce principe pas juste parce que
c'est la loi, mais aussi parce que c'est une idée vraiment bonne.
Une tradition de liberté d'expression fortement protégée
a des chances d'encourager une large palette de critiques. Cette
critique a de schances, en é change, d'améliorer les
systèmes ou les gens ou les idées critiquées.
663
Ce que Felten et ses collègues é taient en train de faire
é tait la publication d'un papier décrivant la faiblesse dans
une technologie. Ils ne diffusaient pas de musique gratuite, ni ne
construisaient ou ne déployaient cette technologie. Le papier
é tait un essai académique, inintelligible pour la plupart
des gens. Mais il montrait clairement la faiblesse dans le système
SDMI, et pourquoi SDMI, comme présentément constitué, ne
réussirait pas.
664
Ce qui lie ces deux-là, aibopet.com et Felten, sont les lettres
qu'ils ont reçues. Aibopet.com a reçu une lettre de Sony
à propos du hack de aibopet.com. Bien qu'un chien dansant le jazz
soit parfaitement légal, Sony é crivit:
665
Votre site contient de l'information fournissant les moyens de passer
outre le protocole de protection contre la copie du produit AIBO,
constituant une violation des dispositions du Digital Millennium
Copyright Act.
666
Et bien qu'un paper académique décrivant la faiblesse dans un
système de chiffrement devrait é galement ê tre
parfaitement légal, Felten a reçu une lettre d'un avocat de
la RIAA disant:
667
Toute divulgation d'information obtenue de la participation au Public
Challenge serait hors du champ des activités permises par l'Accord
et pourrait vous exposer vous et votre é quipe de recherche à
des actions sous le Digital Millennium Copyright Act ("DMCA").
668
Dans les deux cas, cette loi é trangement orwellienne é tait
invoquée pour contrôler la diffusion de l'information. Le
Digital Millennium Copyright Act faisait de la diffusion de telles
informations une offense.
669
Le DMCA a é té ordonné comme réponse à la
première peur des détenteurs de copyright concernant le
cyberespace. La peur é tait que l'efficacité du contrôle
du copyright soit morte; la réponse é tait de trouver des
technologies qui pourraient compenser. Ces nouvelles technologies
seraient des technologies de protection de copyright - des technologies
pour contrôles la réplication et la distribution de choses
sous copyright. Elles é tianet conçues comme code pour
modifier le code original d'Internet, pour réétablir quelque
protection pour les détenteurs de copyright.
670
Le DMCA é tait un morceau de loi destiné à confirmer la
protection de ce code conçu pour protéger le contenu sous
copyright. C'était, on pourrait dire, du code légal
destiné à soutenir le code logiciel qui lui-même é
tait destiné à soutenir le code légal du copyright.
671
Mais le DMCA n'a pas é té conçu pour simplement
protéger les oeuvres sous copyright dans la même mesure que
la loi du copyright les protégeait. Sa protection, pour ainsi
dire, ne s'est pas arrêtée à la ligne que la loi du
copyright avait tracée. Le DMCA régulait des systèmes
qui é taient conçus pour contourner des mesures de protection
de copyright. Il é tait conçu pour bannir ces systèmes,
que l'utilisation du contenu sous copyright rendue possible par ce
contournement soit une violation du copyright ou pas.
672
Et justement, il y a Aibopet.com et Felten. Le hack du Aibo contournait
un système de protection de copyright dans le but de permettre au
chien de danser le jazz. Cette activation a sans doute impliqué
l'utilisation de matériel sous copyright. Mais comme le site
d'aibopet.com é tait non-commercial, et que l'utilisation ne
permettait pas de violations ultérieures de copyright, il n'y a
pas de doute que le hack d'aibopet.com é tait de l'usage loyal du
matériel sous copyright de Sony. Pourtant l'usage loyal n'est pas
une défense contre le DMCA. La question n'est pas si l'utilisation
de matériel sous copyright est une violation du copyright. La
question est si un système de protection de copyright a é
té contourné.
673
La menace contre Felten é tait plus atténuée, mais elle
suivait la même ligne de raisonnement. En publiant un papier
décrivant comment un système de protection de copyright
pouvait ê tre contourné, suggéra l'avocat de la RIAA,
Felten lui-même é tait en train de distribuer une technologie
de contourenement. Ainsi, même si il ne violait pas lui-même
le copyright de personne, son papier académique permettait à
d'autres de violer le copyright d'autres.
674
La bizzarerie de ces arguments est capturée dans une caricature
dessinée en 1981 par Paul Conrad. À cette é poque, un
tribunal de Californie avait affirmé que le magnétoscope
pouvait ê tre interdit car il é tait une technologie
d'enfreignement du copyright: il permettait aux consommateurs de copier
des filsm sans la permission du détenteur du copyright. Il y avait
sans doute des utilisations de la technologie qui é tait
légales: Fred Rogers, alias "Mr. Rogers", par exemple, avait
témoigné dans cette affaire qu'il voulait que les gens se
sentent libres d'enregistrer Mr. Roger's Neighborhood.
675
Certaines chaines publiques, aussi bien que des chaines commerciales,
diffusent le "Neighborhood" à des heures oú certains enfants
ne peuvent pas l'utiliser. Je pense que c'est un vrai service aux
familles que d'être capable d'enregistrer de tels programmes et de
les montrer à des heures appropriées. J'ai toujours
pensé qu'avec la venue de toute cette nouvelle technologie qui
permet aux gens d'enregistrer le "Neighborhood" sans avoir à la
regarder, et je parle du "Neighborhood" parce que c'est ce que je
produis, qu'elles deviendraient bien plus actives dans la programmation
de leur vie télévisuelle familiale. Très franchement, je
suis opposé au fait que des gens soient programmés par
d'autres. Mo napproche globale des é missions a toujours é
té que "Vous ê tes une personne importante simplement comme
vous ê tes. Vous pouvez prendre des décisions saines".
Peut-être que je m'étends, mais je pense simplement que tout
ce qui permet à une personne d'être plus active dans le
contrôle de sa vie, de manière saine, est important23.
676
Même si il y avait des utilisations qui é taient
légales, parce que certaines d'entre elles é taient
illégales, le tribunal a tenu pour responsables les entreprises
produisant le magnétoscope.
677
Ce qui amena Conrad à dessiner le dessin ci-dessous, que nous
pouvons adapter au DMCA.
678
Aucun argument que je puisse avoir ne peut surpasser cette image, mais
laissez-moi essayer de m'y approcher. Les dispositions
anti-contournement du DMCA visent les technologies de contournement de
copyright. Les technologies de contournement peuvent ê tre
utilisées à des fins différentes. Elles peuvent ê
tre utilisées, par exemple, pour permettre le piratage massif de
matériel sous copyright - une mauvaise fin. Ou elles peuvent
ê tre utilisées pour permettre l'utilisation de certains
matériels sous copyright selon des manières qui seraient
considérées comme de l'usage loyal - une bonne fin.
679
Un pistolet peut ê tre utilisé pour tuer un policier ou un
enfant.
680
Les plupart des gens acquiescerait qu'un tel usage est mauvais. Ou un
pistolet peut ê tre utilisé pour s'entrainer au tir ou à
se protéger contre un intrus. Au moisn quelques personnes diraient
que de tels usages seraient bons. C'est, aussi, une technologie qui a
à la fois des bons et des mauvais usages.
681
[freeculture16.png]
682
L'idée é vidente du dessin de Conrad est
l'étrangeté d'un monde oú les pistolets sont
légaux, malgré les dommages qu'ils peuvent faire, alors que
les magnétoscopes (et les technologies de contournement) sont
illégaux. Flash: Personne n'est jamais mort à cause d'un
contournement de copyright. Et pourtant la loi bannit absolument les
technologies de contrournement, malgré le potentiel qu'elles
peuvent apporter du bien, mais autorise les pistolets, malgré les
dommages é vidents et tragiques qu'ils font.
683
Les exemples de l'Aibo et de la RIAA démontrent comment les
détenteurs de copyright sont en train de changer l'équilibre
qu'octroie la loi du copyright. En utilisant du code, les
détenteurs de copyright restreignent l'usage loyal; en utilisant
le DMCA, ils punissent ceux qui tentent d'échapper aux
restrictions sur l'usage loyal qu'ils imposent à travers le code.
La technologie devient un moyen par lequel l'usage loyal peut ê
tre effacé; la loi du DMCA soutient cet effacement.
684
C'est ainsi que le code devient la loi. Les contrôles
incorporés dans la technologie de protection contre la copie et
l'accès deviennent des règles dont la violation est é
galement une violation de la loi. De cette manière, le code é
tend la loi - en augmentant sa régulation, même si le sujet
qu'il régule (des activités qui constitueraient autrement
simplement de l'usage loyal) est au-delà de la portée de la
loi. Le code devient la loi; le code é tend la loi; le codé
é tend ainsi le contrôle que les détenteurs de copyright
effectuent - au moins pour les détenteurs de copyright qui ont des
avocats pouvant é crire les lettres menaçantes que Felten et
aibopet.com ont reçues.
685
Il y a un dernier aspect de l'interaction entre l'architecture et la
loi qui contribue à la force de la régulation du copyright.
C'est l'aisance avec laquelle les infractions de la loi peuvent ê
tre détectées. Car contrairement à la réthorique
commune à la naissance du cyberespace qui dit que sur Internet,
personne ne sait que vous ê tes un chien, de plus en plus, selon
les technologies changeantes déployées sur Internet, il est
facile de trouver le chien qui a commis le tort légal. Les
technologies d'Internet son ouvertes aux fureteurs aussi bien qu'aux
partageurs, et les fureteurs sont de plus en plus meilleurs pour
rechercher l'identité de ceux qui violent les règles.
686
Par exemple, imaginez que vous feriez partie d'un fan club de Star
Trek. Vous vous rassembleriez chaque mois pour partager des anecdotes,
et peut-êtes monteriez une sorte de fiction de fan sur la
série. Une personne jouerait Spock, une autre Capitaint Kirk. Les
personnages commenceraient avec une trame issue d'une vraie histoire,
et la continueraient simplement24.
687
Avant Internet, c'était, dans le fond, une activité
totalement non-régulée. Peu importe ce qui se passait dans la
salle de votre club, la police du copyright ne vous aurait jamais
dérangé. Vous seriez libre dans cet espace pour faire ce qui
vous désireriez avec cette partie de notre culture. Vous aurez le
droit de l'utiliser comme vous le dérireriez sans crainte du
contrôle légal.
688
Mais si vous déplaciez votre club sur Internet, et le rendiez
disponible généralement aux nouvelles candidatures, cela se
passerait très différemment. Des robots parcourant le Net
à la recherche d'infractions aux marques et au copyright
trouveraient rapidement votre site. Vos é crits de fiction, en
fonction de la propriété des séries que vous
dépeignez, pourrait bien inspirer une menace d'avocat. Et ignorer
la menace de l'avocat serait en effet extrèmement couteux. La loi
du copyright est extrèmement efficace. Les peines sont
sévères, et le procédé est rapide.
689
Ce changement dans la force efficace de la loi est causé par un
changement dans la facilité avec laquelle la loi peut ê tre
appliquée. Ce changement modifie é galement l'équilibre
de la loi de manière radicale. C'est comme si votre voiture
transmettait la vitesse à laquelle vous roulez à chaque
moment de votre conduite; cela serait la dernière é tape
avant que l'État ne commence à imprimer des amendes selon les
donnez que vous envoyez. C'est, en réalité, ce qui est en
train de se passer ici.
690
Marché: Concentration
691
La durée du copyright a augmenté de manière
considérable - triplement durant les trente dernières
années. L'étendue du copyright a augmenté aussi -
partant d'un contrôle des é diteurs pour maintenant
contrôler tout le monde. L'atteinte au copyright a changé,
comme toute action devient une copie elle est susceptible d'être
réglementée. Comme les techniciens proposent de meilleurs
dispositifs pour contrôler l'usage du contenu et comme le
copyright est renforcé par la technologie, la force du copyright
change aussi. Le mauvais usage est plus facile à trouver et à
contrôler. Cette régulation du processus de création qui
commençait comme une petite régulation s'adressant à une
parcelle du marché de la création, est devenue le
régulateur principal de la création. C'est une extension
massive de l'étendue du contrôle gouvernemental sur
l'innovation et la créativité; qui serait totalement
méconnaissable pour ceux qui créèrent le copyright.
692
De mon point de vue, ces changements seraient sans importance, s'il n'y
avait un changement supplémentaire que nous devions aussi
considérer. C'est d'un changement qui d'une certaine manière
nous est très familier même si sa signification et sa
portée ne sont pas bien comprises. Il s'agit d'un changement qui
crée précisément la raison pour laquelle nous devons
nous sentir concernés par toutes les é volutions que j'ai
citées.
693
C'est le changement dans la concentration et l'intégration des
média. Dans les vingt dernières années, la nature de la
propriété du média a subi une transformation radicale,
provoquée par le changement des lois concernant les média.
Avant que ce changement survienne, les différentes formes de
média é taient la propriété de sociétés
différentes. Maintenant, les média sont entre les mains de
quelques sociétés. Vraiment, depuis les changements
annoncés en juin 2003 par la FCC, la plupart s'attendent à ce
que d'ici quelques années 85% des média soient
contrôlés par seulement trois sociétés.
694
Ces changements ont deux aspects : l'étendue de la concentration
et sa nature.
695
Les changements concernant l'étendue sont les plus faciles à
décrire. Comme l'a résumé le sénateur John McCain
les statistiques sur la propriété des média
présentées dans le rapport à la FCC, « cinq
sociétés contrôlent 85% de nos sources media. » 25
Les cinq labels Universal Music Group, BMG, Sony Music Entertainment,
Warner Music Group, et EMI contrôlent 84,8% du marché musical
américain. 26 Les « cinq plus grands opérateurs du
câble drainent jusqu'à 74% des abonnés au niveau
national. » 27
696
L'histoire de la radio est encore plus dramatique. Avant la
dérégulation, les plus grandes compagnies de radio
possédaient moins de soixante quinze stations. Aujourd'hui une
compagnie possède plus de 1200 stations. Durant cette période
de concentration, le nombre de possesseurs de stations de radio a
chuté de 34%. Aujourd'hui, sur la plupart des marchés, les
deux acteurs principaux contrôlent 74% des revenus. Globalement,
quatre compagnies drainent 90% des revenus nationaux de la
publicité radio.
697
La concentration dans la possession des journaux a eu lieu aussi.
Aujourd'hui, il y a six cents fois moins de quotidiens aux É tats
Unis qu'il y a quatre vingt ans, et dix compagnies contrôlent la
moitié des tirages. Il y a vingt é diteurs de journaux
importants aux É tats Unis. Les dix premiers studio de cinéma
drainent 99% des revenus cinématographiques. Les dix principales
compagnies de câble comptabilisent 85% des revenus du secteur.
C'est un marché très é loigné de la presse libre
que les rédacteurs de la constitution pensaient protéger. En
fait, c'est un marché qui est entièrement protégé -
par le marché.
698
La concentration est une chose. Le changement le plus insidieux
concerne la nature de cette concentration. Comme James Fallows le
soulignait dans un article récent sur Rupert Murdoch,
699
Les Sociétés du groupe Murdoch constituent un système de
production inégalé dans son intégration. Elles
fournissent le contenu Fox- - cinéma...-Fox TV shows... -Fox
diffusion sportive, plus des quotidiens et des livres. Elles vendent le
contenu au public et aux annonceurs dans les journaux, sur les ondes et
les réseaux câblés. Elles gèrent le système de
distribution physique qui véhicule le contenu jusqu'aux clients.
Le système de satellites de Murdoch diffuse maintenant News Corp
en Europe et en Asie; si Murdoch devient l'unique propriétaire du
plus grand système de télévision directe, ce
système servira la même fonction aux É tats Unis 28.
700
Le modèle de Murdoch c'est le modèle des média modernes.
Pas simplement quelques compagnies possédant beaucoup de radio,
mais quelques compagnies possédant autant de variétés de
média que possible. Un dessin décrit mieux ce modèle que
des milliers de mots.
701
[freeculture17.png]
702
Est-ce que cette concentration importe ? Affecte-t-elle le contenu ou
ce qui est distribué ? Ou s'agit-il simplement d'un moyen plus
efficace de produire et distribuer du contenu ?
703
Mon point de vue é tait que la concentration ne devrait pas
déranger. Je pensais qu'il ne s'agissait que d'une structure
financière plus efficace. Mais maintenant, après avoir lu et
é couté un ensemble de créateurs essayant de me
convaincre du contraire, je commence à changer d'avis.
704
Voici une histoire qui suggère comment cette concentration peut
jouer.
705
En 1969, Norman Lear créa un film pilote pour All in the Family.
Il le présenta à ABC. Il n'a pas plu au réseau. Il dit
à Lear que c'était trop crispé, refaite le. Lear le
refit encore plus crispé que le premier. ABC é tait
exaspéré. Vous avez raté lui dire-t-il. Nous le voulions
moins crispé, pas davantage.
706
Plutôt que de se lamenter, Lear a proposé le spectacle
ailleurs. CBS é tait heureux d'avoir la série; ABC ne pouvait
pas l'en empêcher. Le copyright de Lear a assuré son
indépendance vis à vis du contrôle du réseau29.
707
Le réseau ne contrôlait pas ces copyrights car la loi
interdisait aux réseaux de contrôler les contenus qu'ils
diffusaient. La loi imposait une séparation entre les réseaux
et les producteurs de contenu; cette séparation garantissait la
liberté de Lear. Et jusqu'en 1992, à cause de ces
règles, la grande majorité des é missions de grande
é coute - 75% - é tait indépendante des réseaux.
708
En 1994, la FCC a supprimé les règles concernant
l'indépendance. Après ce changement, les réseaux ont
rapidement modifié l'équilibre. En 1985, il existait 25
studio de production de télévision indépendants; en
2002, il n'en reste plus que 5. « En 1992, seulement 15% des
nouvelles séries é taient produites par une filiale d'un
réseau. L 'année dernière, le pourcentage des é
missions produites par des filiales d'un réseau a é té
plus que quintuplé pour atteindre 77%. » « En
1992, 16 nouvelles séries ont é té produites
indépendamment du contrôle d'un conglomérat,
l'année dernière, il n'y en a eu qu'une. » 30 En 2002,
75% des é missions de la période de pointe é taient
produites par le réseau qui les diffusait. « Dans la
période entre 1992 et 2002, le nombre d'heures d'émission de
la période de pointe par semaine produites par les réseaux
ont augmentés de 200%, tandis que le nombre d'heures
d'émission de la période de pointe par semaine produites par
des studios indépendants a chuté de 63%.31
709
Aujourd'hui, un autre Norman Lear avec un autre All in the Family
aurait le choix soit de rendre l'émission moins crispée soit
d'être renvoyé. Le contenu des productions
développées pour un réseau sont de plus en plus la
propriété de celui-ci.
710
Tandis que le nombre de chaînes a augmenté de manière
considérable, la propriété de ces chaînes s'est
concentrée dans les mains de quelques uns. Comme le disait Barry
Diller à Bill Moyers,
711
Si vous avez des compagnies qui produisent, qui financent, qui
diffusent sur leur chaîne et qui distribuent au niveau mondial,
tout ce qui passe par leur système de distribution , alors vous
aboutissez à ce qu'il y ait de moins en moins d'acteurs dans le
processus. Nous avions des douzaines et des douzaines de producteurs
indépendants d'émission de télévision. Maintenant
il n'en reste même pas une poignée32.
712
Cette réduction a un effet sur ce qui est produit. La production
de réseau aussi grands et concentrés est de plus en plus
homogène. De plus en plus süre. De plus en plus stérile.
La production des journaux d'actualité de ces réseaux est de
plus en plus façonnée par le message que le réseau veut
véhiculer. Ce n'est pas le parti communiste, bien que de
l'intérieur, cela doive ressembler un peu au parti communiste.
Personne ne peut mettre en doute sans risque des conséquences -
pas nécessairement le bannissement en Sibérie, mais une
sanction tout de même. Indépendance, critique, opinion
différentes sont bannies. Ce n'est pas un environnement pour une
démocratie.
713
Un parallèle é conomique permet d'expliquer pourquoi
l'intégration touche la créativité. Clay Christensen a
é crit « le dilemme des innovateurs » : le fait que de
grandes sociétés traditionnelles ignorent de manière
délibérée les percées technologiques qui affectent
leur coeur de métier. La même analyse pourrait permettre
d'expliquer pourquoi de grands groupes de média traditionnels
trouvent rationnels d'ignorer de nouvelles tendances culturelles33. Les
mastodontes non seulement ne sprintent pas, mais ne doivent pas
sprinter. Si le terrain est réservé aux géants, il y
aura très peu de sprint.
714
Je ne pense pas que nous connaissions suffisamment l'économie du
marché des média pour affirmer avec certitude ce que la
concentration et l'intégration amèneront. Les rendements sont
importants, et les effets sur la culture difficiles à mesurer.
715
Mais, il y a un exemple é vident qui montre nettement le
problème.
716
En complément de la guerre des copyright, nous sommes au milieu de
la guerre de la drogue. La politique gouvernementale combat les cartels
de la drogue; les tribunaux criminels et civils sont surchargés
à la suite de ce combat.
717
Laissez-moi me disqualifier de toute possible accointance avec la
position du gouvernement en disant que je crois que ce combat est une
erreur profonde. Je ne suis pas pro drogue. Au contraire, je viens
d'une famille victime de la drogue, bien que les drogues qui
détruisirent ma famille é taient entièrement
légales. Je crois que ce combat est une erreur profonde car les
dommages collatéraux sont si grands qu'ils rendent folle la
poursuite de la guerre. Quand vous additionnez le fardeau sur le
système judiciaire, le désespoir de générations
d'ado dont la seule réelle opportunité é conomique est
d'être un revendeur, les atteintes aux protections
constitutionnelles à cause de la surveillance constante que ce
combat implique, et, par dessus tout, la complète destruction du
système judiciaire de plusieurs pays d'Amérique latine à
cause du pouvoir des cartels de la drogue, je pense qu'il est
impossible de croire que le bénéfice marginal de la
réduction de la consommation américaine de drogue puisse
contrebalancer ces coüts.
718
Vous n'êtes pas convaincu. D'accord, nous sommes en
démocratie et c'est par le vote que nous choisissons notre
politique. Mais pour cela, nous sommes fondamentalement tributaire de
la presse qui informe les américains de ces sujets.
719
Au début de 1998, l'office national de lutte contre les drogues
lança une campagne médiatique dans sa « guerre contre
les drogues » . La campagne produisit des tas de clips traitant de
questions relatives aux drogues illégales. Dans une des
séries (Nick et Norm) deux hommes dans un bar discutent de
l'idée de légaliser des drogues comme un moyen d'éviter
certains des dommages collatéraux de cette guerre. L'un avance un
argument en faveur de la légalisation des drogues. L'autre
répond par un développement convaincant et é tayé
à l'argument du premier. À la fin, le premier gars change
d'avis (c'est de la télé). L'insert publicitaire se termine
par une attaque accablante contre la campagne pour la
légalisation.
720
Assez é quitable. Bonne publicité. Pas vraiment trompeuse.
Elle délivre bien son message. Il s'agit d'un message raisonnable
et é quilibré.
721
Imaginons que vous pensiez que le message soit mauvais et que vous
vouliez faire une contre publicité. Imaginons que vous vouliez
présenter une série de pubs qui cherchent à
démontrer les extraordinaires dommages collatéraux de la
guerre contre la drogue. Pouvez vous le faire ?
722
É videmment toutes ces pub coütent beaucoup d'argent.
Supposons que vous ayez l'argent. Supposons qu'un groupe de citoyens
donnent suffisamment d'argent pour vous aider à diffuser votre
message. Ê tes-vous sür que votre message sera entendu ?
723
Non. Les chaînes de télévision ont pour politique
d'éviter les pubs sujettes à controverse. Les pubs produites
par le gouvernement sont supposées ne pas ê tre sujettes
à controverse; les pubs en désaccord avec le gouvernement
sont sujettes à controverse. Cette sélectivité peut
ê tre jugée incompatible avec le premier amendement, mais la
cour suprême a décidé que les stations ont le droit de
choisir ce qu'elles diffusent. Donc les principales chaînes
commerciales refuseront à une des parties l'opportunité de
présenter son avis sur un débat crucial. Et les tribunaux
entérineront les droits des stations à de telles pratiques34.
724
Je serais ravi de défendre les droits des diffuseurs si nous
vivions dans univers médiatique réellement varié. Mais
la concentration dans les média met cette condition en péril.
Si une poignée de sociétés contrôlent l'accès
au média, et que cette poignée de compagnies décide
quels sont les opinions politiques que doivent promouvoir ses
chaînes, alors il est é vident que la concentration pose
problème. Vous pouvez partager les opinions que cette poignée
de compagnies a sélectionné. Mais vous ne devriez pas
apprécier un monde dans lequel seuls quelques uns décident
des sujets dont les autres doivent ê tre informés.
725
Ensemble
726
Il y a quelque chose d'innocent et d'évident à propos de la
revendication des guerriers du copyright que le gouvernement devrait
"protéger ma propriété". Dans l'abstrait, c'est é
videmment vrai et, ordinairement, complètement inoffensif. Aucun
non-anarchiste sain d'esprit ne pourrait ne pas ê tre d'accord.
727
Mais quand nous voyons de quelle manière spectaculaire la
"propriété" a changé - quand nous reconnaissons comment
elle pourrait maintenant interagir avec à la fois la technologie
et les marchés pour signifier que la contraite effective sur la
liberté de cultuver notre culture est nettement différente -
la revendication commence à ê tre moins innocente et é
vidente. É tant donnés (1) le pouvoir de la technologie
à s'ajouter au contrôle de la loi, et (2) le pouvoir des
marchés concentrés à affaiblir l'opportunité de
protester, si appliquer strictement les droits de "propriété"
massivement é tendus accordés par le copyright change
fondamentalement la liberté dans cette culture de cultiver et de
réutiliser le passé, alors nous devons demander si cette
propriété devrait ê tre redéfinie.
728
Pas violemment. Ou absolument. Je ne dis que que nous devrions abolir
le copyright ou revenir au XVIIIe siècle. Ce serait une erreur
totale, désastreuse pour les initiatives créatives les plus
importantes dans notre culture aujoud'hui.
729
Mais il y a un espace entre zéro et un, malgré la culture
d'Internet. Et ces changements massifs dans le pouvoir effectif de la
régulation du copyright, liés à la concentration accrue
de l'industrie du contenu et reposant dans les mains d'une technologie
qui va de plus en plus permettre de contrôle sur l'utilisation de
la culture, devrait nous mener à nous demander si un autre
ajustement est requis. Pas un ajustement qui augmenterait le pouvoir du
copyright. Pas un ajustement qui augmenterait sa durée.
Plutôt, un ajustement qui restaurerait l'équilibre qui a
traditionnellement défini la régulation du copyright - un
affaiblissement de cette régulation, pour renforcer la
créativité.
730
La loi du copyright n'a pas é té un Roc de Gibraltar. Ce
n'est pas en ensemble d'engagements constants que, pour quelque raison
mystérieuse, les adolescents et les mordus d'informatique
méprisent maintenant. Au lieu de cela, le pouvoir du copyright a
augmenté sensiblement pendant une courte période de temps,
pendant que les technologies de distribution et de création ont
changé et que les lobbyistes ont fait pression pour plus de
contrôle pour les détenteurs de copyright. Les changements
dans le passé en réponse aux changements dans la technologie
suggèrent que nous avons peut-être bien besoin de changements
similaires à l'avenir. Et ces changements doivent ê tre des
réductions de l'étendue du copyright, en réponse à
l'augmentation extraordinaire du contrôle que la technologie et le
marché permettent.
731
Car la seule chose qui est perdue dans cette guerre contre les pirates
est une chose que nous verrons après avor sondé
l'étendue de ces changements. Quand vous additionnez l'effet de la
loi modifiée, des marchés concentrés, et la technologie
changeante, ensemble ils produisent une conclusion é tonnante :
Jamais dans notre histoire aussi peu n'ont eu le droit légal de
contrôler autant le développement de notre culture que
maintenant.
732
Pas quand les copyright é tianet perpétuels, car quand les
copyrights é taient perpétuels, ils affectaient seulement ce
travail de création précis. Pas quand seulement les é
diteurs avaient les outils pour publier, car le marché é tait
alors plus varié. Pas quand il y avait seulement trois chaines de
télévision, car même alors, les journeaux, les studios
de film, les stations de radio et les é diteurs é taient
indépendants des réseaux. Le copyright n'a jamais
protégé un tel é ventail de droits, contre un é
ventail aussi grand d'acteurs, pour une durée qui é tait
lointainement aussi longue. Cette forme de régulation - une
minuscule régulation d'une minuscule partie de l'énergie
créatrice d'une nation à ses débuts - est maintenant une
régulation massive de l'ensemble du processus créatif. La loi
plus la technologie plus le marché interagissent maintenant pour
changer cette régulation historiquement bénigne en la
régulation de culture la plus importante que notre
société libre a jamais connu.35
733
Cela a é té un long chapitre. Son but peut maintenant ê
tre brièvement é noncé.
734
Au début de ce livre, j'ai fait la distinction entre la culture
commerciale et non-commerciale. Au cours de ce chapitre, j'ai fait la
distinction entre copier une oeuvre et la transformer. Nous pouvons
maintenant combiner ces deux distinctions et dessiner une carte claire
des changements que la loi du copyright a subi.
735
En 1790, la loi ressemblait à ceci:
736
737
ÉDITER TRANSFORMER
Comercial © Libre
Non-commercial Libre Libre
L'acte d'éditer une carte, un graphique et un livre é tait
régulé par la loi du copyright. Rien d'autre ne l'était.
Les transformations é taient libres. Et comme le copyright
s'obtenait uniquement avec une inscription, et comme seuls ceux qui
avaient l'intention de bénéficier commercialement
s'enregistraient, la copie par l'édition d'oeuvres
non-commerciales é tait é galement libre.
738
À la fin du XIXe siècle, la loi avait changé en ceci:
739
740
ÉDITER TRANSFORMER
Commercial © ©
Non-commercial ©/Libre Libre
Les oeuvres dérivées é taient alors régulées
par la loi du copyright - si é ditées, ce qui encore, é
tant donné l'économie de l'édition à cette é
poque, signifie si disponible commercialement. Mais les é ditions
et transformations non-commerciales é taient encore
essentiellement libres.
741
En 1909, la loi changea pour réguler les copies, pas
l'édition, et après ce changement, la portée de la loi
é tait liée à la technologie. Comme la technologie de
copie devenait plus répandue, la portée de la loi s'est
é tendue. Ainsi en 1975, comme les photocopieuses devenaienet de
plus en plus communes, nous pourrions dire que la loi commençait
à ressembler à ceci:
742
743
COPIER TRANSFORMER
Commercial © ©
Non-commercial © ©
La loi é tait interprétée pour atteindre la copie
non-commerciale à travers, disons, les photocopieuses, mais
pourtant la plupart des copies en dehors du marché commercial
restait libre. Mais les conséquences de l'émergence des
technologies numériques, en particulier dans le contexte d'un
réseau numérique, signifie que la loi ressemble maintenant
à ceci:
744
745
COPIER TRANSFORMER
Commercial © ©
Non-commercial © ©
Chaque domaine est gouverné par la loi du copyright, alors
qu'auparavant la plupart de la créativité ne l'était
pas. La loi régule maintenant toute la portée de la
créativité - commerciale ou pas, transformative ou pas - avec
les mêmes règles conçues pour réguler les é
diteurs commerciaux.
746
É videmment, la loi du copyright n'est pas l'ennemi. L'ennemi est
la régulation qui a un résultat négatif. Donc la
question que nous devrions nous poser maintenant est est-ce
qu'étendre les régulations de la loi du copyright dans chacun
de ces domaines est véritablement une bonne chose.
747
JE ne doute pas qu'elle fait du bien dans la régulation de la
copie comemrciale. Mais je ne doute pas non plus qu'elle fait plus de
mal que de bien quand elle régule (comme elle régule
maintenant) la copie non-commerciale et, particulièrement, la
transformation non-commerciale. Et de plus en plus, pour les raisons
esquissées en particulier dans les chapitres 7 et 8, on pourrait
bien se demander si elle ne fait pas plus de mal que de bien pour la
transformation commerciale. Davantage d'oeuvres transformatives
commerciales seraient créées si les droits dérivatifs
é taient plus nettement limités.
748
Le problème n'est donc pas simplement de savoir si le copyright
est une propriété. Bien sür le copyright est une sorte
de "propriété", et bien sür, comme avec toute
propriété, l'État se doit de la protéger. Mais
malgré les premières impressions, historiquement, ce droit de
propriété (comme avec tous les droits de
propriété36) a é té conçu pour é
quilibrer le besoi nimportant de donner aux auteurs et aux artistes des
encouragements avec le besoi ntout aussi important d'assurer
l'accès à l'oeuvre créative. Cet é quilibre a
toujours é té frappé à la lumière de nouvelles
technologies. Et pour presque la moitié de notre tradition, le
"copyright" n'a pas du tout contrôlé la liberté des
autres de réutiliser ou de transformer une oeuvres créative.
La culture américaine est née libre, et pendant presque 180
ans notre pays a systématiquement protégé uen culture
libre vivante et riche.
749
Nous avons réussi cette culture libre parce que notre loi
respectat les limites importantes dans la portée des
intérêts protégés par la "propriété". La
naissance même du "copyright" comme droit statutaire reconnaissait
ces limites, en octroyant la protection des détenteurs de
copyright pour une période limitée (l'histoire du chapitre
6). La tradition de l'usage loyal est animée par une
préoccupation similaire qui est de plus en plus contrainte alors
que le cout d'exercer n'importe quel droit d'usage loyal devient
unévitablement é levé (l'histoire du chapitre 7).
L'ajout de droits statutaires oú le marché pourrait é
touffer l'innovation est une autre limite familière sur le droit
de propriété qu'est le copyright (chapitre 8). Et permettre
une large liberté de collecte pour les archives et les
bibliothèques, malgré les revendications de
propriété, est une partie cruciale pour garantire l'ame d'une
culture (chapitre 9). Les cultures libres, comme les marchés
libres, sont construites avec la propriété. Mais la nature de
la propriété qui construit ue nculture libre est très
différents de la cision extrémiste qui domine le débat
aujourd'hui.
750
La culture libre est de plus en plus la victime de cette guerre contre
le piratage. En réponse à une menace réelle, à
défaut d'être quantifiée, que les technologies
d'Internet présentent aux modèles é conomiques du
vingtième siècle pour produire et distribuer la culture, la
loi et la technologie sont en train d'être transformées d'une
manière qui va saper notre tradition de culture libre. Le droit de
propriété qu'est le copyright n'est plus le droit é
quilibré qu'il é tait, ou qu'il é tait destiné
à ê tre. Le droit de propriété qu'est le copyright
est devenu déséquilibré, dangereusement incliné
vers un extrème. L'opportunité de créer etdetransformer
devient plus faible dans un monde oú la création requiert la
permission et la créativité doit vérifier avec un
avocat.
751
Casse-têtes
752
Chimères
753
Dans une nouvelle célèbre de H. G. Wells, un alpiniste du nom
de Nunez se retrouve (en descendant une pente verglacée) dans une
vallée inconnue et isolée des Andes Péruviennes.1 La
vallée est extraordinairement belle, avec "de l'eau douce, des
prairies, un climat constant, des collines d'une terre riche et brune
avec des arbustes enchevêtrés qui portaient des fruits
excellents." Mais les villageois sont tous aveugles. Nunez y voit sa
chance. "Au royaume des aveugles", se dit-il, "les borgnes sont les
rois." Il décide donc de vivre avec les villageois, pour
connaître une vie de roi.
754
Les choses ne se déroulent pas comme prévu. Il essaie
d'expliquer l'idée de vision aux villageois. Ils ne comprennent
pas. Il leur dit qu'ils sont "aveugles". Ils ne connaisent pas le mot
aveugle. Ils le tiennent pour un idiot. En effet, au fur et à
mesure qu'ils se rendent compte des choses qu'il ne sait pas faire
(entendre le bruit des pas sur l'herbe, par exemple), ils essaient de
le manipuler. Lui, de son côté, devient de plus en plus amer.
"'Vous ne comprenez pas,' dit-il, d'une voix qu'il voulait forte et
résolue, mais qui se transforma en pleur. 'Vous ê tes
aveugles et moi je vois. Laissez-moi tranquille!'"
755
Mais les villageois ne le laissent pas tranquille. Pas plus qu'ils ne
voient (pour ainsi dire) les avantages de son pouvoir spécial.
Même l'objet de tous ses désirs, une jeune femme qui lui
semble "la chose la plus belle de toute la création", ne comprend
rien à la beauté de la vue. La description faite par Nunez de
ce qu'il voit "lui semblait la fantaisie la plus poétique, et elle
é coutait sa description des é toiles et des montagnes et de
sa propre douce beauté comme s'il s'agissait d'un plaisir
coupable."
756
"Elle ne croyait pas", nous dit Wells et "elle ne pouvait comprendre
qu'à moitié, mais elle é tait mystérieusement
enchantée."
757
Lorsque Nunez annonce sa volonté d'épouser cet amour
"mystérieusement enchanté", son père et le village s'y
opposent. "Vois-tu, ma chère", lui explique son père, "c'est
un idiot. Il a des illusions. Il ne sait rien faire correctement." Ils
emmènent Nunez chez le médecin du village.
758
Après un examen attentif, le docteur donne son avis. "Son cerveau
est perturbé," dit-il.
759
"De quelle manière?" demande le père. "Ces choses bizarres
que l'on appelle les yeux ... sont malades ... d'une manière qui
perturbe son cerveau."
760
Le docteur continue: "Je pense pouvoir affirmer sans me tromper que
pour le soigner complètement, nous n'avons qu'à effectuer une
opération chirurgicale simple et facile -- c'est-à-dire
enlever ces corps irritants [les yeux]."
761
"Remercions le Ciel de nous avoir donné la science!" dit le
père au docteur. Ils informent Nunez de la condition
nécessaire pour qu'il soit autorisé à é pouser sa
fiancée. (Vous devrez lire l'original pour savoir ce qui se passe
à la fin. Je crois en une culture libre, mais je ne
révèle jamais la fin d'une histoire.)
762
Il arrive parfois que les oeufs de jumeaux fusionnent dans
l'utérus de leur mère. Cette fusion produit une
"chimère". Une chimère est une créature avec deux
patrimoines génétiques. L'ADN dans le sang, par exemple, peut
ê tre différent de l'ADN de la peau. Cette possibilité
est sous-utilisée pour les romans policiers. "Mais l'ADN
démontre avec 100 pour cent de certitude qu'elle n'est pas la
personne dont on a retrouvé le sang sur les lieux du crime..."
763
Avant d'avoir lu quelque chose sur ces chimères, j'aurais tenu
leur existence pour impossible. Une seule personne ne peut pas avoir
deux partimoines génétiques. L'idée même que l'on a
de l'ADN est que c'est le code d'un individu. Mais en fait, non
seulement deux individus peuvent avoir le même ADN (vrais
jumeaux), mais une personne peut avoir deux ADN différents (une
chimère). Notre définition d'une "personne" doit prendre en
compte cette réalité.
764
Plus je travaille à comprendre la dispute actuelle au sujet du
copyright et de la culture, que j'ai appelée souvent à tort,
mais parfois à raison, "la guerre du copyright", plus je pense que
nous avons affaire à une chimère. Par exemple, dans la
bataille sur la question "Qu'est-ce que le partage de fichier p2p?",
les deux camps ont à la fois raison et tort. Un camp dit: "Le
partage de fichier, c'est comme deux enfants qui s'échangent et
copient des cassettes--le genre de chose que nous avons fait depuis une
trentaine d'années sans jamais nous poser de questions." C'est
vrai, du moins en partie. Quand je dis à mon meilleur ami
d'essayer un nouveau CD que j'ai acheté, et au lieu de lui envoyer
le CD, je lui indique mon serveur p2p, c'est, à tous points de
vue, exactement ce que chaque directeur de chaque maison de disque
faisait é tant enfant: partager de la musique.
765
Mais cette description est aussi fausse en partie. Car si mon serveur
p2p fait partie d'un réseau p2p à travers lequel tout le
monde peut accéder à ma musique, alors bien sür mes amis
peuvent y accéder, mais c'est déformer le sens du mot "ami"
que de dire "mes dix mille meilleurs amis" peuvent y accéder. Que
partager ma musique avec mon meilleur ami soit ou non "ce que nous
avons toujours é té autorisés à faire", nous
n'avons pas toujours é té autorisés à la partager
avec "nos dix mille meilleurs amis."
766
De même, quand l'autre camp dit: "Partager des fichiers, c'est
exactement comme entrer chez Tower Records, prendre un CD du rayonnage
et sortir avec", c'est vrai, du moins en partie. Si, après que
Lyle Lovett a (enfin) sorti un nouvel album, plutôt que de
l'acheter je vais sur Kazaa et j'en trouve une copie gratuite, ca
ressemble beaucoup à voler un CD chez Tower.
767
Mais ce n'est pas complètement comme voler chez Tower. Après
tout, si je leur prends un CD, Tower Records a un CD de moins à
vendre, et j'ai un morceau de plastique avec une pochette, quelque
chose à exhiber sur mon é tagère. (Et pendant qu'on y
est, on peut aussi remarquer que si je vole un CD chez Tower Records,
le montant maximum de l'amende qui peut m'être infligée, du
moins selon la loi californienne, est de 1.000 dollars. D'après la
RIAA, si à l'inverse je télécharge un CD de dix titres,
je suis passible d'une amende de 1.500.000 dollars).
768
Je ne cherche pas à dire que la réalité est
différente de ce que chaque camp décrit. Ce que je veux dire,
c'est que la réalité est comme ils la décrivent tous les
deux -- la RIAA et Kazaa. C'est une chimère. Et au lieu de
dénier ce que l'autre camp affirme, nous devons commencer à
réfléchir à la manière de répondre à
cette chimère. Quelles sont les lois qui la gouvernent?
769
Nous pourrions répondre simplement que ce n'est pas une
chimère. Nous pourrions, avec la RIAA, décider que chaque
acte de partage de fichier est un délit. Nous pourrions poursuivre
des familles, et leur réclamer des millions de dollars de
dommages, simplement parce que des fichiers ont é té é
changés sur un ordinateur familial. Et nous pouvons forcer les
universités à surveiller tout le trafic sur leurs
réseaux, pour s'assurer qu'aucun ordinateur n'est utilisé
pour commettre ce délit. Ces réponses sont peut-être
extrêmes, mais elles ont toutes é té soit proposées
soit mises en pratique.2
770
Ou alors, nous pourrions répondre au partage de fichier de la
manière anticipée par beaucoup. Nous pourrions le rendre
entièrement légal. Faire qu'il n'y ait pas de
responsabilité civile ou légale à rendre des contenus
sous copyright disponibles sur Internet. Rendre le partage de fichier
comme les rumeurs: que sa seule régulation vienne des normes
sociales, mais pas de la loi.
771
Chaque réponse est possible. Je pense que chacune serait une
erreur. Plutôt que d'adopter l'un ou l'autre de ces
extrémismes, nous devrions adopter quelque chose qui
reconnaît la vérité des deux. Et alors que je termine ce
livre avec une description d'un tel système, mon but dans le
chapitre suivant est de montrer à quel point il serait mauvais
d'adopter la tolérance zéro. Je pense que chaque extrême
serait pire qu'une alternative raisonnable. Mais je pense que la
solution de tolérance zéro serait le pire des deux
extrêmes.
772
Et pourtant la tolérance zéro est de plus en plus la
politique de notre gouvernement. Au milieu du chaos créé par
l'irruption d'Internet, la carte du pouvoir est en train d'être
redessinée de manière radicale. La loi et la technologie y
sont déplacées, de manière à donner aux ayant
droits un contrôle sur notre culture qu'ils n'ont jamais eu
auparavant. Et par cet extrémisme, beaucoup d'opportunités
pour innover et créer seront perdues.
773
Je ne parle pas des opportunités pour les adolescents de "voler"
de la musique. Je pense plutôt aux innovations commerciales et
culturelles que cette guerre va aussi tuer. Le pouvoir d'innover n'a
jamais é té aussi largement répandu parmi nos citoyens,
et nous n'avons vu que le début de la vague d'innovations que ce
pouvoir va libérer. Cependant Internet a déjà vu la
perte d'un cycle d'innovation concernant les technologies de
distribution de contenu. La loi est responsable de cette perte. En
critiquant les protections des contenus ajoutées par le DMCA, le
vice président des relations internationales de l'un de ces
innovateurs, eMusic.com, disait:
774
eMusic s'oppose au piratage. Nous sommes un distributeur de contenus
sous copyright, et nous voulons protéger ces droits.
775
Mais construire une forteresse technologique qui sécurise les
majors n'est en aucune cas la seule manière de protéger les
intérêts du copyright, pas plus que cela n'est
nécessairement la meilleure. Il est tout simplement trop tôt
pour répondre à cette question. Les forces du marché, en
agissant naturellement, pourraient très bien aboutir à une
industrie organisée selon un modèle totalement
différent.
776
Ce point est d'une importance critique. Les choix faits par l'industrie
au sujet de ces systèmes vont directement modeler le marché
des médias numériques, et la manière dont l'information
numérique est distribuée. En retour, ceci affectera
directement les options disponibles pour les consommateurs, à la
fois en termes de facilité d'accès au médias
numériques, et d'équipements nécessaire pour y
accéder. Faire dès maintenant de mauvais choix retardera la
croissance de ce marché, et va à l'encontre de
l'intérêt de tout le monde.3
777
En Avril 2001, eMusic.com a é té rachetée par Vivendi
Universal, une des "majors". Sa position sur ce problème a
changé maintenant.
778
En revenant aujourd'hui sur notre tradition de tolérance, nous
n'allons pas seulement é craser le piratage. Nous allons aussi
sacrifier un certain nombre de valeurs qui sont importantes pour notre
culture, et perdre des chances d'une valeur inestimable.
779
Dommages
780
Pour combattre le "piratage" et protéger la "propriété",
l'industrie du contenu est entrée en guerre. Le lobbying et de
nombreuses campagnes de pressions ont forcé le gouvernement à
s'engager dans celle-ci. Comme dans toute guerre il y aura des victimes
directes et des dommages collatéraux. Comme dans toute guerre de
prohibition, l'essentiel des dommages sera subi par notre peuple.
781
Jusqu'à présent mon but a é té de décrire les
conséquences de cette guerre, tout particulièrement pour "la
culture libre". Mais je vais désormais plus loin : cette guerre
est-elle justifiée ?
782
Selon moi, non. Il n'y a aucune raison valable pour que, cette fois,
qui serait la première, la loi doive défendre l'ordre ancien
contre le nouveau et cela au moment précis oú la
"propriété intellectuelle" est à son apogée.
783
Pourtant le "sens commun" ne le voit pas de cette façon. Le sens
commun est encore du côté des Causby et de l'industrie du
contenu. Les plaintes des extrémistes du contrôle, pour
défendre la propriété, n'ont pas cessé et le rejet
irrationnel du "piratage" a toujours cours.
784
La poursuite de cette guerre ne sera pas sans conséquences. Je
n'en décrirai que trois. On pourrait dire que chacune des trois
est fortuite. Pour la troisième, j'en suis certain. J'en suis
moins sür pour les deux premières. Les deux premières
protègent les RCAs modernes, mais il n'y a aucun Howard Armstrong
dans les ailes pour combattre les monopoles de la culture
d'aujourd'hui.
785
Contraindre les créateurs
786
Dans la prochaine décennie, nous devrions voir une explosion des
technologies numériques. Ces technologies permettront à tous
de reproduire et de partager de l'information. Cela existe bien
sür depuis l'aube de l'humanité. C'est ainsi que nous
communiquons et que nous apprenons. Mais la technologie numérique
permet une fidélité de reproduction et un pouvoir de
diffusion bien plus grands. Vous pouvez envoyer un courriel pour
raconter une blague que vous avez vu sur Comedy Central (NdT:
chaîne de télévision câblée américaine),
ou bien vous pouvez envoyer la séquence vidéo. Vous pouvez
é crire un pamphlet sur les incohérences du politicien que
vous aimez le plus haïr, ou vous pouvez réaliser un court
métrage qui expose argument après argument. Vous pouvez
é crire un poème pour déclarer votre flamme, ou vous
pouvez mélanger des chansons de vos artistes
préférés en un seul morceau et le rendre accessible sur
le Net.
787
Cette "reproduction et diffusion" numérique est à la fois une
extension de la reproduction et de la diffusion qui a toujours fait
partie de notre culture, et à la fois quelque chose de nouveau.
C'est la suite de Kodak, mais cela dépasse les frontières de
la technologie "type Kodak". La technologie numérique laisse
entrevoir un monde oú la créativité serait
extrêmement diversifiée, et pourrait ê tre facilement et
largement diffusée. Et si la démocratie s'applique à
cette technologie, elle permettra à grand nombre de citoyens de
s'exprimer, de critiquer et de contribuer à la culture globale.
788
La technologie nous a ainsi donné la possibilité de faire
quelque chose de la culture qui n'était possible que pour de
petits groupes d'individus. Imaginez un vieil homme racontant une
histoire lors d'une rencontre de quartier. Imaginez maintenant que
cette histoire soit diffusée dans le monde entier.
789
En fait, tout cela n'est possible que si ces activités sont
supposées légales. Sous le régime législatif
actuel, ce n'est pas le cas. Pensez à vos excellents sites favoris
sur le Net. Les sites web peuvent offrir un aperçu
d'émissions télévisées oubliées; les sites
peuvent cataloguer des dessins animées des années 60; les
sites peuvent mixer des images et du son pour critiquer les politiciens
ou les hommes d'affaires; les sites peuvent collecter des articles sur
des sujets pointus scientifiques ou culturels. Il existe une importante
quantité d'oeuvres créatives à travers l'Internet. Mais,
à cause de la manière dont la loi est faite, ces oeuvres sont
supposées illégales.
790
Cette présomption va refroidir de plus en plus la
créativité, tandis que les exemples de condamnations graves
pour des infractions floues vont se multiplier. Il est impossible de
distinguer clairement ce qui est autorisé de ce qui ne l'est pas,
et en même temps, les sanctions pour avoir franchi la ligne sont
extrêmement dures. Les quatre é tudiants qui avaient é
té menacés par la RIAA (Jesse Jordan au chapitre 3
n'était qu'un de ceux-là) encouraient une amende de 98
milliards de dollars pour avoir construit des moteurs de recherche qui
permettaient de copier des chansons. D'un autre côté,
Worldcom, (NdT : entreprise américaine au coeur d'un scandale
financier en 2002) qui a escroqué les investisseurs d'une somme de
11 milliards de dollars, et qui a ainsi entraîné une perte de
200 milliards de dollars sur le marché mondial, a eu une amende de
seulement 750 millions de dollars. Et d'après la législation
actuellement en vigueur au Congrès, un docteur qui amputerait par
négligence la mauvaise jambe lors d'une opération ne devrait
que 250.000 dollars en dommages et intérêts. Le sens commun
peut-il reconnaître l'absurdité d'un monde dans lequel
l'amende maximale encourue pour avoir téléchargé deux
chansons sur Internet est plus importante que celle encourue par un
docteur qui aurait charcuté un patient par négligence ?
791
La conséquence de ce flou juridique, associé aux sanctions
é levées, est qu'une grande quantité de créations
ne sera pas rendue publique. Nous sapons les bases du processus
créatif en stigmatisant les "pirates" de Walt Disney. Nous
empêchons les hommes d'affaires de s'appuyer sur le domaine
public, parce que les frontières du domaine public ne sont pas
claires. Ç a ne paye pas de faire autre chose que payer pour le
droit de créer, et ainsi, les seuls qui sont autorisés à
créer, sont ceux qui payent. Comme ce fut le cas en Union
Soviétique, bien que pour des raisons très différentes,
nous allons rentrer dans un monde oú l'art sera clandestin --pas
parce que le message doit nécessairement ê tre politique,
mais parce que le simple fait de créer, est un délit.
Déjà, des expositions "d'art illégal" circulent aux
É tats-Unis.3 En quoi consiste cette "illégalité ?" Dans
le fait de mixer la culture autour de nous, dans un esprit critique ou
profond.
792
Cette peur de l'illégalité est en partie due aux changements
de la loi. J'ai détaillé ces changements au chapitre 10. Mais
elle est, dans une plus grande mesure, la conséquence de la
facilité de plus en plus grande avec laquelle les infractions
peuvent ê tre détectées. Les utilisateurs de
l'échange de fichiers ont découvert en 2002 à quel point
il é tait simple pour les détenteurs de copyright, d'amener
les tribunaux à ordonner aux fournisseurs d'accès à
Internet de révéler qui possède quel contenu. C'est
comme si votre lecteur de cassette transmettait une liste des chansons
que vous é coutiez chez vous, et que n'importe qui pourrait
consulter pour n'importe quel motif.
793
Jamais dans notre histoire, un peintre n'a eu à s'occuper de
savoir si sa peinture empiétait sur le travail de quelqu'un
d'autre. Mais le dessinateur contemporain, qui utilise des outils comme
Photoshop et partage du contenu sur le web, doit s'en soucier en
permanence. Les images sont omniprésentes, mais on ne peut
utiliser dans une création que sont celles achetées à
Corbis (NdT: société vendant des images numérisées;
propriété de Bill Gates) ou à une autre banque d'images.
Et avec l'achat, la censure arrive. Le marché des crayons est
libre; nous n'avons pas à nous occuper de leurs effets sur la
créativité. Mais le marché de l'image culturelle est
très concentré et réglementé; nous ne somme pas
aussi libres de les utiliser et les transformer.
794
Les juristes ont rarement conscience de cela, car ils voient rarement
les choses de manière pragmatique. Comme je l'ai décrit au
chapitre 7; en réponse à l'histoire du documentaire de Jon
Else, j'ai é té abondamment sermonné par des juristes
qui prétendaient que l'utilisation de Else relevait de l'usage
loyal, et que j'avais donc tort de dire que la loi réglementait ce
genre d'emploi.
795
Mais usage loyal en Amérique, signifie simplement le droit de
louer les services d'un avocat pour défendre votre droit de
créer. Et, comme les avocats ont tendance à l'oublier, notre
système de défense de droits tels que l'usage loyal est
incroyablement mauvais--dans pratiquement tous les contextes, mais
particulièrement dans celui-ci. Il coüte trop cher, il est
trop lent, et sa conclusion a souvent peu à voir avec la justice
qui sous-tend la requête. Le système légal peut ê
tre tolérant pour ceux qui sont très riches. Pour tous les
autres, c'est le fardeau d'une tradition qui s'enorgueillit d'être
basée sur la loi.
796
Les juges et les juristes ont beau se dire que l'usage loyal fournit un
"statut intermédiaire" adéquat entre le contrôle par la
loi et la liberté d'accès qu'elle devrait garantir. Mais
c'est une mesure de ce que le système légal est
réellement devenu. Les règles imposées par les é
diteurs aux é crivains, par les maisons de presse aux
journalistes--ce sont les lois qui gouvernent vraiment la
créativité. Et ces règles ont peu de rapport avec la
"loi", sur laquelle les juges s'appuient.
797
Car dans un monde qui menace de 150.000 dollars une simple violation de
copyright, et qui demande des dizaines de milliers de dollars juste
pour se défendre face à une accusation de violation de
copyright, et qui n'accorde jamais à l'accusé acquitté
le moindre remboursement des coüts engagés pour défendre
ses droits--dans ce monde, l'extraordinaire emprise des lois, é
touffe l'expression et la créativité au nom du "copyright".
Et dans ce monde, il faut un endoctrinement calculé pour continuer
à faire croire que la culture est libre.
798
Jed Horovitz, l'homme d'affaires aux commandes de Video Pipeline me
disait:
799
Nous perdons des opportunités [créatives] ici et là. Les
créateurs sont réduits au silence. Les idées sont
baillonnées. Et tandis que beaucoup de choses peuvent [encore]
ê tre créées, elles ne seront pas distribuées.
Même si l'oeuvre est finalisée ... elle ne sera pas
distribuée dans les médias de masse tant que vous n'avez pas
un petit mot d'un juriste disant, "Cela a é té
contrôlé." Ç a ne passera même pas sur PBS (NdT:
service de diffusion audiovisuelle non commercial) sans ce type de
permission. C'est à ce niveau que s'exerce le contrôle.
800
Contraindre les innovateurs
801
L'histoire présentée au paragraphe précédent é
tait croustillante et de gauche: créativité bridée,
artistes censurés, et patati et patata. Peut-être que ca ne
vous parle pas. Peut-être que vous pensez qu'il y a assez
d'oeuvres d'art bizarres, et assez de voix critiques qui s'expriment
sur tous les sujets. Et si c'est ce que vous pensez, vous pensez
peut-être qu'il n'y a rien d'inquiétant pour vous dans cette
histoire.
802
Mais il y a un aspect de cette histoire qui n'a rien de gauchiste. En
effet, c'est un aspect qui pourrait ê tre é crit par le plus
extrémiste des idéologues pro-marché. Et si vous ê
tes un idéologue de cette espèce (et d'une teneur
particulière, pour lire ce livre jusqu'à la 188e page), alors
vous pourrez y ê tre sensible en remplacant "culture libre" par
"marché libre" dans toute mon argumentation. La démonstration
est la même, quand bien même les intérêts liés
à la culture sont plus fondamentaux.
803
L'accusation que j'ai faite jusqu'à présent à propos de
la régulation de la culture est la même accusation que les
défenseurs du marché libre font à propose de la
régulation du marché. Tout le monde, bien sür,
concède que quelque régulation du marché est
nécessaire - au minimum, nous avons besoin de règles de
propriété et de contrat, et des tribunaux pour appliquer les
deux. De la même manière, dans ce débat culturel, tout
le monde concède que quelque cadre de copyright est é
galement requis. Mais les deux perspectives insistent avec
véhémence sur le fait que juste parce que la régulation
est une bonne chose, il ne s'ensuit pas que plus de régulation est
une meilleure chose. Et les deux perspectives sont constamment
sensibles aux manières par lesquelles la régulation permet
simplement aux industries puissantes d'aujourd'hui de se protéger
contre les concurrents de demain.
804
C'est spécifiquement l'effet le plus spectaculaire du changement
dans la stratégie de régulation que j'ai décrite dans le
chapitre 10. La conséquence de cette menace massive de
responsabilité liée aux frontières obscures de la loi du
copyright est que les innovateurs qui veulent innover dans cet espace
ne peuvent innover en sécurité seulement si ils ont l'acte de
décès des industries dominantes de la génération
précédente. Cette leçon a é té enseignée
à travers une série d'affaires qui é taient conçues
et exécuter pour apprendre une leçon aux capitalistes
entrepreneurs. Cette leçon - ce que l'ancien PDG de Napster Hank
Barry appelle un "voile nucléaire" qui s'est abattu sur la
Sillicon Valley - a é té apprise.
805
Considérez un exemple pour voir cette idée, une histoire dont
j'ai raconté le début dans L'avenir des idées et qui a
progressé d'une manière que même moi (pessimiste
extraordinaire) n'aurais jamais prédite.
806
En 1997, Michael Robertson lança une société
appelée MP3.com. MP3.com é tait excellent pour
réinventer le commerce de la musique. Leur but n'était pas
juste de faciliter des nouvelles manières d'accéder au
contenu. Leur but é tait aussi de faciliter des nouvelles
manières de créer du contenu. Contrairement aux maisons de
disques dominantes, MP3.com offrait aux créateurs un endroit pour
distribuer leur créativité, sans exiger un engagement
exclusif de la part des créateurs.
807
Pour faire marcher ce système, toutefois, MP3.com avait besoin
d'une manière fiable de recommander la musique à ses
utilisateurs. L'idée derrière cette alternative é tait
d'influencer les préférences révélées des
auditeurs de musique pour recommander de nouveaux artistes. Si vous
aimez Lule Lovett, vous avez des chances d'apprécier Bonnie Raitt.
Et ainsi de suite.
808
Cette idée nécessitait une manière simple de
récolter des données sur les préférences des
utilisateurs. MP3.com est arrivé avec uen manière
extraordinairement intelligente de récolter ces données de
préférence. En janvier 2000, la société lança
un service nommé my.mp3.com. En utilisant un logiciel fourni
parMP3.com, un utilisateur s'inscrivait à un compte et
insérait dans son ordinateur un CD. Le logiciel identifiait le CD,
puis donnait à l'utilisateur l'accès à ce contenu. Donc,
par exemple, si vous insérez un CD de Jill Sobule, alors oú
que vous soyiez - au travail ou à la maison - vous pouviez avoir
accès à cette musique une fosi que vous vous identifiiez dans
ce compte. Ce système é tait ainsi une sorte de juke-box
verrouillé.
809
Il n'y pas de doute que certains pouvaient utiliser ce système
pour copier illégalement du contenu. Mais cette possibilité
existait avec ou sans MP3.com. Le but du service MP3.com é tati de
donner aux utilisateurs accès à leur propre contenu, et en
tant que produit dérivé, de découvrir le genre de
contenu que les utilisateurs aimaient.
810
Pour faire marcher ce système, toutefois, MP3.com avait besoin de
copier 50 000 CDs sur un serveur. (En principe, cela aurait pu ê
tre à l'utilisateur d'uploader la musique, mais cela aurait é
té une grande perte de temps, et aurait produit un produit de
qualité contestable.) La société acheta donc 50 000 CDs
dans une boutique, et commença le processus de copie de ces CDs.
Encore une fois, elle ne servait pas le contenu de ces copies à
n'importe qui excepté à ceux qui ont authentifié qu'ils
avaient une copie du CD dont ils voulaient avoir accès. Donc alors
que c'était 50 000 copies, c'était 50 000 copies
destinées à donner aux clients quelque chose qu'ils avaient
déjà acheté.
811
Neuf jours après que MP3.com a lancé son service, les cinq
maisons de disque dominantes, menées par la RIAA, attaquèrent
MP3.com en justice. MP3.com régla l'affaire avec quatre des cinq.
Neuf mois plus tard, un juge fédéral déclara MP3.com
coupable d'infraction délibérée vis-à-vis de la
cinquième. Appliquant la loi telle qu'elle est, le juge impose une
amende de 118 millions de dollars à MP3.com. Puis MP3.com
régla l'affaire avec le dernier plaignant, Vivendi Universal, en
payant plsu de 54 millions de dollars. Vivendi racheta MP3.com presque
un an plus tard.
812
Je vous avais déjà raconté cette partie de l'histoire.
Maintenant considérez sa conclusion. Après que Vivendi a
racheté MP3.com, Vivendi se retourna et fit un procès pour
faute professionnelle contre les avocats qui l'avaient informé
qu'ils é taient de bonne foi en affirmant que le service qu'ils
voulaient offrir serait considéré légal selon la loi du
copyright; ainsi, cettte poursuite en justice.
813
Après que Vivendi a acheté MP3.COM, Vivendi tourné
autour(retourné) et avoir classer un procès de faute
professionnelle contre les avocats qui l'avaient informé qu'ils
avaient une bonne foi prétendent que l'on considérerait le
service qu'ils ont voulu offrir légal conformément à la
loi de copyright; ainsi, cette poursuite cherchait à punir tout
avocat qui avait osé suggérer que la loi é tait moins
restrictive que ce que les maisons de disques exigeaient.
814
Le but clair de cette poursuite (qui se termina par un arrangement d'un
montant non spécifié peu de temps après que l'histoire
n'était plus couverte dans la presse) é tait d'envoyer un
message sans é quivoque aux avocats conseillant des clients dans
ce domaine: ce n'est pas seulement vos clients qui pourraient souffrir
si l'industrie du contenu dirige ses pistolets contre eux. C'est aussi
vous. Donc ceux d'entre vous qui croient que la loi devrait ê tre
moisn restrictive devraient réaliser qu'une telle vue de la loi
vous coutera cher à vous et votre é tablissement.
815
Cette stratégie n'est pas juste limitée aux avocats. En avril
2003, Universal et EMI poursuivirent Hummer Winblad, l'entreprise de
capital risque qui avait financé Napster à un certain stade
de son développement, son cofondateur (John Hummer), et son
associé gérant (Hank Barry)4. La plainte ici, é
galement, é tait que l'entreprise de capital risque aurait dü
reconnaitre le droit de l'industrie du contenu de contrôler
comment l'industrie devrait se développer. Ils devraient ê
tre tenus pour personnellement responsables pour avoir financé une
société donc le comemrce s'est avéré ê tre
hors-la-loi. Ici encore, le but de la poursuite judiciaire est
transparent: tout capital risqueur reconnait maintenant que si vous
financez une société dont les affaires ne sont pas
approuvées par les dinosaures, vous prenez des risques pas
seulement sur le marché, mais é galement dans le tribunal.
Votre invertissement vous achète non seulement une
société, il vous achète aussi un procès.
L'environnement est devenu si extrème que même les fabricants
de voiture ont peur des technologies qui touchent au contenu. Dans un
article dans Business 2.0, Rafe Needleman décrit une discussion
avec BMW:
816
J'ai demandé pourquoi, avec toute la capacité de stockage et
la puissance informatique dans la voiture, il n'y avait pas de moyen de
jouer des fichiers MP3. On m'a dit qui les ingénieurs BMW en
Allemagne avaient bricolé un nouveau véhicule pour qu'il joue
des MP3 via le système sonore incorporé de la voiture, mais
que les départements juridique et marketing de la
société n'étaient pas à l'aise avec l'idée de
faire avancer une sortie aux Etats-Unis. Même aujourd'hui, aucune
nouvelle voiture n'est vendue aux Etats-Unis avec de véritables
lecteurs MP35...
817
Voici le monde de la mafia - rempli d'offres "la bourse ou la vie",
gouverné à la fin non pas par les tribunaux mais par les
menaces que la loi permet aux détenteurs de copyright d'exercer.
C'est un système qui va é videmment et nécessairement
é touffer la nouvelle innovation. C'est déjà difficile
de démarrer une entreprise. C'est impossiblement dur si
l'entreprise est constamment menacée par le litige.
818
L'idée n'est pas que les entreprises devraient avoir le droit
d'excercer des activités illégales. L'idée est la
définition de illégal. La loi est un amas d'incertitudes.
Nous n'avons pas de bon moyen de savoir comment elle devrait
s'appliquer aux nouvelles technologies. Et pourtant en inversant notre
tradition de respect de la justice, et en embrassant les
pénalités é tonnament hautes que la loi du copyright
impose, ces incertitudes produisent maintenant une réalité
qui est bien plus conservatrice que juste. Si la loi imposait la peine
de mort pour les contraventions, beaucoup moins de gens conduiraient.
Le même principe s'applique à l'innovation. Si l'innovation
est constamment vérifiée par cette responsabilité
incertaine et illimitée, nous aurions une innovation bien moins
vivante et beaucoup moins de créativité.
819
L'idée est directement parallèle avec l'idée gauchiste
à propos de l'usage loyal. Quelle que soit la "vraie" loi, le
réalisme à propos de l'effet de la loi dans les deux
contextes est le même. Ce système de régulation
sauvagement punitif va systématiquement é touffer la
créativité et l'innovation. Il protégera quelques
industries et quelques créateurs, mais fera du mal à
l'industrie et à la créativité en général. Le
marché libre et la culture libre reposent sur la compétition
vive. Et pourtant l'effet de la loi aujourd'hui est de simplement
é touffer ce genre de compétition. L'effet est de produire
une culture surrégulée, tout comme l'effet de trop de
contrôle dans le marché est de produire un marché
régulé surrégulé.
820
La construction d'une culture de permission, plutôt que d'une
culture libre, est la première manière importante avec
laquelle les changements que j'ai décrits vont entraver
l'innovation. Une culture de permission signifie une culture d'avocats
- une culture dans laquelle la capacité de créer
nécessite un coup de fil à votre avocat. Une fois de plus, je
ne suis pas anti-avocat, tout du moins quand ils sont gardés dans
leur place appropriée. Je ne suis certainement pas anti-loi. Mais
notre profession a perdu le sens de ses limites. Et les leaders de
notre profession ont perdu une appréciation des couts é
levés que notre profession impose aux autres. L'inefficacité
de la loi est une honte pour notre tradition. Et alors que je crois que
notre profession devrait donc faire tout ce qu'elle peut pour rendre la
loi plus efficace, elle devrait au moins faire tout ce qu'elle peut
pour limiter l'étendue de la loi là oú la loi ne fait
rien de bon. Les couts de transaction enterrés dans une culture de
permission sont suffisants pour enterrer un large é ventail de
créativité. Quelqu'un a besoin de faire beaucoup de
justifications pour justifier ce résultat.
821
L'incertitude de la loi est un fardeau sur l'innovation. Il y a un
second fardeau qui opère plus directement. C'est l'effort de
nombreuses personnes dans l'industrie du contenu d'utiliser la loi pour
réguler directement la technologie sur Internet afin qu'elle
protège mieux leur contenu.
822
La motivation de cette réponse est é vidente. Internet permet
la diffusion efficace de contenu. Cette efficacité est une
caractéristique de la conception d'Inter-net. Mais de la
perspective de l'industrie du contenu, cette caractéristique est
un "bogue". La diffusion efficace de contenu signifie que les
distributeurs de contenu ont plus de mal à contrôler la
distribution de contenu. Une réponse é vidente à cette
efficacité est donc de rendre Internet moins efficace. Si Internet
permet le "piratage", alors, dit cette réponse, nous devrions
briser les genoux d'Internet.
823
Les exemples de cette forme de législation sont nombreux. Sous la
pression de l'industrie du contenu, certains dans le Congrès ont
menacé que la législation requiérerait que les
ordinateurs déterminent si le contenu auquel ils ont accès
est protégé ou pas, et qu'ils désactivent la diffusion
de contenu protégé6. Le Congrès a déjà
lancé des procédures pour explorer un "jeton de diffusion"
obligatoire qui serait requis sur tout système capable de
transmettre de la vidéo numérique (c'est-à-dire un
ordinateur), et qui désactiverait la possibilité de copier
tout contenu marqué d'un jeton de diffusion. D'autres membres du
Congrès ont proposé dé-responsabiliser les fournisseurs
de contenu pour la technologie qu'ils pourraient déployer qui
traquerait les violateurs de copyright et désactiverait leurs
machines7.
824
Dans un sens, ces solutions semblent sages. Si le problème est le
code, pourquoi ne pas réguler le code pour enlever le
problème. Mais toute régulation de l'infrastructure technique
sera toujours réglée sur la technologie particulière du
moment. Elle imposera des fardeaux et des couts importants sur la
technologie, mais sera susceptible d'être é clipsée par
des avancées qui auront lieu exactement autour de ces exigences.
825
En mars 2002, une large coalition de sociétés en technologie,
menées par Intel, essayèrent d'amener le Congrès à
voir le mal qu'une telle législation imposerait8. Leur argument
n'était é evidemment pas que le copyright ne devrait pas
ê tre protégé. Au lieu de cela, ont-ils soutenu, toute
protection ne devrait pas causer plus de mal que de bien.
826
Il y a une manière plus é vidente dans laquelle cette guerre
a fait du mal à l'innovation - une fois encore, une histoire qui
sera assez familière aux fans du marché libre.
827
Le copyright est peut-être une propriété, mais comme
toutes les propriétés, c'est aussi une forme de
régulation. C'est une régulation qui bénéficie
à certains et cause du tort à d'autres. Quand il est bien
fait, il bénéficie aux créateurs et fait du mal aux
sangsues. Quand il est mal fait, c'est une régulation que les
puissants utilisent pour vaincre leurs concurrents.
828
Comme je l'ai décrit dans le chapitre 10, malgré cet aspect
du copyright en tant que régulation, et sujet aux qualifications
importantes soulignées par Jessica Litman dans son livre Digital
Copyright9, dans l'ensemble cette histoire de copyright n'est pas
mauvaise. Comem le détailel le chapitre 10, quand de nouvelles
technologies sont arrivées, le Congrès a trouvé le juste
milieu pour assurer que le nouveau est protégé de l'ancien.
Des licenses obligatoires, ou statutaires, ont é té une
partie de cette stratégie. L'usage libre (comme dans le cas du
magnétoscope) en ont é té une autre.
829
Mais cette habitude du respect envers les nouvelles technologies a
maintenant changé avec la montée d'Internet. Plutôt que
de trouver un juste milieu entre les prétentions d'une nouvelle
technologie et les droits légitimes des créateurs de contenu,
à la foi les tribunaux et le Congrès ont imposé des
restrictions légales qui auront pour effet de noyer le nouveau
pour bénéficier à l'ancien.
830
La réponse des tribunaux a é té assez universelle10.
Elle a é té reflétée dans les réponses
menacées et véritablement mise en oeuvre par le Congrès.
Je ne ferai pas la liste de toutes ces réponses ici11. Mais il y a
un exemple qui capture la saveur de toutes celles-ci. C'est l'histoire
de la mort des webradios.
831
Comme je l'ai décrit dans le chapitre 4, quand une station de
radio joue une chanson, l'artiste-interprète n'est pas payé
pour cette "interprétation radiophonique" à moins qu'il ou
elle soit é galement le compositeur. Donc, par exemple si Marylin
Monroe avait enregistré une version de "Happy Birthday" - pour
immortaliser sa fameuse prestation devant le Président Kennedy
à Madison Square Garden - alors à chaque fois que cet
enregistrement serait joué à la radio, les propriétaires
actuels du copyright de "Happy Birthday" recevraient de l'argent,
tandis que Marylin Monroe non.
832
Le raisonnement derrière cet é quilibre atteint par le
Congrès a du sens. La justification é tait que la radio
é tait une sorte de publicité. L'artiste interprète
bénificiait donc en jouant sa musique, la station de radio rendait
plus probable que ses enregistrements seraient achetés. Ainsi,
l'artiste interprète avait quelque chose, même si
indirectement. Probablement que ce raisonnement avait moins à voir
avec résultat qu'avec le pouvoir des stations de radio: leurs
lobbyistes é taient assez bons à arrêter toutes
tentatives pour que le Congrès ordonne une compensation aux
artistes interprètes.
833
Arrive la webradio. Comme la radio habituelle, la webradio est une
technologie pour diffuser du contenu d'un é metteur à un
auditeur. La diffusion voyage à travers Internet, et non pas
à travers l'éther du spectre radiophonique. Ainsi, je peux
"capter" une station de webradio à Berlin tout en é tant
à San Francisco, même s'il n'y a pas moyen pour moi de capter
une radio habituelle au-delà de la zone métropolitaine de San
Francisco.
834
Cette caractéristique de l'architecture de la webradio signifie
qu'il y a potentiellement un nombre illimité de stations de radio
qu'un utilisateur pourrait capter en utilisant son ordinateur, alors
que sous l'architecture existante pour la radiodiffusion, il y a une
limite é vidente du nombre d'émetteurs et des fréquences
de diffusion. La webradio pourrait donc ê tre plus
compétitive que la radio habituelle; elle pourrait fournir un
é ventail plus large de sélections. Et parce que le public
potentien pour la webradio est le monde entier, des stations de niche
pourraient facilement se développer et vendre leur contenu à
un nombre relativment é levé d'utilisateurs à travers le
monde. D'après certaines estimations, plus de 80 millions
d'utilisateurs à travers le monde ont é couté cette
nouvelle forme de radio.
835
La webradio est ainsi à la radio ce que la FM é tait à
l'AM. C'est une amélioration potentiellement largement plus
importante que l'amélioration de la FM par rapport à l'AM,
é tant donné que non seulement la technologie est meilleure,
donc, é galement, la compétition. En effet, il y a un
parallèle direct entre le combat pour instaurer la radio FM et le
combat pour protéger la webradio. Comme le décrit un auteur
parlant de la lutte d'Howard Armstrong pour permettre à la radio
FM d'exister,
836
Un nombre presque illimité de stations FM é tait possible
dans les ondes courtes, mettant ainsi fin aux restrictions
artificielles imposées sur la radio dans les grandes ondes
surpeuplées. Si la FM se développait librement, le nombre de
stations serait limité seulement par l'économie et la
compétition plutôt que par des restrictions techniques...
Armstrong a comparé la situation qui a grandi dans la radio à
celle suivant l'invention de la presse d'imprimerie, quand les
gouvernements et les classes dirigeantes tentèrent de
contrôler ce nouvel instrument de communication de masse en lui
imposant des licences restrictives. Cette tyrannie fut brisée
seulement quand il devint possible aux hommes d'acquérir librement
des presses d'imprimerie et de les faire fonctionner librement. La FM
dans ce sens é tait une invention aussi grande que les presses
d'imprimerie, car elle donnait aux radios l'opportunité de briser
ses chaines12.
837
Ce potentiel pour la radio FM ne se réalisa jamais - pas parce que
Armstrong avait tort à propos de la technologie, mais parce qu'il
avait sous-estimé le pouvoir des "intérêts particuliers,
habitudes, coutumes et [de la] législation"13 de retarder la
croissance de cette technologie compétitive.
838
Maintenant exactement la même affirmation pourrait ê tre
faite sur la webradio. Car encore, il n'y a pas de limitation technique
qui pourrait restreindre le nombre de stations de webradio. Les seules
restrictions sur la webradio sont celles imposées par la loi. La
loi du copyright est une telle loi. Donc la première question que
nous devrions nous poser est, quelles sont les règles du copyright
qui gouverneraient la webradio?
839
Mais ici le pouvoir des lobbyistes est inversé. La webradio est
une industrie nouvelle. Les artistes interprètes, d'un autre
côté, ont un lobby très puissant, la RIAA. Ainsi lorsque
le Congrès considéra le phénomène de la webradio en
1995, les lobbyistes ont poussé le Congrès à adopter une
règle différente pour la webradio de la règle qui
s'applique à la radio terrestre. Alors que la radio terrestre n'a
pas à payer à notre Marylin Monroe hypothétique quand
elle joue son enregistrement hypothétique de "Happy Birthday", la
webradio le fait. Non seulement la loi n'est pas neutre envers la
webradio - en fait la loi encombre la webradio plus qu'elle n'encombre
la radio terrestre.
840
Ce fardeau financier n'est pas léger. Comme l'estime le professeur
de droit William Fisher de Harvard, si une webradio distribuait de la
musique populare sans publicité à (environ) dix mille
auditeurs, 24 heures par jour, les frais totaux artistiques que la
station de radio devrait s'élèveraient à plus de 1
million de dollars par an14. Une station de radio habituelle diffusant
le même contenu ne payerait pas de frais é quivalents.
841
Le faerdeau n'est pas seulement financier. Sous les règles
originales qui ont é té proposées, une station de
webradio (mais pas une station de radi oterrestre) aurait à
collecter les informatiosn suivantes de chaque transaction
d'écoute:
842
843
1. nom du service;
2. chaine du programme (les stations AM/FM utilisent le "station ID");
3. type de programme (archivé/en boucle/en direct);
4. date de transmission;
5. heure de transmission;
6. fuseau horaire d'origine de la transmission;
7. désignation numérique de l'endroit de l'enregistrement sonore dans le programme;
8. durée de la transmssoin (à la seconde près);
9. titre de l'enregistrement sonore;
10. code ISRC de l'enregistrement;
11. année de sortei de l'album par indication de copyright et dans le cas d'albums de compilations, la date de sortie de l'album et la date de copyright de la piste;
12. artist interprète y figurant;
13. titre de vente de l'album;
14. maison de disque;
15. code UPC de l'album vendu;
16. numéro de catalogue;
17. informations sur le détenteur du copyright;
18. genre musical de la chaine ou du programme (format de station);
19. nom du service ou entité;
20. chaine ou programme;
21. date et heure auxquelles l'utilisateur s'est connecté (dans le fuseau horaire de l'utilisateur);
22. date et heure auxquelles l'utilisateur s'est déconnecté (dans le fuseau horaire de l'utilisateur);
23. fuseau horaire oú le signal a é té reçu (utilisateur);
24. identifiant unique de l'utilisateur;
25. pays oú l'utilisateur a reçu les transmissions.
Le Bibliothécaire du Congrès a finalement suspende ces
exigences de rapport, en attente d'étude supplémentaire. Et
il changea é galement les taux originaux fixés par le
comité d'arbitrage en charge de fixer les taux. Mais la
différence basique entre la webradio et la radio terrestre
demeure: la webradio doit payer un type d'honoraire de copyright que la
radio terrestre ne paie pas.
844
Pourquoi? Qu'est-ce qui justifie cette différence? Y a-t-il eu une
é tude des conséquences é conomiques de la webradio qui
justifierait ces différences? Est-ce que le motif é tait de
protéger les artistes contre le piratage?
845
Dans un rare é lan de candeur, un expert de la RIAA a admis ce qui
semblait é vident à tout le monde à cette é poque.
Comme Alex Alben, vice président de la Politique Publique à
Real Networks, me l'a dit,
846
La RIAA, qui représentait les maisons de disquesn présentait
quelque témoignage sur ce qu'ils pensaient qu'un acheteur
potentiel payerait à un vendeur potentiel, et c'était bien
plus. C'était dix fois plus que ce que les stations de radio
payent pour jouer les mêmes chansons pour la même durée
de temps. Et donc les avocats représentant les diffuseurs sur le
web demandèrenet à la RIAA, ... "Comment sortez-vous un taux
qui est tellement plus é levé? Pourquoi est-ce que cela vaut
plus que la radio? Parce que vous avec ici des centaines de milliers de
diffuseurs sur le web qui veulent payer, et cela devrait é tablir
le taux du marché, et si vous fixez le taux si haut, vous allez
faire sortir les petits diffuseurs sur le web des affaires. ..."
847
Et les experts de la RIAA dirent, "Eh bien, nous ne représentons
pas vraiment ceci comme une industrie avec des milliers de diffuseurs
sur le web, nous pensons que cela devrait ê tre une industrie
avec, vous savez, cinq ou six gros joueurs qui peuvent payer un taux
é levé et qui est un marché stable, prévisible."
(Insistance ajoutée.)
848
Traduction: le but est d'utiliser la loi pour é liminer la
compétition, afin que cette plateforme de compétition
potentiellement immense, qui ferait explorer la diversité et la
portée du contenu, ne cause pas de mal aux dinosaures du
passé. Il n'y a personne, ni de droite ni de gauche, qui devrait
cautionner cette utilisation de la loi. Et pourtant il n'y a
protiquement personne, ni de droite ni de gauche, qui fait quoi que ce
soit d'efficace pour l'empêcher.
849
Corrompre les citoyens
850
L'excès de régulation tue la créativité. Il bride
l'innovation. Il donne aux dinosaures un droit de véto sur
l'avenir. Il gaspille le potentiel extraordinaire de
créativité démocratique offert par la technologie
numérique.
851
En plus de ces dommages importants, il en est un autre, qui é tait
important pour nos prédecesseurs, mais semble oublié
aujourd'hui. L'excès de régulation corrompt les citoyens, et
affaiblit l'empire de la loi.
852
La guerre qui est menée aujourd'hui est une guerre de prohibition.
Comme toute guerre de prohibition, elle est dirigée contre le
comportement d'un très grand nombre de citoyens. Selon le New York
Times, 43 millions d'Américains ont téléchargé de
la musique en mai 200215. Selon la RIAA, le comportement de ces 43
millions d'américains est délictueux. Nous avons donc un
système de lois qui transforme 20 pour cent de l'Amérique en
délinquants. Plus la RIAA fera de procès aux Napster et
autres Kazaa, mais aussi à des é tudiants qui construisent
des moteurs de recherche, et de plus en plus à de simple usagers
qui téléchargent du contenu, plus les technologies de partage
de fichiers feront de progrès, afin de mieux protéger et
cacher leurs usages illégaux. C'est une course aux armements, une
guerre civile, oú l'extrémisme d'un camp renforce celui de
son adversaire.
853
The content industry's tactics exploit the failings of the American
legal system. When the RIAA brought suit against Jesse Jordan, it knew
that in Jordan it had found a scapegoat, not a defendant. The threat of
having to pay either all the money in the world in damages
($15,000,000) or almost all the money in the world to defend against
paying all the money in the world in damages ($250,000 in legal fees)
led Jordan to choose to pay all the money he had in the world ($12,000)
to make the suit go away. The same strategy animates the RIAA's suits
against individual users. In September 2003, the RIAA sued 261
individuals--including a twelve-year-old girl living in public housing
and a seventy-year-old man who had no idea what file sharing was16. As
these scapegoats discovered, it will always cost more to defend against
these suits than it would cost to simply settle. (The twelve year old,
for example, like Jesse Jordan, paid her life savings of $2,000 to
settle the case.) Our law is an awful system for defending rights. It
is an embarrassment to our tradition. And the consequence of our law as
it is, is that those with the power can use the law to quash any rights
they oppose.
854
Wars of prohibition are nothing new in America. This one is just
something more extreme than anything we've seen before. We experimented
with alcohol prohibition, at a time when the per capita consumption of
alcohol was 1.5 gallons per capita per year. The war against drinking
initially reduced that consumption to just 30 percent of its
preprohibition levels, but by the end of prohibition, consumption was
up to 70 percent of the preprohibition level. Americans were drinking
just about as much, but now, a vast number were criminals17. We have
launched a war on drugs aimed at reducing the consumption of regulated
narcotics that 7 percent (or 16 million) Americans now use18. That is a
drop from the high (so to speak) in 1979 of 14 percent of the
population. We regulate automobiles to the point where the vast
majority of Americans violate the law every day. We run such a complex
tax system that a majority of cash businesses regularly cheat19. We
pride ourselves on our "free society," but an endless array of ordinary
behavior is regulated within our society. And as a result, a huge
proportion of Americans regularly violate at least some law.
855
This state of affairs is not without consequence. It is a particularly
salient issue for teachers like me, whose job it is to teach law
students about the importance of "ethics." As my colleague Charlie
Nesson told a class at Stanford, each year law schools admit thousands
of students who have illegally downloaded music, illegally consumed
alcohol and sometimes drugs, illegally worked without paying taxes,
illegally driven cars. These are kids for whom behaving illegally is
increasingly the norm. And then we, as law professors, are supposed to
teach them how to behave ethically--how to say no to bribes, or keep
client funds separate, or honor a demand to disclose a document that
will mean that your case is over. Generations of Americans--more
significantly in some parts of America than in others, but still,
everywhere in America today--can't live their lives both normally and
legally, since "normally" entails a certain degree of illegality.
856
The response to this general illegality is either to enforce the law
more severely or to change the law. We, as a society, have to learn how
to make that choice more rationally. Whether a law makes sense depends,
in part, at least, upon whether the costs of the law, both intended and
collateral, outweigh the benefits. If the costs, intended and
collateral, do outweigh the benefits, then the law ought to be changed.
Alternatively, if the costs of the existing system are much greater
than the costs of an alternative, then we have a good reason to
consider the alternative.
857
My point is not the idiotic one: Just because people violate a law, we
should therefore repeal it. Obviously, we could reduce murder
statistics dramatically by legalizing murder on Wednesdays and Fridays.
But that wouldn't make any sense, since murder is wrong every day of
the week. A society is right to ban murder always and everywhere.
858
My point is instead one that democracies understood for generations,
but that we recently have learned to forget. The rule of law depends
upon people obeying the law. The more often, and more repeatedly, we as
citizens experience violating the law, the less we respect the law.
Obviously, in most cases, the important issue is the law, not respect
for the law. I don't care whether the rapist respects the law or not; I
want to catch and incarcerate the rapist. But I do care whether my
students respect the law. And I do care if the rules of law sow
increasing disrespect because of the extreme of regulation they impose.
Twenty million Americans have come of age since the Internet introduced
this different idea of "sharing." We need to be able to call these
twenty million Americans "citizens," not "felons."
859
When at least forty-three million citizens download content from the
Internet, and when they use tools to combine that content in ways
unauthorized by copyright holders, the first question we should be
asking is not how best to involve the FBI. The first question should be
whether this particular prohibition is really necessary in order to
achieve the proper ends that copyright law serves. Is there another way
to assure that artists get paid without transforming forty-three
million Americans into felons? Does it make sense if there are other
ways to assure that artists get paid without transforming America into
a nation of felons?
860
This abstract point can be made more clear with a particular example.
861
We all own CDs. Many of us still own phonograph records. These pieces
of plastic encode music that in a certain sense we have bought. The law
protects our right to buy and sell that plastic: It is not a copyright
infringement for me to sell all my classical records at a used record
store and buy jazz records to replace them. That "use" of the
recordings is free.
862
But as the MP3 craze has demonstrated, there is another use of
phonograph records that is effectively free. Because these recordings
were made without copy-protection technologies, I am "free" to copy, or
"rip," music from my records onto a computer hard disk. Indeed, Apple
Corporation went so far as to suggest that "freedom" was a right: In a
series of commercials, Apple endorsed the "Rip, Mix, Burn" capacities
of digital technologies.
863
This "use" of my records is certainly valuable. I have begun a large
process at home of ripping all of my and my wife's CDs, and storing
them in one archive. Then, using Apple's iTunes, or a wonderful program
called Andromeda, we can build different play lists of our music: Bach,
Baroque, Love Songs, Love Songs of Significant Others--the potential is
endless. And by reducing the costs of mixing play lists, these
technologies help build a creativity with play lists that is itself
independently valuable. Compilations of songs are creative and
meaningful in their own right.
864
This use is enabled by unprotected media--either CDs or records. But
unprotected media also enable file sharing. File sharing threatens (or
so the content industry believes) the ability of creators to earn a
fair return from their creativity. And thus, many are beginning to
experiment with technologies to eliminate unprotected media. These
technologies, for example, would enable CDs that could not be ripped.
Or they might enable spy programs to identify ripped content on
people's machines.
865
If these technologies took off, then the building of large archives of
your own music would become quite difficult. You might hang in hacker
circles, and get technology to disable the technologies that protect
the content. Trading in those technologies is illegal, but maybe that
doesn't bother you much. In any case, for the vast majority of people,
these protection technologies would effectively destroy the archiving
use of CDs. The technology, in other words, would force us all back to
the world where we either listened to music by manipulating pieces of
plastic or were part of a massively complex "digital rights management"
system.
866
If the only way to assure that artists get paid were the elimination of
the ability to freely move content, then these technologies to
interfere with the freedom to move content would be justifiable. But
what if there were another way to assure that artists are paid, without
locking down any content? What if, in other words, a different system
could assure compensation to artists while also preserving the freedom
to move content easily?
867
My point just now is not to prove that there is such a system. I offer
a version of such a system in the last chapter of this book. For now,
the only point is the relatively uncontroversial one: If a different
system achieved the same legitimate objectives that the existing
copyright system achieved, but left consumers and creators much more
free, then we'd have a very good reason to pursue this
alternative--namely, freedom. The choice, in other words, would not be
between property and piracy; the choice would be between different
property systems and the freedoms each allowed.
868
I believe there is a way to assure that artists are paid without
turning forty-three million Americans into felons. But the salient
feature of this alternative is that it would lead to a very different
market for producing and distributing creativity. The dominant few, who
today control the vast majority of the distribution of content in the
world, would no longer exercise this extreme of control. Rather, they
would go the way of the horse-drawn buggy.
869
Except that this generation's buggy manufacturers have already saddled
Congress, and are riding the law to protect themselves against this new
form of competition. For them the choice is between forty-three million
Americans as criminals and their own survival.
870
It is understandable why they choose as they do. It is not
understandable why we as a democracy continue to choose as we do. Jack
Valenti is charming; but not so charming as to justify giving up a
tradition as deep and important as our tradition of free culture.
871
There's one more aspect to this corruption that is particularly
important to civil liberties, and follows directly from any war of
prohibition. As Electronic Frontier Foundation attorney Fred von
Lohmann describes, this is the "collateral damage" that "arises
whenever you turn a very large percentage of the population into
criminals." This is the collateral damage to civil liberties generally.
872
"If you can treat someone as a putative lawbreaker," von Lohmann
explains,
873
then all of a sudden a lot of basic civil liberty protections evaporate
to one degree or another. . . . If you're a copyright infringer, how
can you hope to have any privacy rights? If you're a copyright
infringer, how can you hope to be secure against seizures of your
computer? How can you hope to continue to receive Internet access? . .
. Our sensibilities change as soon as we think, "Oh, well, but that
person's a criminal, a lawbreaker." Well, what this campaign against
file sharing has done is turn a remarkable percentage of the American
Internet-using population into "law- breakers."
874
And the consequence of this transformation of the American public into
criminals is that it becomes trivial, as a matter of due process, to
effectively erase much of the privacy most would presume.
875
Users of the Internet began to see this generally in 2003 as the RIAA
launched its campaign to force Internet service providers to turn over
the names of customers who the RIAA believed were violating copyright
law. Verizon fought that demand and lost. With a simple request to a
judge, and without any notice to the customer at all, the identity of
an Internet user is revealed.
876
The RIAA then expanded this campaign, by announcing a general strategy
to sue individual users of the Internet who are alleged to have
downloaded copyrighted music from file-sharing systems. But as we've
seen, the potential damages from these suits are astronomical: If a
family's computer is used to download a single CD's worth of music, the
family could be liable for $2 million in damages. That didn't stop the
RIAA from suing a number of these families, just as they had sued Jesse
Jordan20.
877
Even this understates the espionage that is being waged by the RIAA. A
report from CNN late last summer described a strategy the RIAA had
adopted to track Napster users21. Using a sophisticated hashing
algorithm, the RIAA took what is in effect a fingerprint of every song
in the Napster catalog. Any copy of one of those MP3s will have the
same "fingerprint."
878
So imagine the following not-implausible scenario: Imagine a friend
gives a CD to your daughter--a collection of songs just like the
cassettes you used to make as a kid. You don't know, and neither does
your daughter, where these songs came from. But she copies these songs
onto her computer. She then takes her computer to college and connects
it to a college network, and if the college network is "cooperating"
with the RIAA's espionage, and she hasn't properly protected her
content from the network (do you know how to do that yourself ?), then
the RIAA will be able to identify your daughter as a "criminal." And
under the rules that universities are beginning to deploy22, your
daughter can lose the right to use the university's computer network.
She can, in some cases, be expelled.
879
Now, of course, she'll have the right to defend herself. You can hire a
lawyer for her (at $300 per hour, if you're lucky), and she can plead
that she didn't know anything about the source of the songs or that
they came from Napster. And it may well be that the university believes
her. But the university might not believe her. It might treat this
"contraband" as presumptive of guilt. And as any number of college
students have already learned, our presumptions about innocence
disappear in the middle of wars of prohibition. This war is no
different.
880
Says von Lohmann,
881
So when we're talking about numbers like forty to sixty million
Americans that are essentially copyright infringers, you create a
situation where the civil liberties of those people are very much in
peril in a general matter. [I don't] think [there is any] analog where
you could randomly choose any person off the street and be confident
that they were committing an unlawful act that could put them on the
hook for potential felony liability or hundreds of millions of dollars
of civil liability. Certainly we all speed, but speeding isn't the kind
of an act for which we routinely forfeit civil liberties. Some people
use drugs, and I think that's the closest analog, [but] many have noted
that the war against drugs has eroded all of our civil liberties
because it's treated so many Americans as criminals. Well, I think it's
fair to say that file sharing is an order of magnitude larger number of
Americans than drug use. . . . If forty to sixty million Americans have
become lawbreakers, then we're really on a slippery slope to lose a lot
of civil liberties for all forty to sixty million of them.
882
When forty to sixty million Americans are considered "criminals" under
the law, and when the law could achieve the same objective-- securing
rights to authors--without these millions being considered "criminals,"
who is the villain? Americans or the law? Which is American, a constant
war on our own people or a concerted effort through our democracy to
change our law?
883
É quilibres
884
[Intro]
Voici la scène: Vous ê tes debout au le bord de la route.
Votre voiture a pris feu. Vous ê tes é nervé et en
colère parce que vous ê tes en partie responsable de
l'incendie. Et maintenant vous ne savez pas comment l'éteindre.
Près de vous se trouve un seau rempli d'essence. Evidemment, ce
n'est pas avec de l'essence que vous allez l'éteindre.
885
Alors que vous ê tes en train de réfléchir, quelqu'un
arrive. Paniquée, elle s'empare du seau. Avant que vous n'ayez pu
lui dire d'arrêter (ou avant qu'elle n'ait pu comprendre pourquoi
arrêter) le seau vole en l'air. L'essence est sur le point de
toucher la voiture fumante. Et le feu que cette essence va enflammer
est sur le point d'enflammer tout ce qui se trouve autour.
886
Une guerre du copyright fait rage autour de nous, et nous nous occupons
d'un faux problème. Sans doute, les technologies actuelles
menacent certaines entreprises. Aucun doute qu'elles menacent aussi
certains artistes. Mais les technologies changent. Les industries et
les ingénieurs ont beaucoup de moyens d'utiliser la technologie
pour se protéger des menaces engendrées par Internet. C'est
un feu qui, livré à lui même, s'éteindrait tout
seul.
887
Cependant nos décideurs ne veulent pas laisser ce feu tout seul.
Les poches pleines de l'argent des lobbyistes, ils sont
décidés à intervenir pour é liminer le
problème qu'ils percoivent. Mais le problème qu'ils
percoivent n'est pas la véritable menace qui pèse sur notre
culture. Car pendant que nous regardons ce petit feu dans un coin de la
scène, un changement massif est en train de se produire partout
ailleurs, dans la manière dont la culture est produite.
888
D'une manière ou d'une autre, nous devons trouver un moyen de
tourner notre attention vers ce problème plus important et plus
fondamental. Nous devons trouver un moyen d'éviter de
répandre de l'essence sur ce feu.
889
Nous n'avons pas encore trouvé ce moyen. Au lieu de quoi nous
semblons enfermés dans un point de vue simple et binaire. Quel que
soit le nombre de gens qui essaient d'ouvrir ce débat, c'est le
point de vue simple et binaire qui l'emporte. Nous nous retournons pour
contempler le feu quand nous devrions garder les yeux sur la route.
890
J'ai consacré mon existence à ce défi pendant les
dernières années. Et ce défi a aussi é té un
é chec. Dans les deux chapitres qui suivent, je décris
quelques-uns de mes efforts, jusqu'ici sans succès, pour trouver
un moyen de recentrer le débat. Nous devons comprendre ces é
checs si nous voulons comprendre comment gagner.
891
Eldred
892
En 1995, un père é tait déçu que ses filles
n'apprécient pas Hawthorne. Sans-doute y avait-il plus d'un
père dans cette situation, mais l'un d'eux au moins tenta d'y
faire quelque chose. Eric Eldred, un programmeur à la retraite qui
vivait dans le New Hampshire, décida de mettre Hawthorne sur le
web. Une version é lectronique, pensa Eldred, avec des liens vers
des images et des explications du texte, ressusciteraient cet auteur du
dix-neuvième siècle.
893
Ç a ne marcha pas--du moins pas pour ses filles. Elles ne
trouvèrent pas Hawthorne plus intéressant qu'avant. Mais
l'expérience d'Eldred donna naissance à un hobby, et ce hobby
devint une vocation: Eldred allait construire une bibliothèque
d'oeuvres du domaine public, en scannant ces oeuvres et en les mettant
gratuitement à la disposition de tous.
894
Eldred's library was not simply a copy of certain public domain works,
though even a copy would have been of great value to people across the
world who can't get access to printed versions of these works. Instead,
Eldred was producing derivative works from these public domain works.
Just as Disney turned Grimm into stories more accessible to the
twentieth century, Eldred transformed Hawthorne, and many others, into
a form more accessible--technically accessible--today.
895
Eldred's freedom to do this with Hawthorne's work grew from the same
source as Disney's. Hawthorne's Scarlet Letter had passed into the
public domain in 1907. It was free for anyone to take without the
permission of the Hawthorne estate or anyone else. Some, such as Dover
Press and Penguin Classics, take works from the public domain and
produce printed editions, which they sell in bookstores across the
country. Others, such as Disney, take these stories and turn them into
animated cartoons, sometimes successfully (Cinderella), sometimes not
(The Hunchback of Notre Dame, Treasure Planet). These are all
commercial publications of public domain works.
896
The Internet created the possibility of noncommercial publications of
public domain works. Eldred's is just one example. There are literally
thousands of others. Hundreds of thousands from across the world have
discovered this platform of expression and now use it to share works
that are, by law, free for the taking. This has produced what we might
call the "noncommercial publishing industry," which before the Internet
was limited to people with large egos or with political or social
causes. But with the Internet, it includes a wide range of individuals
and groups dedicated to spreading culture generally.1
897
As I said, Eldred lives in New Hampshire. In 1998, Robert Frost's
collection of poems New Hampshire was slated to pass into the public
domain. Eldred wanted to post that collection in his free public
library. But Congress got in the way. As I described in chapter 10, in
1998, for the eleventh time in forty years, Congress extended the terms
of existing copyrights--this time by twenty years. Eldred would not be
free to add any works more recent than 1923 to his collection until
2019. Indeed, no copyrighted work would pass into the public domain
until that year (and not even then, if Congress extends the term
again). By contrast, in the same period, more than 1 million patents
will pass into the public domain.
898
This was the Sonny Bono Copyright Term Extension Act (CTEA), enacted in
memory of the congressman and former musician Sonny Bono, who, his
widow, Mary Bono, says, believed that "copy- rights should be
forever."2
899
Eldred decided to fight this law. He first resolved to fight it through
civil disobedience. In a series of interviews, Eldred announced that he
would publish as planned, CTEA notwithstanding. But because of a second
law passed in 1998, the NET (No Electronic Theft) Act, his act of
publishing would make Eldred a felon--whether or not anyone complained.
This was a dangerous strategy for a disabled programmer to undertake.
900
It was here that I became involved in Eldred's battle. I was a
constitutional scholar whose first passion was constitutional
interpretation. And though constitutional law courses never focus upon
the Progress Clause of the Constitution, it had always struck me as
importantly different. As you know, the Constitution says,
901
Congress has the power to promote the Progress of Science . . . by
securing for limited Times to Authors . . . exclusive Right to their .
. . Writings. . . .
902
As I've described, this clause is unique within the power-granting
clause of Article I, section 8 of our Constitution. Every other clause
granting power to Congress simply says Congress has the power to do
something--for example, to regulate "commerce among the several states"
or "declare War." But here, the "something" is something quite
specific--to "promote ...Progress"--through means that are also
specific-- by "securing" "exclusive Rights" (i.e., copyrights) "for
limited Times."
903
In the past forty years, Congress has gotten into the practice of
extending existing terms of copyright protection. What puzzled me about
this was, if Congress has the power to extend existing terms, then the
Constitution's requirement that terms be "limited" will have no
practical effect. If every time a copyright is about to expire,
Congress has the power to extend its term, then Congress can achieve
what the Constitution plainly forbids--perpetual terms "on the
installment plan," as Professor Peter Jaszi so nicely put it.
904
As an academic, my first response was to hit the books. I remember
sitting late at the office, scouring on-line databases for any serious
consideration of the question. No one had ever challenged Congress's
practice of extending existing terms. That failure may in part be why
Congress seemed so untroubled in its habit. That, and the fact that the
practice had become so lucrative for Congress. Congress knows that
copyright owners will be willing to pay a great deal of money to see
their copyright terms extended. And so Congress is quite happy to keep
this gravy train going.
905
For this is the core of the corruption in our present system of
government."Corruption" not in the sense that representatives are
bribed. Rather, "corruption" in the sense that the system induces the
beneficiaries of Congress's acts to raise and give money to Congress to
induce it to act. There's only so much time; there's only so much
Congress can do. Why not limit its actions to those things it must
do--and those things that pay? Extending copyright terms pays.
906
If that's not obvious to you, consider the following: Say you're one of
the very few lucky copyright owners whose copyright continues to make
money one hundred years after it was created. The Estate of Robert
Frost is a good example. Frost died in 1963. His poetry continues to be
extraordinarily valuable. Thus the Robert Frost estate benefits greatly
from any extension of copyright, since no publisher would pay the
estate any money if the poems Frost wrote could be published by anyone
for free.
907
So imagine the Robert Frost estate is earning $100,000 a year from
three of Frost's poems. And imagine the copyright for those poems is
about to expire. You sit on the board of the Robert Frost estate. Your
financial adviser comes to your board meeting with a very grim report:
908
"Next year," the adviser announces, "our copyrights in works A, B, and
C will expire. That means that after next year, we will no longer be
receiving the annual royalty check of $100,000 from the publishers of
those works.
909
"There's a proposal in Congress, however," she continues, "that could
change this. A few congressmen are floating a bill to extend the terms
of copyright by twenty years. That bill would be extraordinarily
valuable to us. So we should hope this bill passes."
910
"Hope?" a fellow board member says. "Can't we be doing something about
it?"
911
"Well, obviously, yes," the adviser responds. "We could contribute to
the campaigns of a number of representatives to try to assure that they
support the bill."
912
You hate politics. You hate contributing to campaigns. So you want to
know whether this disgusting practice is worth it. "How much would we
get if this extension were passed?" you ask the adviser. "How much is
it worth?"
913
"Well," the adviser says, "if you're confident that you will continue
to get at least $100,000 a year from these copyrights, and you use the
'discount rate' that we use to evaluate estate investments (6 percent),
then this law would be worth $1,146,000 to the estate."
914
You're a bit shocked by the number, but you quickly come to the correct
conclusion:
915
"So you're saying it would be worth it for us to pay more than
$1,000,000 in campaign contributions if we were confident those
contributions would assure that the bill was passed?"
916
"Absolutely," the adviser responds. "It is worth it to you to
contribute up to the 'present value' of the income you expect from
these copyrights. Which for us means over $1,000,000."
917
You quickly get the point--you as the member of the board and, I trust,
you the reader. Each time copyrights are about to expire, every
beneficiary in the position of the Robert Frost estate faces the same
choice: If they can contribute to get a law passed to extend
copyrights, they will benefit greatly from that extension. And so each
time copyrights are about to expire, there is a massive amount of
lobbying to get the copyright term extended.
918
Thus a congressional perpetual motion machine: So long as legislation
can be bought (albeit indirectly), there will be all the incentive in
the world to buy further extensions of copyright.
919
In the lobbying that led to the passage of the Sonny Bono Copyright
Term Extension Act, this "theory" about incentives was proved real. Ten
of the thirteen original sponsors of the act in the House received the
maximum contribution from Disney's political action committee; in the
Senate, eight of the twelve sponsors received contributions.3 The RIAA
and the MPAA are estimated to have spent over $1.5 million lobbying in
the 1998 election cycle. They paid out more than $200,000 in campaign
contributions.4 Disney is estimated to have contributed more than
$800,000 to reelection campaigns in the 1998 cycle.5
920
Constitutional law is not oblivious to the obvious. Or at least, it
need not be. So when I was considering Eldred's complaint, this reality
about the never-ending incentives to increase the copyright term was
central to my thinking. In my view, a pragmatic court committed to
interpreting and applying the Constitution of our framers would see
that if Congress has the power to extend existing terms, then there
would be no effective constitutional requirement that terms be
"limited." If they could extend it once, they would extend it again and
again and again.
921
It was also my judgment that this Supreme Court would not allow
Congress to extend existing terms. As anyone close to the Supreme
Court's work knows, this Court has increasingly restricted the power of
Congress when it has viewed Congress's actions as exceeding the power
granted to it by the Constitution. Among constitutional scholars, the
most famous example of this trend was the Supreme Court's decision in
1995 to strike down a law that banned the possession of guns near
schools.
922
Since 1937, the Supreme Court had interpreted Congress's granted powers
very broadly; so, while the Constitution grants Congress the power to
regulate only "commerce among the several states" (aka "interstate
commerce"), the Supreme Court had interpreted that power to include the
power to regulate any activity that merely affected interstate
commerce.
923
As the economy grew, this standard increasingly meant that there was no
limit to Congress's power to regulate, since just about every activity,
when considered on a national scale, affects interstate commerce. A
Constitution designed to limit Congress's power was instead interpreted
to impose no limit.
924
The Supreme Court, under Chief Justice Rehnquist's command, changed
that in United States v. Lopez. The government had argued that
possessing guns near schools affected interstate commerce. Guns near
schools increase crime, crime lowers property values, and so on. In the
oral argument, the Chief Justice asked the government whether there was
any activity that would not affect interstate commerce under the
reasoning the government advanced. The government said there was not;
if Congress says an activity affects interstate commerce, then that
activity affects interstate commerce. The Supreme Court, the government
said, was not in the position to second-guess Congress.
925
"We pause to consider the implications of the government's arguments,"
the Chief Justice wrote.6 If anything Congress says is interstate
commerce must therefore be considered interstate commerce, then there
would be no limit to Congress's power. The decision in Lopez was
reaffirmed five years later in United States v. Morrison.7
926
If a principle were at work here, then it should apply to the Progress
Clause as much as the Commerce Clause.8 And if it is applied to the
Progress Clause, the principle should yield the conclusion that
Congress can't extend an existing term. If Congress could extend an
existing term, then there would be no "stopping point" to Congress's
power over terms, though the Constitution expressly states that there
is such a limit. Thus, the same principle applied to the power to grant
copyrights should entail that Congress is not allowed to extend the
term of existing copyrights.
927
If, that is, the principle announced in Lopez stood for a principle.
Many believed the decision in Lopez stood for politics--a conservative
Supreme Court, which believed in states' rights, using its power over
Congress to advance its own personal political preferences. But I
rejected that view of the Supreme Court's decision. Indeed, shortly
after the decision, I wrote an article demonstrating the "fidelity" in
such an interpretation of the Constitution. The idea that the Supreme
Court decides cases based upon its politics struck me as
extraordinarily boring. I was not going to devote my life to teaching
constitutional law if these nine Justices were going to be petty
politicians.
928
Now let's pause for a moment to make sure we understand what the
argument in Eldred was not about. By insisting on the Constitution's
limits to copyright, obviously Eldred was not endorsing piracy. Indeed,
in an obvious sense, he was fighting a kind of piracy--piracy of the
public domain. When Robert Frost wrote his work and when Walt Disney
created Mickey Mouse, the maximum copyright term was just fifty-six
years. Because of interim changes, Frost and Disney had already enjoyed
a seventy-five-year monopoly for their work. They had gotten the
benefit of the bargain that the Constitution envisions: In exchange for
a monopoly protected for fifty-six years, they created new work. But
now these entities were using their power--expressed through the power
of lobbyists' money--to get another twenty-year dollop of monopoly.
That twenty-year dollop would be taken from the public domain. Eric
Eldred was fighting a piracy that affects us all.
929
Some people view the public domain with contempt. In their brief before
the Supreme Court, the Nashville Songwriters Association wrote that the
public domain is nothing more than "legal piracy."9 But it is not
piracy when the law allows it; and in our constitutional system, our
law requires it. Some may not like the Constitution's requirements, but
that doesn't make the Constitution a pirate's charter.
930
As we've seen, our constitutional system requires limits on copyright
as a way to assure that copyright holders do not too heavily influence
the development and distribution of our culture. Yet, as Eric Eldred
discovered, we have set up a system that assures that copyright terms
will be repeatedly extended, and extended, and extended. We have
created the perfect storm for the public domain. Copyrights have not
expired, and will not expire, so long as Congress is free to be bought
to extend them again.
931
It is valuable copyrights that are responsible for terms being
extended. Mickey Mouse and "Rhapsody in Blue." These works are too
valuable for copyright owners to ignore. But the real harm to our
society from copyright extensions is not that Mickey Mouse remains
Disney's. Forget Mickey Mouse. Forget Robert Frost. Forget all the
works from the 1920s and 1930s that have continuing commercial value.
The real harm of term extension comes not from these famous works. The
real harm is to the works that are not famous, not commercially
exploited, and no longer available as a result.
932
If you look at the work created in the first twenty years (1923 to
1942) affected by the Sonny Bono Copyright Term Extension Act, 2
percent of that work has any continuing commercial value. It was the
copyright holders for that 2 percent who pushed the CTEA through. But
the law and its effect were not limited to that 2 percent. The law
extended the terms of copyright generally.10
933
Think practically about the consequence of this extension--practically,
as a businessperson, and not as a lawyer eager for more legal work. In
1930, 10,047 books were published. In 2000, 174 of those books were
still in print. Let's say you were Brewster Kahle, and you wanted to
make available to the world in your iArchive project the remaining
9,873. What would you have to do?
934
Well, first, you'd have to determine which of the 9,873 books were
still under copyright. That requires going to a library (these data are
not on-line) and paging through tomes of books, cross-checking the
titles and authors of the 9,873 books with the copyright registration
and renewal records for works published in 1930. That will produce a
list of books still under copyright.
935
Then for the books still under copyright, you would need to locate the
current copyright owners. How would you do that?
936
Most people think that there must be a list of these copyright owners
somewhere. Practical people think this way. How could there be
thousands and thousands of government monopolies without there being at
least a list?
937
But there is no list. There may be a name from 1930, and then in 1959,
of the person who registered the copyright. But just think practically
about how impossibly difficult it would be to track down thousands of
such records--especially since the person who registered is not
necessarily the current owner. And we're just talking about 1930!
938
"But there isn't a list of who owns property generally," the apologists
for the system respond. "Why should there be a list of copyright
owners?"
939
Well, actually, if you think about it, there are plenty of lists of who
owns what property. Think about deeds on houses, or titles to cars. And
where there isn't a list, the code of real space is pretty good at
suggesting who the owner of a bit of property is. (A swing set in your
backyard is probably yours.) So formally or informally, we have a
pretty good way to know who owns what tangible property.
940
So: You walk down a street and see a house. You can know who owns the
house by looking it up in the courthouse registry. If you see a car,
there is ordinarily a license plate that will link the owner to the
car. If you see a bunch of children's toys sitting on the front lawn of
a house, it's fairly easy to determine who owns the toys. And if you
happen to see a baseball lying in a gutter on the side of the road,
look around for a second for some kids playing ball. If you don't see
any kids, then okay: Here's a bit of property whose owner we can't
easily determine. It is the exception that proves the rule: that we
ordinarily know quite well who owns what property.
941
Compare this story to intangible property. You go into a library. The
library owns the books. But who owns the copyrights? As I've already
described, there's no list of copyright owners. There are authors'
names, of course, but their copyrights could have been assigned, or
passed down in an estate like Grandma's old jewelry. To know who owns
what, you would have to hire a private detective. The bottom line: The
owner cannot easily be located. And in a regime like ours, in which it
is a felony to use such property without the property owner's
permission, the property isn't going to be used.
942
The consequence with respect to old books is that they won't be
digitized, and hence will simply rot away on shelves. But the
consequence for other creative works is much more dire.
943
Consider the story of Michael Agee, chairman of Hal Roach Studios,
which owns the copyrights for the Laurel and Hardy films. Agee is a
direct beneficiary of the Bono Act. The Laurel and Hardy films were
made between 1921 and 1951. Only one of these films, The Lucky Dog, is
currently out of copyright. But for the CTEA, films made after 1923
would have begun entering the public domain. Because Agee controls the
exclusive rights for these popular films, he makes a great deal of
money. According to one estimate, "Roach has sold about 60,000
videocassettes and 50,000 DVDs of the duo's silent films."11
944
Yet Agee opposed the CTEA. His reasons demonstrate a rare virtue in
this culture: selflessness. He argued in a brief before the Supreme
Court that the Sonny Bono Copyright Term Extension Act will, if left
standing, destroy a whole generation of American film.
945
His argument is straightforward. A tiny fraction of this work has any
continuing commercial value. The rest--to the extent it survives at
all--sits in vaults gathering dust. It may be that some of this work
not now commercially valuable will be deemed to be valuable by the
owners of the vaults. For this to occur, however, the commercial
benefit from the work must exceed the costs of making the work
available for distribution.
946
We can't know the benefits, but we do know a lot about the costs. For
most of the history of film, the costs of restoring film were very
high; digital technology has lowered these costs substantially. While
it cost more than $10,000 to restore a ninety-minute black-and-white
film in 1993, it can now cost as little as $100 to digitize one hour of
8 mm film.12
947
Restoration technology is not the only cost, nor the most important.
Lawyers, too, are a cost, and increasingly, a very important one. In
addition to preserving the film, a distributor needs to secure the
rights. And to secure the rights for a film that is under copyright,
you need to locate the copyright owner.
948
Or more accurately, owners. As we've seen, there isn't only a single
copyright associated with a film; there are many. There isn't a single
person whom you can contact about those copyrights; there are as many
as can hold the rights, which turns out to be an extremely large
number. Thus the costs of clearing the rights to these films is
exceptionally high.
949
"But can't you just restore the film, distribute it, and then pay the
copyright owner when she shows up?" Sure, if you want to commit a
felony. And even if you're not worried about committing a felony, when
she does show up, she'll have the right to sue you for all the profits
you have made. So, if you're successful, you can be fairly confident
you'll be getting a call from someone's lawyer. And if you're not
successful, you won't make enough to cover the costs of your own
lawyer. Either way, you have to talk to a lawyer. And as is too often
the case, saying you have to talk to a lawyer is the same as saying you
won't make any money.
950
For some films, the benefit of releasing the film may well exceed these
costs. But for the vast majority of them, there is no way the benefit
would outweigh the legal costs. Thus, for the vast majority of old
films, Agee argued, the film will not be restored and distributed until
the copyright expires.
951
But by the time the copyright for these films expires, the film will
have expired. These films were produced on nitrate-based stock, and
nitrate stock dissolves over time. They will be gone, and the metal
canisters in which they are now stored will be filled with nothing more
than dust.
952
Of all the creative work produced by humans anywhere, a tiny fraction
has continuing commercial value. For that tiny fraction, the copyright
is a crucially important legal device. For that tiny fraction, the
copyright creates incentives to produce and distribute the creative
work. For that tiny fraction, the copyright acts as an "engine of free
expression."
953
But even for that tiny fraction, the actual time during which the
creative work has a commercial life is extremely short. As I've
indicated, most books go out of print within one year. The same is true
of music and film. Commercial culture is sharklike. It must keep
moving. And when a creative work falls out of favor with the commercial
distributors, the commercial life ends.
954
Yet that doesn't mean the life of the creative work ends. We don't keep
libraries of books in order to compete with Barnes & Noble, and we
don't have archives of films because we expect people to choose between
spending Friday night watching new movies and spending Friday night
watching a 1930 news documentary. The noncommercial life of culture is
important and valuable--for entertainment but also, and more
importantly, for knowledge. To understand who we are, and where we came
from, and how we have made the mistakes that we have, we need to have
access to this history.
955
Copyrights in this context do not drive an engine of free expression.
In this context, there is no need for an exclusive right. Copyrights in
this context do no good.
956
Yet, for most of our history, they also did little harm. For most of
our history, when a work ended its commercial life, there was no
copyright-related use that would be inhibited by an exclusive right.
When a book went out of print, you could not buy it from a publisher.
But you could still buy it from a used book store, and when a used book
store sells it, in America, at least, there is no need to pay the
copyright owner anything. Thus, the ordinary use of a book after its
commercial life ended was a use that was independent of copyright law.
957
The same was effectively true of film. Because the costs of restoring a
film--the real economic costs, not the lawyer costs--were so high, it
was never at all feasible to preserve or restore film. Like the remains
of a great dinner, when it's over, it's over. Once a film passed out of
its commercial life, it may have been archived for a bit, but that was
the end of its life so long as the market didn't have more to offer.
958
In other words, though copyright has been relatively short for most of
our history, long copyrights wouldn't have mattered for the works that
lost their commercial value. Long copyrights for these works would not
have interfered with anything.
959
But this situation has now changed.
960
One crucially important consequence of the emergence of digital
technologies is to enable the archive that Brewster Kahle dreams of.
Digital technologies now make it possible to preserve and give access
to all sorts of knowledge. Once a book goes out of print, we can now
imagine digitizing it and making it available to everyone, forever.
Once a film goes out of distribution, we could digitize it and make it
available to everyone, forever. Digital technologies give new life to
copyrighted material after it passes out of its commercial life. It is
now possible to preserve and assure universal access to this knowledge
and culture, whereas before it was not.
961
And now copyright law does get in the way. Every step of producing this
digital archive of our culture infringes on the exclusive right of
copyright. To digitize a book is to copy it. To do that requires
permission of the copyright owner. The same with music, film, or any
other aspect of our culture protected by copyright. The effort to make
these things available to history, or to researchers, or to those who
just want to explore, is now inhibited by a set of rules that were
written for a radically different context.
962
Here is the core of the harm that comes from extending terms: Now that
technology enables us to rebuild the library of Alexandria, the law
gets in the way. And it doesn't get in the way for any useful copyright
purpose, for the purpose of copyright is to enable the commercial
market that spreads culture. No, we are talking about culture after it
has lived its commercial life. In this context, copyright is serving no
purpose at all related to the spread of knowledge. In this context,
copyright is not an engine of free expression. Copyright is a brake.
963
You may well ask, "But if digital technologies lower the costs for
Brewster Kahle, then they will lower the costs for Random House, too.
So won't Random House do as well as Brewster Kahle in spreading culture
widely?"
964
Maybe. Someday. But there is absolutely no evidence to suggest that
publishers would be as complete as libraries. If Barnes & Noble
offered to lend books from its stores for a low price, would that
eliminate the need for libraries? Only if you think that the only role
of a library is to serve what "the market" would demand. But if you
think the role of a library is bigger than this--if you think its role
is to archive culture, whether there's a demand for any particular bit
of that culture or not--then we can't count on the commercial market to
do our library work for us.
965
I would be the first to agree that it should do as much as it can: We
should rely upon the market as much as possible to spread and enable
culture. My message is absolutely not antimarket. But where we see the
market is not doing the job, then we should allow nonmarket forces the
freedom to fill the gaps. As one researcher calculated for American
culture, 94 percent of the films, books, and music produced between
1923 and 1946 is not commercially available. However much you love the
commercial market, if access is a value, then 6 percent is a failure to
provide that value.13
966
In January 1999, we filed a lawsuit on Eric Eldred's behalf in federal
district court in Washington, D.C., asking the court to declare the
Sonny Bono Copyright Term Extension Act unconstitutional. The two
central claims that we made were (1) that extending existing terms
violated the Constitution's "limited Times" requirement, and (2) that
extending terms by another twenty years violated the First Amendment.
967
The district court dismissed our claims without even hearing an
argument. A panel of the Court of Appeals for the D.C. Circuit also
dismissed our claims, though after hearing an extensive argument. But
that decision at least had a dissent, by one of the most conservative
judges on that court. That dissent gave our claims life.
968
Judge David Sentelle said the CTEA violated the requirement that
copyrights be for "limited Times" only. His argument was as elegant as
it was simple: If Congress can extend existing terms, then there is no
"stopping point" to Congress's power under the Copyright Clause. The
power to extend existing terms means Congress is not required to grant
terms that are "limited." Thus, Judge Sentelle argued, the court had to
interpret the term "limited Times" to give it meaning. And the best
interpretation, Judge Sentelle argued, would be to deny Congress the
power to extend existing terms.
969
We asked the Court of Appeals for the D.C. Circuit as a whole to hear
the case. Cases are ordinarily heard in panels of three, except for
important cases or cases that raise issues specific to the circuit as a
whole, where the court will sit "en banc" to hear the case.
970
The Court of Appeals rejected our request to hear the case en banc.
This time, Judge Sentelle was joined by the most liberal member of the
D.C. Circuit, Judge David Tatel. Both the most conservative and the
most liberal judges in the D.C. Circuit believed Congress had
over-stepped its bounds.
971
It was here that most expected Eldred v. Ashcroft would die, for the
Supreme Court rarely reviews any decision by a court of appeals. (It
hears about one hundred cases a year, out of more than five thousand
appeals.) And it practically never reviews a decision that upholds a
statute when no other court has yet reviewed the statute.
972
But in February 2002, the Supreme Court surprised the world by granting
our petition to review the D.C. Circuit opinion. Argument was set for
October of 2002. The summer would be spent writing briefs and preparing
for argument.
973
It is over a year later as I write these words. It is still
astonishingly hard. If you know anything at all about this story, you
know that we lost the appeal. And if you know something more than just
the minimum, you probably think there was no way this case could have
been won. After our defeat, I received literally thousands of missives
by well-wishers and supporters, thanking me for my work on behalf of
this noble but doomed cause. And none from this pile was more
significant to me than the e-mail from my client, Eric Eldred.
974
But my client and these friends were wrong. This case could have been
won. It should have been won. And no matter how hard I try to retell
this story to myself, I can never escape believing that my own mistake
lost it.
975
The mistake was made early, though it became obvious only at the very
end. Our case had been supported from the very beginning by an
extraordinary lawyer, Geoffrey Stewart, and by the law firm he had
moved to, Jones, Day, Reavis and Pogue. Jones Day took a great deal of
heat from its copyright-protectionist clients for supporting us. They
ignored this pressure (something that few law firms today would ever
do), and throughout the case, they gave it everything they could.
976
There were three key lawyers on the case from Jones Day. Geoff Stewart
was the first, but then Dan Bromberg and Don Ayer became quite
involved. Bromberg and Ayer in particular had a common view about how
this case would be won: We would only win, they repeatedly told me, if
we could make the issue seem "important" to the Supreme Court. It had
to seem as if dramatic harm were being done to free speech and free
culture; otherwise, they would never vote against "the most powerful
media companies in the world."
977
I hate this view of the law. Of course I thought the Sonny Bono Act was
a dramatic harm to free speech and free culture. Of course I still
think it is. But the idea that the Supreme Court decides the law based
on how important they believe the issues are is just wrong. It might be
"right" as in "true," I thought, but it is "wrong" as in "it just
shouldn't be that way." As I believed that any faithful interpretation
of what the framers of our Constitution did would yield the conclusion
that the CTEA was unconstitutional, and as I believed that any faithful
interpretation of what the First Amendment means would yield the
conclusion that the power to extend existing copyright terms is
unconstitutional, I was not persuaded that we had to sell our case like
soap. Just as a law that bans the swastika is unconstitutional not
because the Court likes Nazis but because such a law would violate the
Constitution, so too, in my view, would the Court decide whether
Congress's law was constitutional based on the Constitution, not based
on whether they liked the values that the framers put in the
Constitution.
978
In any case, I thought, the Court must already see the danger and the
harm caused by this sort of law. Why else would they grant review?
There was no reason to hear the case in the Supreme Court if they
weren't convinced that this regulation was harmful. So in my view, we
didn't need to persuade them that this law was bad, we needed to show
why it was unconstitutional.
979
There was one way, however, in which I felt politics would matter and
in which I thought a response was appropriate. I was convinced that the
Court would not hear our arguments if it thought these were just the
arguments of a group of lefty loons. This Supreme Court was not about
to launch into a new field of judicial review if it seemed that this
field of review was simply the preference of a small political
minority. Although my focus in the case was not to demonstrate how bad
the Sonny Bono Act was but to demonstrate that it was unconstitutional,
my hope was to make this argument against a background of briefs that
covered the full range of political views. To show that this claim
against the CTEA was grounded in law and not politics, then, we tried
to gather the widest range of credible critics--credible not because
they were rich and famous, but because they, in the aggregate,
demonstrated that this law was unconstitutional regardless of one's
politics.
980
The first step happened all by itself. Phyllis Schlafly's organization,
Eagle Forum, had been an opponent of the CTEA from the very beginning.
Mrs. Schlafly viewed the CTEA as a sellout by Congress. In November
1998, she wrote a stinging editorial attacking the Republican Congress
for allowing the law to pass. As she wrote, "Do you sometimes wonder
why bills that create a financial windfall to narrow special interests
slide easily through the intricate legislative process, while bills
that benefit the general public seem to get bogged down?" The answer,
as the editorial documented, was the power of money. Schlafly
enumerated Disney's contributions to the key players on the committees.
It was money, not justice, that gave Mickey Mouse twenty more years in
Disney's control, Schlafly argued.
981
In the Court of Appeals, Eagle Forum was eager to file a brief
supporting our position. Their brief made the argument that became the
core claim in the Supreme Court: If Congress can extend the term of
existing copyrights, there is no limit to Congress's power to set
terms. That strong conservative argument persuaded a strong
conservative judge, Judge Sentelle.
982
In the Supreme Court, the briefs on our side were about as diverse as
it gets. They included an extraordinary historical brief by the Free
Software Foundation (home of the GNU project that made GNU/ Linux
possible). They included a powerful brief about the costs of
uncertainty by Intel. There were two law professors' briefs, one by
copyright scholars and one by First Amendment scholars. There was an
exhaustive and uncontroverted brief by the world's experts in the
history of the Progress Clause. And of course, there was a new brief by
Eagle Forum, repeating and strengthening its arguments.
983
Those briefs framed a legal argument. Then to support the legal
argument, there were a number of powerful briefs by libraries and
archives, including the Internet Archive, the American Association of
Law Libraries, and the National Writers Union.
984
But two briefs captured the policy argument best. One made the argument
I've already described: A brief by Hal Roach Studios argued that unless
the law was struck, a whole generation of American film would
disappear. The other made the economic argument absolutely clear.
985
This economists' brief was signed by seventeen economists, including
five Nobel Prize winners, including Ronald Coase, James Buchanan,
Milton Friedman, Kenneth Arrow, and George Akerlof. The economists, as
the list of Nobel winners demonstrates, spanned the political spectrum.
Their conclusions were powerful: There was no plausible claim that
extending the terms of existing copyrights would do anything to
increase incentives to create. Such extensions were nothing more than
"rent-seeking"--the fancy term economists use to describe
special-interest legislation gone wild.
986
The same effort at balance was reflected in the legal team we gathered
to write our briefs in the case. The Jones Day lawyers had been with us
from the start. But when the case got to the Supreme Court, we added
three lawyers to help us frame this argument to this Court: Alan
Morrison, a lawyer from Public Citizen, a Washington group that had
made constitutional history with a series of seminal victories in the
Supreme Court defending individual rights; my colleague and dean,
Kathleen Sullivan, who had argued many cases in the Court, and who had
advised us early on about a First Amendment strategy; and finally,
former solicitor general Charles Fried.
987
Fried was a special victory for our side. Every other former solicitor
general was hired by the other side to defend Congress's power to give
media companies the special favor of extended copyright terms. Fried
was the only one who turned down that lucrative assignment to stand up
for something he believed in. He had been Ronald Reagan's chief lawyer
in the Supreme Court. He had helped craft the line of cases that
limited Congress's power in the context of the Commerce Clause. And
while he had argued many positions in the Supreme Court that I
personally disagreed with, his joining the cause was a vote of
confidence in our argument.
988
The government, in defending the statute, had its collection of
friends, as well. Significantly, however, none of these "friends"
included historians or economists. The briefs on the other side of the
case were written exclusively by major media companies, congressmen,
and copyright holders.
989
The media companies were not surprising. They had the most to gain from
the law. The congressmen were not surprising either--they were
defending their power and, indirectly, the gravy train of contributions
such power induced. And of course it was not surprising that the
copyright holders would defend the idea that they should continue to
have the right to control who did what with content they wanted to
control.
990
Dr.Seuss's representatives, for example, argued that it was better for
the Dr. Seuss estate to control what happened to Dr. Seuss's work--
better than allowing it to fall into the public domain--because if this
creativity were in the public domain, then people could use it to
"glorify drugs or to create pornography."14 That was also the motive of
the Gershwin estate, which defended its "protection" of the work of
George Gershwin. They refuse, for example, to license Porgy and Bess to
anyone who refuses to use African Americans in the cast.15 That's their
view of how this part of American culture should be controlled, and
they wanted this law to help them effect that control.
991
This argument made clear a theme that is rarely noticed in this debate.
When Congress decides to extend the term of existing copyrights,
Congress is making a choice about which speakers it will favor. Famous
and beloved copyright owners, such as the Gershwin estate and Dr.
Seuss, come to Congress and say, "Give us twenty years to control the
speech about these icons of American culture. We'll do better with them
than anyone else." Congress of course likes to reward the popular and
famous by giving them what they want. But when Congress gives people an
exclusive right to speak in a certain way, that's just what the First
Amendment is traditionally meant to block.
992
We argued as much in a final brief. Not only would upholding the CTEA
mean that there was no limit to the power of Congress to extend
copyrights--extensions that would further concentrate the market; it
would also mean that there was no limit to Congress's power to play
favorites, through copyright, with who has the right to speak.
993
Between February and October, there was little I did beyond preparing
for this case. Early on, as I said, I set the strategy.
994
The Supreme Court was divided into two important camps. One camp we
called "the Conservatives." The other we called "the Rest." The
Conservatives included Chief Justice Rehnquist, Justice O'Connor,
Justice Scalia, Justice Kennedy, and Justice Thomas. These five had
been the most consistent in limiting Congress's power. They were the
five who had supported the Lopez/Morrison line of cases that said that
an enumerated power had to be interpreted to assure that Congress's
powers had limits.
995
The Rest were the four Justices who had strongly opposed limits on
Congress's power. These four--Justice Stevens, Justice Souter, Justice
Ginsburg, and Justice Breyer--had repeatedly argued that the
Constitution gives Congress broad discretion to decide how best to
implement its powers. In case after case, these justices had argued
that the Court's role should be one of deference. Though the votes of
these four justices were the votes that I personally had most
consistently agreed with, they were also the votes that we were least
likely to get.
996
In particular, the least likely was Justice Ginsburg's. In addition to
her general view about deference to Congress (except where issues of
gender are involved), she had been particularly deferential in the
context of intellectual property protections. She and her daughter (an
excellent and well-known intellectual property scholar) were cut from
the same intellectual property cloth. We expected she would agree with
the writings of her daughter: that Congress had the power in this
context to do as it wished, even if what Congress wished made little
sense.
997
Close behind Justice Ginsburg were two justices whom we also viewed as
unlikely allies, though possible surprises. Justice Souter strongly
favored deference to Congress, as did Justice Breyer. But both were
also very sensitive to free speech concerns. And as we strongly
believed, there was a very important free speech argument against these
retrospective extensions.
998
The only vote we could be confident about was that of Justice Stevens.
History will record Justice Stevens as one of the greatest judges on
this Court. His votes are consistently eclectic, which just means that
no simple ideology explains where he will stand. But he had
consistently argued for limits in the context of intellectual property
generally. We were fairly confident he would recognize limits here.
999
This analysis of "the Rest" showed most clearly where our focus had to
be: on the Conservatives. To win this case, we had to crack open these
five and get at least a majority to go our way.Thus, the single
overriding argument that animated our claim rested on the
Conservatives' most important jurisprudential innovation--the argument
that Judge Sentelle had relied upon in the Court of Appeals, that
Congress's power must be interpreted so that its enumerated powers have
limits.
1000
This then was the core of our strategy--a strategy for which I am
responsible. We would get the Court to see that just as with the Lopez
case, under the government's argument here, Congress would always have
unlimited power to extend existing terms. If anything was plain about
Congress's power under the Progress Clause, it was that this power was
supposed to be "limited." Our aim would be to get the Court to
reconcile Eldred with Lopez: If Congress's power to regulate commerce
was limited, then so, too, must Congress's power to regulate copyright
be limited.
1001
The argument on the government's side came down to this: Congress has
done it before. It should be allowed to do it again. The government
claimed that from the very beginning, Congress has been extending the
term of existing copyrights. So, the government argued, the Court
should not now say that practice is unconstitutional.
1002
There was some truth to the government's claim, but not much. We
certainly agreed that Congress had extended existing terms in 1831 and
in 1909. And of course, in 1962, Congress began extending existing
terms regularly--eleven times in forty years.
1003
But this "consistency" should be kept in perspective. Congress extended
existing terms once in the first hundred years of the Republic. It then
extended existing terms once again in the next fifty. Those rare
extensions are in contrast to the now regular practice of extending
existing terms. Whatever restraint Congress had had in the past, that
restraint was now gone. Congress was now in a cycle of extensions;
there was no reason to expect that cycle would end. This Court had not
hesitated to intervene where Congress was in a similar cycle of
extension. There was no reason it couldn't intervene here.
1004
Oral argument was scheduled for the first week in October. I arrived in
D.C. two weeks before the argument. During those two weeks, I was
repeatedly "mooted" by lawyers who had volunteered to help in the case.
Such "moots" are basically practice rounds, where wannabe justices fire
questions at wannabe winners.
1005
I was convinced that to win, I had to keep the Court focused on a
single point: that if this extension is permitted, then there is no
limit to the power to set terms. Going with the government would mean
that terms would be effectively unlimited; going with us would give
Congress a clear line to follow: Don't extend existing terms. The moots
were an effective practice; I found ways to take every question back to
this central idea.
1006
One moot was before the lawyers at Jones Day. Don Ayer was the skeptic.
He had served in the Reagan Justice Department with Solicitor General
Charles Fried. He had argued many cases before the Supreme Court. And
in his review of the moot, he let his concern speak:
1007
"I'm just afraid that unless they really see the harm, they won't be
willing to upset this practice that the government says has been a
consistent practice for two hundred years. You have to make them see
the harm--passionately get them to see the harm. For if they don't see
that, then we haven't any chance of winning."
1008
He may have argued many cases before this Court, I thought, but he
didn't understand its soul. As a clerk, I had seen the Justices do the
right thing--not because of politics but because it was right. As a law
professor, I had spent my life teaching my students that this Court
does the right thing--not because of politics but because it is right.
As I listened to Ayer's plea for passion in pressing politics, I
understood his point, and I rejected it. Our argument was right. That
was enough. Let the politicians learn to see that it was also good.
1009
The night before the argument, a line of people began to form in front
of the Supreme Court. The case had become a focus of the press and of
the movement to free culture. Hundreds stood in line for the chance to
see the proceedings. Scores spent the night on the Supreme Court steps
so that they would be assured a seat.
1010
Not everyone has to wait in line. People who know the Justices can ask
for seats they control. (I asked Justice Scalia's chambers for seats
for my parents, for example.) Members of the Supreme Court bar can get
a seat in a special section reserved for them. And senators and
congressmen have a special place where they get to sit, too. And
finally, of course, the press has a gallery, as do clerks working for
the Justices on the Court. As we entered that morning, there was no
place that was not taken. This was an argument about intellectual
property law, yet the halls were filled. As I walked in to take my seat
at the front of the Court, I saw my parents sitting on the left. As I
sat down at the table, I saw Jack Valenti sitting in the special
section ordinarily reserved for family of the Justices.
1011
When the Chief Justice called me to begin my argument, I began where I
intended to stay: on the question of the limits on Congress's power.
This was a case about enumerated powers, I said, and whether those
enumerated powers had any limit.
1012
Justice O'Connor stopped me within one minute of my opening. The
history was bothering her.
1013
JUSTICE O'CONNOR: Congress has extended the term so often through the
years, and if you are right, don't we run the risk of upsetting
previous extensions of time? I mean, this seems to be a practice that
began with the very first act.
1014
She was quite willing to concede "that this flies directly in the face
of what the framers had in mind." But my response again and again was
to emphasize limits on Congress's power.
1015
MR. LESSIG: Well, if it flies in the face of what the framers had in
mind, then the question is, is there a way of interpreting their words
that gives effect to what they had in mind, and the answer is yes.
1016
There were two points in this argument when I should have seen where
the Court was going. The first was a question by Justice Kennedy, who
observed,
1017
JUSTICE KENNEDY: Well, I suppose implicit in the argument that the '76
act, too, should have been declared void, and that we might leave it
alone because of the disruption, is that for all these years the act
has impeded progress in science and the useful arts. I just don't see
any empirical evidence for that.
1018
Here follows my clear mistake. Like a professor correcting a student, I
answered,
1019
MR. LESSIG: Justice, we are not making an empirical claim at all.
Nothing in our Copyright Clause claim hangs upon the empirical
assertion about impeding progress. Our only argument is this is a
structural limit necessary to assure that what would be an effectively
perpetual term not be permitted under the copyright laws.
1020
That was a correct answer, but it wasn't the right answer. The right
answer was instead that there was an obvious and profound harm. Any
number of briefs had been written about it. He wanted to hear it. And
here was the place Don Ayer's advice should have mattered. This was a
softball; my answer was a swing and a miss.
1021
The second came from the Chief, for whom the whole case had been
crafted. For the Chief Justice had crafted the Lopez ruling, and we
hoped that he would see this case as its second cousin.
1022
It was clear a second into his question that he wasn't at all
sympathetic. To him, we were a bunch of anarchists. As he asked:
1023
CHIEF JUSTICE: Well, but you want more than that. You want the right to
copy verbatim other people's books, don't you?
1024
MR. LESSIG: We want the right to copy verbatim works that should be in
the public domain and would be in the public domain but for a statute
that cannot be justified under ordinary First Amendment analysis or
under a proper reading of the limits built into the Copyright Clause.
1025
Things went better for us when the government gave its argument; for
now the Court picked up on the core of our claim. As Justice Scalia
asked Solicitor General Olson,
1026
JUSTICE SCALIA: You say that the functional equivalent of an unlimited
time would be a violation [of the Constitution], but that's precisely
the argument that's being made by petitioners here, that a limited time
which is extendable is the functional equivalent of an unlimited time.
1027
When Olson was finished, it was my turn to give a closing rebuttal.
Olson's flailing had revived my anger. But my anger still was directed
to the academic, not the practical. The government was arguing as if
this were the first case ever to consider limits on Congress's
Copyright and Patent Clause power. Ever the professor and not the
advocate, I closed by pointing out the long history of the Court
imposing limits on Congress's power in the name of the Copyright and
Patent Clause-- indeed, the very first case striking a law of Congress
as exceeding a specific enumerated power was based upon the Copyright
and Patent Clause. All true. But it wasn't going to move the Court to
my side.
1028
As I left the court that day, I knew there were a hundred points I
wished I could remake. There were a hundred questions I wished I had
answered differently. But one way of thinking about this case left me
optimistic.
1029
The government had been asked over and over again, what is the limit?
Over and over again, it had answered there is no limit. This was
precisely the answer I wanted the Court to hear. For I could not
imagine how the Court could understand that the government believed
Congress's power was unlimited under the terms of the Copyright Clause,
and sustain the government's argument. The solicitor general had made
my argument for me. No matter how often I tried, I could not understand
how the Court could find that Congress's power under the Commerce
Clause was limited, but under the Copyright Clause, unlimited. In those
rare moments when I let myself believe that we may have prevailed, it
was because I felt this Court--in particular, the Conservatives--would
feel itself constrained by the rule of law that it had established
elsewhere.
1030
The morning of January 15, 2003, I was five minutes late to the office
and missed the 7:00 A.M.call from the Supreme Court clerk. Listening to
the message, I could tell in an instant that she had bad news to
report.The Supreme Court had affirmed the decision of the Court of
Appeals. Seven justices had voted in the majority. There were two
dissents.
1031
A few seconds later, the opinions arrived by e-mail. I took the phone
off the hook, posted an announcement to our blog, and sat down to see
where I had been wrong in my reasoning.
1032
My reasoning. Here was a case that pitted all the money in the world
against reasoning. And here was the last naive law professor, scouring
the pages, looking for reasoning.
1033
I first scoured the opinion, looking for how the Court would
distinguish the principle in this case from the principle in Lopez. The
argument was nowhere to be found. The case was not even cited. The
argument that was the core argument of our case did not even appear in
the Court's opinion.
1034
Justice Ginsburg simply ignored the enumerated powers argument.
Consistent with her view that Congress's power was not limited
generally, she had found Congress's power not limited here.
1035
Her opinion was perfectly reasonable--for her, and for Justice Souter.
Neither believes in Lopez. It would be too much to expect them to write
an opinion that recognized, much less explained, the doctrine they had
worked so hard to defeat.
1036
But as I realized what had happened, I couldn't quite believe what I
was reading. I had said there was no way this Court could reconcile
limited powers with the Commerce Clause and unlimited powers with the
Progress Clause. It had never even occurred to me that they could
reconcile the two simply by not addressing the argument. There was no
inconsistency because they would not talk about the two together. There
was therefore no principle that followed from the Lopez case: In that
context, Congress's power would be limited, but in this context it
would not.
1037
Yet by what right did they get to choose which of the framers' values
they would respect? By what right did they--the silent five--get to
select the part of the Constitution they would enforce based on the
values they thought important? We were right back to the argument that
I said I hated at the start: I had failed to convince them that the
issue here was important, and I had failed to recognize that however
much I might hate a system in which the Court gets to pick the
constitutional values that it will respect, that is the system we have.
1038
Justices Breyer and Stevens wrote very strong dissents. Stevens's
opinion was crafted internal to the law: He argued that the tradition
of intellectual property law should not support this unjustified
extension of terms. He based his argument on a parallel analysis that
had governed in the context of patents (so had we). But the rest of the
Court discounted the parallel--without explaining how the very same
words in the Progress Clause could come to mean totally different
things depending upon whether the words were about patents or
copyrights. The Court let Justice Stevens's charge go unanswered.
1039
Justice Breyer's opinion, perhaps the best opinion he has ever written,
was external to the Constitution. He argued that the term of copyrights
has become so long as to be effectively unlimited. We had said that
under the current term, a copyright gave an author 99.8 percent of the
value of a perpetual term. Breyer said we were wrong, that the actual
number was 99.9997 percent of a perpetual term. Either way, the point
was clear: If the Constitution said a term had to be "limited," and the
existing term was so long as to be effectively unlimited, then it was
unconstitutional.
1040
These two justices understood all the arguments we had made. But
because neither believed in the Lopez case, neither was willing to push
it as a reason to reject this extension. The case was decided without
anyone having addressed the argument that we had carried from Judge
Sentelle. It was Hamlet without the Prince.
1041
Defeat brings depression. They say it is a sign of health when
depression gives way to anger. My anger came quickly, but it didn't
cure the depression. This anger was of two sorts.
1042
It was first anger with the five "Conservatives." It would have been
one thing for them to have explained why the principle of Lopez didn't
apply in this case. That wouldn't have been a very convincing argument,
I don't believe, having read it made by others, and having tried to
make it myself. But it at least would have been an act of integrity.
These justices in particular have repeatedly said that the proper mode
of interpreting the Constitution is "originalism"--to first understand
the framers' text, interpreted in their context, in light of the
structure of the Constitution. That method had produced Lopez and many
other "originalist" rulings. Where was their "originalism" now?
1043
Here, they had joined an opinion that never once tried to explain what
the framers had meant by crafting the Progress Clause as they did; they
joined an opinion that never once tried to explain how the structure of
that clause would affect the interpretation of Congress's power. And
they joined an opinion that didn't even try to explain why this grant
of power could be unlimited, whereas the Commerce Clause would be
limited. In short, they had joined an opinion that did not apply to,
and was inconsistent with, their own method for interpreting the
Constitution. This opinion may well have yielded a result that they
liked. It did not produce a reason that was consistent with their own
principles.
1044
My anger with the Conservatives quickly yielded to anger with myself.
For I had let a view of the law that I liked interfere with a view of
the law as it is.
1045
Most lawyers, and most law professors, have little patience for
idealism about courts in general and this Supreme Court in particular.
Most have a much more pragmatic view. When Don Ayer said that this case
would be won based on whether I could convince the Justices that the
framers' values were important, I fought the idea, because I didn't
want to believe that that is how this Court decides. I insisted on
arguing this case as if it were a simple application of a set of
principles. I had an argument that followed in logic. I didn't need to
waste my time showing it should also follow in popularity.
1046
As I read back over the transcript from that argument in October, I can
see a hundred places where the answers could have taken the
conversation in different directions, where the truth about the harm
that this unchecked power will cause could have been made clear to this
Court. Justice Kennedy in good faith wanted to be shown. I,
idiotically, corrected his question. Justice Souter in good faith
wanted to be shown the First Amendment harms. I, like a math teacher,
reframed the question to make the logical point. I had shown them how
they could strike this law of Congress if they wanted to. There were a
hundred places where I could have helped them want to, yet my
stubbornness, my refusal to give in, stopped me. I have stood before
hundreds of audiences trying to persuade; I have used passion in that
effort to persuade; but I refused to stand before this audience and try
to persuade with the passion I had used elsewhere. It was not the basis
on which a court should decide the issue.
1047
Would it have been different if I had argued it differently? Would it
have been different if Don Ayer had argued it? Or Charles Fried? Or
Kathleen Sullivan?
1048
My friends huddled around me to insist it would not. The Court was not
ready, my friends insisted. This was a loss that was destined. It would
take a great deal more to show our society why our framers were right.
And when we do that, we will be able to show that Court.
1049
Maybe, but I doubt it. These Justices have no financial interest in
doing anything except the right thing. They are not lobbied. They have
little reason to resist doing right. I can't help but think that if I
had stepped down from this pretty picture of dispassionate justice, I
could have persuaded.
1050
And even if I couldn't, then that doesn't excuse what happened in
January. For at the start of this case, one of America's leading
intellectual property professors stated publicly that my bringing this
case was a mistake. "The Court is not ready," Peter Jaszi said; this
issue should not be raised until it is.
1051
After the argument and after the decision, Peter said to me, and
publicly, that he was wrong. But if indeed that Court could not have
been persuaded, then that is all the evidence that's needed to know
that here again Peter was right. Either I was not ready to argue this
case in a way that would do some good or they were not ready to hear
this case in a way that would do some good. Either way, the decision to
bring this case--a decision I had made four years before--was wrong.
1052
While the reaction to the Sonny Bono Act itself was almost unanimously
negative, the reaction to the Court's decision was mixed. No one, at
least in the press, tried to say that extending the term of copyright
was a good idea. We had won that battle over ideas. Where the decision
was praised, it was praised by papers that had been skeptical of the
Court's activism in other cases. Deference was a good thing, even if it
left standing a silly law. But where the decision was attacked, it was
attacked because it left standing a silly and harmful law. The New York
Times wrote in its editorial,
1053
In effect, the Supreme Court's decision makes it likely that we are
seeing the beginning of the end of public domain and the birth of
copyright perpetuity. The public domain has been a grand experiment,
one that should not be allowed to die. The ability to draw freely on
the entire creative output of humanity is one of the reasons we live in
a time of such fruitful creative ferment.
1054
The best responses were in the cartoons. There was a gaggle of
hilarious images--of Mickey in jail and the like. The best, from my
view of the case, was Ruben Bolling's, reproduced on the next page. The
"powerful and wealthy" line is a bit unfair. But the punch in the face
felt exactly like that.
1055
The image that will always stick in my head is that evoked by the quote
from The New York Times. That "grand experiment" we call the "public
domain" is over? When I can make light of it, I think, "Honey, I shrunk
the Constitution." But I can rarely make light of it. We had in our
Constitution a commitment to free culture. In the case that I fathered,
the Supreme Court effectively renounced that commitment. A better
lawyer would have made them see differently.
1056
[freeculture18.png]
1057
Chapter Fourteen: Eldred II
1058
The day Eldred was decided, fate would have it that I was
to travel to Washington, D.C. (The day the rehearing petition in
Eldred was denied - meaning the case was really finally over -
fate would have it that I was giving a speech to technologists at
Disney World.) This was a particularly long flight to my least favorite
city. The drive into the city from Dulles was delayed because of
traffic, so I opened up my computer and wrote an op-ed piece.
1059
It was an act of contrition. During the whole of the flight from San
Francisco to Washington, I had heard over and over again in my head the
same advice from Don Ayer: You need to make them see why it is
important. And alternating with that command was the question of
Justice Kennedy: "For all these years the act has impeded progress in
science and the useful arts. I just don't see any empirical evidence
for that." And so, having failed in the argument of constitutional
principle, finally, I turned to an argument of politics.
1060
The New York Times published the piece. In it, I proposed a
simple fix: Fifty years after a work has been published, the copyright
owner would be required to register the work and pay a small fee. If he
paid the fee, he got the benefit of the full term of copyright. If he
did not, the work passed into the public domain.
1061
We called this the Eldred Act, but that was just to give it a name.
Eric Eldred was kind enough to let his name be used once again, but as
he said early on, it won't get passed unless it has another name.
1062
Or another two names. For depending upon your perspective, this is
either the "Public Domain Enhancement Act" or the "Copyright Term
Deregulation Act." Either way, the essence of the idea is clear and
obvious: Remove copyright where it is doing nothing except blocking
access and the spread of knowledge. Leave it for as long as Congress
allows for those works where its worth is at least $1. But for
everything else, let the content go.
1063
The reaction to this idea was amazingly strong. Steve Forbes endorsed
it in an editorial. I received an avalanche of e-mail and letters
expressing support. When you focus the issue on lost creativity, people
can see the copyright system makes no sense. As a good Republican might
say, here government regulation is simply getting in the way of
innovation and creativity. And as a good Democrat might say, here the
government is blocking access and the spread of knowledge for no good
reason. Indeed, there is no real difference between Democrats and
Republicans on this issue. Anyone can recognize the stupid harm of the
present system.
1064
Indeed, many recognized the obvious benefit of the registration
requirement. For one of the hardest things about the current system for
people who want to license content is that there is no obvious place to
look for the current copyright owners. Since registration is not
required, since marking content is not required, since no formality at
all is required, it is often impossibly hard to locate copyright owners
to ask permission to use or license their work. This system would lower
these costs, by establishing at least one registry where copyright
owners could be identified.
1065
As I described in chapter 10, formalities in copyright law were removed
in 1976, when Congress followed the Europeans by abandoning any formal
requirement before a copyright is granted.15 The Europeans are
said to view copyright as a "natural right." Natural rights don't need
forms to exist. Traditions, like the Anglo-American tradition that
required copyright owners to follow form if their rights were to be
protected, did not, the Europeans thought, properly respect the dignity
of the author. My right as a creator turns on my creativity, not upon
the special favor of the government.
15. Until the 1908 Berlin Act of the Berne Convention, national
copyright legislation sometimes made protection depend upon compliance
with formalities such as registration, deposit, and affixation of
notice of the author's claim of copyright. However, starting with the
1908 act, every text of the Convention has provided that "the enjoyment
and the exercise" of rights guaranteed by the Convention "shall not be
subject to any formality." The prohibition against formalities is
presently embodied in Article 5(2) of the Paris Text of the Berne
Convention. Many countries continue to impose some form of deposit or
registration requirement, albeit not as a condition of copyright.
French law, for example, requires the deposit of copies of works in
national repositories, principally the National Museum. Copies of books
published in the United Kingdom must be deposited in the British
Library. The German Copyright Act provides for a Registrar of Authors
where the author's true name can be filed in the case of anonymous or
pseudonymous works. Paul Goldstein, International Intellectual
Property Law, Cases and Materials (New York: Foundation Press,
2001), 153-54.
1066
That's great rhetoric. It sounds wonderfully romantic. But it is absurd
copyright policy. It is absurd especially for authors, because a world
without formalities harms the creator. The ability to spread "Walt
Disney creativity" is destroyed when there is no simple way to know
what's protected and what's not.
1067
The fight against formalities achieved its first real victory in Berlin
in 1908. International copyright lawyers amended the Berne Convention
in 1908, to require copyright terms of life plus fifty years, as well
as the abolition of copyright formalities. The formalities were hated
because the stories of inadvertent loss were increasingly common. It
was as if a Charles Dickens character ran all copyright offices, and
the failure to dot an i or cross a t resulted in the loss
of widows' only income.
1068
These complaints were real and sensible. And the strictness of the
formalities, especially in the United States, was absurd. The law
should always have ways of forgiving innocent mistakes. There is no
reason copyright law couldn't, as well. Rather than abandoning
formalities totally, the response in Berlin should have been to embrace
a more equitable system of registration.
1069
Even that would have been resisted, however, because registration in
the nineteenth and twentieth centuries was still expensive. It was also
a hassle. The abolishment of formalities promised not only to save the
starving widows, but also to lighten an unnecessary regulatory burden
imposed upon creators.
1070
In addition to the practical complaint of authors in 1908, there was a
moral claim as well. There was no reason that creative property should
be a second-class form of property. If a carpenter builds a table, his
rights over the table don't depend upon filing a form with the
government. He has a property right over the table "naturally," and he
can assert that right against anyone who would steal the table, whether
or not he has informed the government of his ownership of the table.
1071
This argument is correct, but its implications are misleading. For the
argument in favor of formalities does not depend upon creative property
being second-class property. The argument in favor of formalities turns
upon the special problems that creative property presents. The law of
formalities responds to the special physics of creative property, to
assure that it can be efficiently and fairly spread.
1072
No one thinks, for example, that land is second-class property just
because you have to register a deed with a court if your sale of land
is to be effective. And few would think a car is second-class property
just because you must register the car with the state and tag it with a
license. In both of those cases, everyone sees that there is an
important reason to secure registration" both because it makes the
markets more efficient and because it better secures the rights of the
owner. Without a registration system for land, landowners would
perpetually have to guard their property. With registration, they can
simply point the police to a deed. Without a registration system for
cars, auto theft would be much easier. With a registration system, the
thief has a high burden to sell a stolen car. A slight burden is placed
on the property owner, but those burdens produce a much better system
of protection for property generally.
1073
It is similarly special physics that makes formalities important in
copyright law. Unlike a carpenter's table, there's nothing in nature
that makes it relatively obvious who might own a particular bit of
creative property. A recording of Lyle Lovett's latest album can exist
in a billion places without anything necessarily linking it back to a
particular owner. And like a car, there's no way to buy and sell
creative property with confidence unless there is some simple way to
authenticate who is the author and what rights he has. Simple
transactions are destroyed in a world without formalities. Complex,
expensive, lawyer transactions take their place.
1074
This was the understanding of the problem with the Sonny Bono Act that
we tried to demonstrate to the Court. This was the part it didn't
"get." Because we live in a system without formalities, there is no way
easily to build upon or use culture from our past. If copyright terms
were, as Justice Story said they would be, "short," then this wouldn't
matter much. For fourteen years, under the framers' system, a work
would be presumptively controlled. After fourteen years, it would be
presumptively uncontrolled.
1075
But now that copyrights can be just about a century long, the inability
to know what is protected and what is not protected becomes a huge and
obvious burden on the creative process. If the only way a library can
offer an Internet exhibit about the New Deal is to hire a lawyer to
clear the rights to every image and sound, then the copyright system is
burdening creativity in a way that has never been seen before
because there are no formalities .
1076
The Eldred Act was designed to respond to exactly this problem. If it
is worth $1 to you, then register your work and you can get the longer
term. Others will know how to contact you and, therefore, how to get
your permission if they want to use your work. And you will get the
benefit of an extended copyright term.
1077
If it isn't worth it to you to register to get the benefit of an
extended term, then it shouldn't be worth it for the government to
defend your monopoly over that work either. The work should pass into
the public domain where anyone can copy it, or build archives with it,
or create a movie based on it. It should become free if it is not worth
$1 to you.
1078
Some worry about the burden on authors. Won't the burden of registering
the work mean that the $1 is really misleading? Isn't the hassle worth
more than $1? Isn't that the real problem with registration?
1079
It is. The hassle is terrible. The system that exists now is awful. I
completely agree that the Copyright Office has done a terrible job (no
doubt because they are terribly funded) in enabling simple and cheap
registrations. Any real solution to the problem of formalities must
address the real problem of governments standing at the core of
any system of formalities. In this book, I offer such a solution. That
solution essentially remakes the Copyright Office. For now, assume it
was Amazon that ran the registration system. Assume it was one-click
registration. The Eldred Act would propose a simple, one-click
registration fifty years after a work was published. Based upon
historical data, that system would move up to 98 percent of commercial
work, commercial work that no longer had a commercial life, into the
public domain within fifty years. What do you think?
1080
When Steve Forbes endorsed the idea, some in Washington began to pay
attention. Many people contacted me pointing to representatives who
might be willing to introduce the Eldred Act. And I had a few who
directly suggested that they might be willing to take the first step.
1081
One representative, Zoe Lofgren of California, went so far as to get
the bill drafted. The draft solved any problem with international law.
It imposed the simplest requirement upon copyright owners possible. In
May 2003, it looked as if the bill would be introduced. On May 16, I
posted on the Eldred Act blog, "we are close." There was a general
reaction in the blog community that something good might happen here.
1082
But at this stage, the lobbyists began to intervene. Jack Valenti and
the MPAA general counsel came to the congresswoman's office to give the
view of the MPAA. Aided by his lawyer, as Valenti told me, Valenti
informed the congresswoman that the MPAA would oppose the Eldred Act.
The reasons are embarrassingly thin. More importantly, their thinness
shows something clear about what this debate is really about.
1083
The MPAA argued first that Congress had "firmly rejected the central
concept in the proposed bill" - that copyrights be renewed. That was
true, but irrelevant, as Congress's "firm rejection" had occurred long
before the Internet made subsequent uses much more likely. Second, they
argued that the proposal would harm poor copyright owners - apparently
those who could not afford the $1 fee. Third, they argued that Congress
had determined that extending a copyright term would encourage
restoration work. Maybe in the case of the small percentage of work
covered by copyright law that is still commercially valuable, but again
this was irrelevant, as the proposal would not cut off the extended
term unless the $1 fee was not paid. Fourth, the MPAA argued that the
bill would impose "enormous" costs, since a registration system is not
free. True enough, but those costs are certainly less than the costs of
clearing the rights for a copyright whose owner is not known. Fifth,
they worried about the risks if the copyright to a story underlying a
film were to pass into the public domain. But what risk is that? If it
is in the public domain, then the film is a valid derivative use.
1084
Finally, the MPAA argued that existing law enabled copyright owners to
do this if they wanted. But the whole point is that there are thousands
of copyright owners who don't even know they have a copyright to give.
Whether they are free to give away their copyright or not - a
controversial claim in any case - unless they know about a copyright,
they're not likely to.
1085
At the beginning of this book, I told two stories about the law
reacting to changes in technology. In the one, common sense prevailed.
In the other, common sense was delayed. The difference between the two
stories was the power of the opposition - the power of the side that
fought to defend the status quo. In both cases, a new technology
threatened old interests. But in only one case did those interest's
have the power to protect themselves against this new competitive
threat.
1086
I used these two cases as a way to frame the war that this book has
been about. For here, too, a new technology is forcing the law to
react. And here, too, we should ask, is the law following or resisting
common sense? If common sense supports the law, what explains this
common sense?
1087
When the issue is piracy, it is right for the law to back the copyright
owners. The commercial piracy that I described is wrong and harmful,
and the law should work to eliminate it. When the issue is p2p sharing,
it is easy to understand why the law backs the owners still: Much of
this sharing is wrong, even if much is harmless. When the issue is
copyright terms for the Mickey Mouses of the world, it is possible
still to understand why the law favors Hollywood: Most people don't
recognize the reasons for limiting copyright terms; it is thus still
possible to see good faith within the resistance.
1088
But when the copyright owners oppose a proposal such as the Eldred Act,
then, finally, there is an example that lays bare the naked
self-interest driving this war. This act would free an extraordinary
range of content that is otherwise unused. It wouldn't interfere with
any copyright owner's desire to exercise continued control over his
content. It would simply liberate what Kevin Kelly calls the "Dark
Content" that fills archives around the world. So when the warriors
oppose a change like this, we should ask one simple question:
1089
What does this industry really want?
1090
With very little effort, the warriors could protect their content. So
the effort to block something like the Eldred Act is not really about
protecting their content. The effort to block the Eldred Act is
an effort to assure that nothing more passes into the public domain. It
is another step to assure that the public domain will never compete,
that there will be no use of content that is not commercially
controlled, and that there will be no commercial use of content that
doesn't require their permission first.
1091
The opposition to the Eldred Act reveals how extreme the other side is.
The most powerful and sexy and well loved of lobbies really has as its
aim not the protection of "property" but the rejection of a tradition.
Their aim is not simply to protect what is theirs. Their aim is to
assure that all there is is what is theirs .
1092
It is not hard to understand why the warriors take this view. It is not
hard to see why it would benefit them if the competition of the public
domain tied to the Internet could somehow be quashed. Just as RCA
feared the competition of FM, they fear the competition of a public
domain connected to a public that now has the means to create with it
and to share its own creation.
1093
What is hard to understand is why the public takes this view. It is as
if the law made airplanes trespassers. The MPAA stands with the Causbys
and demands that their remote and useless property rights be respected,
so that these remote and forgotten copyright holders might block the
progress of others.
1094
All this seems to follow easily from this untroubled acceptance of the
"property" in intellectual property. Common sense supports it, and so
long as it does, the assaults will rain down upon the technologies of
the Internet. The consequence will be an increasing "permission
society." The past can be cultivated only if you can identify the owner
and gain permission to build upon his work. The future will be
controlled by this dead (and often unfindable) hand of the past.
1095
Conclusion
1096
[Conclusion]
Plus de trente-cinq millions de personnes vivent avec le virus du sida
de part le monde. Vingt-cinq millions d'entre elles sont en Afrique
sub-saharienne. Dix-sept millions sont déjà mortes. Dix-sept
millions d'Africains, cela représente, en proportion de la
population, sept millions d'Américains. Mais ç a fait surtout
dix-sept millions d'Africains.
1097
Il n'y a pas de remède contre le sida, mais il existe des
médicaments qui ralentissent sa progression. Ces thérapies
antirétrovirales sont encore expérimentales, mais elles ont
eu un effet radical. Aux Etats-Unis, les malades du sida qui prennent
régulièrement un cocktail de ces médicaments augmentent
leur espérance de vie de dix à vingt ans. Pour certains, les
médicaments rendent la maladie presque invisible.
1098
Ces médicaments coütent cher. Quand ils furent mis sur le
marché aux Etats-Unis, ils coütaient entre 10.000 et 15.000
dollars par personne et par an. Aujourd'hui, certains coütent
25.000 dollars par an. A ces prix, bien sür, aucun pays d'Afrique
ne peut offrir ces médicaments à la grande majorité de
sa population: 15.000 dollars, c'est trente fois le PNB par habitant du
Zimbabwe. A ce prix, les médicaments sont complètement
inaccessibles.1
1099
Ces prix ne sont pas é levés parce que les ingrédients
des médicaments coütent cher. Ils sont é levés
parce que les médicaments sont protégés par des brevets.
Les entreprises pharmaceutiques qui produisent ces mixtures salvatrices
jouissent d'un monopole d'au moins vingt années sur leurs
inventions. Elles utilisent ce monopole afin de gagner le plus d'argent
possible. Ce pouvoir leur sert à maintenir des prix é
levés.
1100
Beaucoup de gens sont sceptiques au sujet des brevets, en particulier
des brevets sur les médicaments. Je ne le suis pas. En effet, de
tous les domaines de recherche qui pourraient bénéficier des
brevets, la recherche de médicaments est, à mon avis, celui
qui en a le plus clairement besoin. Les brevets donnent à une
entreprise pharmaceutique la garantie que si elle invente un nouveau
médicament qui soigne une maladie de façon efficace, elle
sera capable de revenir sur son investissement, et même de gagner
plus. C'est une incitation extrêmement utile. Je serais la
dernière personne à réclamer que la loi les abolisse, du
moins sans rien changer d'autre.
1101
Mais c'est une chose que d'être en faveur des brevets, même
des brevets sur les médicaments. C'en est une autre que de savoir
comment gérer au mieux une crise. Et quand les dirigeants
africains commencèrent à comprendre quelle dévastation
le sida apportait, ils cherchèrent des moyens d'importer des
traitements contre le VIH à un coüt très inférieur
aux prix du marché.
1102
En 1997, l'Afrique du Sud tenta une parade. Elle autorisa l'importation
de médicaments brevetés qui avaient é té produits
ou mis sur le marché d'un autre pays avec l'accord du
détenteur de copyright. Par exemple, si un médicament é
tait vendu en Inde, il pouvait ê tre exporté d'Inde vers
l'Afrique. Ceci est appelé "importation parallèle", et est en
général autorisé par les lois du commerce international,
et est specifiquement autorisé à l'intérieur de l'Union
Européenne.2
1103
Cependant les Etats-Unis s'opposèrent à cette loi. Et c'est
le moins qu'on puisse dire. Comme le rapporte l'Association
Internationale de la Proprieté Intellectuelle, "Le gouvernement
U.S. pressa l'Afrique du Sud... de ne pas autoriser les licences
contraignantes, ou bien les importations parallèles."3 Par
l'intermédiaire du Bureau des Representants de Commerce des Etats
Unis (USTR), le gouvernement demanda à l'Afrique du Sud de changer
sa loi-- et pour ajouter de la pression à cette demande, en 1998
le USTR désigna l'Afrique du Sud pour d'éventuelles sanctions
commerciales. La même année, plus de quarante compagnies
pharmaceutiques entamèrent des procès dans les tribunaux
sud-africains, pour remettre en question la politique du gouvernement.
Les Etats-Unis furent ensuite rejoints par d'autres gouvernements de
l'Union Européenne. Leur argument, et l'argument des compagnies
pharmaceutiques, é tait que l'Afrique du Sud manquait à ses
obligations selon la loi internationale, en ne respectant pas les
brevets pharmaceutiques. La demande de ces gouvernements, Etats-Unis en
tête, é tait que l'Afrique du Sud respectât ces brevets,
tout comme elle respectait les autres types de brevets, nonobstant
toute conséquence sur le traitement du sida en Afrique du Sud.4
1104
Nous devrions replacer l'intervention des Etats-Unis dans son contexte.
Il ne fait aucun doute que les brevets ne sont pas la raison principale
pour laquelle les Africains n'ont pas accès aux médicaments.
La pauvreté, et l'absence totale d'infrastructure médicale
sont plus importants. Mais que les brevets soient ou non la raison
principale, le prix des médicaments a un effet sur la demande, et
les brevets ont un effet sur leur prix. Ainsi donc, l'intervention de
notre gouvernement a contribué à stopper l'afflux de
médicaments en Afrique, que son effet soit marginal ou non.
1105
En stoppant le flux de médicaments contre le sida vers l'Afrique,
le gouvernement des Etats-Unis n'a pas mis de côté ces
médicaments, pour les réserver à ses propres citoyens.
Ce n'est pas comme pour du grain (ce qu'ils mangent n'est plus pour
nous). Au contraire, le flux que les Etats-Unis ont stoppé é
tait, de fait, un flux de connaissance: savoir comment, à partir
de matières premières qui existent en Afrique,
synthétiser des médicaments qui sauveraient 15 à 30
millions de vies.
1106
L'intervention des Etats-Unis n'a pas non plus servi à
protéger les profits des compagnies pharmaceutiques
américaines-- du moins, pas significativement. Ces pays é
taient loin de pouvoir acheter leurs médicaments à ces
compagnies, au prix oú ils é taient vendus. Une fois de plus,
les Africains sont bien trop pauvres pour pouvoir se payer ces
médicaments aux prix proposés. Stopper les importations
parallèles de ces médicaments ne servait pas à augmenter
les ventes des compagnies U.S.
1107
Non, l'argument en faveur d'une restriction de ce flux d'information,
qui é tait nécessaire pour sauver des millions de vies,
concernait l'intouchabilité de la propriété.5 C'est
parce que la "propriété intellectuelle" aurait é té
violée que ces médicaments ne devaient pas aller en Afrique.
C'est un principe concernant l'importance de la "propriété
intellectuelle" qui a conduit ces gouvernants à intervenir contre
la politique anti-sida de l'Afrique du Sud.
1108
Prenons un peu de recul maintenant. D'ici une tentaine d'années,
nos enfants nous demanderont comment nous avons pu laisser faire une
chose pareille. Comment avons-nous pu autoriser une politique dont la
conséquence directe a é té d'accélérer la mort
de 15 à 30 millions d'Africains, et dont le véritable
bénéfice a é té d'affirmer l'"intouchabilité"
d'une idée? Quelle justification possible pouvait-il y avoir
à une politique qui a provoqué tant de morts? Quelle est
cette folie qui a laissé mourir tant de gens au nom d'une
abstraction?
1109
Certains accusent les compagnies pharmaceutiques. Pas moi. Ce sont des
entreprises. Leurs dirigeants ont l'obligation légale de faire des
bénéfices. Ils mettent en avant une certaine politique des
brevets, non pas par idéal, mais parce que c'est la politique qui
leur permet de gagner le plus d'argent. Et si cette politique est celle
qui leur rapporte le plus d'argent, c'est uniquemnent à cause
d'une certaine corruption de notre système politique-- une
corruption dont les compagnies pharmaceutiques ne sont certainement pas
responsables.
1110
Cette corruption est le manque d'intégrité de nos propres
politiciens. En effet les compagnies pharmaceutiques aimeraient
beaucoup, disent-elles, et je les crois, vendre leurs médicaments
aussi bon marché que possible à certains pays pays d'Afrique
ou d'ailleurs. Bien sür elles auraient quelques problèmes
à résoudre, pour s'assurer que ces médicaments ne soient
pas remis sur le marché aux Etats-Unis, ces problèmes sont
d'ordre techniques. Ils peuvent ê tre surmontés.
1111
Cependant, un problème différent ne pourrait pas ê tre
é vité. C'est la peur qu'un politicien démagogue
n'interpelle les présidents des compagnies pharmaceutiques devant
le Sénat ou la Chambre des Représentants, et ne demande:
"Comment se fait-il que vous puissiez vendre ce médicament
antisida pour un dollar le comprimé en Afrique, et que le
même médicament coüte 1.500 dollars à un
Américain?" Parce qu'il n'y a pas de réponse simple à
cette question, son effet serait d'induire une régulation des prix
en Amérique. Les compagnies pharmaceutiques é vitent d'entrer
dans cette spirale. Elles renforcent l'idée que la
propriété doit ê tre sacrée. Elles adoptent une
stratégie rationnelle dans un contexte irrationnel, et dont la
conséquence involontaire est peut-être la mort de millions de
personnes. Et au final cette stratégie rationnelle se cache
derrière un idéal: l'intouchabilité d'une idée
appelée "propriété intellectuelle".
1112
Donc, quand le sens commun de vos enfants vous interrogera, que direz
vous? Quand le sens commun de toute une génération finira par
se se révolter contre ce que nous avons fait, comment
pourrons-nous le justifier? Par quel argument?
1113
Une politique raisonnable en matière de brevets pourrait endosser
et soutenir le système de brevets, sans pour autant atteindre tout
le monde en tout endroit de la même manière. De même
qu'une politique raisonnable en matière de droit d'auteur pourrait
endosser et soutenir un système de droits sans devoir réguler
la diffusion de la culture de manière parfaite et immuable, une
politique raisonnable en matière de brevets pourrait endosser et
soutenir un système de brevets sans nécessairement bloquer la
diffusion de médicaments dans des pays trop pauvres pour jamais
pouvoir les acheter aux prix du marché. Une politique raisonnable,
en d'autres termes, serait une politique é quilibrée. Pour
l'essentiel de notre histoire, nos politiques en matières de droit
d'auteur et de brevets ont justement é té é
quilibrées en ce sens.
1114
Mais nous avons, en tant que culture, perdu ce sens de la mesure. Nous
avons perdu le regard critique qui nous aide à voir ce qui
sépare la vérité de l'extrémisme. Un certain
fondamentalisme de la propriété, qui n'a aucun lien avec
notre tradition, règne maintenant dans la culture -- de
manière incongrue, et avec des conséquences autrement plus
sérieuses pour la circulation des idées et de la culture que
presque toute les décisions politiques que nous pouvons prendre en
tant que démocratie.
1115
Une idée simple nous aveugle, et à la faveur de
l'obscurité, beaucoup de choses se passent que nous rejetterions
si nous les voyions. Nous prenons si peu de recul pour accepter
l'idée de propriété des idées que nous ne
remarquons pas à quel point il est monstrueux de refuser leur
bénéfice à un peuple qui meurt. Nous prenons si peu de
recul pour accepter l'idée de propriété culturelle que
nous ne nous interrogeons même pas lorsque le contrôle de
cette propriété nous empêche, en tant que peuple, de
développer notre culture démocratiquement. La
cécité devient notre sens commun. Et le défi à
relever pour quiconque voudrait restaurer notre droit à
développer une culture est de trouver le moyen de faire ouvrir les
yeux à ce sens commun.
1116
Jusqu'ici, le sens commun sommeille. Il n'y a pas de révolte. Le
sens commun ne voit même pas pourquoi se révolter.
L'extrêmisme qui domine ce débat maintenant trouve é cho
dans des idées qui paraissent naturelles, et cette é cho est
amplifié par les RCA d'aujourd'hui. Ils mènent une guerre
fanatique contre le "piratage", et dévastent une culture au nom de
la créativité. Ils défendent l'idée de
"propriété créatrice", en transformant les
véritables créateurs en paysans sans terre des temps
modernes. Ils sont choqués par l'idée que leurs droits
puissent ê tre é quilibrés, alors même que les
acteurs principaux de cette guerre du contenu ont profité d'un
contexte plus é quilibré. Ç a sent l'hypocrisie. Mais
même dans une ville comme Washington, l'hypocrisie passe
inaperçue. Des lobbys puissants, des problèmes complexes, et
une faculté d'attention digne de MTV, produisent une "tempête
parfaite" pour la culture libre.
1117
En aoüt 2003, une dispute é clata aux Etats-Unis au sujet
d'une décision de l'Organisation Mondiale de la
Propriété Intellectuelle d'annuler une conférence.6 A la
demande d'intérêts divers, l'OMPI avait décidé
d'organiser un séminaire sur les "projets ouverts et collaboratifs
pour créer des biens publics". C'est le type de projets qui a
réussi à produire des biens publics sans s'appuyer sur un
usage uniquement propriétaire de la propriété
intellectuelle. Internet et le Web en sont des exemples, tous deux ont
é té développés à partir de protocoles du
domaine public. Une mouvement nouveau visant à développer des
journaux académiques ouverts, comme le projet Public Library of
Science décrit dans la postface, en faisait partie. De même
qu'un projet pour recenser les Single Nucleotide Polymorphisms (SNP),
dont l'importance pour la recherche biomédicale est tenue pour
cruciale. (Ce projet non-commercial comprenait un consortium
rassemblant le Wellcome Trust et des compagnies pharmaceutiques et
technologiques, dont Amersham Biosciences, AstraZeneca, Aventis, Bayer,
Bristol-Myers Squibb, Hoffmann-La Roche, Glaxo-SmithKline, IBM,
Motorola, Novartis, Pfizer, and Searle.) Le Global Positioning System,
que Ronald Reagan avait rendu libre au début des années 1980,
en faisait partie. De même que les "logiciels libres et
open-source".
1118
Le but de la conférence é tait de considérer ces projets
divers à la lumière d'un aspect commun: à savoir
qu'aucun de ces projets n'était lié à cet
extrémisme de la propriété intellectuelle. Au lieu de
quoi, dans chacun d'entre eux, la propriété intellectuelle
é tait é quilibrée par des accords visant à
maintenir un accès ouvert, ou à limiter les appropriations
possibles.
1119
Du point de vue de ce livre, donc, la conférence é tait
idéale.7 Parmi les projets à l'ordre du jour, on comptait
à la fois des travaux commerciaux et non-commerciaux. Ils
s'occupaient essentiellement de science, mais avec différents
points de vue. Et l'OMPI é tait un hôte idéal pour cette
discussion, puisque c'est l'organisme international préeminent qui
s'occupe des problèmes de propriété intellectuelle.
1120
En effet, il m'est arrivé d'être raillé en public pour
ne pas avoir reconnu ce rôle à l'OMPI. En février 2003,
j'ai donné un discours à une conférence
préparatoire du Sommet Mondial sur la Société de
l'Information (WSIS). Au cours d'une conférence de presse qui
précédait mon discours, on me demanda ce que j'allais dire.
Je répondis que j'allais parler un peu de l'importance
d'équilibrer la propriété intellectuelle pour le
développement de la société de l'information. La
modératrice m'interrompit brusquement, pour m'informer ainsi que
les journalistes présents, qu'aucune question relative à la
propriété intellectuelle ne serait discutée au WSIS, car
ces questions é taient du ressort exclusif de l'OMPI. Dans le
discours que j'avais préparé, j'avais fait de la
propriété intellectuelle un thème relativement mineur.
Mais après cette déclaration é tonnante, je fis de la
propriété intellectuelle l'unique sujet de mon discours. Il
n'était pas possible de parler d'une "Société de
l'Information" sans parler aussi de la partie de l'information et de la
culture qui serait libre. Mon discours ne rendit pas très heureuse
mon immodeste modératrice. Et il ne fait aucun doute qu'elle avait
raison de penser que la protection de la propriété
intellectuelle é tait en principe du ressort de l'OMPI. Mais
à mon avis, il ne saurait y avoir trop de conversations au sujet
de la quantité de propriété intellectuelle dont nous
avons besoin. Car à mon avis, l'idée même
d'équilibre de la propriété intellectuelle s'est perdue.
1121
Ainsi donc, que WSIS fut ou non l'endroit pour discuter
d'équilibrer la propriété intellectuelle, j'avais
pensé qu'il é tait certain que l'OMPI l'était. Et la
conférence sur les "projets ouverts et collaboratifs pour
créer des biens publics" semblait convenir parfaitement à
l'agenda de l'OMPI.
1122
Mais il y a un projet dans cette liste qui est très
controversé, du moins parmi les lobbyistes. Il s'agit du projet
"logiciels libres et open-source". Microsoft, en particulier, prend
soin d'éviter toute discussion sur le sujet. De leur point de vue,
une conférence pour discuter de logiciels libres et open-source
serait comme une conférence pour discuter du système
d'exploitation d'Apple. Les logiciels libres et open-source sont en
compétition avec ceux de Microsoft. Et à l'international,
beaucoup de gouvernements ont commencé à tester l'obligation,
pour leurs propres administrations, d'utiliser des logiciels libres ou
open-source, plutôt que des "logiciels propriétaires".
1123
Je ne veux pas entrer dans ce débat ici. Qu'il me suffise de
préciser que la différence n'est pas entre logiciel
commercial et non-commercial. Il y a beaucoup d'entreprises de premier
plan qui dépendent fondamentalement du logiciel libre et
open-source, IBM é tant la plus en vue. IBM déplace de plus
en plus son activité vers le système GNU/Linux, le "logiciel
libre" le plus célèbre--et IBM est é videmment une
entité commerciale. Ainsi, soutenir le "logiciel libre et
open-source" n'est pas s'opposer aux entités commerciales. C'est
au contraire soutenir un modèle de développement logiciel
différent de celui de Microsoft.8
1124
Plus important pour le sujet qui nous occupe, soutenir le "logiciel
libre et open-source" n'est pas s'opposer au copyright. Les "logiciels
libres et open-source" ne sont pas dans le domaine public. Au
contraire, comme les logiciels de Microsoft, les détenteurs de
copyright de logiciels libres et open-source insistent fortement pour
que les termes de leurs licenses soient respectés par leurs
utilisateurs. Ces termes sont evidemment différents de ceux d'une
license de logiciel propriétaire. Par exemple, un logiciel libre
sous la Général Public Licence (GPL) requiert que le code
source du logiciel soit rendu public par quiconque le modifie et le
redistribue. Mais cette contrainte n'est effective que si le copyright
est respecté. Sinon, le logiciel libre ne pourrait pas imposer ce
genre de contraintes à ses utilisateurs. Il dépend donc des
lois sur le droit d'auteur, au même titre que Microsoft.
1125
Il est donc compréhensible qu'en tant que développeur de
logiciels, Microsoft se soit opposé à cette conférence
de l'OMPI, et compréhensible qu'il utilise ses lobbyistes pour
pousser le gouvernement des Etats-Unis à s'y opposer aussi. Et en
effet, c'est exactement ce qui s'est passé, semble-t'il. Selon
Jonathan Krim du Washington Post, les lobbyistes de Microsoft
réussirent à faire que le gouvernement des Etats-Unis
s'oppose à la conférence.9 Et sans soutien des U.S., la
conférence fut annulée.
1126
Je ne blâme pas Microsoft de faire ce qu'il peut pour servir ses
propres intérêts, dans le respect de la loi. Et il est tout a
fait légal de faire du lobbying auprès du gouvernement. Il
n'y a rien de surprenant qu'ils en fassent ici, et rien non plus de
très surprenant à ce que l'éditeur de logiciels le plus
puisant des Etats-Unis ait du succès dans ses efforts de lobbying.
1127
Ce qui est surprenant a é té la raison avancée par le
gouvernement des Etats-Unis pour s'opposer à la conférence.
Comme le rapporte à nouveau Krim, Lois Boland, le directeur des
relations internationales du bureau américain des brevets et des
marques, expliqua que "le logiciel open source va à l'encontre de
la mission de l'OMPI, qui est de promouvoir les droits de
propriété intellectuelle." Elle est ciée disant:
"Organiser une conférence dont le but est de contester ou de
relaxer ces droits semble contraire à la mission de l'OMPI."
1128
Ces affirmations sont é tonnantes à bien des é gards.
1129
Premièrement, elles sont tout simplement fausses. Comme je l'ai
expliqué, la plupart des logiciels open source et libres reposent
sur cette propriété intellectuelle appelée "copyright".
Sans elle, les restrictions imposées par ces licences ne
marcheraient pas. Par conséquent, dire qu'il va "à
l'encontre" de la mission de promotion des droits de
propriété intellectuelle révèle une faille
extraordinaire de raisonnement-- le genre d'erreur qui est excusable
chez un é tudiant de première année en droit, mais
embarasse quand elle est commise par un haut officiel du gouvernement,
chargé de s'occuper des questions de propriété
intellectuelle.
1130
Deuxièmement, qui a dit que la mission exclusive de l'OMPI é
tait de "promouvoir" la propriété intellectuelle sous sa
forme maximale? Comme on me l'a rappelé lors de cette
conférence préparatoire du sommet WSIS, le but de l'OMPI
n'est pas seulement de trouver comment protéger au mieux la
propriété intellectuelle, mais aussi de trouver quel est le
meilleur é quilibre pour cette propriété intellectuelle.
Comme le sait n'importe é conomiste ou juriste, la vraie question
pour la loi sur la propriété intellectuelle est de trouver
cet é quilibre. Mais le fait qu'il doit y avoir des limites est,
je croyais, incontesté. Il faudrait demander à Mme Boland si
les médicaments génériques (des médicaments qui en
imitent d'autres dont les brevets ont expiré) sont contraires
à la mission de l'OMPI. Le domaine public affaiblit-il la
propriété intellectuelle? Aurait-il mieux valu que les
protocoles d'Internet fussent brevetés?
1131
Troisièmement, même si l'on croit que la mission de l'OMPI
est de maximiser les droits de propriété intellectuelle, dans
notre tradition ces droits sont détenus par des individus et des
corporations. Ils ont le loisir de décider quoi faire de ces
droits parce que, encore une fois, ce sont leurs droits. Si ils
choisissent de "donner" ou de "renoncer à " ces droits, c'est
parfaitement en accord avec notre tradition. Quand Bill Gates donne
plus de 20 milliards de dollars à des oeuvres de bienfaisance, ca
n'est pas en contradiction avec les objectifs du système de
propriété. C'est, bien au contraire, précisément ce
qu'un système de propriété est censé permettre:
donner aux individus le droit de décider quoi faire de leur
propriété.
1132
Quand Mme Boland dit qu'il y a un problème avec une
conférence "dont le but est de donner ou de renoncer à ces
droits", elle dit que l'OMPI cherche à interférer avec les
choix des individus qui détiennent des droits de
propriété intellectuelle. Que d'une manière ou d'une
autre, le but de l'OMPI devrait ê tre d'empêcher les gens de
"donner" ou de "renoncer" à leurs droits de propriété
intellectuelle. Que l'OMPI souhaite non seulement que les droits de
propriété intellectuelle soient maximisés, mais aussi
qu'ils soient exercés de la manière la plus extrême et
la plus restrictive possible.
1133
Un tel système de propriété existe dans l'Histoire, et
est bien connu de la tradition Anglo-Américaine. Il est
appelé "féodalisme". Sous ce système, non seulement la
propriété é tait détenue par un nombre relativement
restreint d'individus et d'entités, et non seulement les droits
qui administraient cette propriété é taient puissants et
exhaustifs, mais le système lui-même avait fortement
intérêt à assurer que les propriétaires
n'affaiblissent pas le sytème, en libérant des individus ou
des propriétés qui é tait sous leur contrôle, pour
les rendre au marché libre. Le féodalisme dépendait d'un
contrôle maximal et d'une concentration maximale. Il combattait
toute liberté qui aurait pu interférer avec ce contrôle.
1134
Comme le rapportent Peter Drahos et John Braithwaite, c'est
précisément le choix que nous sommes en train de faire au
sujet de la propriété intellectuelle.10 Nous aurons une
société de l'information. C'est certain. Notre seul choix
maintenant est entre une société de l'information libre et
une féodale. Nous nous dirigeons vers une société de
l'information féodale.
1135
Lorsque cette battaille a é claté, j'en ai parlé sur mon
blog. Un débat intéressant s'en est suivi dans la partie
reservée aux commentaires. Mme Boland avait un certain nombre
d'adhérents qui tentèrent de montrer pourquoi elle avait
raison. Mais il y eut un commentaire qui fut particulièrement
déprimant pour moi. Un auteur anonyme é crivit:
1136
George, vous avez mal compris Lessig: Il ne parle que du monde tel
qu'il devrait ê tre ("le but de l'OMPI, et le but de tout
gouvernement, devrait ê tre de promouvoir un bon é quilibre
des droits de propriété intellectuelle, pas simplement de
promouvoir ces droits"), et non tel qu'il est. Si nous parlions du
monde tel qu'il est, alors bien sür Boland n'a rien dit de faux.
Mais dans le monde rêvé de Lessig, bien sür elle a tort.
Toujours prendre garde à la différence entre le monde de
Lessig et le nôtre.
1137
Je n'ai pas saisi l'ironie du message la première fois que je l'ai
lu. Je l'ai lu rapidement, et j'ai cru que l'auteur défendait
l'idée que notre gouvernement devrait rechercher l'équilibre.
(Bien sür, ma critique de Mme Boland ne concernait pas le fait
qu'elle cherche un é quilibre ou non; ma critique é tait que
ses commentaires trahissaient une erreur digne d'un é tudiant en
droit de première année. Je ne me fais pas d'illusions sur
l'extrêmisme de notre gouvernement, qu'il soit Républicain ou
Démocrate. Ma seule illusion, semble-t-il, concerne le fait que
notre gouvernement doive ou non dire la vérité).
1138
Evidemment, ce n'était pas l'idée que défendait
l'auteur. Au contraire, il ridiculisait l'idée même que dans
le monde réel, le "but" d'un gouvernement puisse ê tre de
"promouvoir un bon é quilibre" de la propriété
intellectuelle. Cette idée lui semblait é videmment idiote.
Et elle trahissait, selon lui, mon propre utopisme idiot. "Typique pour
un universitaire", aurait-il pu ajouter.
1139
Je comprends qu'on me reproche d'être un universitaire utopiste.
Je pense moi ausi que l'utopisme est idiot, et je serais le premier
à me gausser des idéaux absurdement irréalistes des
universitaires au cours de l'histoire (et pas seulement l'histoire de
notre pays).
1140
Mais s'ìl est devenu idiot de supposer que le rôle du
gouvernement est de "chercher l'équilibre", comptez-moi parmi les
idiots, car celà veut dire que c'est devenu assez grave, en effet.
S'il devient é vident pour chacun que le gouvernement ne recherche
pas l'équilibre, que le gouvernement n'est que l'outil des
lobbyistes les plus puissants, que l'idée que le gouvernement soit
supposé faire autre chose est absurde, que l'idée d'attendre
du gouvernement qu'il dise la vérité et non des mensonges est
naïve, alors que sommes nous, la démocratie la plus puissante
au monde, devenus?
1141
C'est peut ê tre folie que d'attendre d'un porte-parole du
gouvernement qu'il dise la vérité. C'est peut-être folie
de croire que la politique du gouvernement doive ê tre plus que
l'exécutant des intérêts les plus puissants. C'est
peut-être folie de soutenir que nous devrions préserver une
tradition qui a é té la nôtre pour l'essentiel de notre
histoire--la culture libre.
1142
Si tout celà est folie, alors qu'il y ait plus de fous! Et vite!
1143
Il y a des moments d'espoir dans ce combat. Et des moments qui
surprennent. Alors que la FCC envisageait d'assouplir les lois sur la
propriété, ce qui aurait eu pour conséquence d'augmenter
la concentration des médias, une coalition extraordinaire s'est
formée, au delà des partis, pour combattre ce changement.
Peut ê tre pour la première fois dans l'histoire, des
intérêts aussi hétéroclites que la NRA, l'ACLU,
Moveon.org, William Safire, Ted Turner, et CodePink Femmes pour la Paix
se sont organisés pour s'opposer au changement de politique de la
FCC. Un nombre impressionnant de lettres, 700.000, furent envoyées
à la FCC, demandant plus de débats et un résultat
différent.
1144
Cet activisme n'a pas arrêté la FCC, mais peu après, une
large coalition au Sénat votait l'annulation de la décision
de la FCC. Les débats d'opposition qui ont conduit à ce vote
ont révélé à quel point ce mouvement é tait
devenu puissant. Il n'y avait pas de soutien substantiel à la
décision de la FCC, et il y avait un soutien large et continu pour
combattre toute concentration supplémentaire des médias.
1145
Mais même ce mouvement manque une part importante du puzzle. La
taille en soi n'est pas mauvaise. La liberté n'est pas
menacée simplement parce que certains deviennent très riches,
ou parce qu'il n'y a qu'une poignée d'acteurs de taille. La
qualité déplorable des Big Mac et Quarter Pounder ne veut pas
dire que vous ne pouvez pas acheter un bon hamburger ailleurs.
1146
Le danger de la concentration des médias ne vient pas de la
concentration, mais du féodalisme que cette concentration produit,
lié aux changements dans le droit d'auteur. Le danger n'est pas
qu'un petit nombre de compagnies puissantes contrôlent une part
grandissante des médias. C'est plutôt le fait que cette
concentration puisse invoquer des droits aussi extensifs --des droits
sur la propriété dont l'étendue est une première
historique, qui la rend mauvaise.
1147
Il est donc significatif que tant de gens se soient unis pour demander
de la compétition et plus de diversité. Néanmoins, le
fait que cette union soit vue comme une union contre la taille en soi
n'est pas très surprenant. Nous autres Américains avons
l'habitude de nous opposer à ce qui est "grand", que ce soit
justifié ou non. Que nous puissions ê tre motivés pour
nous battre une fois de plus contre les "grands" n'a rien de nouveau.
1148
Il serait nouveau, et très important, si une coalition aussi
importante pouvait se lever pour combattre l'extrêmisme
grandissant qui accompagne l'idée de "propriéte
intellectuelle". Non que l'équilibre soit é tranger à
notre tradition; en fait, comme j'ai essayé de le montrer,
l'équilibre fait partie de notre tradition. Mais plutôt parce
que le muscle qui doit penser de manière critique à
l'étendue de quelque chose appelée "propriété",
n'est plus très bien entraîné dans cette tradition.
1149
Si nous é tions Achille, ceci serait notre talon. Ce serait le
lieu de notre perte.
1150
Alors que j'écris ces derniers mots, les journaux sont remplis
d'histoires au sujet des procès menés par la RIAA contre
presque trois cent individus.11 Eminem vient d'être poursuivi pour
avoir "enregistré" la musique de quelqu'un d'autre12. L'histoire
au sujet de Bob Dylan qui a "volé" un auteur japonais vient tout
juste de cesser de faire les gros titres13. Un correspondant de
Hollywood (qui tient à rester anonyme) rapporte "une conversation
é tonnante avec les gens des studios. Ils ont des [vieux] films
extraordinaires, qu'ils adoreraient utiliser, mais ils ne peuvent pas
car ils ne peuvent pas acquitter les droits. Il ont des tas de gens qui
pourraient faire des choses é tonnantes avec ce contenu, mais il
faudrait d'abord des tas d'avocats pour en démêler les
droits." Le Congrès parle de détourner des virus
informatiques afin d'attaquer les ordinateurs suspectés de violer
la loi. Les universités menacent d'expulsion les é tudiants
qui utilisent un ordinateur pour partager du contenu.
1151
Et pourtant de l'autre côté de l'Atlantique, la BBC vient
d'annoncer qu'elle va créer une Archive des Créations, à
partir de laquelle les sujets britanniques pourront
télécharger les contenus de la BBC, les é diter,
mélanger, réutiliser.14 Et au Brésil, le ministre de la
culture, Gilberto Gil, lui-même un héros populaire de la
musique brésilienne, s'est allié aux Creative Commons pour
diffuser du contenu et des licences libres dans ce pays d'Amérique
latine.15
1152
L'histoire que j'ai racontée est bien sombre. La vérité
est plus mitigée. Une technologie nous a donné une
liberté nouvelle. Lentement, certains commencent à comprendre
que cette liberté ne veut pas forcément dire anarchie. Nous
pouvons transposer notre culture libre dans le vingt-et-unième
siècle, sans que les artistes ne soient lésés, et sans
que le potentiel de la technologie numérique ne soit
gâché. Il faudra des efforts de reflexion, et surtout de la
volonté, pour transformer en Causby les RCA d'aujourd'hui.
1153
Il faut que le sens commun se révolte. Il faut qu'il agisse pour
libérer la culture. S'il le fait, qu'il le fasse vite.
1154
Postface
1155
[Intro]
Au moins une partie de ceux qui ont lu jusqu'ici conviendront que
quelque chose doit ê tre fait pour changer la direction que nous
avons prise. Le reste de ce livre décrit ce qui pourrait ê
tre fait.
1156
Je sépare ces moyens en deux catégories: ce que chacun peut
faire maintenant, et ce qui requiert l'aide des législateurs. S'il
y a une leçon à tirer de l'histoire du sens commun, c'est que
son é volution requiert un changement des mentalités.
1157
Ceci veut dire que le mouvement doit commencer par la base. Il doit
recruter un nombre significatif de parents, enseignants, libraires,
créateurs, auteurs, musiciens, metteurs en scène,
scientifiques -- pour que chacun répète cette histoire à
sa manière, et qu'ils expliquent à leurs voisins pourquoi ce
combat est si important.
1158
Une fois que ce mouvement aura un effet sur la base, alors il pourra
avoir un effet sur Washington. Nous sommes encore une démocratie.
Ce que pensent les gens joue un rôle. Pas aussi important qu'il ne
devrait l'être, du moins quand une RCA s'y oppose, mais quand
même un rôle. Et donc, dans la deuxième partie qui suit,
je décris les changements que le Congrès pourrait
entreprendre afin de mieux sécuriser une culture libre.
1159
Nous, maintenant.
1160
Le bon sens appartient à ceux qui s'opposent au copyright, car le
débat n'a jusqu'ici é té défini qu'en termes
extrêmes -- comme un grand soit ceci/soit cela : soit la
propriété soit l'anarchie, soit un contrôle total soit
les artistes ne seront pas payés. Si le choix est vraiment de
cette nature, alors les opposants au copyright devraient l'emporter.
1161
L'erreur consiste ici à négliger des positions médianes.
Il y a des extrêmes dans ce débat mais il n'y a a pas qu'eux.
Il y a ceux qui croient en un copyright maximal -- "Tous droits
réservés."-- et ceux qui le rejettent -- "Libre de droits."
Les partisans du "Tous droits réservés" soutiennent que toute
"utilisation" d'une oeuvre soumise à copyright devrait d'abord
faire l'objet d'une autorisation. Les promoteurs du "Libre de droits"
pensent que vous devriez pouvoir exploiter le contenu à votre
guise, que vous en ayez la permission ou non.
1162
A sa naissance, l'architecture de l'Internet s'est dans les faits
rattachée à l'approche "libre de droits". Le contenu pouvait
ê tre copié fidèlement et facilement ; les droits ne
pouvaient ê tre aisément contrôlés. Ainsi,
indépendamment du souhait de qui que ce soit, le régime
effectif du copyright associé à la structure d'origine de
l'Internet relevait du "Libre de droits". Le contenu é tait
exploité" quels qu'en soient les droits. Tout droit é tait
dans les faits non protégé.
1163
Ce caractère originel engendra une réaction (opposée
quoique pas de même intensité) de la part des détenteurs
de copyright. Cette réaction a fait l'objet de ce livre. Through
legislation, litigation, and changes to the network's design, copyright
holders have been able to change the essential character of the
environment of the original Internet. If the original architecture made
the effective default "no rights reserved," the future architecture
will make the effective default "all rights reserved." The architecture
and law that surround the Internet's design will increasingly produce
an environment where all use of content requires permission. The "cut
and paste" world that defines the Internet today will become a "get
permission to cut and paste" world that is a creator's nightmare.
1164
Ce qu'il faut, c'est un moyen de dire qurque chose entre les deux, ni
"tous droits reservés" ni "aucun droit reservé", et ainsi une
façon de respecter les copyrights tout en permettant aux auteurs
de liberer les droits comme ils le souhaitent. En d'autres mots, nous
avons besoin de retablir un ensemble de libertés que nous tenions
pour acquises auparavant.
1165
Rebuilding Freedoms Previously Presumed: Examples
1166
If you step back from the battle I've been describing here, you will
recognize this problem from other contexts. Think about privacy. Before
the Internet, most of us didn't have to worry much about data about our
lives that we broadcast to the world. If you walked into a bookstore
and browsed through some of the works of Karl Marx, you didn't need to
worry about explaining your browsing habits to your neighbors or boss.
The "privacy" of your browsing habits was assured.
1167
What made it assured?
1168
Well, if we think in terms of the modalities I described in chapter 10,
your privacy was assured because of an inefficient architecture for
gathering data and hence a market constraint (cost) on anyone who
wanted to gather that data. If you were a suspected spy for North
Korea, working for the CIA, no doubt your privacy would not be assured.
But that's because the CIA would (we hope) find it valuable enough to
spend the thousands required to track you. But for most of us (again,
we can hope), spying doesn't pay. The highly inefficient architecture
of real space means we all enjoy a fairly robust amount of privacy.
That privacy is guaranteed to us by friction. Not by law (there is no
law protecting "privacy" in public places), and in many places, not by
norms (snooping and gossip are just fun), but instead, by the costs
that friction imposes on anyone who would want to spy.
1169
Enter the Internet, where the cost of tracking browsing in particular
has become quite tiny. If you're a customer at Amazon, then as you
browse the pages, Amazon collects the data about what you've looked at.
You know this because at the side of the page, there's a list of
"recently viewed" pages. Now, because of the architecture of the Net
and the function of cookies on the Net, it is easier to collect the
data than not. The friction has disappeared, and hence any "privacy"
protected by the friction disappears, too.
1170
Amazon, of course, is not the problem. But we might begin to worry
about libraries. If you're one of those crazy lefties who thinks that
people should have the "right" to browse in a library without the
government knowing which books you look at (I'm one of those lefties,
too), then this change in the technology of monitoring might concern
you. If it becomes simple to gather and sort who does what in
electronic spaces, then the friction-induced privacy of yesterday
disappears.
1171
It is this reality that explains the push of many to define "privacy"
on the Internet. It is the recognition that technology can remove what
friction before gave us that leads many to push for laws to do what
friction did1. And whether you're in favor of those laws or not, it is
the pattern that is important here. We must take affirmative steps to
secure a kind of freedom that was passively provided before. A change
in technology now forces those who believe in privacy to affirmatively
act where, before, privacy was given by default.
1172
A similar story could be told about the birth of the free software
movement. When computers with software were first made available
commercially, the software--both the source code and the binaries-- was
free. You couldn't run a program written for a Data General machine on
an IBM machine, so Data General and IBM didn't care much about
controlling their software.
1173
That was the world Richard Stallman was born into, and while he was a
researcher at MIT, he grew to love the community that developed when
one was free to explore and tinker with the software that ran on
machines. Being a smart sort himself, and a talented programmer,
Stallman grew to depend upon the freedom to add to or modify other
people's work.
1174
In an academic setting, at least, that's not a terribly radical idea.
In a math department, anyone would be free to tinker with a proof that
someone offered. If you thought you had a better way to prove a
theorem, you could take what someone else did and change it. In a
classics department, if you believed a colleague's translation of a
recently discovered text was flawed, you were free to improve it. Thus,
to Stallman, it seemed obvious that you should be free to tinker with
and improve the code that ran a machine. This, too, was knowledge. Why
shouldn't it be open for criticism like anything else?
1175
No one answered that question. Instead, the architecture of revenue for
computing changed. As it became possible to import programs from one
system to another, it became economically attractive (at least in the
view of some) to hide the code of your program. So, too, as companies
started selling peripherals for mainframe systems. If I could just take
your printer driver and copy it, then that would make it easier for me
to sell a printer to the market than it was for you.
1176
Thus, the practice of proprietary code began to spread, and by the
early 1980s, Stallman found himself surrounded by proprietary code. The
world of free software had been erased by a change in the economics of
computing. And as he believed, if he did nothing about it, then the
freedom to change and share software would be fundamentally weakened.
1177
Therefore, in 1984, Stallman began a project to build a free operating
system, so that at least a strain of free software would survive. That
was the birth of the GNU project, into which Linus Torvalds's "Linux"
kernel was added to produce the GNU/Linux operating system.
1178
Stallman's technique was to use copyright law to build a world of
software that must be kept free. Software licensed under the Free
Software Foundation's GPL cannot be modified and distributed unless the
source code for that software is made available as well. Thus, anyone
building upon GPL'd software would have to make their buildings free as
well. This would assure, Stallman believed, that an ecology of code
would develop that remained free for others to build upon. His
fundamental goal was freedom; innovative creative code was a byproduct.
1179
Stallman was thus doing for software what privacy advocates now do for
privacy. He was seeking a way to rebuild a kind of freedom that was
taken for granted before. Through the affirmative use of licenses that
bind copyrighted code, Stallman was affirmatively reclaiming a space
where free software would survive. He was actively protecting what
before had been passively guaranteed.
1180
Finally, consider a very recent example that more directly resonates
with the story of this book. This is the shift in the way academic and
scientific journals are produced.
1181
As digital technologies develop, it is becoming obvious to many that
printing thousands of copies of journals every month and sending them
to libraries is perhaps not the most efficient way to distribute
knowledge. Instead, journals are increasingly becoming electronic, and
libraries and their users are given access to these electronic journals
through password-protected sites. Something similar to this has been
happening in law for almost thirty years: Lexis and Westlaw have had
electronic versions of case reports available to subscribers to their
service. Although a Supreme Court opinion is not copyrighted, and
anyone is free to go to a library and read it, Lexis and Westlaw are
also free to charge users for the privilege of gaining access to that
Supreme Court opinion through their respective services.
1182
There's nothing wrong in general with this, and indeed, the ability to
charge for access to even public domain materials is a good incentive
for people to develop new and innovative ways to spread knowledge. The
law has agreed, which is why Lexis and Westlaw have been allowed to
flourish. And if there's nothing wrong with selling the public domain,
then there could be nothing wrong, in principle, with selling access to
material that is not in the public domain.
1183
But what if the only way to get access to social and scientific data
was through proprietary services? What if no one had the ability to
browse this data except by paying for a subscription?
1184
As many are beginning to notice, this is increasingly the reality with
scientific journals. When these journals were distributed in paper
form, libraries could make the journals available to anyone who had
access to the library. Thus, patients with cancer could become cancer
experts because the library gave them access. Or patients trying to
understand the risks of a certain treatment could research those risks
by reading all available articles about that treatment. This freedom
was therefore a function of the institution of libraries (norms) and
the technology of paper journals (architecture)--namely, that it was
very hard to control access to a paper journal.
1185
As journals become electronic, however, the publishers are demanding
that libraries not give the general public access to the journals. This
means that the freedoms provided by print journals in public libraries
begin to disappear. Thus, as with privacy and with software, a changing
technology and market shrink a freedom taken for granted before.
1186
This shrinking freedom has led many to take affirmative steps to
restore the freedom that has been lost. The Public Library of Science
(PLoS), for example, is a nonprofit corporation dedicated to making
scientific research available to anyone with a Web connection. Authors
of scientific work submit that work to the Public Library of Science.
That work is then subject to peer review. If accepted, the work is then
deposited in a public, electronic archive and made permanently
available for free. PLoS also sells a print version of its work, but
the copyright for the print journal does not inhibit the right of
anyone to redistribute the work for free.
1187
This is one of many such efforts to restore a freedom taken for granted
before, but now threatened by changing technology and markets. There's
no doubt that this alternative competes with the traditional publishers
and their efforts to make money from the exclusive distribution of
content. But competition in our tradition is presumptively a
good--especially when it helps spread knowledge and science.
1188
Rebuilding Free Culture: One Idea
1189
The same strategy could be applied to culture, as a response to the
increasing control effected through law and technology.
1190
Enter the Creative Commons. The Creative Commons is a nonprofit
corporation established in Massachusetts, but with its home at Stanford
University. Its aim is to build a layer of reasonable copyright on top
of the extremes that now reign. It does this by making it easy for
people to build upon other people's work, by making it simple for
creators to express the freedom for others to take and build upon their
work. Simple tags, tied to human-readable descriptions, tied to
bullet-proof licenses, make this possible.
1191
Simple--which means without a middleman, or without a lawyer. By
developing a free set of licenses that people can attach to their
content, Creative Commons aims to mark a range of content that can
easily, and reliably, be built upon. These tags are then linked to
machine-readable versions of the license that enable computers
automatically to identify content that can easily be shared. These
three expressions together--a legal license, a human-readable
description, and machine-readable tags--constitute a Creative Commons
license. A Creative Commons license constitutes a grant of freedom to
anyone who accesses the license, and more importantly, an expression of
the ideal that the person associated with the license believes in
something different than the "All" or "No" extremes. Content is marked
with the CC mark, which does not mean that copyright is waived, but
that certain freedoms are given.
1192
These freedoms are beyond the freedoms promised by fair use. Their
precise contours depend upon the choices the creator makes. The creator
can choose a license that permits any use, so long as attribution is
given. She can choose a license that permits only noncommercial use.
She can choose a license that permits any use so long as the same
freedoms are given to other uses ("share and share alike"). Or any use
so long as no derivative use is made. Or any use at all within
developing nations. Or any sampling use, so long as full copies are not
made. Or lastly, any educational use.
1193
These choices thus establish a range of freedoms beyond the default of
copyright law. They also enable freedoms that go beyond traditional
fair use. And most importantly, they express these freedoms in a way
that subsequent users can use and rely upon without the need to hire a
lawyer. Creative Commons thus aims to build a layer of content,
governed by a layer of reasonable copyright law, that others can build
upon. Voluntary choice of individuals and creators will make this
content available. And that content will in turn enable us to rebuild a
public domain.
1194
This is just one project among many within the Creative Commons. And of
course, Creative Commons is not the only organization pursuing such
freedoms. But the point that distinguishes the Creative Commons from
many is that we are not interested only in talking about a public
domain or in getting legislators to help build a public domain. Our aim
is to build a movement of consumers and producers of content ("content
conducers," as attorney Mia Garlick calls them) who help build the
public domain and, by their work, demonstrate the importance of the
public domain to other creativity.
1195
The aim is not to fight the "All Rights Reserved" sorts. The aim is to
complement them. The problems that the law creates for us as a culture
are produced by insane and unintended consequences of laws written
centuries ago, applied to a technology that only Jefferson could have
imagined. The rules may well have made sense against a background of
technologies from centuries ago, but they do not make sense against the
background of digital technologies. New rules--with different freedoms,
expressed in ways so that humans without lawyers can use them--are
needed. Creative Commons gives people a way effectively to begin to
build those rules.
1196
Why would creators participate in giving up total control? Some
participate to better spread their content. Cory Doctorow, for example,
is a science fiction author. His first novel, Down and Out in the Magic
Kingdom, was released on-line and for free, under a Creative Commons
license, on the same day that it went on sale in bookstores.
1197
Why would a publisher ever agree to this? I suspect his publisher
reasoned like this: There are two groups of people out there: (1) those
who will buy Cory's book whether or not it's on the Internet, and (2)
those who may never hear of Cory's book, if it isn't made available for
free on the Internet. Some part of (1) will download Cory's book
instead of buying it. Call them bad-(1)s. Some part of (2) will
download Cory's book, like it, and then decide to buy it. Call them
(2)-goods. If there are more (2)-goods than bad-(1)s, the strategy of
releasing Cory's book free on-line will probably increase sales of
Cory's book.
1198
Indeed, the experience of his publisher clearly supports that
conclusion. The book's first printing was exhausted months before the
publisher had expected. This first novel of a science fiction author
was a total success.
1199
The idea that free content might increase the value of nonfree content
was confirmed by the experience of another author. Peter Wayner, who
wrote a book about the free software movement titled Free for All, made
an electronic version of his book free on-line under a Creative Commons
license after the book went out of print. He then monitored used book
store prices for the book. As predicted, as the number of downloads
increased, the used book price for his book increased, as well.
1200
These are examples of using the Commons to better spread proprietary
content. I believe that is a wonderful and common use of the Commons.
There are others who use Creative Commons licenses for other reasons.
Many who use the "sampling license" do so because anything else would
be hypocritical. The sampling license says that others are free, for
commercial or noncommercial purposes, to sample content from the
licensed work; they are just not free to make full copies of the
licensed work available to others. This is consistent with their own
art--they, too, sample from others. Because the legal costs of sampling
are so high (Walter Leaphart, manager of the rap group Public Enemy,
which was born sampling the music of others, has stated that he does
not "allow" Public Enemy to sample anymore, because the legal costs are
so high2), these artists release into the creative environment content
that others can build upon, so that their form of creativity might
grow.
1201
Finally, there are many who mark their content with a Creative Commons
license just because they want to express to others the importance of
balance in this debate. If you just go along with the system as it is,
you are effectively saying you believe in the "All Rights Reserved"
model. Good for you, but many do not. Many believe that however
appropriate that rule is for Hollywood and freaks, it is not an
appropriate description of how most creators view the rights associated
with their content. The Creative Commons license expresses this notion
of "Some Rights Reserved," and gives many the chance to say it to
others.
1202
In the first six months of the Creative Commons experiment, over 1
million objects were licensed with these free-culture licenses. The
next step is partnerships with middleware content providers to help
them build into their technologies simple ways for users to mark their
content with Creative Commons freedoms. Then the next step is to watch
and celebrate creators who build content based upon content set free.
1203
These are first steps to rebuilding a public domain. They are not mere
arguments; they are action. Building a public domain is the first step
to showing people how important that domain is to creativity and
innovation. Creative Commons relies upon voluntary steps to achieve
this rebuilding. They will lead to a world in which more than voluntary
steps are possible.
1204
Creative Commons is just one example of voluntary efforts by
individuals and creators to change the mix of rights that now govern
the creative field. The project does not compete with copyright; it
complements it. Its aim is not to defeat the rights of authors, but to
make it easier for authors and creators to exercise their rights more
flexibly and cheaply. That difference, we believe, will enable
creativity to spread more easily.
1205
Eux, bientôt
1206
Nous ne rétablirons pas une culture libre uniquement par l'action
individuelle. Ceci nécessitera aussi d'importantes réformes
législatives. Un long chemin nous attend avant que les politiciens
é coutent ces idées et mettent en oeuvre ces réformes.
Cependant, ceci veut aussi dire que nous avons le temps de faire
prendre conscience des changements requis.
1207
Dans ce chapitre, je propose cinq changements : quatre qui sont d'ordre
général, et un qui est spécifique au débat le plus
agité d'aujourd'hui : la musique. Chacun n'est qu'une é tape,
pas une fin. Cependant, chacune de ces é tapes nous
rapprocheraient beaucoup de notre but.
1208
1. Plus de formalités
1209
If you buy a house, you have to record the sale in a deed. If you buy
land upon which to build a house, you have to record the purchase in a
deed. If you buy a car, you get a bill of sale and register the car. If
you buy an airplane ticket, it has your name on it.
1210
These are all formalities associated with property. They are
requirements that we all must bear if we want our property to be
protected.
1211
In contrast, under current copyright law, you automatically get a
copyright, regardless of whether you comply with any formality. You
don't have to register. You don't even have to mark your content. The
default is control, and "formalities" are banished.
1212
Why?
1213
As I suggested in chapter 10, the motivation to abolish formalities was
a good one. In the world before digital technologies, formalities
imposed a burden on copyright holders without much benefit. Thus, it
was progress when the law relaxed the formal requirements that a
copyright owner must bear to protect and secure his work. Those
formalities were getting in the way.
1214
But the Internet changes all this. Formalities today need not be a
burden. Rather, the world without formalities is the world that burdens
creativity. Today, there is no simple way to know who owns what, or
with whom one must deal in order to use or build upon the creative work
of others. There are no records, there is no system to trace-- there is
no simple way to know how to get permission. Yet given the massive
increase in the scope of copyright's rule, getting permission is a
necessary step for any work that builds upon our past. And thus, the
lack of formalities forces many into silence where they otherwise could
speak.
1215
The law should therefore change this requirement1--but it should not
change it by going back to the old, broken system. We should require
formalities, but we should establish a system that will create the
incentives to minimize the burden of these formalities.
1216
The important formalities are three: marking copyrighted work,
registering copyrights, and renewing the claim to copyright.
Traditionally, the first of these three was something the copyright
owner did; the second two were something the government did. But a
revised system of formalities would banish the government from the
process, except for the sole purpose of approving standards developed
by others.
1217
REGISTRATION AND RENEWAL
1218
Under the old system, a copyright owner had to file a registration with
the Copyright Office to register or renew a copyright. When filing that
registration, the copyright owner paid a fee. As with most government
agencies, the Copyright Office had little incentive to minimize the
burden of registration; it also had little incentive to minimize the
fee. And as the Copyright Office is not a main target of government
policy- making, the office has historically been terribly underfunded.
Thus, when people who know something about the process hear this idea
about formalities, their first reaction is panic--nothing could be
worse than forcing people to deal with the mess that is the Copyright
Office.
1219
Yet it is always astonishing to me that we, who come from a tradition
of extraordinary innovation in governmental design, can no longer think
innovatively about how governmental functions can be designed. Just
because there is a public purpose to a government role, it doesn't
follow that the government must actually administer the role. Instead,
we should be creating incentives for private parties to serve the
public, subject to standards that the government sets.
1220
In the context of registration, one obvious model is the Internet.
There are at least 32 million Web sites registered around the world.
Domain name owners for these Web sites have to pay a fee to keep their
registration alive. In the main top-level domains (.com, .org, .net),
there is a central registry. The actual registrations are, however,
performed by many competing registrars. That competition drives the
cost of registering down, and more importantly, it drives the ease with
which registration occurs up.
1221
We should adopt a similar model for the registration and renewal of
copyrights. The Copyright Office may well serve as the central
registry, but it should not be in the registrar business. Instead, it
should establish a database, and a set of standards for registrars. It
should approve registrars that meet its standards. Those registrars
would then compete with one another to deliver the cheapest and
simplest systems for registering and renewing copyrights. That
competition would substantially lower the burden of this
formality--while producing a database of registrations that would
facilitate the licensing of content.
1222
MARKING
1223
It used to be that the failure to include a copyright notice on a
creative work meant that the copyright was forfeited. That was a harsh
punishment for failing to comply with a regulatory rule--akin to
imposing the death penalty for a parking ticket in the world of
creative rights. Here again, there is no reason that a marking
requirement needs to be enforced in this way. And more importantly,
there is no reason a marking requirement needs to be enforced uniformly
across all media.
1224
The aim of marking is to signal to the public that this work is
copyrighted and that the author wants to enforce his rights. The mark
also makes it easy to locate a copyright owner to secure permission to
use the work.
1225
One of the problems the copyright system confronted early on was that
different copyrighted works had to be differently marked. It wasn't
clear how or where a statue was to be marked, or a record, or a film. A
new marking requirement could solve these problems by recognizing the
differences in media, and by allowing the system of marking to evolve
as technologies enable it to. The system could enable a special signal
from the failure to mark--not the loss of the copyright, but the loss
of the right to punish someone for failing to get permission first.
1226
Let's start with the last point. If a copyright owner allows his work
to be published without a copyright notice, the consequence of that
failure need not be that the copyright is lost. The consequence could
instead be that anyone has the right to use this work, until the
copyright owner complains and demonstrates that it is his work and he
doesn't give permission.2 The meaning of an unmarked work would
therefore be "use unless someone complains." If someone does complain,
then the obligation would be to stop using the work in any new work
from then on though no penalty would attach for existing uses. This
would create a strong incentive for copyright owners to mark their
work.
1227
That in turn raises the question about how work should best be marked.
Here again, the system needs to adjust as the technologies evolve. The
best way to ensure that the system evolves is to limit the Copyright
Office's role to that of approving standards for marking content that
have been crafted elsewhere.
1228
For example, if a recording industry association devises a method for
marking CDs, it would propose that to the Copyright Office. The
Copyright Office would hold a hearing, at which other proposals could
be made. The Copyright Office would then select the proposal that it
judged preferable, and it would base that choice solely upon the
consideration of which method could best be integrated into the
registration and renewal system. We would not count on the government
to innovate; but we would count on the government to keep the product
of innovation in line with its other important functions.
1229
Finally, marking content clearly would simplify registration
requirements. If photographs were marked by author and year, there
would be little reason not to allow a photographer to reregister, for
example, all photographs taken in a particular year in one quick step.
The aim of the formality is not to burden the creator; the system
itself should be kept as simple as possible.
1230
The objective of formalities is to make things clear. The existing
system does nothing to make things clear. Indeed, it seems designed to
make things unclear.
1231
If formalities such as registration were reinstated, one of the most
difficult aspects of relying upon the public domain would be removed.
It would be simple to identify what content is presumptively free; it
would be simple to identify who controls the rights for a particular
kind of content; it would be simple to assert those rights, and to
renew that assertion at the appropriate time.
1232
2. Shorter Terms
1233
The term of copyright has gone from fourteen years to ninety-five years
for corporate authors, and life of the author plus seventy years for
natural authors.
1234
In The Future of Ideas, I proposed a seventy-five-year term, granted in
five-year increments with a requirement of renewal every five years.
That seemed radical enough at the time. But after we lost Eldred v.
Ashcroft, the proposals became even more radical. The Economist
endorsed a proposal for a fourteen-year copyright term.3 Others have
proposed tying the term to the term for patents.
1235
I agree with those who believe that we need a radical change in
copy-right's term. But whether fourteen years or seventy-five, there
are four principles that are important to keep in mind about copyright
terms.
1236
(1) Keep it short: The term should be as long as necessary to give
incentives to create, but no longer. If it were tied to very strong
protections for authors (so authors were able to reclaim rights from
publishers), rights to the same work (not derivative works) might be
extended further. The key is not to tie the work up with legal
regulations when it no longer benefits an author.
1237
(2) Keep it simple: The line between the public domain and protected
content must be kept clear. Lawyers like the fuzziness of "fair use,"
and the distinction between "ideas" and "expression." That kind of law
gives them lots of work. But our framers had a simpler idea in mind:
protected versus unprotected. The value of short terms is that there is
little need to build exceptions into copyright when the term itself is
kept short. A clear and active "lawyer-free zone" makes the
complexities of "fair use" and "idea/expression" less necessary to
navigate.
1238
(3) Keep it alive: Copyright should have to be renewed. Especially if
the maximum term is long, the copyright owner should be required to
signal periodically that he wants the protection continued. This need
not be an onerous burden, but there is no reason this monopoly
protection has to be granted for free. On average, it takes ninety
minutes for a veteran to apply for a pension.4 If we make veterans
suffer that burden, I don't see why we couldn't require authors to
spend ten minutes every fifty years to file a single form.
1239
(4) Keep it prospective: Whatever the term of copyright should be, the
clearest lesson that economists teach is that a term once given should
not be extended. It might have been a mistake in 1923 for the law to
offer authors only a fifty-six-year term. I don't think so, but it's
possible. If it was a mistake, then the consequence was that we got
fewer authors to create in 1923 than we otherwise would have. But we
can't correct that mistake today by increasing the term. No matter what
we do today, we will not increase the number of authors who wrote in
1923. Of course, we can increase the reward that those who write now
get (or alternatively, increase the copyright burden that smothers many
works that are today invisible). But increasing their reward will not
increase their creativity in 1923. What's not done is not done, and
there's nothing we can do about that now.
1240
These changes together should produce an average copyright term that is
much shorter than the current term. Until 1976, the average term was
just 32.2 years. We should be aiming for the same.
1241
No doubt the extremists will call these ideas "radical." (After all, I
call them "extremists.") But again, the term I recommended was longer
than the term under Richard Nixon. How "radical" can it be to ask for a
more generous copyright law than Richard Nixon presided over?
1242
3. Free Use Vs. Fair Use
1243
As I observed at the beginning of this book, property law originally
granted property owners the right to control their property from the
ground to the heavens. The airplane came along. The scope of property
rights quickly changed. There was no fuss, no constitutional challenge.
It made no sense anymore to grant that much control, given the
emergence of that new technology.
1244
Our Constitution gives Congress the power to give authors "exclusive
right" to "their writings." Congress has given authors an exclusive
right to "their writings" plus any derivative writings (made by others)
that are sufficiently close to the author's original work.Thus, if I
write a book, and you base a movie on that book, I have the power to
deny you the right to release that movie, even though that movie is not
"my writing."
1245
Congress granted the beginnings of this right in 1870, when it expanded
the exclusive right of copyright to include a right to control
translations and dramatizations of a work.5 The courts have expanded it
slowly through judicial interpretation ever since. This expansion has
been commented upon by one of the law's greatest judges, Judge Benjamin
Kaplan.
1246
So inured have we become to the extension of the monopoly to a large
range of so-called derivative works, that we no longer sense the oddity
of accepting such an enlargement of copyright while yet intoning the
abracadabra of idea and expression.6
1247
I think it's time to recognize that there are airplanes in this field
and the expansiveness of these rights of derivative use no longer make
sense. More precisely, they don't make sense for the period of time
that a copyright runs. And they don't make sense as an amorphous grant.
Consider each limitation in turn.
1248
Term: If Congress wants to grant a derivative right, then that right
should be for a much shorter term. It makes sense to protect John
Grisham's right to sell the movie rights to his latest novel (or at
least I'm willing to assume it does); but it does not make sense for
that right to run for the same term as the underlying copyright. The
derivative right could be important in inducing creativity; it is not
important long after the creative work is done.
1249
Scope: Likewise should the scope of derivative rights be narrowed.
Again, there are some cases in which derivative rights are important.
Those should be specified. But the law should draw clear lines around
regulated and unregulated uses of copyrighted material. When all
"reuse" of creative material was within the control of businesses,
perhaps it made sense to require lawyers to negotiate the lines. It no
longer makes sense for lawyers to negotiate the lines. Think about all
the creative possibilities that digital technologies enable; now
imagine pouring molasses into the machines. That's what this general
requirement of permission does to the creative process. Smothers it.
1250
This was the point that Alben made when describing the making of the
Clint Eastwood CD. While it makes sense to require negotiation for
foreseeable derivative rights--turning a book into a movie, or a poem
into a musical score--it doesn't make sense to require negotiation for
the unforeseeable. Here, a statutory right would make much more sense.
1251
In each of these cases, the law should mark the uses that are
protected, and the presumption should be that other uses are not
protected. This is the reverse of the recommendation of my colleague
Paul Goldstein.7 His view is that the law should be written so that
expanded protections follow expanded uses.
1252
Goldstein's analysis would make perfect sense if the cost of the legal
system were small. But as we are currently seeing in the context of the
Internet, the uncertainty about the scope of protection, and the
incentives to protect existing architectures of revenue, combined with
a strong copyright, weaken the process of innovation.
1253
The law could remedy this problem either by removing protection beyond
the part explicitly drawn or by granting reuse rights upon certain
statutory conditions. Either way, the effect would be to free a great
deal of culture to others to cultivate. And under a statutory rights
regime, that reuse would earn artists more income.
1254
4. Liberate the Music--Again
1255
The battle that got this whole war going was about music, so it
wouldn't be fair to end this book without addressing the issue that is,
to most people, most pressing--music. There is no other policy issue
that better teaches the lessons of this book than the battles around
the sharing of music.
1256
The appeal of file-sharing music was the crack cocaine of the
Internet's growth. It drove demand for access to the Internet more
powerfully than any other single application. It was the Internet's
killer app--possibly in two senses of that word. It no doubt was the
application that drove demand for bandwidth. It may well be the
application that drives demand for regulations that in the end kill
innovation on the network.
1257
The aim of copyright, with respect to content in general and music in
particular, is to create the incentives for music to be composed,
performed, and, most importantly, spread. The law does this by giving
an exclusive right to a composer to control public performances of his
work, and to a performing artist to control copies of her performance.
1258
File-sharing networks complicate this model by enabling the spread of
content for which the performer has not been paid. But of course,
that's not all the file-sharing networks do. As I described in chapter
5, they enable four different kinds of sharing:
1259
A. There are some who are using sharing networks as substitutes for
purchasing CDs.
1260
B. There are also some who are using sharing networks to sample, on the
way to purchasing CDs.
1261
C. There are many who are using file-sharing networks to get access to
content that is no longer sold but is still under copyright or that
would have been too cumbersome to buy off the Net.
1262
D. There are many who are using file-sharing networks to get access to
content that is not copyrighted or to get access that the copyright
owner plainly endorses.
1263
Any reform of the law needs to keep these different uses in focus. It
must avoid burdening type D even if it aims to eliminate type A. The
eagerness with which the law aims to eliminate type A, moreover, should
depend upon the magnitude of type B. As with VCRs, if the net effect of
sharing is actually not very harmful, the need for regulation is
significantly weakened.
1264
As I said in chapter 5, the actual harm caused by sharing is
controversial. For the purposes of this chapter, however, I assume the
harm is real. I assume, in other words, that type A sharing is
significantly greater than type B, and is the dominant use of sharing
networks.
1265
Nonetheless, there is a crucial fact about the current technological
context that we must keep in mind if we are to understand how the law
should respond.
1266
Today, file sharing is addictive. In ten years, it won't be. It is
addictive today because it is the easiest way to gain access to a broad
range of content. It won't be the easiest way to get access to a broad
range of content in ten years. Today, access to the Internet is
cumbersome and slow--we in the United States are lucky to have
broadband service at 1.5 MBs, and very rarely do we get service at that
speed both up and down. Although wireless access is growing, most of us
still get access across wires. Most only gain access through a machine
with a keyboard. The idea of the always on, always connected Internet
is mainly just an idea.
1267
But it will become a reality, and that means the way we get access to
the Internet today is a technology in transition. Policy makers should
not make policy on the basis of technology in transition. They should
make policy on the basis of where the technology is going. The question
should not be, how should the law regulate sharing in this world? The
question should be, what law will we require when the network becomes
the network it is clearly becoming? That network is one in which every
machine with electricity is essentially on the Net; where everywhere
you are--except maybe the desert or the Rockies--you can
instantaneously be connected to the Internet. Imagine the Internet as
ubiquitous as the best cell-phone service, where with the flip of a
device, you are connected.
1268
In that world, it will be extremely easy to connect to services that
give you access to content on the fly--such as Internet radio, content
that is streamed to the user when the user demands. Here, then, is the
critical point: When it is extremely easy to connect to services that
give access to content, it will be easier to connect to services that
give you access to content than it will be to download and store
content on the many devices you will have for playing content. It will
be easier, in other words, to subscribe than it will be to be a
database manager, as everyone in the download-sharing world of
Napster-like technologies essentially is. Content services will compete
with content sharing, even if the services charge money for the content
they give access to. Already cell-phone services in Japan offer music
(for a fee) streamed over cell phones (enhanced with plugs for
headphones). The Japanese are paying for this content even though
"free" content is available in the form of MP3s across the Web.8
1269
This point about the future is meant to suggest a perspective on the
present: It is emphatically temporary. The "problem" with file
sharing--to the extent there is a real problem--is a problem that will
increasingly disappear as it becomes easier to connect to the Internet.
And thus it is an extraordinary mistake for policy makers today to be
"solving" this problem in light of a technology that will be gone
tomorrow. The question should not be how to regulate the Internet to
eliminate file sharing (the Net will evolve that problem away). The
question instead should be how to assure that artists get paid, during
this transition between twentieth-century models for doing business and
twenty-first-century technologies.
1270
The answer begins with recognizing that there are different "problems"
here to solve. Let's start with type D content--uncopyrighted content
or copyrighted content that the artist wants shared. The "problem" with
this content is to make sure that the technology that would enable this
kind of sharing is not rendered illegal. You can think of it this way:
Pay phones are used to deliver ransom demands, no doubt. But there are
many who need to use pay phones who have nothing to do with ransoms. It
would be wrong to ban pay phones in order to eliminate kidnapping.
1271
Type C content raises a different "problem." This is content that was,
at one time, published and is no longer available. It may be
unavailable because the artist is no longer valuable enough for the
record label he signed with to carry his work. Or it may be unavailable
because the work is forgotten. Either way, the aim of the law should be
to facilitate the access to this content, ideally in a way that returns
something to the artist.
1272
Again, the model here is the used book store. Once a book goes out of
print, it may still be available in libraries and used book stores. But
libraries and used book stores don't pay the copyright owner when
someone reads or buys an out-of-print book. That makes total sense, of
course, since any other system would be so burdensome as to eliminate
the possibility of used book stores' existing. But from the author's
perspective, this "sharing" of his content without his being
compensated is less than ideal.
1273
The model of used book stores suggests that the law could simply deem
out-of-print music fair game. If the publisher does not make copies of
the music available for sale, then commercial and noncommercial
providers would be free, under this rule, to "share" that content, even
though the sharing involved making a copy. The copy here would be
incidental to the trade; in a context where commercial publishing has
ended, trading music should be as free as trading books.
1274
Alternatively, the law could create a statutory license that would
ensure that artists get something from the trade of their work. For
example, if the law set a low statutory rate for the commercial sharing
of content that was not offered for sale by a commercial publisher, and
if that rate were automatically transferred to a trust for the benefit
of the artist, then businesses could develop around the idea of trading
this content, and artists would benefit from this trade.
1275
This system would also create an incentive for publishers to keep works
available commercially. Works that are available commercially would not
be subject to this license. Thus, publishers could protect the right to
charge whatever they want for content if they kept the work
commercially available. But if they don't keep it available, and
instead, the computer hard disks of fans around the world keep it
alive, then any royalty owed for such copying should be much less than
the amount owed a commercial publisher.
1276
The hard case is content of types A and B, and again, this case is hard
only because the extent of the problem will change over time, as the
technologies for gaining access to content change. The law's solution
should be as flexible as the problem is, understanding that we are in
the middle of a radical transformation in the technology for delivering
and accessing content.
1277
So here's a solution that will at first seem very strange to both sides
in this war, but which upon reflection, I suggest, should make some
sense.
1278
Stripped of the rhetoric about the sanctity of property, the basic
claim of the content industry is this: A new technology (the Internet)
has harmed a set of rights that secure copyright. If those rights are
to be protected, then the content industry should be compensated for
that harm. Just as the technology of tobacco harmed the health of
millions of Americans, or the technology of asbestos caused grave
illness to thousands of miners, so, too, has the technology of digital
networks harmed the interests of the content industry.
1279
I love the Internet, and so I don't like likening it to tobacco or
asbestos. But the analogy is a fair one from the perspective of the
law. And it suggests a fair response: Rather than seeking to destroy
the Internet, or the p2p technologies that are currently harming
content providers on the Internet, we should find a relatively simple
way to compensate those who are harmed.
1280
The idea would be a modification of a proposal that has been floated by
Harvard law professor William Fisher.9 Fisher suggests a very clever
way around the current impasse of the Internet. Under his plan, all
content capable of digital transmission would (1) be marked with a
digital watermark (don't worry about how easy it is to evade these
marks; as you'll see, there's no incentive to evade them). Once the
content is marked, then entrepreneurs would develop (2) systems to
monitor how many items of each content were distributed. On the basis
of those numbers, then (3) artists would be compensated. The
compensation would be paid for by (4) an appropriate tax.
1281
Fisher's proposal is careful and comprehensive. It raises a million
questions, most of which he answers well in his upcoming book, Promises
to Keep. The modification that I would make is relatively simple:
Fisher imagines his proposal replacing the existing copyright system. I
imagine it complementing the existing system. The aim of the proposal
would be to facilitate compensation to the extent that harm could be
shown. This compensation would be temporary, aimed at facilitating a
transition between regimes. And it would require renewal after a period
of years. If it continues to make sense to facilitate free exchange of
content, supported through a taxation system, then it can be continued.
If this form of protection is no longer necessary, then the system
could lapse into the old system of controlling access.
1282
Fisher would balk at the idea of allowing the system to lapse. His aim
is not just to ensure that artists are paid, but also to ensure that
the system supports the widest range of "semiotic democracy" possible.
But the aims of semiotic democracy would be satisfied if the other
changes I described were accomplished--in particular, the limits on
derivative uses. A system that simply charges for access would not
greatly burden semiotic democracy if there were few limitations on what
one was allowed to do with the content itself.
1283
No doubt it would be difficult to calculate the proper measure of
"harm" to an industry. But the difficulty of making that calculation
would be outweighed by the benefit of facilitating innovation. This
background system to compensate would also not need to interfere with
innovative proposals such as Apple's MusicStore. As experts predicted
when Apple launched the MusicStore, it could beat "free" by being
easier than free is. This has proven correct: Apple has sold millions
of songs at even the very high price of 99 cents a song. (At 99 cents,
the cost is the equivalent of a per-song CD price, though the labels
have none of the costs of a CD to pay.) Apple's move was countered by
Real Networks, offering music at just 79 cents a song. And no doubt
there will be a great deal of competition to offer and sell music
on-line.
1284
This competition has already occurred against the background of "free"
music from p2p systems. As the sellers of cable television have known
for thirty years, and the sellers of bottled water for much more than
that, there is nothing impossible at all about "competing with free."
Indeed, if anything, the competition spurs the competitors to offer new
and better products. This is precisely what the competitive market was
to be about. Thus in Singapore, though piracy is rampant, movie
theaters are often luxurious--with "first class" seats, and meals
served while you watch a movie--as they struggle and succeed in finding
ways to compete with "free."
1285
This regime of competition, with a backstop to assure that artists
don't lose, would facilitate a great deal of innovation in the delivery
of content. That competition would continue to shrink type A sharing.
It would inspire an extraordinary range of new innovators--ones who
would have a right to the content, and would no longer fear the
uncertain and barbarically severe punishments of the law.
1286
In summary, then, my proposal is this:
1287
The Internet is in transition. We should not be regulating a technology
in transition. We should instead be regulating to minimize the harm to
interests affected by this technological change, while enabling, and
encouraging, the most efficient technology we can create.
1288
We can minimize that harm while maximizing the benefit to innovation by
1289
1. guaranteeing the right to engage in type D sharing;
1290
2. permitting noncommercial type C sharing without liability, and
commercial type C sharing at a low and fixed rate set by statute;
1291
3. while in this transition, taxing and compensating for type A
sharing, to the extent actual harm is demonstrated.
1292
But what if "piracy" doesn't disappear? What if there is a competitive
market providing content at a low cost, but a significant number of
consumers continue to "take" content for nothing? Should the law do
something then?
1293
Yes, it should. But, again, what it should do depends upon how the
facts develop. These changes may not eliminate type A sharing. But the
real issue is not whether it eliminates sharing in the abstract. The
real issue is its effect on the market. Is it better (a) to have a
technology that is 95 percent secure and produces a market of size x,
or (b) to have a technology that is 50 percent secure but produces a
market of five times x? Less secure might produce more unauthorized
sharing, but it is likely to also produce a much bigger market in
authorized sharing. The most important thing is to assure artists'
compensation without breaking the Internet. Once that's assured, then
it may well be appropriate to find ways to track down the petty
pirates.
1294
But we're a long way away from whittling the problem down to this
subset of type A sharers. And our focus until we're there should not be
on finding ways to break the Internet. Our focus until we're there
should be on how to make sure the artists are paid, while protecting
the space for innovation and creativity that the Internet is.
1295
5. Fire Lots of Lawyers
1296
I'm a lawyer. I make lawyers for a living. I believe in the law. I
believe in the law of copyright. Indeed, I have devoted my life to
working in law, not because there are big bucks at the end but because
there are ideals at the end that I would love to live.
1297
Yet much of this book has been a criticism of lawyers, or the role
lawyers have played in this debate. The law speaks to ideals, but it is
my view that our profession has become too attuned to the client. And
in a world where the rich clients have one strong view, the
unwillingness of the profession to question or counter that one strong
view queers the law.
1298
The evidence of this bending is compelling. I'm attacked as a "radical"
by many within the profession, yet the positions that I am advocating
are precisely the positions of some of the most moderate and
significant figures in the history of this branch of the law. Many, for
example, thought crazy the challenge that we brought to the Copyright
Term Extension Act. Yet just thirty years ago, the dominant scholar and
practitioner in the field of copyright, Melville Nimmer, thought it
obvious.10
1299
However, my criticism of the role that lawyers have played in this
debate is not just about a professional bias. It is more importantly
about our failure to actually reckon the costs of the law.
1300
Economists are supposed to be good at reckoning costs and benefits. But
more often than not, economists, with no clue about how the legal
system actually functions, simply assume that the transaction costs of
the legal system are slight.11 They see a system that has been around
for hundreds of years, and they assume it works the way their
elementary school civics class taught them it works.
1301
But the legal system doesn't work. Or more accurately, it doesn't work
for anyone except those with the most resources. Not because the system
is corrupt. I don't think our legal system (at the federal level, at
least) is at all corrupt. I mean simply because the costs of our legal
system are so astonishingly high that justice can practically never be
done.
1302
These costs distort free culture in many ways. A lawyer's time is
billed at the largest firms at more than $400 per hour. How much time
should such a lawyer spend reading cases carefully, or researching
obscure strands of authority? The answer is the increasing reality:
very little. The law depended upon the careful articulation and
development of doctrine, but the careful articulation and development
of legal doctrine depends upon careful work. Yet that careful work
costs too much, except in the most high-profile and costly cases.
1303
The costliness and clumsiness and randomness of this system mock our
tradition. And lawyers, as well as academics, should consider it their
duty to change the way the law works--or better, to change the law so
that it works. It is wrong that the system works well only for the top
1 percent of the clients. It could be made radically more efficient,
and inexpensive, and hence radically more just.
1304
But until that reform is complete, we as a society should keep the law
away from areas that we know it will only harm. And that is precisely
what the law will too often do if too much of our culture is left to
its review.
1305
Think about the amazing things your kid could do or make with digital
technology--the film, the music, the Web page, the blog. Or think about
the amazing things your community could facilitate with digital
technology--a wiki, a [barn raising], activism to change something.
Think about all those creative things, and then imagine cold molasses
poured onto the machines. This is what any regime that requires
permission produces. Again, this is the reality of Brezhnev's Russia.
1306
The law should regulate in certain areas of culture--but it should
regulate culture only where that regulation does good. Yet lawyers
rarely test their power, or the power they promote, against this simple
pragmatic question: "Will it do good?" When challenged about the
expanding reach of the law, the lawyer answers, "Why not?"
1307
We should ask, "Why?" Show me why your regulation of culture is needed.
Show me how it does good. And until you can show me both, keep your
lawyers away.
1308
NOTES
1309
Notes
Throughout this text, there are references to links on the World Wide
Web. As anyone who has tried to use the Web knows, these links can be
highly unstable. I have tried to remedy the instability by redirecting
readers to the original source through the Web site associated with
this book. For each link below, you can go to < http://free-culture.cc/notes>
and locate the original source by clicking on the number after the #
sign. If the original link remains alive, you will be redirected to
that link. If the original link has disappeared, you will be redirected
to an appropriate reference for the material.
1310
ACKNOWLEDGMENTS
1311
[Acknowledgments]
This book is the product of a long and as yet unsuccessful struggle
that began when I read of Eric Eldred's war to keep books free.
Eldred's work helped launch a movement, the free culture movement, and
it is to him that this book is dedicated. I received guidance in
various places from friends and academics, including Glenn Brown, Peter
DiCola, Jennifer Mnookin, Richard Posner, Mark Rose, and Kathleen
Sullivan. And I received correction and guidance from many amazing
students at Stanford Law School and Stanford University. They included
Andrew B. Coan, John Eden, James P. Fellers, Christopher Guzelian,
Erica Goldberg, Robert Hall- man, Andrew Harris, Matthew Kahn, Brian
Link, Ohad Mayblum, Alina Ng, and Erica Platt. I am particularly
grateful to Catherine Crump and Harry Surden, who helped direct their
research, and to Laura Lynch, who brilliantly managed the army that
they assembled, and provided her own critical eye on much of this. Yuko
Noguchi helped me to understand the laws of Japan as well as its
culture. I am thankful to her, and to the many in Japan who helped me
prepare this book: Joi Ito, Takayuki Matsutani, Naoto Misaki, Michihiro
Sasaki, Hiromichi Tanaka, Hiroo Yamagata, and Yoshihiro Yonezawa. I am
thankful as well as to Professor Nobuhiro Nakayama, and the Tokyo
University Business Law Center, for giving me the chance to spend time
in Japan, and to Tadashi Shiraishi and Kiyokazu Yamagami for their
generous help while I was there. These are the traditional sorts of
help that academics regularly draw upon. But in addition to them, the
Internet has made it possible to receive advice and correction from
many whom I have never even met. Among those who have responded with
extremely helpful advice to requests on my blog about the book are Dr.
Mohammad Al-Ubaydli, David Gerstein, and Peter DiMauro, as well as a
long list of those who had specific ideas about ways to develop my
argument. They included Richard Bondi, Steven Cherry, David Coe, Nik
Cubrilovic, Bob Devine, Charles Eicher, Thomas Guida, Elihu M. Gerson,
Jeremy Hunsinger, Vaughn Iverson, John Karabaic, Jeff Keltner, James
Lindenschmidt, K. L. Mann, Mark Manning, Nora McCauley, Jeffrey McHugh,
Evan McMullen, Fred Norton, John Pormann, Pedro A. D. Rezende, Shabbir
Safdar, Saul Schleimer, Clay Shirky, Adam Shostack, Kragen Sitaker,
Chris Smith, Bruce Steinberg, Andrzej Jan Taramina, Sean Walsh, Matt
Wasserman, Miljenko Williams, "Wink," Roger Wood, "Ximmbo da Jazz," and
Richard Yanco. (I apologize if I have missed anyone; with computers
come glitches, and a crash of my e-mail system meant I lost a bunch of
great replies.) Richard Stallman and Michael Carroll each read the
whole book in draft, and each provided extremely helpful correction and
advice. Michael helped me to see more clearly the significance of the
regulation of derivitive works. And Richard corrected an embarrassingly
large number of errors. While my work is in part inspired by
Stallman's, he does not agree with me in important places throughout
this book. Finally, and forever, I am thankful to Bettina, who has
always insisted that there would be unending happiness away from these
battles, and who has always been right. This slow learner is, as ever,
grateful for her perpetual patience and love.
1312
ABOUT THE AUTHOR
1313
[lessig.jpg] "Lawrence Lessig"
1314
LAWRENCE LESSIG ( < http://www.lessig.org> ),
professor of law and a John A. Wilson Distinguished Faculty Scholar at
Stanford Law School, is founder of the Stanford Center for Internet and
Society and is chairman of the Creative Commons ( < http://creativecommons.org>
). The author of The Future of Ideas (Random House, 2001) and Code: And
Other Laws of Cyberspace (Basic Books, 1999), Lessig is a member of the
boards of the Public Library of Science, the Electronic Frontier
Foundation, and Public Knowledge. He was the winner of the Free
Software Foundation's Award for the Advancement of Free Software, twice
listed in BusinessWeek's "e.biz 25," and named one of Scientific
American's "50 visionaries." A graduate of the University of
Pennsylvania, Cambridge University, and Yale Law School, Lessig clerked
for Judge Richard Posner of the U.S. Seventh Circuit Court of Appeals.
1315
Other Works and REVIEWS of FreeCulture
1316
< http://www.lessig.org/blog/archives/001840.shtml>
1317
< http://www.free-culture.cc/reviews/>
1318
JACKET
1319
"FREE CULTURE is an entertaining and important look at the past and
future of the cold war between the media industry and new
technologies."
1320
-- Marc Andreessen, cofounder of Netscape
1321
"The twenty-first century could be the century of unprecedented
creativity, but only if we embrace the brilliantly articulated messages
in Lawrence Lessig's FREE CULTURE. This book is beautifully written,
crisply argued, and deeply provocative. Please read it!"
1322
-- John Seely Brown, coauthor of THE SOCIAL LIFE OF INFORMATION and
former Chief Scientist, Xerox PARC
1323
"America needs a national conversation about the way in which so-called
'intellectual property rights' have come to dominate the rights of
scholars, researchers, and everyday citizens. A copyright cartel,
bidding for absolute control over digital worlds, music, and movies,
now has a veto over technological innovation and has halted most
contributions to the public domain from which so many have benefited.
The patent system has spun out of control, giving enormous power to
entrenched interests, and even trademarks are being misused. Lawrence
Lessig's latest book is essential reading for anyone who want to join
this conversation. He explains how technology and the law are robbing
us of the public domain; but for all his educated pessimism, Professor
Lessig offers some solutions, too, because he recognizes that
technology can be the catalyst for freedom. If you care about the
future of innovation, read this book."
1324
-- Dan Gillmor, author of MAKING THE NEWS, an upcoming book on the
collision of media and technology
1325
"FREE CULTURE goes beyond illuminating the catastrophe to our culture
of increasing regulation to show examples of how we can make a
different future. These new-style heroes and examples are rooted in the
traditions of the founding fathers in ways that seem obvious after
reading this book. Recommended reading to those trying to unravel the
shrill hype around 'intellectual property.'"
1326
-- Brewster Kahle, founder of the Internet Archive
1327
Endnotes
1328
Endnotes
1329
Metadata
SiSU Metadata, document information
Manifest
SiSU Manifest, alternative outputs etc.